A. DELAMARCHE
CANICHE. Voyez BARBET.
CANICULE. On a donné ce nom à une étoile que les astronomes désignent sous celui de Sirius, et que les Égyptiens appelaient Sothis, d’où sont venues les expressions de période sot hiaque, ou cycle caniculaire, et année cynique, qui était l’année égyptienne. Dans les temps reculés le lever héliaque de cette étoile arrivait beaucoup plus tôt qu'aujourd'hui, de manière à coiïncider avec les jours les plus chauds de l’année, ou ceux dont la chaleur passait pour être la plus malfaisante. C’est ce qui explique le nom de jours caniculaires employé pour désigner les jours qui s’écoulent du 22 juillet au 23 août, c’est-à-dire pendant que le soleil est dans le signe du Lion, période dont la vertu maligne a sans doute été exagérée.
CANIN, CANINE, de caninus, dérivé de canis, chien, qui a rapport au chien, qui tient du chien. Ce nom sert à qualifier en anatomie : 1° les dents canines, ainsi appelées à cause de leur forme conique, plus ou moins allongée, dont les crocs du chien ont été pris pour type; 2° la fosse canine, cavité plus ou moins profonde de l'os maxillaire supérieur des mammifères, située au-dessus de la dent canine, où du lieu qu’elle aurait occupé si elle avait existé ; 3° le muscle canin (muscle petit susmaxillo-labial de Chaussier), qui de cette fosse, où il s'attache, se porte vers la commissure des lèvres, qu'il élève et porte en dedans.
En physiologie eten pathologie, on a les noms de : 1° faim canine, qui exprime un besoin excessif, désordonné et dévorant des aliments solides qu’on ne peut assouvir; 2° ris canin, ou spasme des muscles diducteurs des commissures des lèvres et des joues : ce rire a aussi été appelé spasme cynique, à cause de la ressemblance de l'expression de la face de l’homme avec la physionomie du chien, lorsque ses lèvres sont écartées var l'effet des contractions spasmodiques de leurs muscles, sous l'influence des passions qui les agitent ; 3° rage canine, maladie cruelle , qui se manifeste ordinairement chez les chiens, et qui se communique par la morsure à l’homme et à d’autres animaux {voyez Hypno- PHOBIE ). L. LAURENT.
CANINO (CHarLes-JuLES-LAURENT-LUCIEN BONAPARTE, prince ne), naquit à Paris, le 24 mai (803, de Lucien Bonaparte et d’Alexandrine de Bleschamps. I suivit son père à Rome, et alla le retrouver en Angleterre, où il était retenu prisonnier. Tout enfant, le prince Charles Bonaparte montra une ardeur extrême pour l’étude de l’histoire naturelle, à laquelle il commença à se livrer dans les campagnes de Worcester. Après les événements de 1815, son père revint se fixer en Italie, où ie Saint-Père le nomma prince de Canino , magnifique domaine que lui avait vendu la Chambre Apostolique, A Rome, le jeune Charles s’adonna - à l'étude des lettres et de l’histoire naturelle avec un remarquable succès ; il s’occupa des plantes, des insectes , des animaux vertébrés et surtout des oiseaux. Déjà se révélait le talent qui devait lui valoir l'estime du monde savant.
Le 98 juin 1822, il épousa à Bruxelles sa cousine, la princesse Zénaïde-Charlotte-Julie Bonaparte, née à Paris, le 8 juillet 1802, fille unique de Joseph-Napoléon, ex-roi d'Espagne, qui demeurait depuis {820 aux États-Unis. C’était une ferme d’une remarquable instruction , et qui s’est fait connaître par la traduction de divers drames deSchiller. De ce mariage sont issus douze enfants; quatre sont morts en bas âge; les autres sont : Joseph, prince De CANINo, qui suit; 2° Zucien-Louis-Joseph, né à Rome le 15 novembre 1828, cardinal-prêtre;, 3° Napoléon-Grégoire-Jacques- Philippe, né à Rome le 5 février 1839, marié le 26 novembre 1859 à Marie-Christine Ruspoli; 4° Julie, née à Rome le 6 juin 1830, mariée le 30 août 1847 au marquis Alexandre de Roccagiovine:; 5° Charlotte, née à Rome le 4 mars 1832, mariée le 4 octobre 1848 au comte Pierre Primoli; 6 Marie, née à Rome le 18 mars 1835, mariée le 2 mars 1851 au comte Paul de Campello; 7° Augusta, née à Rome le 9 novembre 1836, mariée le 2 février 1856 au prince Placide Gabrielli; 8° Bathilde, née à Rome le 26 novembre 1840, mariée le 14 octobre 1856 au comte Louis de Cambacérès, morte à Paris le 8 juin 1861.
Aux États-Unis le prince Charles Bonaparte publia plusieurs ouvrages qui lui firent le plus grand honneur, entre autres l’'Ornithologie d'Amérique (Philadelphie, 1825-1833, 3 vol. in-fol., fig. col.). Il visita les principales cités des États-Unis, où il sut apprécier le régime de ces contrées libres, et vint ensuite à Londres, où la Société Linnéenne el la Société de Zoologie le reçurent au nombre de leurs membres.
De retour à Rome, en 1828, avec un nombre immense d’objets d'histoire naturelle, il commença son cabinet zoologique, qui était l’un des plus riches que l’on connût. En 1830 il publia ses Observations sur la seconde édition du Règne Animal de Cuvier. De 1831 à 1832 il donna suite à son ouvrage sur la disposition des quatre classes de vertébrés ; il fit paraître encore le 4° volume de l’Ornithologie Américaine. Ce fut alors aussi qu’il commença l’un de ses ouvrages capitaux, qui lui coûta dix ans de travaux, et qui suf- Girait pour établir la réputation d’un auteur éminent : nous voulons parler de la Faune Italienne. En 1839, revenant de Londres, où il avait lu à la Société Linnéenne la première ébauche de son Système des Vertèbres, qui eut un immense succès , il traversa la France, où le roi Louis-Philippe l’accueillit avec une grande bienveillance, et où tous nos savants le reçurent avec empressement et sympathie.
Nous arrivons à l’un de ses plus beaux titres de gloire : c'est a son activité que l'Italie dut, de 1830 à 1842, l’institution de ces congrès scientifiques qui ont été si utiles au développement des études dans la péninsule, Dans ces réunions, toujours nommé président de la section de zoologie, il sut diriger les travaux avec dignité et éloquence, et fit souvent d’utiles et intéressantes lectures, À Berne il mit la dernière main à la Synopsie des Reptiles d'Europe; plus tard, à Lyon, il se mit en rapport avec le professeur Jourdan, et commença à diviser las mammifères en deux sous-classes,
| ses collections, livres et manuscrits furent acquis par le
| suivant l'usage de l’époque, était de Hondt (le Chien}
CANINO -— CANISIUS
les éducables et les inéducables. Le 29 mai 1840 il eut la douleur de recevoir le dernier soupir de son père; il réunit alors le titre de prince de Canino à celui de Musignano, qu’il avait porté jusqu’à cette époque. On connaissait si parfaitement son amour du bien public, qu’on Passociait à toutes les entreprises philanthropiques. Le roi Charles-Albert Pestimait beaucoup, et à Turin la cour et la ville Jui faisaient toujours le plus aimable accueil. 11 s’employa avec ardeur pour obtenir que son oncle et beau-père Joseph-Napoléon pôt séjourner en Italie, et il eut le bonheur d’y réussir. Puis. il se rendit de nouveau à Londres en traversant la France, et utilisa cette course rapide en s’entretenant avec les savants qui se trouvaient sur son passage.
En 1841 il brilla au congrès de Lyon, où il fut accueilli avec distinction ; dans le Dauphiné, à Vienne surtout, il devint l'objet de démonstrations populaires bien flatteuses ; enfin l’Académie des Sciences l’'admit parmi ses correspondants.
Mais dès 1847 la scène change : ayant celte année même mêlé quelques allusions politiques à un discours qu’il prononçä au Congrès des savants italiens réunis à Venise, il fut expulsé de cette ville par ordre du gouvernement autrichien, et dut retourner immédiatement à Rome. En sa qualité de libéral, il fut, au commencement de l'agitation romaine, l'un des admirateurs du pape Pie IX. Il revéêtit l'uniforme de la garde nationale pontificale, se mêla aux manifestations populaires, entreprit des voyages en faveur de la rot ee son secrétaire Masi, et enfin se vit rayé des contrôles de la garde civique, pour avoir rêvé, dit-on, l'émancipation de l'Italie. Plus tard il tourna tout à fait au radicalisme, et dans l’orageuse journée du 16 novembre 1848, où le pape fut forcé d'accepter un ministère radical, le prince de Canino devint, avec Sterbini, Cernuschi, etc., l’un des chefs du parti républicain. Au commencement de l’année 1849 il fut élu député à la constituante, romaine, laquelle, à son tour, le choisit à diverses reprises pour vice-président.
Après l'entrée des troupes françaises à Rome, le prince de Canino se réfugia en France ; mais il fut arrêté à Orléans et conduit au Havre, où il dut s’'embarquer pour l'Angleterre. L'année suivante il oblint sans conditions de venir à Paris, où, comprenant que son rôle politique était désormais terminé, il reprit de nouveau le cours de ses études d'histoire naturelle. Nous citerons parmi ses derniers travaux : Conspectus systematis ornithologiæ (Leyde, 1849, in-fol.), Conspectus generum avium (ibid., 1850, 2 vol.), suivi d'ouvrages semblables pour les mammifères, les reptiles, les poissons, etce.; et Iconographie des pigeons et des perroquels (ibid., 1857-59, 2 vol. in-fol.). Le prince de Caniuo mourut le 29 juillet 1857, à Paris. L'année suivante
gouvernement au prix de 50,000 fr. et placés au Musée d'histoire naturelle.
La princesse de Canino continua d’habiter Rome après le départ de son mari; elle s'établit ensuite à Naples, où elle est morte le 8 aoûl 1854.
CANINO (Josepa-Luciex-CuarLes BONAPARTE, prince pe), fils aîné du précédent, né à Philadelphie le 13 février 1824, porta d’abord le litre de prince de Musignano. Le blâme qu’il émit contre les opinions politiques de son père l'exposa le 10 février 1850 à une tentative d’assassinat à laquelle il échappa heureusement. 11 mourut à Rome le 2 septembre 1865, sans avoir 6Lé marié.
Ses cinq sœurs faisaient partie de la famille impériale et furent inscrites sur la liste civile de Napoléon HT pour de grosses dotations annuelles.
CANISIUS (Pernus), l’un des jésuites qui contribuèren le plus à arrêter les progrès du protestantisme en Autri et dans le midi de l'Allemagne, et dont le vrai nom, latini
naquit en 1524, à Nimègue, et fut admis en 1543, à Co
dans l’ordre des jésuites, dont il semontra bientôt l'un des membres les plus adroits. Ce fut lui en effet qui réussit à faire échouer les essais de réforme tentés par l'électeur Herman de Cologne. Appelé plus tard au collége de son ordre, à Ingolstadt, il y fut nommé en 1549 professeur de théologie, et bientôt après recteur, puis vice-chancelier de l'université de cette ville. Désigné ensuite pour les fonctions
de recteur du collége que les jésuites avaient à Vienne, il rendit encore de nouveaux services à son ordre en opérant dans l’université de cette ville des changements complétement favorables aux vues des jésuites, dont il fut premier provincial en Allemagne , et il contribua à la fondation des différents colléges que des membres de l’ordre fondèrent successivement à Prague, à Augsbourg, à Dillingen et à Fribourg, en Suisse. C’est dans ce dernier établissement qu'il se retira, lors de l’accession au trône de l’empereur Maximilien 11, prince bien moins favorable au système des jésuites que son prédécesseur Ferdinand 1*°, Canisius avait assisté au concile de Trente, Il mourut dans cette ville, en 1597. On à de lui une foule d’écrits ascétiques et théologiques. Nous citerons entre autres ses fameuses Inslitutiones christianæ Pietalis, sive parvus catholicorum Catechismus (1566), livre qui depuis sa première apparition a été réimprimé plusieurs centaines de fois, et traduit dans toutes les langues ; et son Wanuale Catholicorum in usum piè precandi colleclumm (Anvers, 1530 ).
CANITIE (de canities, dérivé de canus , blanc). Ce nom signifie simplement blancheur des poils, et surtout des cheveux. Les animaux y sont sujets ainsi que l’homme, On voit en effet, sous l'influence de la vieillesse ou de la maladie, les poils perdre leur couleur naturelleet devenir blancs.
La canitie, considérée dans l’homme seulement, a été distinguée en naturelle, contre-naturelle et accidentelle. La première a lieu dans un âge avancé, la seconde est celle des enfants ; la troisième est produite par les maladies. Lorsque la chevelure n’est blanche que dans quelques parties, la canitie est locale. 11 n’est point rare de rencontrer des personnes qui ont des touffes ou la moitié de la chevelure entièrement blanche, pendant que le reste offre la teinte noire ou plus ou moins blonde. La canitie est dite générale lorsque non-seulement les cheveux, mais encore les poils de la barbe et de toutes les autres régions sont devenus blancs. Les cheveux commencent ordinairement à grionner entre trente et quarante ans. Quelquefois la canitie t plus précoce, et d’autres fois plus tardive, Ce phénoène se manifeste d’abord à la tête, ensuite au menton ; plus tard aux autres régions du corps, et plus tardivement encore aux aisselles. En observant l’ordre dans lequel il s’effectue, on est porté à penser que les parties les plus éloi-
nées du centre circulatoire ou cœur, et les plus exposées aux intempéries de l'air, doivent subir les premières l'influence de l’âge, et réciproquement.
En outre des espèces de canities mentionnées ci-dessus , n observe des canilies originelles ou de naissance, qu'il e faut pas confondre avec les canities accidentelles, qui urviennent chez les enfants non malades. Ces canities oriinelles offrent diverses nuances de blancheur. Rarement les heveux et même tous les poils offrent le blanc de lait u’on observe chez les vieillards ; le plus souvent ils sont, ans ces cas, d’un blanc clair, argenté, qui devient queluefois légèrement blond. Les enfants atteints de la caitie originelle ont ordinairement la peau très-blanche. La ouleur blanche du système pileux dans les albinos difère aussi beaucoup de la blancheur sénile des poils.
La canitie peut quelquefois survenir subitement. Haller a évoqué en doute ce fait. Cependant les recueils d’observaions en citent des cas très-nombreux ct très-variés, qu'on oit se renouveler fréquemment, surtout à l’époque des randes agitations politiques, chez les personnes douées ’une extrême susceptibilité nerveuse, dans tous les degrés
CANISIUS — CANITIE
de la hiérarchie sociale. Il suffit d'observer et d'apprécier les conditions organiques normales dans lesquelles les cheveux et les poils poussent et végètent avec la couleur ou la teinte propre aux diverses constitutions individuelles dans la vigueur de l’âge et de la santé, pour savoir ensuite reconnaitre les influences diverses qui produisent la canitie, Ces influences, qu’il est impossible de préciser exactement, sont très-nombreuses. Il en est qui s’exercent dans le sein de la mère, et avant la naissance. Celles-ci ou sont bornées à quelques parties de la tête, ou s'étendent à toute la cheve: lure, ou bien elles portent sur tout l'organisme. Dans ce cas la canitie générale s’observe non-seulement dans tous les poils et cheveux, mais encore à la peau et à l'œil, dont l'iris est d’un bleu plus ou moins clair, À ces influences extraordinaires, qui agissent profondément sur tout l'organisme pendant qu'un nouvel individu se forme et se développe, il faut opposer, sans les confondre, l’action non moins extraordinaire, moins profonde, mais rapide et plus où moins subite de tous les genres d’excès, des maladies trèsgraves ou très-longues, et des fortes commotions morales, qui blanchissent les cheveux, les poils, et font vieillir plus ou moins rapidement. La succession et la continuité des actes habituels d’une vie régulière pendant la santé peuvent res tarder la canitie sénile.
L'aridité de la peau, le desséchement des bulbes des poils, ou bien la constitution humide des tissus de ces organes, dans les tempéraments phlegmatiques, ont été considérés comme deux causes générales de la canitie. Ces deux conditions, quoique opposées, peuvent réellement produire le même effet. La canitie de l'enfance a été attribuée avec räison à la faiblesse, à la délicatesse et à la constitution lymphatique propres à cet Age. L’altération générale des fluides du corps humain, entraînant les modifications des tissus et des poils pendant les maladies, a été considérée comme cause de la canitie accidentelle, Enfin, la canitie sénile, coïncidant avec le desséchement de la peau et l’atrophie des bulbes des poils, a dû être regardée comme l’effet des modifications de ces parties produites par l’âge avancé.
S'il est possible d’apercevoir le rapport entre les canities lentes et les conditions qui président à leur développement, il n’en est point de même à l'égard des canilies subites observées chez quelques personnes affectées d’un profond chagrin, ou frappées d’une grande terreur. Vauquelin a proposé l'explication suivante : « Il faudrait, dit-il, que dans ces moments de crise, où la nature est en révolution, et où conséquemment les fonctions naturelles sont suspendues ou changées de nature, il se développât dans l’économie animale un agent qui, passant jusqu'aux cheveux , en décomposât la matière colorante. » Les acides seuls lui ont paru capables de produire cette action, et en effet des cheveux noirs plongés pendant quelque temps dans ces réactifs chimiques blanchissent très-sensiblement. Petit n’admet point cette explication, et pense que dans ces grandes perturbations de l'organisme chez l’homme les éléments chimiques de la substance des cheveux et des poils peuvent réagir les uns sur les autres, former des produits différents, et amener rapidement la blancheur des cheveux, Ainsi l’altération de la matière colorante des cheveux par des agents inconnus ou par des réactions chimiques dans les canities subites, le défaut de sécrétion de la matière colorante dans les canities lentes, sont les causes de la blancheur des cheveux.
La canilie plus ou moins précoce des cheveux et de la barbe étant considérée en général comme un indice de détérioration ou de laideur physique chez les diverses nations p'us ou moins civilisées, on s’est occupé des moyens de la prévenir, de la guérir ou de la masquer. Comme moyens préservatifs, on à prescrit à l’intérieur les pilules d’agarie, la thériaque , le mithridate, la chair des vipères. Des médecins anciens ont prétendu que l’usagede la chair de vipère
préservalt non-seulement de la canitie, mais encore conservait dans une jeunesse perpétuelle, Nous passerons sous silence les formules des médicaments proposés comme moyens internes préservatifs ou curatifs de la canitie, et quant aux médicaments employés à l’extérieur, nous ferons remarquer qu'ils ne servent qu'à masquer momentanément la canitie , puisque la base des cheveux et des poils, qui continuent de pousser, est toujours blanche lorsqu'on est parvenu à noircir toute la chevelure ou la barbe à l’aide de pommades ou de liniments. Un très-grand nombre de substances ont été employées à noircir les cheveux. Les principales sont la fiente d'hirondelle, le fiel de taureau, l'huile d'olives sauvages, les cendres de fleur de bouillon-blanc dans le vinaigre, la pulpe de coloquinte, la chaux vive, la litharge, les noix de galle, etc. Mais les personnes dont les cheveux ont blanchi dans un âge plus ou moins avancé ont tort de recourir aux moyens qui les noircissent ; car les plus efficaces de ces moyens ont quelquefois de graves inconvénients, et les plus doux ne réussissent point, ce qui oblige de répéter les applications.
La canitie ou blancheur des cheveux et de la barbe d’un beau vieillard inspire le respect, surtout lorsque la vieillesse, plus ou moins prématurée, a été quelquefois devancée par des travaux pénibles et par les nobles efforts d’un généreux dévouement aux grands intérêts de l'humanité, Aussi dit-on , au propre et au figuré, qu’un homme « blanchi sous le harnais, sous le mousquet , lorsqu'il a passé toute sa vie dans les armées; ou qu’un homme « blanchi dans les emplois administratifs, religieux, judiciaires, scientifiques , ete., lorsqu'il a rempli avec honneur et probité les devoirs des divers degrés de la hiérarchie sociale qu'il a parcourus. La blancheur des cheveux chez les enfants, chez les convalescents de maladies graves ou longues, excite la compassion, parce qu’elle fait naître en nous l’idée d’une santé faible, délicate, ou d’une constitution qui a reçu des atteintes profondes. Enfin, qui ne se rappelle avec émotion ces exemples de canitie survenue quelquefois subitement chez les victimes qui attendaient le coup de la hache révolutionnaire. L. LAURENT.
CANITZ (Frenéric-Ronocrne-Louis, baron pe), poëte allemand, issu d’une famille riche en hommes célèbres, et dont les annales de Misnie font mention dès le douzième siècle, naquit à Berlin, en 1654, et y mourut, en 1699. I] fut longtemps employé dans la diplomatie par son souverain, l’électeur de Brandebourg, devenu plus tard roi de Prusse sous le nom de Frédéric 1°", et vécut de 1681 à 1695 dans la plus heureuse union avec Dorothée (Doris) d’Arnimb, dont les qualités et les vertus ont été célébrées d’abord par son mari, et ensuite par Franz Horn et par Varnagen d’Ense. Canitz, dont les poésies ne parurent qu'après sa mort, sous le titre de Nebenstunden unterschiedener Gedichten (Berlin, 1700; 14° édition, 1760 ), et qui furent éditées par Lange, ne se livra au commerce des Muses que dans les rares intervalles de loisir que lui laissaient ses fonctions officielles. 11 appartient d’ailleurs à l’école française qui régna si longtemps en Allemagne, et 2xerça une si déplorable influence sur la littérature et la poésie de ce pays. Imitateur du style et de la manière de Boileau, ses satires, sans avoir le mérite de celles du modèle qu’il s'était pro-* posé, ont tout au moins celui de faire contraste, par Ja pureté et la simplicité élégante du style, avec lenflure et la prétention pédantesque de l'école qui florissait alors, et dont les Bohse, les Postel, les Hunold et autres poëtes ridicules, étaient les coryphées. Ses œuvres poétiques se composent de satires et de poésies pieuses ou galantes.
Le baron pe Cantrz ET DE DaLLwirz, général-major , envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de Prusse prés la Sublime-Porte, de 1827 à 1829, à la cour de Hanovre, puis à Vienne, et enfin ministre des affaires étrangeres en 1849, appartenait à la même famille, On a de lui un
CANITIE — CANNE
livre justement estimé sur la cavalerie. Entré au service en 1806 , il fit toutes les campagnes de la Prusse contre 1a France jusqu’en 1815, et fut pendant quelque temps pro- 1 fesseur à l’école militaire de Berlin. Nommé colonel en 1829, il fut chargé en 1831 de suivre au quartier général du feld-maréchal Diebitsch les opérations de l’armée russe des= tinée à “ombattre les Polonais. Partisan du mysticisme dé: vot et protestant, aujourd’hui si fort à la mode à la cour de Berlin, il n’est pas surprenant qu’on ait attribué à ce militaire diplomate un livre anonyme intitulé : Considérations d'un laïque sur la Vie de Jésus, par Strauss ( Gættingue, 1837). Le baron de Canitz est mort à Berlin, le 25 avril 1830,
CANIVEAUX, nom des plus gros pavés qui, étant assis alternativement avec les contre-jumelles et un peu in: clinés, traversent le milieu du ruisseau d’une rue ou d’une cour; d'où lon a appelé pierre taillée en caniveau celle qui est creusée en manière de ruisseau pour faire écouler l’eau, et que l’on emploie pour paver une cuisine, un lavoir; une laiterie, etc.
CANLASSI (Guno), peintre de l’école bolonaise, plus connu sous le sobriquet de Cagnacci ou Cagnazzi, qu’il dut à la difformité de son corps, naquit en 1601, à Castel= San-Arcangelo, près de Rimini, et mourut en 1681, à Vienne, où l'avait fixé la généreuse protection de l’empereur Léo= pold 1°". Ses tableaux, parmi lesquels on cite surtout un Saint Mathieu et une Sainte Thérèse, que l’on voit à Rimini, et la Décollation de saint Jean-Baptiste, qui se trouve à Bologne dans le palais Ercolagni, sont d’un coloris | clair et harmonieux, mais ont moins de noblesse et de cor- | rection de dessin que ceux de Guido Reni, son maître ef SON modèle. Notre musée du Louvre possède de ce maître un Saint Jean-Baptiste.
CANNABICH. Deux hommes de ce nom, le père et Ie« fils, se sont rendus célèbres en Allemagne par les services qu’ils ont rendus aux lettres et aux sciences. Le premier, Gottfried-Christian, né en 1745, et mort en 1830, était pas= teur à Sondershausen et a publié de nombreux écrits théolo= giques , ainsi que des recueils de sermons justement estimés Le second, Joseph-Gunther-Frédéric, né en 1777, à Son dershausen, est un des plus savants géographes modernes: On a de lui une foule de livres élémentaires relatifs à la science qui a fait l'étude de toute sa vie. Il a d’ailleurs, comme son père, embrassé l’état ecclésiastique. Il est mort le 2 mars 1859 dans sa ville natale. |
CANNE (de canna, roseau), bâton droit, ordinaire» ment conique, que l'on tient par le gros bout. Il paraît en effet que les premières cannes ont été faites ou de roseau ou de bois de férule. Bacchus avait ordonné sagement aux hommes qui boiraient du vin de porter des cannes de ce der nier bois, parce que leur grande légèreté les rendait inof=u fensives dans la fureur des rixes occasionnées par les excès. de boissons. Les prêtres de Bacchus portaient également de ces cannes, et, suivant Tristan, la canne de férule était aussi un emblème de Pluton, comme étant à la fois la marque de la vieillesse et du commandement.
La canne a continué chez les modernes d’avoir la même valeur d'interprétation. Longtemps aussi, dans la troupe; les officiers ont été dans l'usage de porter la canne sous less armes. C’est qu’alors on se permettait de frapper le soldat dans les rangs. Il a fallu une révolution en France pou faire disparaitre cet usage odieux et avilissant, qui avait ét emprunté des armées étrangères, et qui subsiste encore chez quelques-unes. Aujourd’hui la canne n’est plus guèrè chez nous que le signe distinctif du tambour-major, fambour-maître et des gardiens publics de nos jardins el châteaux nationaux ; les sergents de ville l’ontrépudiée pot l'épée. On sait que les manœuvres et les batteries des tamis bours s’exécutent suivant les évolutions de la canne du cam poral ou sergent tambour; il aurait sans doute trop de peitiés à faire entendre ses commandements par la parole,