‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 252 sur 556 · CANNE — CANNE AROMATIQUE · texte numérisé non relu

CANNE — CANNE AROMATIQUE

Nos dames de qualité ont porté autrefois de petites cannes ; dans le réservoir une masse d'air d'autant plus dense que

légères, dont la pomme était plus ou moins riche, plus ou moins ornée; c’élait un souvenir, une dernière trace sans doute des temps de la féodalité, et ces cannes ne pouvaient avoir dans leurs mains d'autre usage que de marquer la supériorité, la dignité, le commandement

On fait des cannes de toutes sortes de bois; les plus estimées sont connues sous les noms dejoncsetdebambous. Les joncs viennent des Indes; ils sont composés de fibres .ongitudinales et parallèles; leur surface est lisse, sans la moindre apparence de nœuds ; une espèce de côte règne dans toute leur longueur. Les jones ploient sans rompre, et reprennent leur premier état comme une verge d'acier trempé. Ils ont donc toutes les qualités qu’on peut désirer dans une canne. Comme le prix en est toujours élevé, on a imaginé toutes sortes de moyens pour les contrefaire; on y parvient avec succès de deux manières : dans le premier procédé, on prend un rotin, on le polit, et on luidonneexactement la forme d’un jonc ; après quoi on le peint et on le vernit. D’autres forment le faux jonc de plusieurs petits rotins taillés artistement et bien collés ensemble; on recouvre ce composé de peinture et de vernis. Les jones en rotin font ressort ; aussi est-il facile de les confondre avec les véritables, à la vue et au toucher ; pour découvrir la fraude, il faut frotter la canne avec un morceau de drap jusqu’à ce qu’elle ait acquis un certain degré de chaleur : si le jonc est faux, ilse développera une certaine odeur de résine provenant du vernis qui recouvre sa surface, ce qui n’arrivera point si le jonc est naturel.

Le bambou est de couleur jaunâtre ou blanchâtre ; sa surface est hérissée de nœuds ; il est élastique et fait ressort comme le jonc, mais il est bien plus difficile à contrefaire, car il n’est pas de matière ayant son élasticité qui puisse prendre sa forme. Les faux bambous ne sont en effet que des bâtons noueux faits ordinairement de bois de charme et qui cassent aussitôt qu’on les ploie.

Après les jones et les bambous, les meilleures cannes se font d’un pied d’arbrisseau naturellement dur et élastique ; il yen a de tant d'espèces qu’il serait trop long de les énumérer ici. Des sarments de vigne servent surtout à cet usage. Les petites cannes prennent le nom de badines. On a fait encore des cannes en fubes de fer, vernis et polis à l'extérieur ; on en a fait aussi en bois ou en fer recouvert de cuir vernis, En général on garnit les joncs et les autres bois d’une pomme d'argent ou d’or, ou d’un métal moins cher, dont le travail est plus ou moins précieux ; quelquefois c’est le bois lui-même qui est sculpté et travaillé dans la partie que lon tient à la main, et le talent de l’ouvrier consiste surtout alors à savoir profiter de quelque nœud pour donner à la canne une poignée élégante, Quelques cannes sont des armesprohibées, comme celles qui contiennent intérieurement un dard, une épée, un poignard, emmanché dans la poignée et enfermé dans la partie inférieure comme dans une gaîne, et les cannes plombées dont un bout renferme du plomb caché, ce qui donne une plus grande volée à la canne dans les évolutions, et rend ses coups plus meurtriers.

La canne peut effectivement devenir une arme redoutable dans une main habile; et des professeurs spéciaux enseignent l’art de s’en servir.

On appelle canne à vent une arme qui dérive de la simple sarbacane, et diffère du fusil à vent en ce qu’à l'extérieur elle ressemble à une canne ordinaire. Voici une idée de sa composition : à la pomme de la canne est fixée la tige d’un piston qui joue dans un corps de pompe aussi bien calibré intérieurement qu'il est possible; le piston porte une

} Soupape qui s'ouvre en dedans ; au fond du corps de pompe en est une autre qui ouvre en dehors ou pour mieux dire, dans un tube qu’on appelle le réservoir ; on conçoit qu’en faisant jouer le piston du corps de pompe, on doit fouler DICT. DE LA CONVERS. — T. IV.

les coups de piston seront répétés un plus grand nombre de fois : telle est la manière de charger la canne. Au bout du réservoir est soudé un tube ordinairement de cuivre, dans lequel on introduit la balle ou le dard que l’on veut lancer; une détente ouvre la soupape qui laisse passer le vent dans le tube, et le coup part.

On peut faire aussi des cannes à poudre. Si leur exécution est plus facile que celle des cannes à vent, l’explosion de leur décharge les rend moins dangereuses ; néanmoins la fabrication et l’usage en sont sagement défendus. Pour s’en faire une idée, il faut se figurer que dans la poignée de la canne est logé un ressort en tire-bourre que l’on bande d’une manière fort simple et facile à concevoir : en appuyant sur un bouton, ce ressort se détend et pousse un autre bou- {on contre une capsule pareille à celle dont on fait usage pour les amorces des fusils dits à piston ; la charge qui est contenue dans un tube logé dans l’intérieur de la canne prend feu et chassele projectile. Cette arme est un fusil ordinaire, qui

doit sa simplicité ou son perfectionnement à l'invention des

fusils à piston.

En termes de fondeur et de monnayage, la canne est une verge ou tringle de fer avec laquelle on brasse les métaux en fusion. En termes de verrerie, c’est un tube de fer avec lequel on souffle les bouteilles ou autres ouvrages en verre, et dont le bout que l’on pose sur les lèvres pour cette opération s’appelle bauquin, et le bout opposé mors de lu canne.

CANNE (Métrologie), sorte de mesure de longueur, dont il est parlé dans Ézéchiel (x, 3) et dans l’Apocalypse (x, 1). Le premier dit qu’elle avait six coudées et un palme ou plutôt six coudées et six palmes, c’est-à-dire six coudées hébraïques, dont chacune était plus grande d’un palme que la coudée babylonienne.

La canne des Romains a été regardée généralement comme équivalant à dix palmes.

La canne avait aussi passé en France et dans d’autres pays, où sa valeur variait à l’infini. A Naples, la canne valait 2m,237. Celle de Toulouse et de tout le haut Languedoc contenait seulement 1®,783, tandis que celle de Montpellier et du bas Languedoc, usitée aussi en Provence et en Dauphiné, équivalait à 1,981. Mais cette mesure fut supprimée bien avant l'introduction du système décimal en France, puisqu'on trouve deux arrêtés de 1687 qui en interdisent l'usage en Languedoc et en Dauphiné.

CANNE (Botanique). Ce nom a été appliqué à plusieurs genres de plantes qui diffèrent assez entre eux, telles quela canne d'Inde,la canne aromatique,lacanne à sucre, etc. On l’emploie généralement pour indiquer celles qui ont des tiges droites, noueuses par intervalle et laissant échapper de leurs nœuds des feuilles engaînantes à la base; mais on l’applique plus particulièrement à la canne vulgaire, autrement nommée roseau, grand roseau, ou roseau à quenouilles (arundo vulgaris, ou donax ), qui croît dans les eaux dormantes ou aux bords des rivières dans le midi de la France, ce qui lui a fait donner encore le nom spécial de canne de Provence.

CANNE AROMATIQUE. La canne aromatique ou jonc odorant ( acorus calamus, Linné), forme avec l’acorus gramineus un genre de la famille des aroïdées. Cegenre offre pour caractères : fleurs hermaphrodites, complétement sessiles, disposées en une espèce de spadice simple et cylindrique; calice composé de six écailles dressées, inégales, dont trois un peu plus grandes et un peu plus extérieures ; six étamines hypogynes, à peine plus longues que les écailles, en face desquelles elles sont placées, et ayant les filets larges et plans; pistil unique; ovaires à trois loges, contenant chacune un certain nombre d’ovules renversés; stigmate simple, comme tronqué, placé sur le sommet court et aminci de l’ovaire ; fruit charnu, contenant ordinairement trois graines ou petits nucules, environnés de fibrilles ; em-

bryon cylindrique, placé au centre d’un endosperme charnu ; feuilles roïdes et rubanées, engatnantes à leur base; tige triangulaire, portant naturellement un seul spadice, et se terminant par une feuille.

Originaire de l’Inde, la canne aromatique crott également en Europe, dans les lieux inondés. Sa racine ressemble beaucoup, pour la forme etl’odeur, à celle de l’iriscommune, et Bory de Saint-Vincent attribue à son infusion l’arôme qui particularise l’eau-de-vie de grains de Dantzig, et qui corrige en elle l'odeur empyreumatique qui fait ailleurs (en Russie, par exemple ) des liqueurs de ce genre une boisson grossière. C’est une des substances, du reste, qui étaient les plus usitées autrefois en thérapeutique, où on l’employait comme excitante et sudorifique. Elle n’entre plus guère aujourd’hui que dans quelques formules compliquées, telles que celles de la thériaque et du mithridate.

CANNE À SUCRE ou CANAMELLE. La canne à sucre ( saccharum officinale:) fait partie de l’humble et néanmoins très-précieuse famille des graminées. Quelles

que soient les dénominations sous lesquelles la canne à sucre ait été indiquée, par rapport aux contrées où elle est cultivée, toutes se rapportent à une seule espèce, qui est la canne à sucre blanche, laquelle produit trois variétés consfantes, qui sont la canne à sucre jaune, lacanne à sucre violette, et la canne à sucre rouge. La canne à sucre jaune ne diffère de l’espèce d’où elle sort que par sa couleur; elle a la même stature, les mêmes formes dans toutes ses parties que la canne blanche. La canne à sucre rouge est moins forte dans tout son ensemble que l'espèce primordiale, et produit moins de sucre. La canne à sucre violette, connue aussi sous le nom de canne à sucre hâtive, est encore moins élevée que la rouge et moins productive ; elle a été proposée comme susceptible de se naturaliser plus facilement que l’espèce ordinaire dans un climat moins chaud ; mais l'expérience n’a pas justifié les promesses faites à son occasion à plusieurs époques.

S'il est conforme à la raison d'abandonner tout projet de culture en grand de cette plante en pleine terre , en France et même en Italie, il reste aux amateurs à faire des tentatives pour modifier peut-être un peu sa constitution, chose néanmoins assez difficile, puisque la canne s’est toujours rencontrée la même aux divers lieux où on a crul’avoir découverte croissant spontanément, et que (fait très-remarquable) sa culture, si ancienne et si répandue, n’a produit que trois variétés, moins bonnes que leur type, marche entièrement opposée à celle des autres végétaux que la culture perfectionne dans beaucoup d'espèces. La canne à sucre, au contraire, est la même en tous pays, quand elle est cultivée dans un sol profond et de première qualité, et au degré de température qui lui est nécessaire pour accomplir naturellement et sans efforts tous les temps de son existence, Elle a toujours été trouvée identique, qu’elle y soit naturelle ou qu’elle y ait été portée, à Madagascar, aux côtes de Coromandel, à Ceylan, dans le Bengale, à Siam, au Japon, à Java, aux îles Moluques ou au delà du Gange, dans l'Asie, qui a été désignée comme étant plus particulièrement sa patrie. Ainsi donc, en France etpeut-être même dans le reste du continent, si ce n’est sur quelques points de l'Espagne et en très-peu d’autres sites européens ; à la même hauteur de température, ou à une température supérieure ou au moins analogue à celle de l’Andalousie, nous sommeswréduits à cultiver comme objet de curiosité, comme plante d'agrément, la canne à sucre sous les vitrages, dans les serres, dont cette plante est à la vérité l’un des plus magnifiques ornements, etoù elle s'élève avec majesté à la hauteur de quatre ou cinq mètres et plus.

Les racines .des cannes à sucre sont rampantes, fibreuses et genouillées; elles produisent à la fois plusieurs tiges articulées, lisses, luisantes, hautes, le plus ordinairement, dans nos cultures artificielles, de 3° 25 à peu près, et

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