‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 250 sur 556 · CANDIE · texte numérisé non relu

CANDIE

siégeants dans la confusion ne prit pas feu, et, pour comble de malheur, un magasin à poudre appartenant aux Tures sauta au moment où les Français venaient d'emporter les retranchements ennemis et de repousser les Othomans, qui avaient tenté de les reprendre. Les Français, craignant alors d’être sur un terrain miné de toutes parts, se retirèrent en désordre dans la place, laissant sur le champ de bata‘lle 200 morts, parmi lesquels étaient le duc de Beaufort et beaucoup d'officiers. En même temps la flotte chrétienne, qui se composait de 80 vaisseaux et de 50 galères, et qui devait prendre en flanc le camp des Turcs, fut mise en dé. route par les batteries des côtes et l'explosion d’un vaisseau de soixante-dix canons : ainsi la sortie échoua sur tous les points. Ces circonstances augmentèrent la désunion qui existait déjà parmi les généraux chrétiens, au point que le duc de Navailles, convaincu que le salut des troupes françaises était compromis, embarqua le corps qu’il commandait, et retourna en France. Des soldats dispersés des autres nations se joignirent aux Français; enfin les Maltais et presque tous les volontaires qui avaient pris part à l’expédition firent également leur retraite.

Un assaut des Turcs, plus heureux que les précédents! les amena jusque auprès des palissades de la dernière tranchée, que défendaient mollement 3,000 hommes de garnison, entièrement découragés et démoralisés. Des dissensions entre les différents commandants, et cenf autres indices annonçaient que la place serait emportée au prochain assaut, Un conseil de guerre décida en conséquence la reddition de la ville. La capitulation assura à la garnison et à la population la liberté de l’évacuer dans lPespace de douze jours, en emportant les bagages, les armes et toute lartillerie ; elle garantissait également aux Vénitiens la possession des places de Suda, Garabusa et Spina-Longa. Le 27 septembre 1669 la ville fut donc rendue , après une guerre de vingt-cinq ans, un investissement de treize ans, et un siége où la tranchée était demeurée ouverte pendant deux ans trois mois et vingt-sept jours.

La défense de Candie, non moins mémorable que celle de Troie, est la plus longue et la plus glorieuse dont l’histoire fasse mention. Il ne restait plus de toute la garnison que 2,500 hommes lorsque vint le moment d’évacuer la ville. On compta 118,754 tués ou blessés du côté des Turcs pendant la durée du siége, et 30,985 du côté des chrétiens; les Othomans avaient donné 56 assauts; les assiégés avaient fait 96 sorties ; leg premiers avaient fait jouer 472 mines , et les seconds 1,173 ; on avait tiré de la forteresse 509,692 coups * de canon, et employé du côté des chrétiens 180,449 quintaux de plomb pour les balles de mousquet. Les Tures trouvèrent la ville dans l’état le plus déplorable. Tous les objets de quelque valeur avaient été emportés ; 13 hommes seulement, vieillards pour la plupart, étaient demeurés dans la ville; 350 pièces de canon en mauvais état étaient restées sur les remparts.

Les vainqueurs s’empressèrent de réparer tous les ouvrages de fortification, et restaurèrent le quartier du marché. Maîtres de la capitale, ils cherchèrent à chasser les Vénitiens des autres points de l’île qu’ils occupaient encore, et avant l'ex= piration du dix-seplième siècle, Garabusa leur fut livrée par la trahison. Spina-Longa et la Suda leur furent cédées, au commencement du dix-huitième siècle par des traités spéciaux. Depuis ce moment le despotisme ture pèse sur l'ile de Candie.

Par suite de contestations survenues entre les trois pas » chas gouverneurs de celle île, des montagnards de l’agalick de Sphachia avaient obtenu de se gouverner eux-mêmes sous la protection turque, Comme on ne eontinua pas de leur garder la foi promise, ils eurent fréquemment recours aux armes, notamment en 1770, où ils furent soutenus par les Russes, qui les abandonnèrent ensuite, Les Sphachiotes fus rent souvent baltus, mais jamais opprimés ni assujettis dans

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leurs montagnes. Déjà, sous le gouvernement vénitien, ils étaient célèbres par leur fermeté à ne souflrir aucune at-

teinte à leurs droits. En 1821, irrités de ce que les pachas |

avaient exigé des otages de leur tribu, ils s’unirent à l'insurrection grecque.

Cette révolte des Candiotes n’était pas encore élouflée et il n’y avait que les principales villes qui fussent au pouvoir des Tures, lorsque le sultan Mahmoud, forcé par les circonstances de reconnaître Pindépendanee de Méhémet- Ali, vice-roi d'Égypte, lui céda l’île de Candie par le traité de 1833. Mais les habitants accueillirent assez mal ce dernier, lorsqu'il se présenta pour y faire reconnaitre son autorité. La force lui fit raison de ces velléités de protestations. Méhémet-Ali conserva Candie jusqu'en 1840; mais à cette époque la coalition de la Russie, de l'Angleterre, de la Prusse et de l'Autriche avec la Turquie eut pour résultat de replacer cette ile sous les lois du sultan. H. Aupirrrer.

Le 16 mai 1858, un mouvement insurrectionnel éclata dans le distriet de la Canée, à l'occasion du recensement et de l'impôt militaire ; un mémoire contenant les réclamations des habitants fut envoyé à la Porte. Une proclamation, en date du 7 juin suivant, leur assura le bénéfice des réformes slipulées par le hatty-humayoun du 3 février 1856 et par Particle 9 du traité de Paris, déclara que l'impôt de la conscription serait soumis à un nouvel examen, et assura le droit de port d'armes aux chrétiens comme aux musulmans. A la suite de ces promesses l’ordre se rétablit; mais elles restèrent en grande partie lettre morte. Au mois de mai 1866, les délégués des divers cantons de l’île se réunirent eu Épilropie, C'est-à-dire en Conseil, et adressèrent au sullan une supplique pour lui demander que les impôts fussent diminués, des voies de communication établies, le nombre des écoles augmenté, la justice réorganisée, et surtout la liberté individuelle de tous assurée. La réponse de la Porte n’arriva que le {er août; elle rejetait toutes les demandes des Candiotes, hors celles relatives aux voies de communication et aux écoles. 25,000 hommes de troupes turques et égyptiennes se trouvaient alors dans l'ile. Les Epitropes proclamèrent la nécessité de recourir aux armes, se réunirent en « Assemblée nationale » , et, en protestant auprès des consuls contre la tyrannie ottomane, déclarèrent que le vœu général du pays était une annexion à la Grèce: Vers la fin du mois d'août, les insurgés, dont on évaluait le nombre à 12,000 hommes, engagèrent les hostilités. Occupant d'excellentes positions dans les montagnes, ils purent tenir en échec pendant plus de deux années un ennemi deux fois plus nombreux, et que soutenait une escadre croi. sant continuellement autour de l’île. Malgré ce blocus, les Grecs trouvaient le moyen de porter, sur leurs légers ba timents de commerce, des secours en hommes et en munitions aux patriotes crétois. Les Tures se vengèrent , sur plusieurs points, de leurs insuccès, en massacrant des chrétiens inoffensifs; les femmes et les enfants se réfugiaient dans les montagnes et dans les casernes, pour échapper à leur fureur. La situation devint telle que les gouvernements fétrangers donnèrent ordre à leurs eseadres de recueillir les emmes, les enfants et les vieillards qui demanderaient à être Wransportés en Grèce; le nombre de ces réfugiés finit par atteindre le chiffre de 70,000. C’est la conférence de Paris, réunie du 9 janvier au 18 février 1869 pour régler les différends entre la Porte et la Grèce, qui mit fin à linsurrection de Candie; elle stipula pour les chrétiens de l'ile des institutions plus libérales qu'ils n’en avaient jamais eu.

€CANDOLLE (De). Voyez DECANDOLLE.

CANDY, dans la langue cingalaise Mahäneura, c'està-dire la grande ville, est située dans les montagnes de l’intérieur de Ceylan, à 50 où 60 kilomètres au nord du pic d'Adam, sur le Mahävali-Ganga supérieur, dans une position fort malsaine. Une route bien construite conduit de à à Colombo, qui en est distant de 10 myriamètres.

Celle ville avan autrefois de l'importance comme capitale du royaume du même nom. Il existe encore de celle époque beaucoup de temples, entre autres eelui des princes, où l’on conserve une précieuse relique, une dent de Bouddha, et des huttes d'argile, mais qui tombent suecessivement en ruines. Près de la ville on trouve un lac artificiel, ouvrage du dernier roi appelé Sri Vikrama.

La garnison qu'y entretient aujourd’hui le gouvernement anglais donne un peu d'animation à Candy, dont on évalue la population à 3,000 âmes. Cette ville est également la résidence du gouverneur anglais, pour la sécurité duquel on a établi quelques ouvrages de défense tant à l'intérieur que sur les hauteurs qui dominent Candy, Le dernier roi s'étant permis quelques violences à l'égard d’Indiens sujets du gouvernement anglais, celui-ci lui déclara la guerre le 10 janvier 1815. Dès le 14 février suivant sir Robert Brownrigg faisait son entrée à Candy; le 18 le roi fut fait prisonnier, et ce furent ses sujets eux-mêmes qui le Hvrèrent au vainqueur. Formellement détrôné le > mars, il fut banni avec toute sa famille à Madras, où il n’est mort qu’en 1843. Les prêtres boudhistes firent bien diverses tentatives insurrectionnelles, en 1818 et surtout en 1842; mais elles furent toujours étouffées, grâce à l'énergie des mesures prises par le gouvernement anglais.

CANE, femelle du canard. De ce nom on a fait caneter, pour dire marcher à la façon d’une cane, d’une manière embarrassée, et caner, terme d’écolier qui signilie imiter la cane en manquant de courage.

CANÉE (La), en grec Kania, capitale de l'ile de Candie, sur la côle septentrionale, avec 15,000 âmes, occupe l'emplacement de l'ancienne Cydonie. Sa présente origine remonte à Pan 1252, où une colonie de Vénitiens en jeta les fondements. Elle est entourée d’une épaisse muraille flanquée de bastions, et défendue par une bonne citadelle Les maisons sont assez bien bâties, les rues larges et garnies de boutiques. El y a plusieurs mosquées et églises, un hôpital militaire, des arsenaux et des chantiers de construction. Son port, quoique incommode et d’un accès difficile, est encore le meilleur de toute l’île; circonstance à laquelle la Canée est redevable de l'importance toute particulière de son commerce. Elle eut beaucoup à souffrir du tremblement de terre du 12 oetobre 1856.

CANEPETIERE, nom vulgaire de la petite outarde, ainsi appelée de l'habitude où elle est de se tapir contre terre à la manière des canes dans l’eau.

CANEPHORES. Au rapport de Pausanias et de Pline, il y avait à Athènes, auprès du temple de Minerve Poliade, une maison habitée par deux vierges, que les Athéniens appelaient canéphores (de xévns, corbeille, et oéow , je porte). Elles passaient là un certain temps au service de la déesse, et quand le jour de sa fête était arrivé, elles allaient de nuit au temple, où elles recevaient de la prêtresse de Minerve des corbeilles qu’elles mettaient sur leur tête, sans que ni elles, ni la prêtresse même, sussent ce qui était dedans. Il y avait dans la ville, assez près de la Vénus aux Jardins, une enceinte d’où Pon descendait dans une caverne où les deux vierges déposaient leurs corbeilles ; après quoi elles en reprenaient d’autres, qu’elles portaient au temple sur leurs tètes, toujours avec le même mystère. De ce jour elles cessaient leurs fonctions, et l’on en choisissait deux autres pour les remplacer. On ne pouvait les prendre que parmi les filles de qualité.

Il parait, du reste, que l'emploi de canéphores ne fut pas restreint au culie de Minerve : elles assistaient aussi aux fêtes d’Iacchus, de Bacchus et de Cérès.

CANEPIN (de xévvaërc, chanvre), nom que l’on a donné d’abord à Pécorce du tilleul, et plus habituellement encore du bouleau, sur laquelle les anciens écrivaient. Depuis ce mot est devenu, dans l'usage général, l'appellation de l’épiderme des peaux d'agneau ou de chevreau préparées

par les mégissiers, et dont on se sert principalement pour éprouver la qualité des lancettes. On en a fait aussi des éventails, des gants de femme, etc.

CANETON, jeune canard.

CANETTE, nom vulgaire de la sarcelle d'hiver.

En termes de blason, ce mot désigne de petitescanesquise représentent comme les merlettes, avec les ailes serrées ( non déployées), mais avec bec et jambes, tandis que ces dernières n’ont que la moitié de ces parties.

Ce terme reçoit encore d’autres applications, qui indiquent une fout autre origine. On appelle ainsi, par exemple, en termes de manufacture , un petit tuyau de bois ou de roseau (espèce de bobine ) sur lequel on enroule la soie ou le fil d’or qui sert à la trame d’une étoffe.

En termes de fontainier, c’est un petit tuyau ou fontaine de cuivre que l’on enfonce dans le trou d’un muid qui a été mis en perce, afin d’en extraire la liqueur à volonté; c’est, comme on voit, ce que l’on appelle autrement et plus ordinairement du nom de cannelle.

Le mot canette est encore pris dans le sens de vase, petit ot de terre ou d'étain employé à mettre des liqueurs et principalement de la bière.

CANEVAS ( Technologie ). On appelle ainsi une sorte de toile dont les mailles sont peu serrées et divisées en carreaux d’égale dimension , de manière à recevoir et diriger le point de la broderie en tapisserie. Sur cette toile la brodeuse trace d'avance le dessin qu’elle veut exécuter; puis elle le copie à l'aiguille en se servant de fils de soie ou de laine de différentes nuances , suivant la couleur des objets qu’elle veut représenter.

On nomme aussi canevas une toile grossière de chanvre dont on usait jadis pour doubler les bords et revers des habits des hommes et les corps à l’usage des femmes.

CANEVAS (Musique). On donne ce nom à des mots sans aucune suite, que les musiciens mettent sous un air, Ces mots servent de modèle au poëte pour en arranger d’autres de la même mesure, et qui forment un sens : la chanson faite de cette manière s’appelle aussi canevas.

Dans ces sortes d'ouvrages le poëte ne saurait s’astreindre à croiser les rimes, quelquefois il redouble à l'infini les rimes masculines ou féminines.

Les vers de douze syllabes, ceux de dix, de sept, et de six, adroïtement mêlés, ne sont pas les seuls dont se serve l'auteur d’un canevas. Les vers de sept, de cinq , de quatre, de trois syllabes, lui sont en outre réservés : la phrase de musique qu’il faut rendre donne la loi ; une note quelquefois exige un sens fini, il lui faut par conséquent un vers d’une seule syllabe,

Les canevas les mieux faits sont ceux dont les repos et les sens des vers répondent aux différents repos et aux temps des phrases de la musique. Alors le redoublement des rimes est un nouvel agrément : il n’est point d'ouvrage plus difficile, qui exige une oreille plus délicate, et où la prosodie française doive être plus observée. Le poëête qui est en même temps musicien a dans ces sortes de découpures un grand avantage sur celui qui n'est que poète.

Du reste, comme le disait Rousssau , sur les paroles du musicien, qui ne signifient rien, le poëte en ajuste souvent d'autres, qui ne signifient pas grand'chose, et où l'on ne trouve pour l'ordinaire pas plus d'esprit que de sens, où la prosodie enfin est ridiculement estropiée pour le plus grand charme de nos oreilles.

CANEVAS (Littérature). On entend par là l'esquisse d'un ouvrage, poême, pièce de théâtre, discours, mémoire, ete., où les idées premières, leur marche et leur liaison sont indiquées sommairement. Les Italiens, précurseurs des autres peuples de l'Europe dans presque toutes les carrières, se laissèrent dépasser dans un art qu'ils ont cependant cultivé les premiers : en effet, le théâtre resta chez eux dans une sorte d'enfance jusqu’au dix-huitième siècle,

CANEPIN — CANGA-ARGUELLES

puisqu’à cette époque ils n'avaient guère que des pièces ên canevas , abandonnées aux acteurs chargés de leur donner la vie par l'improvisation. Si La Mandragore de Machiavel et certaines esquisses de L’Arétin témoignent de ce que les Italiens auraient pu faire, ces comédies n’en sont pas moins des exceptions qui confirment le principe. Des érudits et même un grand poête, L’Arioste, ont aussi enfanté des productions dramatiques ; mais ces productions ne sont que des copies inspirées par les muses latines, ellesmêmes pâles reflets d’une société éteinte.

Longtemps les comédiens italiens n’apprirent rien par cœur ; il leur suffisait pour jouer une pièce d’en avoir étudié le sujet avant d’entrer en scène. Il n’y a personne qui ne puisse apprendre par cœur et réciter devant le public ce qu'il aura appris ; mais il fallait tout autre chose pour le comédien italien : qui disait alors bon comédien italien âisait un homme qui avait du fonds, qui jouait plus d’imagination que de mémoire, qui composait en jouant tout ce qu’il disait, qui savait seconder celui avec qui il se trouvait en scène, mariant si bien ses paroles et ses actions avec les siennes, qu’il entrait sur-le-champ dans tout son jeu, dans tous les mouvements que l’autre lui demandait, de manière à faire croire à tout le monde qu’ils s'étaient concertés.

11 nous semble pourtant facile de prouver que nos grands acteurs l’emportent autant sur ces acteurs italiens que Molière et ses succcesseurs sur les comiques ultramontains. En effet, la comédie de caractère et celle de mœurs, écrites par nos grands maîtres , peignent avec tant de force les sentiments du cœur, avec tant d’esprit les ridicules, avec tant de finesse les nuances qui composent nos vertus et nos vices, qu’il faut pour parvenir à les bien traduire sur la scène une dose de pénétration, un tact délicat, une opiniâtreté de travail à part. En Italie, au contraire, quand la bouffonnerie était le fondement principal du comique, un masque plaisant , des inflexions étranges , beaucoup d’aplomb , des gestes ou des grimaces , suffisaient pour soutenir l'acteur au niveau de son rôle et provoquer le rire des spectateurs, si facilement impressionnables. Ajoutez à ces avantages la disposition d’une langue riche, sonore, inépuisable en expressions burlesques. Que de moyens pour amuser un peuple idolâtre de Polichinelle et de Pantalon, dont les saillies plaisaient à tous les âges et divertisaient fous les rangs, d’un bout de lItalie à l’autre ! Caractères types, Arlequin, Polichinelle, Mezzetin , d’autres personnages de la même famille, se rencontraient dans toutes les villes, quelquefois sous des noms différents, mais avec les mêmes attributs, qui leur assignaient le premier rang sur la scène comme sur la place publique, ce qui nuisait singulièrement à lart en en aplanissant les difficultés. Grâce à ces personnages connus et caractérisés par avance, les auteurs se croyaient dispensés d'étudier les vices ou les ridicules; ils ne songeaient qu'à l'intrigue de la pièce, et abandonnaient à l’acteur le soin de tirer parti des situations, en les brodant au gré de la verve et de la fécondité de son esprit. Ainsi conçue, la comédie était la carricature et non le portrait de la société; elle excitait le rire, mais ne pouvait instruire ni attacher personne, pas même les Italiens. Aujourd’hui ce genre a presque complétement disparu de la péninsule opprimée : on y chante encore des paroles qu’on n’entend pas; on n’y débite plus de paroles qu’on pourrait entendre. L'Italie n° plus de comédiens; elle n’a que des chanteurs.

SAINT-PRosPER jeune.

CANGA-=ARGUELLES ( Don Jose), ancien minis des finances d’Espagne, né en Asturie vers 1770, se distingua dans les cortès de 1812, comme député de Valence, autan par ses talents que par son zèle pour les principes consti tutionnels. En 1814, au retour de Ferdinand VII en Espagn il fut exilé à Penniscola; mais, rappelé au mois de juill 1816, il obtint un emploi public à Valence; et lorsqu'en 182 on rétablit la constitution de 1812, il fut nommé minis

CANGA-ARGUELLES — CANIN

des finances. En cette qualité, Canga-Arguelles présenta aux cortès un tableau comparatif des domaines appar tenant au clergé et de ceux qui étaient la propriété de l'État, et démontra ainsi que les premiers étaient d’un tiers plus considérables que les seconds. C’est aussi à cette époque que remonte la publication de son remarquable ouvrage sur la situation financière de l'Espagne : Memoria sobre el Credito Publico (Madrid, 1820). Dans ce livre il peignait Pétat où se trouvait réduit le trésor publie au moment où le roi jura la constitution, et il indiquait les moyens propres à couvrir le déficit annuel. Ses projets ne furent que partiellement adoptés, mais du moins le déficit du budget de 1822 ne s’éleva plus qu’à 198 millions de réaux. Ferdinand VII, dans le discours d'ouverture des cortès, qu’il prononça le {°° mars

1821, s'étant plaint de la faiblesse du pouvoir exécutif, sans avoir préalablement communiqué ce document à ses mi- nistres, Canga-Arguelles, comme le reste de ses collègues,

donna immédiatement sa démission. Membre des cortès de 1822, Canga-Arguelles vota alors avec les libéraux modérés. Il fit diverses propositions tendant à affermir la constitution et à améliorer, par des réformes, la situation financière. Après la chute du gouvernement des cortès, il fut obligé d'émigrer en Angleterre, où il composa son grand et bel ouvrage intitulé : Diccionnario de Hacienda para el uso de la supremadireccion de ella (5 vol.; Londres 1827- 1828 ), qu'avaient précédé ses Ælementas de La ciencia de Hacienda (Londres, 1825). En 1829 il reçut l'autorisation de rentrer en Espagne. Appelé plus tard à siéger de nouveau aux cortès, il s’y montra fidèle aux principes de toute sa vie, mais sans y jouer un rôle important. Il est mort en 1843.

CANGE (Du). Voyez Ducance.

CANGUE (Supplice de la). C’est un morceau de bois qui, emprisonnant ou le cou ou les bras ou les jambes, souvent letout à la fois, empêche les mouvements du patient, et de plus lui impose un poids, qui varie de 10 à 30 et même 100 kilogrammes. Ce supplice est fort usité en Chine; les

condamnés sont promenés ou exposés, et une inscription :

placée sur la cangue indique le caractère du crime.

C’est la peine le plus ordinairement infligée par les lois chinoises, si toutefois on excepte les coups de bambou; mais ceux-ci se donnent avec un tel laisser-aller que les Chinois n’y font guère attention. Ils se distribuent de supérieur à inférieur, et n’entraînent aucune conséquence infamante; on dit même que l’empereur en gratifie assez souvent ses courtisans, et qu’il les traite après cette petite correction tout aussi bien qu'auparavant.

Après la cangue viennent l'exil, la mort par la strangulation d’abord, puis par la décollation ( ce qui est beaucoup plus infamant), et enfin la mort lente, les tortures de toutes sortes, les découpements en aiguillettes, bref toutes les exagérations d’une cruauté pour ainsi dire fantastique. Ces derniers raffinements ont lieu quand il s’agit de parricides ou de crimes contre l’empereur, lequel, on le sait, est à la fois le père et la mère de ses sujets.

Il n’y a rien d’aussi effrayant à voir que les albums qu’on vend à Canton, et dans lesquels sont représentés ces bizarres supplices; et l'étranger ne peut guère se rendre compte de ces apparentes tendances à la cruauté, quand un séjour prolongé parmi les Chinois lui a permis d'apprécier leurs qualités douces et pacifiques. Il est alors porté à croire que ces exhibitions de supplices n’ont pour but que d’effrayer les coupables à venir, et telle est anssi l'opinion gé-

nérale des gens habitués aux mœurs du pays. Il paraît ce-

pendant qu'il y a chaque année un grand nombre de

condamnés à mort, quoique leur sentence doive être ratifiée

par le tribunal de Pékin, et signée par l’empereur, qui a le droit de faire grâce, On doit bien penser que les exécutions sont aussi expéditives qu’il se peut, chez un peuple qui n’a pas plus voulu de notre guillotine que de nos autres inventions. On réserve tous les condamnés d’une année pour le

même jour, et l'habileté des étrangleurs ou des hommes à glaive ne les fait guère languir. Ajoutons que la peine de mort est moins terrible chez les Chinois que partout ailleurs, à cause de l'indifférence avec laquelle ils renoncent à la vie. L'influence puissante de leurs mœurs diminue aussi l'horreur qu’inspirerait chez d’autres peuples la mesure par laquelle, dans les cas graves, le châtiment atteint non-seulement le coupable, mais encore tous les siens, et même quelquefois les générations à venir.

Pendant les deux premières années de notre séjour en Chine, bien des crimes avaient été commis, mais pas une peine grave n’avait étéinfligée. Nous étions donc fermement persuadés que, suivant le dire d’anciens auteurs, la justice chinoise était lente, minutieuse et douce; mais en 1843, dans les derniers jours que nous passâmes à Canton, nous fûmes bien obligés d'abandonner cette opinion. A la suite de troubles et d’incendies à Canton, six malheureux Chinois, pris, disait-on, à peu près au hasard, furent mis à la cangue sur la place du marché, attachés à des poteaux, accroupis, les jambes, la tête et les bras pris dans la maudite machine, exposés au milieu de l’immense concours de peuple qui venait acheter, et condamnés à rester là immobiles jusqu’à ce qu'ils y mourussent de faim, entourés de vivres de toutes sortes. Un officier de justice veillait seul, armé de son petit rotin blanc, et nul n’osa les secourir. Ils résistèrent plus ou moins longtemps : quand l’un d’eux mourait, on apportait un cercueil, et on enlevait son corps sous les yeux de ses camarades. Les spectateurs de cet horrible supplice ne paraissaient pas y faire attention, et, chose plus étrange, les malheureux condamnés causaient entre eux et avec les passants comme s'ils eussent été dans la position la plus ordinaire.

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