BUFFET — BUFFLETERIE
direction ou qui font le service du buffet. Enfin, on distingue dans une soirée, ou réunion dansante, le buffet du souper, en ce que l’on s’asseoit à table pour celui-ci, tandis que devant le premier on boit ou mange debout. Le peuple de Paris dit, au figuré, danser devant le buffet, pour exprimer l’action, assez commune chez lui, de mourir stoiquement de faim.
Un buffet d’eau est, dans un jardin, une table de marbre ordinairement adossée contre un mur ou placée dans le fond d'une niche, sur laquelle s'élève une pyramide d’eau, avec plusieurs coupes et bassins formant des nappes ou cascades. Un buffet d'orgues est le corps de menuiserie où sont enfermées les orgues ou chaque jeu en particulier. On donne aussi quelquefois ce nom à l'orgue tout entier, lorsqu'il est d’une petite dimension.
BUFFIER (Czaure), jésuite, né en Pologne, en 1661, d’une famille française, mort à Paris, en 1737, avait fait ses études et pris les ordres à Rouen, où il devint professeur de théologie. Le premier écrit qui le fit connaître fut une brochure contre les sujets de conférences ecclésiastiques que l’archevèque Colbert avait proposés à ses curés, brochure condamnée par ce prélat dans une lettre pastorale du 28 mars 1697. Le père Buffier, n'ayant pas vouiu se rétracter, fit le voyage de Rome, d’où, après un séjour de quatre mois, il revint à Paris, fut associé au Journal de Trévoux, et publia un grand nombre d'ouvrages en prose ou en vers sur la religion , l’histoire et la morale, parmi lesquels nous citerons son Cours des Sciences et sa Pratique de la Mémoire artificielle pour apprendre et retenir la chronologie, l'histoire et la géographie. Afin de fixer dans la mémoire les noms propres , l'ordre et la date des faits, il se sert de vers techniques, analogues à ceux employés par Port-Royal pour l'étude des langues anciennes. Ce dernier ouvrage à été souvent réimprimé : la géographie a continué longtemps à être enseignée par cette méthode dans les institutions des jésuites.
BUFFLE. Quatre espèces du genre b æu f portent ce nom.
Le buffle proprement dit ( bos bubalus, Linné ) ressemble beaucoup au bœuf ordinaire par la figure et la stature; cependant sa tête est plus grosse, son front plus bombé ; ses cornes ont une formeet une courbure différentes ; elles sont plus penchées en arrière, plus courtes et moins arquées, aplaties sur deux faces et striées circulairement ; il n’a presque point de fanon; sa queue est très-mince; ses oreilles sont larges et pointues; son corps, très-large par devant, se rétrécit par derrière; ses jambes sont courtes et épaisses ; et ses mamelles, au lieu d’être rangées, comme à l'ordinaire, sur deux lignes longitudinales et parallèles, sont placées sur une seule ligne transversale. Son poil est ordinairement en entier d’une couleur noirâtre, à l’exception d’un toupet frisé qu’il porte sur le front, et d’une touffe qui termine la queue, et qui sont d’un blanc jaunâtre. Cet animal, originaire de l’Inde, a été amené pendant le moyen âge en Égypte, en Grèce et en Italie, où il est demeuré domestique. 11 est farouche, difficile à dompter , mais trèsvigoureux; il aime les lieux marécageux et les plantes grossières, dont on ne pourrait nourrir le bœuf. Sa voix est semblable à celle du taureau, mais plus forte et plus grave. 1l entre souvent en fureur, surtout à l'aspect de la couleur rouge; mais comme il voit mal de jour, il est, avec de l'habitude, assez facile de lui échapper. Malgré sa stupidité apparente, il fait souvent preuve d’une excellente mémoire, et on l’a vu retourner seul à son troupeau de près de 80 kilomètres de distance. Comme il est plus fort que le bœuf, on l’emploie pour le labourage, et comme bête de trait : deux buffles attelés à un chariot tirent autant que quatre forts chevaux. D’un autre côté, sa chair, noire et dure, répugne en outre par son odeur musquée; son lait est plus abondant, mais moins agréable que celui de la vache, surtout à cause d’une odeur de muse, qui toutefois n'empêche pas
DICT. DE LA CONYERS. — T, Iy.
de le boire et d’en faire du beurre et du fromage, Mais ce que le buffle fournit de plus précieux , c’est son cuir, qui est à la fois léger, solide et presque imperméable. Ses cornes sont aussi fort estimées. Les objets de tabletterie qu’on en fabrique sont partout très-recherchés. Les mâles sont ardents en amour; ils combattent pour leurs femelles. Celles-ci produisent deux années de suite, et se reposent la troisième, pendant laquelle elles demeurent stériles, quoiqu’ehes reçoivent le mâle. Elles commencent à être fécondes à quatre ans et demi, et cessent de l'être à douze; elles mettent bas au printemps un seul petit, qu’elles ont porté dix mois. La durée de la vie du buffle est de vingt et quelques années. C’est à quatre ans que l’on coupe les mâles dont on veut se servir; et comme cette opération ne leur ôte pas toute leur férocité, on leur perce la cloison des narines, et on y passe un anneau de fer, auquel on attache une corde pour les conduire. 11 y a aux Indes une race de buffles dont les cornes s’allongent extraordinairement , et peuvent acquérir plus d’un mètre et demi de long. On les connait sous le nom d’arni. ‘
Le buffle du Cap ou buffle des Hottentots (bos caffer, Sparmann ), très-nombreux dans la partie méridionale de l'Afrique, et jusqu'en Guinée, est un animal féroce, assez semblable au buffle, mais dont le corps est-plus gros et plus massif, les jambes plus courtes et plus épaisses, le fanon plus apparent. Ses cornes sont noires, très-grandes, dirigées de côté et en bas, remontant de la pointe, et tellement larges à leur base qu’elles couvrent presque tout le front, ne laissant entre elles qu’un espace triangulaire, dont la pointe est en haut. Son cuir est presque aussi épais et aussi fort que celui du rhinocéros, et les colons du cap de Bonne-Espérance le préfèrent à tout autre pour faire des traits et des harnais. Mais la chasse de cet animal est périlleuse, et sæ rencontre même devient souvent funeste.
Le buffle musqué d'Amérique ou bœuf musqué ( bos moschatus, Gmelin ) a dans le sexe mâle les cornes rapprochées et dirigées comme le précédent, tandis que la femelle les a plus petites et écartées. Son front est bombé, son museau couvert d’un poil fin jusqu'aux lèvres, comine dans les moutons, en sorte qu’il diffère de tous les autres bœufs par l'absence de mufle, ce qui a engagé de Blainville à en faire un genre nouveau sous le nom d’ovibos. Il est d’ailleurs d’une taille moindre que notre bœuf, ct surtout très-bas sur jambes. Sa queue est très-courte et se distingue à peine à travers le poil. Celui-ci est très-touffu, et si long qu'il pend jusqu’à terre. Il vient de plus en hiver à cet animal une belle laine épaisse, qui garnit la racine de tous les poils , et qui tombe en été : cette laine est cendrée; l'autre poil est d'ordinaire noir. Cette espèce répand avec plus de force l’odeur musquée commune à tous les bœufs. On ne la voit que dans les parties les plus froides de l’Amérique septentrionale, où elle vit en troupes de quatre-vingts à cent individus, parmi lesquels il n’y a qu’un petit nombre de mâles.
Nous parierons du buffle à queue de cheval au mot Ya, nom sous lequel il est plus connu. DÉMEZIL.
On donne encore le nom de buffle à la peau de ces animaux et à celle des autres bœufs et même des élans, qui a été foulée et préparée avec de l’huile dans des moulins à buffle, ainsi qu'au pourpoint ou vêtement de guerre que l'on en faisait autrefois.
Buffletin est tout à la fois aussi le nom du jeune buffle et de sa peau, préparée de la même manière que celle du buffle et destinée au même usage.
BUFFLETERIE, dénomination générique des diverses bandes de buflle, ou d’autre peau ou cuir, qui font partie de l'équipement du soldat et servent à porter le sabre, la giberne, le mousqueton, le fusil en bandoulière, à assujettir le havre-sac ou le porte-manteau, à orner la poignée de
| certains sabres, etc. Jadis c’était une grande besogne pour le
fantassin de blanchir sa bufleterie ou son fourniment, c’està-dire le baudrier de son sabre, la banderole de sa giberne, les courroies et les bretelles de son havre-sac, celle de son fusil, la dragonne de son sabre, surtout après une pluie battante, qui, délayant le blanc d’Espagne, le faisait sillonner de veines blanches l’habit du pauvre troupier. C'était, disaiton, occuper le soldat. Mais n’y avait-il pas d’autres occupations plus dignes de lui, et n’était-ce pas plutôt l’abrutir ? Aujourd’hui toute l'infanterie de ligne, toute l'infanterie légère de France a abandonné l’ancienne buffleterie blanche en croix pour le ceinturon en cuir noir, d’un entretien bien plus facile ; le sabre-poignard n’a pas de dragonne, et les courroies et les bretelles du havre-sac, ainsi que la bretelle du fusil, sont également en cuir noir. 11 ne reste donc plus dans l'infanterie d'autre buflleterie blanche que le tablier des sapeurs et le baudrier de caisse avec la genouillère des tambours. Deux corps seuls ont gardé la buflleterie blanche, la garde républicaine et les soldats du génie. Dans sa dernière organisation, la garde nationale l’avait conservée également, mais pas en croix ; elle portait le ceinturon comme Yinfanterie, mais en buffle blanc. Enfin tous les corps de gendarmerie à pied ont la buffleterie en eroix, mais jaune et cirée à l’œuf, Quant à la cavalerie, presque tous les corps, à l'exception des gendarmes et des carabiniers, ont conservé la buffleterie blanche. L’artillerie montée et à cheval porte également des buffleteries blanches.
BUFFON ( Grorces Louis LECLERC, comte pe ).
Lorsqu’on lit sur le piédestal de la statue de ce naturaliste illustre que son génie fut égal à la majesté de la nature ( Majestati naturæ par ingenium ), la louange peut paraître exagérée; quand on étudie ses ouvrages ou ses vues sublimes de magnificence sur l'univers, quand il déroule dans ses tableaux pompeux la peinture brillante, animée, des êtres qui embellissent le monde, l'esprit, séduit par le talent de l'écrivain, souscrit à cet éloge. C’est principalement par ce genre de mérite que Buffon sut élever un monument à l’histoire naturelle et susciter ce puissant élan de la science au dix-huitième siècle, qui devait produire des fruits si heureux pour son perfectionnement dans l'avenir. Buffon éclate par son génie élevé, par ses conceptions vastes, rassemblant sous un système général un ensemble de faits. Linné, naturaliste suédois, non moins illustre, son contemporain, brillait par l’observation particulière des espèces et les méthodes de classification qui manifestaient leurs rapports d’analogie. Celui-ci procède, pour ainsi dire, par des moyens microscopiques ; Buffon préfère, en quelque manière, le télescope dans l’histoire naturelle, Tous deux rivaux, tous deux également nécessaires au progrès de cette science immense de la nature, ils en ont diversement fécondé le champ, et leurs noms méritent d’être consacrés jusque dans Ja postérité la plus reculée,
Buffon reçut le jour à Montbar, petite ville pittoresque de la Bourgogne, le 7 septembre 1707. Son père, Benjamin Leclerc, conseiller au parlement de Dijon, lui procura tous les avantages que la fortune et l'éducation peuvent réunir en lui laissant le choix de sa carrière. Quoique élevé dans une famille consacrée à la magistrature, les sciences réclamèrent le jeune Buffon; il semble avoir aussi contracté l'amour de l'étude dans la société d’un Anglais, précepteur du jeune duc de Kingston, avec lequel il s’était lié d'amitié à Dijon. Cette amitié vive engagea Buffon à parcourir, avec ce jeune lord et son gouverneur, la France, l'Italie, et à le suivre en Angleterre pendant plusieurs mois. A cet âge de jeunesse et ans gi le Br à PA ao “APE Dr
À . sir » esprit vif, son bouillant caractère, lui donnaient trop d'avantages dans la société et pres du beau sexe pour qu'il ne succombat pas souvent à leurs séductions; il eut même alors ce qu’on appelle des affaires d'honneur ; il blessa en duel un Anglais avec lequel il s'était pris de querelle au jeu à Angers, Mais le vide des