CANNING — CANON
quelle il répondit par un envoi immédiat de troupes anglaises. En cette occasion l'opposition elle-même ne trouva rien à blâmer dans sa politique; elle l’admira au contraire et y adhéra. Brougham, bien au-dessus d’une basse rivalité, paya enfin un chaud tribut d’éloges à la libéralité des vues et à l’éloquence du ministre. Ce fut peu de temps après cet événement si important de la vie politique de Canning, qui la différenciait si complétement de celle de Castlereagh, qu'arriva un autre incident qui lui enleva à jamais et les votes et les sympathies des tories. Ce fut l'attaque d’apoplexie qui éloigna lord Liverpool de la scène politique au commencement de l’année 1827.
Canning se trouvait lui-même alors malade à Brighton. Un délai considérable s’écoula avant qu’un nouveau ministre fût nommé, à cause de la grande difficulté qu'il y avait à faire un choix qui satisfit Canning et les ultra-tories. Le roi espéra y réussir en chargeant Canning de choisir un premier ministre opposé à l'émancipation des catholiques : celui-ci s’y refusa péremptoirement, et offrit l’alternative de sa démission. Georges IV demanda encore du temps pour délibérer; enfin au mois d'avril, on apprit que Canning avait accepté le poste de premier lord de la trésorerie, titre synonyme de premier ministre. Ses sept collègues tories , lord Wellington, lord Eldon, Peel, donnèrent immédiatement leur démission. On croit généralement que dans l’interrègne ministériel il avait reçu une promesse d'appui d’un des orateurs influents du parti whig; maintenant ce ne fut plus seulement le vote des whigs, mais leur accession personnelle à son ministère qui lui devint indispensable. Des ouvertures eurent lieu en conséquence ; elles furent acceptées par la majorité, comprenant Brougham, lord Lansdown, lord Holland et même lultra-libéral Burdett. Tous comprirent les exigences de la crise et la nécessité de faire le sacrifice de leurs opinions et de leurs projets personnels au besoin d’exclure les ultra-tories du pouvoir. Lord Grey seul s’abstint et essaya même de rallier l'opposition et de lui inspirer de la défiance contre Canning; on ne l’écouta pas, et peu de jours après on apprit qu’à l'exception de lord Grey, les chefs des whigs avaient accepté des portefeuilles sous Canning. Il est triste de penser que ce grand homme d'État ne soit arrivé au fatte de la puissance que pour y rencontrer des soucis et des mortifications, sans pouvoir y trouver de compensations dans l’exécution de quelqu’une de ces grandes mesures qu’il était si propre à concevoir et à exécuter. Mais sa nouvelle position était trop difficile, trop incertaine, et malheureusement sa vie fut trop courte, pour lui permettre de suivre jusqu’au bout tous ses plans. Il fut condamné à boire le calice jusqu’à la lie et à ne goûter aucune des douceurs du poste de premier ministre. Il eut à se défendre contre la malveillance acharnée des tories, qui repoussèrent ceux même de ses plans qu'ils avaient défendus du temps de lord Liverpool, par exemple sa loisur les céréales, laquelle, adoptée à la chambre basse, fut rejetée à la chambre haute par l'influence de lord Wellington, qui pourtant avait lui-même contribué à sa rédaction. A la chambre basse, Canning avait du moins l’avantage de pouvoir combattre lui-même ; là on pouvait bien le fatiguer, mais non le vaincre; il était là sur son terrain, dans son élément. Mais il n'avait pas dans la chambre haute d’ami capable de le soutenir contre les attaques passionnées et presque personnelles de lord Grey.
Cependant l'enveloppe extérieure de cet homme était trop faible pour l’âme qui l’animait. Cannmg était malade depuis longtemps. La grande excitation que devaient lui causer tant de déboires et la multiplicité de ses travaux aggravèrent son état, tout en l’empêchant de s’apercevoir lui-même des progrès de Ja maladie. Vers la fin de juillet, trois mois après sa nomination au poste de premier ministre, il lui devint impossible de s'occuper d’affaires , et il se retira à la maison de campagne du duc de Devonshire, à Chiswick, près de
Londres, où il rendit le dernier soupir, le 8 août, dans la chambre même où Fox était mort. J. Quincy-Adams le pro clama « l’homme d'État le plus complétement anglais et le plus patriote qu’eût encore produit l'Angleterre. »
Crowe, de Londres.
CANDO (Azowso), célèbre peintre, sculpteur et architecte espagnol, qu’on désigne ordinairement comme Je fondateur de l’école de Grenade , né à Grenade, en 1601, reçut sa première instruction de son père Miguel CANo, qui était architecte, et se perfectionna plus tard à Séville, sous la direction de Pacheco d’abord, et ensuite sous celle de Juan del Castillo ou Herrera. Il se fit un nom de bonne heure, et fut nommé en 1638 peintre du roi d’Espagne. Artiste des plus occupés, un horrible événement détruisit tout à coup son bonheur. En rentrant un jour chez lui, il trouva sa femme assassinée et sa maison dévalisée. Son domestique, Italien de naissance, avait pris la fuite, et fut l’objet des premiers soupçons. Mais les juges ayant découvert dans le cours de l'instruction qu’Alonzo Cano était jaloux de ce domestique et entretenait des relations avec une autre femme, ils acquittèrent le fugitif, et condamnèrent le mari. Ce jugement contraignit Cano à quitter Madrid. Le bruit se répandit alors qu’il s'était retiré en Portugal ; mais il était allé se cacher à à Valence; et là, son talent l’ayant trahi, il se réfugia dans un couvent de Chartreux. Plus tard il revint à Madrid, où il se tint d’abord soigneusement caché; mais ensuite, fatigué de la contrainte que lui imposait un tel genre de vie, il se livra lui-même à Ja justice. 11 fut alors soumis à la question. Cependant, par égard pour son talent, les bourreaux eurent ordre d’épargner son bras droit. Cano souffrit ces horribles tortures avec le plus grand courage et sans laisser échapper un seul mot qui pût servir de base à une condamnation. Le roi en ayant été instruit, lui rendit sa faveur, et comme, dans l'intervalle, Cano s'était fait prêtre, il le nomma Racionero (résident) de Grenade, où il mourut en 1664. Les toiles d’Alonso Cano brillent surtout par la grâce et par un charme de coloris tout particulier. La plus grande partie de ses œuvres se trouvent à Grenade ; maïs on en voit aussi à Séville età Madrid.
CANON. On peut rattacher presque toutes les acceptions de ce mot à deux origines distinctes : l’une est le grec xavwy, qui signifie règle; l’autre est le mot latin canna, qui signifie roseau.
On a d’abord donné le nom de canon à la plupart des lois de l'Église, et surtout aux décisions des conciles généraux, qui sont la règle de la foi et de la discipline ecclé-
"siastique. Plusieurs de ces lois remontent à l’origine du
christianisme, et sont appelées canons des apôtres, non qu’elles soient l'ouvrage des apôtres mêmes, mais parce qu’elles ont été recueillies de leur bouche par leurs diseiples. L'Église latine admet 50 de ces canons. La collection des lois et des canons de l’Église forme ce qu’on appelle le droit canonique.
On nomme encore canon cette partie de la messe qui suit la préface jusqu’à la communion, parce qu’elle est la règle de la consécration, et qu’elle est la même dans toutes les messes.
Il y a aussi le canon de l'Écriture sainte, c'est-à-dire le catalogue des livres dont se composent l'Ancien et le Nouveau Testament.
Canon , dans sa relation avec l’éltymologie que nous lui avons reconnue comme expression de {ube, canne, roseau, se dit d’abord de la partie des mousquets, fusils, carabines, pistolets, et autres armes à feu, où se met la charge de poudre et de plomb. En terme de serrurier, le canon est la partie d’une clef forée qui joint l'anneau, comme c’est aussi le nom de la partie de la serrure dans laquelle entre le bout de la tige de la clef quand elle n’est pas forée.
Canon se dit, en termes d'art vétérinaire, de la partie de la jambe d’un cheval comprise antre le genou et le boulet
(tibla); elle est formée de trois os, savoir : l'os du boulet, qui est en avant, et les deux styloïdes, qui sont en arrière. C’est encore le nom d’une mesure de liquides bien connue es marchands de vin et de leurs pratiques.
Les imprimeurs désignent par le mot canon les gros caractères dont ils se servent; tels sont : le petif-canon, le gros-canon, le double-canon, le triple-canon, etc.
CANON ( Artillerie). Le mot canon est la plus ancienne dénomination qu'’aient reçue les armes à feu. Les comptes de la ville de Saint-Omer, de 1306 à 1342 ( Monteil, Traité des Matériaux Manuscrits, tome II, page 292, Paris, 1835), les documents rapportés par Georges Stella, et qui remontent à 1319, un décret de la république de Florence du 11 février 1326, enfin le document de Ducange, si souvent cité, et qui porte la date de 1338, font tous mention de canons servant, dès le commencement du quatorzième siècle, à lancer, au moyen de la poudre, des balles de plomb, des carreaux, des pierres et des matières enflammées. Dès 1347 il y avait dans les armées des canonniers , des gunners. Ce fait est constaté par un ancien manuscrit intitulé : Solde de querreen Normandie, en Franceet devant Calais, par Walter Wentwaght. Ce document important prouve la vérité du récit de Jean Villani, qui rapporte que les Anglais avaient des bouches à feu à la bataille de Crécy, en 1346; car il est évident que si Édouard IIX avait dans la même campagne des canonniers auxquels il donnait de dix à douze sous par jour, il devait nécessairement traîner à sa suite des canons; et d’ailleurs ce prince s'était déjà servi d’armes à feu contre les Écossais. Le mot canon vient du latin ou de l'italien canna, qui veut dire roseau. Cette étymologie et l’expression pendant longtemps usitée de bétons à feu tendent déjà à prouver que les premiers canons étaient extrêmement petits. En effet, il résulte de tous les documents du commencement du quatorzième siècle qu’on entendait alors par canon un simple tube cylindrique en fer
forgé, très-étroit et très-court. Nous avons d’ailleurs conservé
au mot canon sa première acception, en appelant canon de fusil ou de pistolet le tube étroit en fer forgé qui sert aux armes porlatives.
A la fin du quatorzième siècle et au commencement du quinzième les armes à feu s'étaient multipliées à l'infini, et elles avaient pris toutes espèces de formes : les unes, courtes et larges, ressemblaient à de vrais tonneaux, et lançaient des boulets de pierre qui avaient jusqu’à vingt-six pouces de diamètre (Trésor de Chartres ), pesant environ 1,000 livres ; les autres, très-longues et très-étroites, avaient jusqu’à trente pieds de longueur, etlançaient des balles de plomb, de six lignes de diamètre ou de {rente trois à la livre ( Inventaire del'Artillerie de l'Hôtel de Ville de Paris, en 1505). Entre ces deux limites extrêmes de l'échelle des calibres il y avait une foule de subdivisions intermédiaires. La confusion qui existait dans les choses devait naturellement se retrouver dans les expressions, et à cette époque on donnait indifféremment à toutes espèces de bouches à feu les noms de canons, bombardes, bâtons à feu ou bâtons de canonnage. En effet, on trouve dans les Chroniques de Froissart, du maréchal Boucicaut, de J. Juvénal des Ursins, de Monstrelet, etc., les termes de grosses bombardes et de canons, landis que Christine de Pisan, qui fait la description de l'artillerie française en 1400 , n'emploie jamais l’expression de bombarde, et nomme gros canons les bouches à feu qui lançaient des pierres de 200, 300, 400 et 500 livres; canons communs, ceux qui lançaient des boulets moins volumineux , et petits canons ceux qui avaient pour projectiles des pierres irrégulières ou des balles de plomb. D'autres documents prouvent qu’on donnait aussi le nom de canons aux petits calibres : ainsi Valentine, duchesse d’Orléans, voulant approvisionner ses châteaux et forteresses de Valois, de Beaumont, de Champagne, rend une ordonnance le vingt-sixième jour de septembre 1408, pour qu’on
CANON
achète 30 canons, 800 livres de poudre et 600 plombées pour armer toutes ces places ; ce qui prouve que ces canons lançaient une balle de plomb d’environ une livre et un tiers; car le poids de la charge était alors aussi grand que le poids du projectile. En 1418, le seigneur de Cornouailles, lieutenant du roi d'Angleterre, passa la Seine près de Pontde-l’Arche, ayant avec lui dans une nacelle un cheval chargé de petits canons (Monstrelet). Lobineau, dans son Histoire de Bretagne, rapporte un compte d’un trésorier des guerres qui prouve qu’il y avait en 1461 des canons dont la volée pesait quatre-vingt-quinze livres et la boîte ou culasse quarante livres. D’un autre côté, Monstrelet parle de petites bombardes, et Lampo Birago, qui écrivait en 1450, désigne sous ce nom toute espèce de bouche à feu. Il faut dire aussi que les auteurs qui écrivirent en latin, même au seizième siècle, se servirent toujours du nom de bombarde comme terme générique : ainsi, on grava sur la couleuvrine qui tua le connétable de Bourbon, au siége de Rome :
Carlum Borbonium quondam bæc BOMBARDA peremit ; Utilior Romæ machina nulla fuit,
Quoi qu’il en soit, on peut faire la distinction suivante dans l'artillerie française du commencement du quatorzième siècle. 1° Les bombardes et les mortiers, qui lançaient d’énormes boulets de pierre; 2° les canons pierriers, qui lançaient de petits boulets de pierre, et qui, étant les plus communs, furent appelés veuglaires canons , puis ensuite par corruption veuglaires tout court; 3° les petits canons, qui lançaient des balles de plomb : les uns, d’après leur forme allongée ou la figure de leur bouche, étaient appelés couleuvres, couleuvrines, serpentines, ou crapauds d’eau ; les autres, tels que l’espringalle ou épingard, et le ribaudequin, avaient conservé des noms affectés aux anciennes machines : le ribaudequin consistait en un train à deux roues qui portait deux ou trois petits canons; 4° enfin, les armes portatives, qui se tiraient en les appuyant sur l'épaule, et qui se nommaient couleuvrines, hacquebut- Les ou canons à main. Ainsi donc, si à cette époque le mot canon était appliqué en général à des pièces moins grandes que les bombardes, il ne désignait cependant pas une espèce particulière de bouche à feu ; mais vers le milieu du quinzième siècle un grand changement s’opéra dans l'artillerie par l'adoption des boulets en fer coulé, dont l’usage devint général en France. On put alors produire le même effet avec des canons d’un beaucoup plus petit calibre, puisque le projectile devint beaucoup plus dense; et on adopta une pièce qui tenait le milieu entre les bombardes et les canons jusque là employés, et qui fut appelée courtaut, à cause de la fâible longueur de l'âme. Alors canon fut pris comme synonyme de courtaut, et devint le modèle de la pièce courte, de même que la couleuvrine resta le modèle de la pièce longue. Quant aux petites pièces, elles prirent les noms de faucons et fauconneaux, sacres, émérillons, etc., qu’elles conservèrent longtemps. Le courtaut fut done dès le règne de Charles VII le modèle du canon de siége et de bataille. Il consistait en un cône tronqué en bronze, dont le vide intérieur était cyhndrique, et qui dès lors fut uniquement destiné à lancer des boulets pleins en fer. C’est pourquoi les Allemands, les Italiens et les Anglais, en adoptant le canon français, adoptèrent également l'expression de courtaut, dont les premiers firent karthaun, les seconds cortaldo, et les troisièmes curtall. En 1470 Louis XI fit couler à Tours douze gros canons en bronze, surnommés les douze pairs, et c’est à tort que plusieurs auteurs les ont confondus avec les grosses bombardes que le même souverain fit fondre plus tard, en 1477 (voir la Chronique scandaleuse).
Les contemporains ne nous apprennent pas quels étaient les calibres de ces canons; mais, en raisonnant par induction, nous sommes porté à croire qu’ils devaient lancer un
CANON
boulet de fer de 48 à 50 livres. En effet, à la même époque Charles le Téméraire avait devant Nancy, en 1475, des courtauts qui lançaient des boulets aussi grands que le rond d'un chapeau (Siége de Nancy, par Huguenin). Dans la mémorable conquête du royaume de Naples par Charles VIII, l'artillerie française avait, entre autres bouches à feu, des pièces appelées canons par Paul Jove, courtauts par d’autres écrivains, et qui lançaient des boulets de fer de la grosseur d’une tête d'homme, ce qui équivaut environ à un boulet de fer de 50 livres. Louis XII avait, suivant Philippe de Clèves, de doubles courtauts de 80, des courtauts ou | canons de 50 livres de balles. Les canons de François 1°" se distinguaient en doubles canons de 50, canons renforcés de 33, simples canons ou canons serpentins, de 18. Biringuccio, | qui est le premier écrivain militaire qui ait écrit, vers le commencement du seizième siècle, un ouvrage systématique sur l'artillerie, nomme les pièces de 50 doubles canons. | Charles-Quint avait des canons de 40, des demi-canons de . 24. Sous Henri II on ne conserva que le canon moyen | eutre le canon de 50 et celui de 18; ce fut le canon renforcé de 33. L'édit de Blois de 1572 constate le calibre du canon de | France à 33 et 1/3; les autres calibres étaient la couleuvrine de 16 1/3, la bâtarde de 7 1/2, la moyenne de 2 1/2, le | faucon de 1 1/2, le fauconneau de 3/4. Sous Henri IV le | double canon était de 42, et le canon de 33. A cette époque on distinguait dans l'artillerie allemande : le canon entier, | dont le poids du projectile était de 48 livres; le 1/2 canon, de | 24; le 1/4 de canon, de 12; le 1/2 quart de canon, de 6; le 16° | de canon, de 3; le 32° de canon, de 1 1/2; le 64° de canon, de 3/4. La pièce longue appelée couleuvrine avait à peu } près les mêmes subdivisions. Sous Louis XIV il y eut en- | core, au commencement de son règne, des canons de 96, des | canons diminués, de 60, et des canons renforcés, de 48 ; on | appelait le canon de France la pièce de 33 ; le demi-canon | de France, la pièce de 16; le quart de canon de France , la | pièce de 8. Il y avait en outre le demi-canon d’Espagne, de | 24, le quart de canon d’Espagne, de 12, et des pièces courtes } du même calibre, dites de nouvelle invention. Enfin, sous Louis XV, l'ordonnance de 1732, rendue sous l’in- | fluence de Vallière, vint simplifier les dénominations, ct | iln’y eut plus que des canons de 24, de 16, de. 12, de 8 et de | 4. En 1757 on adopta le canon à la suédoise, qui était une pièce légère de 4. Gribeauval conserva les calibres } du système Vallière. Il introduisit cependant un canon d’une | livre, nommé à la Rostaing. Sous le Consulat on voulut | remplacer les pièces de 8 et de 4 par la pièce de 6; mais le | perfectionnement apporté dans la construction des affüts et | voitures de l’artillerie ayant permis de traîner avec facilité } sur le champ de bataille des pièces de 8, on a retranché } depuis les pièces de 4 et de 6; et aujourd’hui l'artillerie de terre n’emploie plus que quatre calibres de canon, le canon de 24, de 16, de 12 et de 8. Nous devons ajouter | que le 27 mai 1841 le gouvernement français a adopté le canon de 30 en fer coulé pour la défense des côtes. 11 est } hors de notre sujet de parler des obusiers, des mortiers et des pierriers.
Dès le quatorzième siècle on construisit des canons en
| fer forgé, en bois, en fonte de fer, en bronze,
Canons en fer forgé.
} Le fer forgé, métal tenace, élastique et facile à travailler, fut la première matière employée à la construction des bouches à feu. Les documents les plus anciens relatifs à lintroduction de l’artillerie à feu font mention de canons en
fer. Dom Vaissette, dans son Histoire du Languedoc,
rapporte l'achat fait à Toulouse, en 1345, de deux canons | en fer (pro duobus canonibus ferri). Ces premières armes | consistaient en un tube cylindrique en fer forgé, d’un petit | diamètre, assez court, et fermé à la culasse par la soudure
du métal. Elles étaient destinées à lancer des balles de
plomb; mais comme en même temps on voulut se servie des gros boulets de pierre qui étaient déjà en usage pour les anciennes machines, on construisit également des bouches à feu très courtes, d’un très-gros diamètre, et qui avaient la forme d’un vase où d’un cône tronqué. Gasperoni nous a laissé des dessins de ces espèces de mortiers.
De ces deux bouches à feu naquirent plusieurs formes et constructions différentes. On commença d'abord par les réunir, c’est-à-dire que le petit cylindre nommé canon, ou botte, ou chambre, servit à renfermer la charge de poudre, et fut joint à la partie postérieure du tronc du cône à large ouverture nommé volée, qui contenait le projectile. Ces deux parties furent tantôt fixées invariablement l’une à l’autre, tantôt construites de manière à pouvoir être séparées. Dans ce dernier cas, on les réunissait pour tirer de la manière suivante. La volée était encastrée dans un large bloc de bois et retenue avec des cercles en fer. La boîte ou canon, dont l'extrémité s’emboîtait exactement dans la culasse de la volée, était également encastrée dans. ce bloc de bois, et un coin de fer enfoncé verticalement derrière la boîte lui permettait de résister à l'effort horizontal occasionné par le tir. Pour enfoncer ce coin, qu’on appelait laichet, on avait besoin d’un marteau, et pour le retirer des tenailles étaient nécessaires. C’est ce qui explique pourquoi dès 1358 on trouve dans un compte de la ville de Forli : Pro uno martello et uno pari tanagliarum ferri pro carigando bombardas (Fantuzzi). On voit aussi dans les comptes de Saint-Omer, de 1306 à 1342 : À Colard du Loquin, pour un laichet mis pour fremer les boistes sous l’engien dont on trait Les dis canons, 11 solz (Monteiïl). I1 faut remarquer dans cette dernière construction que si on introduisait la poudre par la culasse, on était obligé de mettre le boulet par la bouche. Ces premières formes subirent une foule de transformations. Afin d’avoir une plus grande charge, on augmenta la boîte considérablement, et son diamètre devint égal à celui de la volée, qui à son tour prit la forme cylindrique ; car on avait reconnu que cette forme était nécessaire afin que le boulet restât plus longtemps soumis à l’action des gaz, et qu'il ne sortit pas de la bouche à feu avant la complète inflammation de la poudre. Par la même raison, On augmenta la longueur des pièces. Dans les petits calibres, on se borna pour cet effet à construire un tube cylindrique en fer forgé, d’une grande longueur et d’une seule pièce; mais cette construction offrant de grandes difficultés pour les gros cylindres dès que la longueur dépassait une certaine limite, on les forgea de plusieurs parties, et parmi ceux-ci il faut distinguer encore les pièces qui se chargeaient par la culasse de celles qui se yhargeaient par la bouche, comme nos canons actuels. Pour les premières, les constructions ressemblaient à celle que nous avons déjà décrite, sauf que toute la pièce avait la forme d’un tronc conique, et que la partie supérieure du corps du canon était ouverte pour recevoir une boîte qui contenait la charge de poudre; et cette boîte était fixée au moyen d’un coin contre la culasse, au lieu de l’être, comme primitivement, contre le bois de l’affüt. Souvent aussi les canons étaient complétement séparés en deux parties, dont l’une, taraudée, se réunissait à l’autre, munie d’un pas de vis. L’usage de charger le canon par la culasse, qui remonte, comme on voit, au quatorzième siècle, fut successivement abandonné et repris; et aujourd’hui il est adopté pour les fusils de rempart. Quant aux canons en fer forgé, qui se chargeaient par la bouche, ils étaient en général construits de la manière suivante : l’âme était formée d’une tôle d'environ quatre ou cinq lignes d'épaisseur ; cette tôle était roulée en forme de cylindre, ou bien elle était composée de plusieurs pièces qui s’assemblaient comme les douves d’un tonneau. Pour ren forcer cet assemblage, on le recouvrait d’une enveloppe faite de manchons ou de cylindres en fer placés joints à joints ; ces joints élaient recouverts eux-mêmes par des anneaux exté-
rieurs plus rapprochés entre eux du côté de la culasse, ce qui donnait à tout ce système la solidité requise. Les pièces de Charles le Téméraire prises par les Suisses à Granson et à Morat sont ainsi construites. Quelques-unes ont des tourillons, mais point d’anses. Quelquefois aussi ces pièces consistaient en barres de fer forgées ensemble et reliées par des cercles. Quoiqu'on ait adopté de bonne heure les canons en bronze, on conserva longtemps les canons en fer forgé. D’après Texier de Norbec, Charles-Quint avait des pièces en fer forgé pleines et forées. En 1744 il fut fabriqué aux forges de Guérigny des pièces de 8 et de 4 en fer forgé. Enfin Gassendi fait la description d’une pièce de 8 en fer forgé, fabriquée en 1810 par la compagnie Étienne de Lyon. On conçoit les tentatives faites pour employer le fer forgé comme métal des bouches à feu, car la ténacité du fer forgé est plus grande que celles du bronze et de la fonte. Mais, à part les difficultés de construction, les pièces en fer forgé seraient facilement oxydables, et leur trop grande légèreté ferait briser leurs affüts. On a conservé le fer forgé uniquement pour les armes à feu portatives.
Canons en bois et en cuir.
Les canons en bois et en cuir furent construits de la même manière que les canons en fer forgé de Charles le Téméraire, avec cette différence que les manchons en fer étaient rempiacés par des douves de bois cerclées par des anneaux en fer. Enfin, on appela canons de cuir ceux dont les douves en bois dont nous venons de parler étaient renforcées par des cordes mastiquées et couvertes par des lanières de cuir. Gustave-Adolphe avait à la bataille de Leipzig des canons de celte espèce. Les canons en bois furent usités jusqu’an dix-septième siècle pour lancer des balles à feu ; au siége de Hulst, les assiégés s’en servirent contre les Espagnols, en 1596.
Canons en fonte de fer.
Si l’on en croit le capitaine Moritz-Meyer, on fondit à Erfurth, en 1377, des canons en fer coulé. Cependant il est probable qu’à cause des difficultés que présentent le bon emploi des hauts fourneaux et les qualités cassantes de la fonte, on fit peu usage de ce métal. Toutefois, parmi les pièces prises par les Suisses à Granson et à Morat, il s’en trouve une en fer coulé, qui existe encore à l’arsenal de La Neuville, dans le canton de Berne. Son calibre est de deux pouces. On a trouvé en 1844 à Péronne une boîte d’un ancien canon qui pèse 60 kilogrammes, et qui est en fonte de fer. Collado et Uffano, qui écrivaient de 1593 à 1606, disent qu'on ne fit jamais de bombardes en fonte de fer, ce qui est naturel à concevoir, à cause du peu de ténacité du métal. La métallurgie ayant fait des progrès, on se servit au dix-huitième siècle de bouches à feu en fonte de fer pour la marine, et ensuite pour les côtes, parce qu’alors on pouvait sans inconvénient augmenter leur poids et leur donner une grande épaisseur de métal. Mais pour lartillerie de terre il n’y a que la Suède qui soit parvenue jusqu’à présent à employer la fonte, même pour les bouches à feu de place et de campagne. Gustave-Adolphe et Charles XII avaient dans leurs armées des canons de bataille en fer coulé.
Canons en bronze.
Une ordonnance du roi Jean, qui remonte à 1354, et dont on doit la découverte au savant M. Lacabane, prescrit aux généraux des monnaies de ne point laisser exporter de cuivre, afin d’en faire de l’artillerie. Ce document prouve qu’à cette époque les canons en cuivre ou en bronze étaient déjà connus. En 1400 ils n'étaient cependant pas encore trèscommuns , puisque Christine de Pisan, qui fait l'énumération de deux cent quarante-huit canons, n’en désigne qu'un seul, nommé Arligue, comme étant en cuivre ou en bronze,
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car l'addition de l’étain au cuivre ne changeait pas à cette époque la dénomination du métal.
Alliage. Depuis qu'on a construit des bouches à feu en bronze , l’alliage a très-peu varié. On l’a presque toujours composé de huit ou dix parties d’étain sur cent parties de cuivre. C'était l’alliage employé du temps de Louis XII, et probablement de Charles VIII et de Louis XI. Le bronze doit sa ténacité au cuivre et sa dureté à l’élain; mais si on augmente la proportion d’étain au delà d’une certaine limite, la chaleur produite par l’inflammation de la poudre occasionne la fusion et l'oxydation du métal; si, au contraire, on augmente la proportion du cuivre , le bronze s’amollit et n’offre plus assez de résistance à l’action explosive de la poudre. Comme le bronze est un métal assez mou, tandis que la fonte de fer dont est composé le boulet est un métal très-dur, il en résulta de tout temps de graves inconvénients, car le boulet, par la pression que le gaz exercen sur sa partie supérieure ou par ses battements dans l’âme, produit des cavités qui mettent bientôt les pièces hors de service. Au seizième siècle un canon en bronze ne pouvait pas tirer plus de cent vingt coups par jour, et encore on le rafraichissait après chaque coup avec du vinaigre. Avant la modification importante apportée par le colonel Piobert à l'emplacement de la charge de poudre dans les canons de siége, ceux-ci, au bout de huit cents coups, devaient être refondus. Aussi a-t-on cherché, sans y être encore parvenu, à remplacer pour l'artillerie de terre le bronze par un métal dur et plus résistant. Aujourd’hui cependant on essaye dans les différentes écoles d'artillerie un nouvel alliage, qui est le secret de Pinventeur, et qui jusqu’à présent semble répondre à toutes les conditions de durée,
Fabrication. Les anciens étaient déjà très-experts dans le coulage des bouches à feu en bronze, par cette raison que bien avant l'invention de la poudre la fabrication des cloches en bronze était très-répandue. En effet, Léonard de Vinci, Biringuccio et Vigénère décrivent la fabrication des bouches à feu en bronze presque comme elle s’exécute encore maintenant.
On distingue sept opérations principales dans la fabrication des bouches à feu : le moulage, la fusion, le coulage, le forage, le tournage, le percement de la lumière et l'épreuve:
Le moulage en terre consiste à tourner sur un {rousseau un modèle de canon du calibre prescrit, à mettre de l’argile apprêtée sur ce trousseau jusqu’à ce que la forme soit exacte. Le modèle séché, on tamise de la cendre dessus, vn met plusieurs couches successives de nouvelle terre, on lie cette terre par des barres et des cercles de fer, et on laisse sécher les moules dans cet état; on retire ensuite le trous= seau, on brise le modèle et le moule reste. C’est ce qui s'appelle déchapper. On moule séparément le corps du canon et la culasse, ainsi que les tourillons et les anses ; on ajuste la culasse au corps du canon, et l’on transporte le, moule dans la fosse où l’on doit couler. Quoique le moulage en sable ait réussi quelquefois, et qu'il soit plus écono= mique et plus expéditif que le moulage en terre, on l'a abandonné, parce qu'il était moins sûr, à cause des soufflu= res qui se présentent souvent à l’intérieur des pièces.
La fusion s'opère dans des fourneaux à réverbère, elm l'étain devenant liquide à une moins haute température que le bronze, on ne le jette dans la fusion qu’une demi-heure avant la coulée si l’on emploie du vieux bronze, et une heur@ si c’est du bronze neuf,
Coulage. 11 y a plusieurs manières de couler : 1° le cous lage à noyau ; 2° le coulage à noyau et à siphon; 3° le cous lage plein. Dans toutes ces opérations on place la volée en haut et la culasse en bas, parce qu’il y a avantage à obtenir dans cette dernière partie le métal le plus pur, qui toujours" reste au fond, tandis que les matières étrangères surmontenl le bain. Le premier coulage fut à noyau : il consiste à placer dans le moule un noyau ou cylindre en fer qui a l&
CANON
| forme exacte de l'âme; il est soutenu vers la culasse par un châssis appelé chapelet ; le moule est surchargé d'une | quantité assez considérable de métal en fusion appelé masselotte, qui, par son poids, comprime le métal. Avec le coulage à noyau, la pièce n’avait pas besomn d’être forée. Le déchet était moins considérable; la fonte prenait une | densité uniforme dans toutes ses parties, et même une es- À pèce de trempe au contact du noyau, ce qui rendait la sur- , face de l’âme plus dure; cependant il y avait souvent des soufllures ; les dilatations inégales du noyau faussaient l’âme, qui n’était plus concentrique à l'axe de la pièce. En 1683, les frères Keller essayèrent à Strasbourg le coulage à noyau et à siphon. Au moyen de ce nouveau procédé, la fonte arrivait par en bas au lieu d'arriver par en haut, et on évitait les soufflures. Cependant on objectait que le métal pouvait | se refroidir en montant, et que n'étant plus pressé par le poids de la masselotte , il n'avait pas la densité requise. En 1748, Maritz introduisit le coulage plein, aujourd’hui en usage. En forant la masse de métal, on obtient une âme parfaitement droite et concentrique; le bronze a plus de cohésion, parce que la masse étant plus grande, les matières restent & plus longtemps fluides, et on a un affaissement plus libre , que dans le coulage à noyau. Cependant on objecte que : dans le coulage plein l'étain se réunit vers l’axe de la pièce et altère l’alliage de la partie de la masse qui reste après le forage.
Forage, allésage. Biringuccio décrit dès {540 un alésoir : horizontal pour rendre l’âme des pièces parfaitement cylin- ! drique. Le forage ne vint naturellement en usage que depuis | le coulage plein. Autrefois on forait la pièce en la posant | verticalement; son poids la faisait descendre sur le foret, | dont la barre servait d’axe à un manége que des chevaux | faisaient tourner. Les frères Maritz inventèrent le forage . horizontal, qui consiste à faire tourner le canon et avancer : le foret, ce qui permet de percer plus régulièrement le canon. Tournage. Autrefois on se contentait de limer la surface : des pièces , ce qui empêchait de remarquer les taches d’é- | tain et les défauts de coulage. Gribeauval fit adopter la méthode de les tourner.
: La lumière se perçait avec des forets dans la masse de lumière, lorsque celle-ci était employée ; mais depuis que » les grains sont en usage, on perce dans la pièce un trou d’un : diamètre égal à celui du filet intérieur du grain, et ensuite on y taraude un pas de vis.
) Vérification et épreuve. La vérification des canons se : faisait autrefois d’une manière très-incomplète, non-seulement parce qu’on n'avait pas d’instruments assez exacts : pour découvrir les imperfections ou les défauts, mais aussi parce qu’il n’y avait rien de réglé sur les dimensions principales du canon, qui dépendaient entièrement de la volonté du fondeur. Les seuls instruments de vérification qu'on “ trouve chez les anciens auteurs sont un compas d'épaisseur
et des règles parallèles. Cependant Tartaglia donne la description d’un instrument propre à vérifier si l'âme des pièces est concentrique. Cet instrument manque encore aujour- } d’hui. Le chat servait déjà dans le dix-huitième siècle pour ! reconnaitre les cavités existantes dans l’âme. Gribeauval inventa un instrument beaucoup plus perfectionné, mais 2 dans le même genre, surnommé l’éfoile mobile. 11 y a en outre aujourd'hui une double équerre à coulisse et à nonius, pour mesurér les tourillons; deux lunettes pour mesurer tout ce qui doit avoir les dimensions du calibre lui-même, une règle à fourche et à coulisse, une grande règle à “ croix, ec.
® Les premières bouches à feu, étant très-imparfaitement 2 construites, durent éclater souvent. On devait donc avoir eu l’idée dès le principe de les essayer en les tirant avec à précaution et même sans précaution, car nous voyons en 1460 Jacques II, roi d'Écosse , mourir par l'éclat d’une bombarde qu’ faisait essayer, et cet accident se renouveler à
Paris, sous Louis XI, en 1477. Les anciennes poudres étaient très-peu brisantes, de sorte qu’on pouvait impunément essayer les pièces en les chargeant avec la charge maximum ; mais lorsque les progrès de la fabrication rendirent les poudres d’une conflagration plus vive, on trouva qu’il était inutile de soumettre les canons à une épreuve qui excédât de beaucoup trop la pression qu’ils étaient appelés à supporter dans la pratique. Au seizième siècle on faisait l'épreuve des pièces en appuyant la culasse contre un mur, et on les tirait trois ou quatre fois à la charge égale au poids du boulet Par l'ordonnance de 1732 l'épreuve fut réglée à trois coups . la charge du premier égale à la pesanteur du boulet, et les deux autres aux 2/3; par l'ordonnance de 1744 la charge d’épreuve fut réglée à cinq coups, dont la charge des deux premiers serait égale aux 2/3 du poids du boulet , et des trois autres à la moitié du poids du boulet.
Formes extérieures et délails de construction.
Les canons en bronze subirent à peu près dans la forme les mêmes transformations que les canons en fer forgé. Le canon fut d’abord un cylindre parfait; puis on renforça le pourtour de la chambre, ce qui lui donna la forme de deux cylindres joints ensemble. Tels étaient les canons d'Orléans en 1428. Comme on s’aperçut que les pièces se fendaient souvent par la volée, on renforça le métal sur toute l'étendue de l’âme, et la ligne supérieure devint la génératrice d’un tronc de cône parfait. Les canons de Henri J1 étaient ainsi construits. Mais ensuite on ne fit pas décroitre les épaisseurs uniformément depuis la culasse jusqu'à la bouche, et le canon devint un assemblags de trois cônes tronqués dont les ressauts, raccordés par des moulures, furent appelés renforts. Parmi les canons de bronze, il yen avait qui se chargeaient par la culasse au moyen de boites fixées par un coin comme celles dont nous avons parlé pour les pièces en fer forgé, ou bien la volée se vissait sur la culasse. Les canons employés au siége d'Orléans en 1428 avaient la partie supérieure du corps du canon ouverte, pour qu'on pôt y introduire verticalement une boîte en bronze contenant la charge de poudre. Cette boîte, qui entrait exactement dans la section pratiquée au canon, ne pouvait pas se mouvoir horizontalement ; mais, pour qu’elle ne pût pas se soulever de bas en haut par l'effet du tir, elle était fixée par un fléau ou barre en fer qui s’appliquait sur toute la surface supérieure de la pièce. Sous François I‘" et Henri IV on fit encore des canons qui se chargeaient par la culasse, de la manière suivante : La pièce était percée cylindriquement d’outre en outre, mais près de la culasse l’âme était agrandie, afin de pouvoir la refermer, après y avoir mis la charge, par une masse cylindrique de métal appelée méle, qui était retenue par un cône en bronze ayant au gros bout plus d’un calibre d'épaisseur, et qui traversait verticalement le mâle et le métal de la pièce. Toutefois le courtaut ou canon qui vint en usage sous Louis XI et Charles VIII était un tronc de cône tout d’une pièce, ayant un renfort à la culasse, des tourillons, un renflement près de la bouche , qui se nomme encore aujourd'hui bourrelet en tulipe, parce qu’on conserva pour les pièces en bronze l’usage pratiqué pour les pièces en fer forgé, de simuler en relief sur cette partie du canon des feuilles de tulipe. La volée, c’est-à-dire la partie du canon qui s’étend depuis les tourillons jusqu’à la bouche, était quelquefois à six ou huit pans, au lieu d’être un tronc conique. Ces canons n'avaient ni cul-de-lampe, ni bouton de culasse, ni anses, ni embases pour les tourillons. Les anses, qui sont placées au-dessus du centre de gravité de la pièce, et qui servent à la suspendre dans les manœuvres de force, ne vinrent en usage que sous Charles-Quint. On les appela dauphins jusqu’à Louis XV 4 parce qu’elles avaient la forme de ces animaux marins. En Allemagne, encore aujourd'hui , les anses sont appelées del- Jines. Cependant, d’après les dessins que nous possédons
de l'artillerie de Henri JI et de Charles IX, il paraitrait que les anses n'étaient pas généralement en usage en Franee au seizième siècle. Depuis Charles-Quint la culasse de la pièce est formée par un renfort de métal perpendiculaire à l’axe, qui se nomme cul-de-lampe , parce qu’il en a la forme. Le centre de ce cul-de-lampe est le bouton de culasse qui sert de point d’appui et de point d'attache pour les manœuvres de force. Ce n’est que depuis Gribeauval que les tourillons sont renforcés à leur base par un renfort cylindrique et concentrique aux tourillons qu’on nomme embase. Enfin, pour faciliter le pointage, le point le plus élevé de la culasse était muni d’une tige en cuivre non mobile, percée d’un trou pour guider l'œil du canonnier, et le point le plus élevé du bourrelet était indiqué par un bouton de mire; mais comme ces points en relief et immobiles n'étaient utiles que lorsque la pièce se trouvait placée horizontalement, et que, dans le cas contraire, ils pouvaient induire en erreur, on les a remplacés par des entailles appelées crans de mire. Les canons de campagne seuls ont des hausses, c’est-à-dire une tige en cuivre, mobile et graduée, qu’on fixe au moyen d’une vis de pression pour donner les degrés d’élévation à la pièce.
Forme intérieure.
Depuis l’origine des bouches à feu on avait pris l'habitude de renfermer la charge de poudre dans un espace cylindrique plus étroit que l'âme de la pièce. Cette disposition, avantageuse pour les petites charges, ne l’était pas pour les grandes, car il eût fallu donner une longueur immense à cette chambre pour y mettre les 50 ou 80 livres de poudre dont on chargeait les courtauts, sous Louis X[, Charles VIII et Louis XII. L'âme devint donc cylindrique. Cependant, sous Charles-Quint quelques canons avaient une chambre qui se joignait à l’Ame sans ressaut de métal , et comme elle allait en s’élargissant du fond vers l'entrée en forme de campane ou de cloche, ces canons furent nommés canons campannés ou encampannés. Cette forme avait certains avantages , et Gassendi dit à ce sujet que c’est la vraie forme que devrait avoir l’âme des canons pour leur donner plus de durée et plus de portée. Le colonel Piobert.ne partage point cette opinion; et en effet cette chambre ne serait avantageuse pour les canons que si la charge remplissait toujours entièrement et exactement la chambre. Sous Louis XIV, on adopta les canons espagnols dits de nouvelle invention, qui avaient des chambres sphériques d’un calibre et demi de diamètre. Elles avaient l’avantage d’être plus courtes, plus légères, sans perdre de leur effet; mais ces pièces brisaient leurs affüts, et de plus il était trèsdifficile d'y introduire l’écouvillon pour les nettoyer. Dans le système d’artillerie de Vallière, on construisit au fond de l’âme une petite chambre cylindrique très-étroite, qu’on appela chambre porte-feu. La lumière aboutissait au fond. De cette manière, l'épaisseur du métal que traversait le canal porte-feu était beaucoup plus grande, et le boulet se déplaçant dès l’inflammation de la poudre contenue dans cette petite chambre, la tension des gaz qui s’échappaient par la lumière était moins considérable, et celle-ci se détériorait moins promptement; mais on conçoit la difficulté de nettoyer ce vide intérieur. Gribeauval abolit cette chambre porte-feu , et aujourd’hui l'âme des canons est un cylindre parfait, terminé par un plan perpendiculaire à l’axe et raccordé par de petits arcs de cercle.
Dimensions principales.
Dans les premiers canons cylindriques, la ligne de mire, c'est-à-dire la ligne qu’on suppose être tangente, dans un plan vertical, aux deux plus grands cercles extrêmes de la bouche à feu, était parallèle à l’axe; mais dès qu'on adopta la forme de cône tronqué, la ligne de mire se trouva inclinée d'une certaine quantité sur l'axe de la pièce, et en suppo-
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sant ces deux lignes prolongées, elles devaient se rencontrer et former un angle. C’est ce qu’on appela l'angle de mire naturel. Cet angle devait avoir une influence sur le tir; car on conçoit que si pour pointer on dirige la ligne de mire sur le but en la plaçant horizontalement, l’axe de la pièce se trouvera relevé au-dessus de l’horizon d’une quantité égale à l'angle de mire. La portée ainsi obtenue s’appelle portée de but en blanc naturel. L'angle de mire nature] est d’un peu plus d’un degré pour les canons de siége, et d’un peu moins d’un degré pour les canons de bataille, On distingue donc dans les canons les dimensions qui ont de l'influence sur la justesse du tir et celles qui règlent la construction des affûüts. Les dimensions qui influent sur le tir sont : le demi-diamètre à la plate-bande de culasse, le demi-diamètre au plus grand renflement du bourrelet, et la distance qu’il y a entre ces deux demi-diamètres. Les dimensions nécessaires pour la construction des affüts sont : la longueur de la pièce depuis la plate-bande de la culasse jusqu’au derrière des tourillons, le diamètre de la platebande de culasse, la longueur des tourillons, leur diamètre, ces deux quantités égales jusqu’en 1839, l’écartement des embases en arrière des tourillons, et enfin la longueur À totale du canon.
Axe des tourillons. Depuis que le canon fut suspendu sur son affût au moyen des deux saillies nommées ourillons, ces parties supportèrent à elles seules tout l’effort du recul de la pièce. Par cette raison, la position de l'axe de ces tourillons par rapport à l’axe de la pièce et à son centre de gravité ne devait pas être sans importance. En effet, comme c’est autour de cet axe que s’effectue le mouvement de rotation de la pièce, s’il n’était pas placé en avant du centre de gravité du système, la pièce tendrait toujours à s’abaisser vers la vulée, ce qui donnerait de l'incertitude au tir; mais comme, d’un autre côté, il faut pour la facilité du pointage que la culasse puisse s'élever aisément, il y a, suivant le calibre des pièces, une limite à fixer. On entend par prépondérance d’un canon la pression supportée jrar la vis du pointage lorsque l'axe de la pièce est horizontal. Cette prépondérance est d'environ -- du poids total de Ja bouche à feu pour les canons de siége et de place, et de -; pour les pièces de campagne.
L’axe des tourillons par rapport à l’axe de la pièce peut être dans le même plan horizontal ou au-dessous de ce plan. Quand l’axe des tourillons est dans le même plan horizontal que l’axe de la pièce, l'effort qui produit le recul se fait directement dans le sens horizontal, et le recul estle plus grand possible, Quand l’axe des tourillons est au-dessous, la force appliquée aux tourillons tend à imprimer un mouvement de rotation d'autant plus violent que la distance entre les deux axes est plus considérable. Dans ce cas, le recul est diminué; mais la pression verticale sur le point où repose la culasse est augmentée. Quand l’axe des tourillons est au-dessus de l’axe de la pièce, le mouvement de rotation se fait en sens inverse; mais comme ce mouvement tend à soulever la crosse, le recul est plutôt augmenté que diminué, les susbandes sont promptement faussées, et ces effets sont d'autant plus grands que la pièce est longue et que sa masse est faible. L'abaissement de l'axe des tourillons, peu nui-, sible pour les pièces de siége, le serait beaucoup pour les pièces de campagne. Dans les canons de Charles le Téméraire l'axe des tourillons coïncide avec l’axe de la pièce, Il en est de même des canons de Charles VIII. Mais ce qui prouve que déjà les anciens canonniers avaient remarqué l'influence que leur position exerce sur le recul et sur l'affût, c’est que nous voyons, dans une couleuvrine de 24, fondue en 1526 et prise par Charles-Quint au château de Gotha, les tous rillons placés complétement au-dessus de la pièce, de sorte que l'axe paraît coïncider avec la partie supérieure du canon. Au dix-huitième siècle l'axe des tourillons de tous les canons était d’un demi-calibre au-dessous de l'axe de