‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 260 sur 556 · RER · texte numérisé non relu

RER

CANON

la pièce. Gribeauval diminua cette distance pour les pièces de campagne, et la porta à un douzième de calibre.

Embases. Pour renforcer les tourillons, dont le métal est moins dense, parce que, dans le coulage, laffaissement du bronze s'y fait librement sans être comprimé comme les autres parties par le métal superposé, Gribeauval ajouta des embases qui avaient surtont l'avantage de maintenir la pièce plus solidement sur son affût. Ce but fut principalement atteint lorsqu'on construisit leur tranche perpendilaire à l'axe des tourillons, et que les flasques des nouveaux affüts furent parallèles.

Lumière. Dès qu’on se servit des canons en bronze, on s’aperçut que l'explosion de la poudre agrandissait à un tel point la lumière, que les pièces étaient bientôt mises hors de service. Il est probable que dès Louis XI on chercha à remédier à ce défaut en mettant à froid ou à chaud un coin de fer percé d’un trou à la place de la lumière; du moins il est certain que sous Louis XII on eut recours à ce procédé; car Philippe de Clèves nous apprend qu’il est grand besoin d’avoir gens qui sachent vérouiller les lumières lorsqu'elles ont été agrandies. Du temps de Henri II, Vigenère dit qu'on y plaçait, en les fondant, une clavette d'acier. D’après un autre auteur, nous voyons que cette clavette était un morceau de fer, tronc cônique dont la base la plus large était placée dans le moule du côté de l’âme de la pièce et la plus petite en dessus; mais il ajoute que les fondeurs se plaignaient beaucoup de la difficulté de la cons-

truction. Aussi cela se perdit bientôt, et on se contenta de }

réparer la lumière en y coulant du nouveau métal, après avoir fortement chauffé la pièce et en perçant une autre lumière dans ce métal. Plus tard, on imagina d’adapter aux bouches à feu, pendant l'opération de la fonte, des masses de Lumière en cuivre rouge écroui, métal beaucoup moins fusible que le bronze. Enfin, seulement sous Gribeauval, on adopta les grains de lumière qui se vissent à froid, ce qui permet de les remplacer facilement.

Indépendamment de la qualité du métal de la lumière, sa position par rapport à l’axe de la pièce a été pendant longtemps un sujet de controverse. Dans les premières bouches à fen le canal de la lumière était perpendiculaire à l’axe de la pièce. Plus tard, on inclina la lumière, afin que le canal aboutit au milieu de la charge. Aujourd’hui la lumière aboutit à deux ou trois lignes en avant du fond de l’âme, et, inclinée de la culasse vers la volée, elle fait avec la verticale un angle de 15°. Cette inclinaison légère est donnée pour que le dégorgeoir atteigne facilement la charge. Si le canal de lumière aboutissait en avant de la poudre, il serait d’abord difficile de tirer à petite charge, et puis le boulet étant déplacé par l’inflammation des premiers grains de poudre avant que toute la charge soit complétement comburée, il y aurait perte de force, car les gaz se développeraient dans un plus grand espace, ce qui diminuerait leur tension; il en serait de même si la lumière venait aboutir au milieu de la charge. La position en arrière de la charge est donc la plus favorable : elle donne en outre la facilité d'expulser toutes les parties enflammées du sachet. D’après les expériences rapportées par le colonel Piobert, la position actuelle est aussi la plus favorable pour la conservation des pièces.

Longueur, poids des canons, épaisseur du métal, exprimés en calibres.

De même que les architectes avaient pris pour module le diamètre inférieur de la colonne, et les anciens ingénieurs le diamètre des câbles de torsion pour la construction des balistes et des catapultes, de même on prit au quinzième siècle le diamètre des projectiles ou celui des bouches à feu pour la base à laquelle on devait rapporter toutes les autres mesures. D’après le capitaine Moritz Meyer, ce fut en 1540 que Hartmann, de Nuremberg, inventa la mesure en calibre (scala calibrorum); mais nous croyons que bien

DICT. DE LA CONVERS. — T, 1e

auparavant on avait basé les mesures de l'artillerie sur l'ouverture de la bouche du canon, et nous trouvons dans un compte des guerres de 1431 le mot Æalibre employé pour désigner le diamètre du boulet. Il était naturel d'évaluer en diamètres toutes les dimensions principales du canon , Car le diamètre indiquait le poids du projectile, et partant le poids de la charge de poudre; la charge, à son tour, réglait la longueur du canon, l'épaisseur du métal, et partant le poids de la bouche à feu.

La charge dépend non-seulement du poids, mais aussi de la densité du projectile. Lorsqu'on se servait de boulets de pierre, la quantité de poudre était réglée (selon les plus anciens manuscrits) au neuvième du poids du projectile, Lorsqu'on adopta les boulets en fer coulé, la charge de poudre fut égale au poids du boulet. Il en fut ainsi jusqu’à Henri II. Alors la fabrication de la poudre étant améliorée, on réduisit la charge aux deux tiers; puis, en 1740, Belidor la réduisit à la moitié, puis .Gribeauval au tiers, et même aujourd’hui il y a en Angleterre et en Hanovre des pièces de campagne dont la charge n’est que le quart du poids du projectile.

La longueur des pièces dépend de la charge de poudre, c'est-à-dire de la vitesse d’inflammation de cette poudre ef de l’espace que la charge occupe dans l’âme. Car dans une même bouche à feu plus cette charge est considérable, plus elle occupe de place en longueur, et pus par conséquent le chemin que le boulet a à parcourir dans l’âme est diminué. Une foule d'expériences ont été faites sur ce point depuis Charles-Quint jusqu’à nos jours, et on a trouvé que la longueur d’âme la plus favorable étail de 17 calibres pour la charge d’un quart, de 18 à 19 pour la charge d’un tiers, de 19 à 21 pour celle de la moitié. Les courtauds ou canons de 50 de Charles VIII, Louis XII et François Ier avaient 13 calibres de longueur. Le canon de 33, sous Henri I, Charles 1X el jusqu’à Louis XIV, avait 20 à 21 calibres de longueur. Par l'ordonnance de 1732 les canons de siége et de place avaient 21 à 23 calibres de longueur, les canons de campagne, de 24 à 26. Dans le système de Gribeauval la longueur des gros calibres resta la même, mais celle des pièces de campagne fut réduite à 17 calibres.

L’épaisseur du métal dépend de la force expansive de la poudre, et comme celle-ci diminue à mesure que le boulet se déplace, il est clair que l'épaisseur doit être beaucoup moins grande à la volée qu’à la culasse. Sous Charles- Quint les canons avaient 1 calibre à la lumière, 7/8 de calibre aux tourillons, et 1/5 près de la bouche. Les canons renforcés avaient à la lumière 1 1/8 calibre, aux tourillons un calibre, près de la bouche 9/16 ; les canons diminués, 7/8 de calibre à la lumière, 3/4 aux tourillons, 7/16 à la bouche. Mais à partir de cette époque l'épaisseur du métal diminua avec la diminution de la quantité de poudre employée. Dans le système Vallière les épaisseurs du métal furent fixées à 1 calibre à la lumière, 5/6 aux tourillons, 17/24 à la naissance de la volée, et 11/24 à la partie la plus faible de la volée. Gribeauval réduisit les épaisseurs des pièces de bataille aux proportions suivantes : 19/24 de calibre à la lumière, 2/3 aux tourillons, 1/2 à la naissance de la volée, 3/8 à la partie la plus faible.

Le poids, qui dépend de la longueur des pièces et de lé paisseur du métal, était, pour les courtauds de Charles VIII à François Ier, de 110 fois le poids du boulet, pour les pièces moyennes, de 208 fois. Le canon de France sous Henri IX et Charles IX pesait 150 fois, les petits canons de 250 à 450 fois leurs boulets. Sous Louis XIV les canons de gros calibre pesaient de 190 à 255 fois leur boulet, et les pièces de bataille 300 fois. Dans le système Vallière les premiers pesaient de 230 à 266, et les secondes de 250 à 287 calibres. Dans l'artillerie Gribeauval les pièces de siége pe-

sèrent environ 250 fois, et les pièces de campagne 150 fois leur boulet,

On peut juger par les questions que nous venons d’ef-] fleurer combien de problèmes scientifiques à fait naître l'invention, si simple en apparence, de mettre dans un tube en fer oùen bronzeune charge de poudre et un boulet, car nous n'avons parlé que de ce qui a strictement rapport au canon, sans rien dire des autres bouches à feu nides autres spécialités qu’embraëse l'artillerie, art vaste et compliqué, qui aujourd’hui s'appuie sur toutes les sciences physiques et mathématiques, et qui ne peut être bien traité que dans des livrés spéciaux. ‘Louis BONAPARTE (1844).

Le prince Louis-Napoléon Bonaparte, devenu empereur, mit en pratique, dès 1853, un système d’artillérie de campagne dont il était l'inventeur et qui consistait dans l'unité de calibre : il.sé composait d’un seul affût, avéc une seule bouche à feu’, destinée à tirer le boulet plein, l’obus, la boîte à mitraille‘et Vobus à balles: C'était un canon-obusier de 12, pesant 620 kilogrammées, avec une charge de 1 kilogr. 400 pour les boulets et les obus à balles, et celle de 1 kilôgr. pour lés obus et les boîtes à mitraille.' Afin d'utiliser l'ancien matériel, on fôra en 12 un certain nombre de pièces de 8, et on donna à celte bouche à feu transitoire, pesant!537 kilogrammes , le nom de canon-obusier de 12 légér. La’ Chargé était fixée à 1 kilogr. pour tous les projectiles. # ws OA TE À

‘Peu après cette époque, on commença à substituer au système des canon lisses cèlui dés canons rayés; qui a fini par être généralément adopté. L'idée prémière des armes rayéés remonte à’ plus de deux cents ans: Un officier piémontais, M. Cavalli; inventa en 1846 un candn à rayures, sé chargéant par la culasse; on l’essaya ‘en Suède, sans grand succès. Plusiéurs officiers ‘français, notamment M. Tretrille de Beaulieu, s’occupèrent successivement de ce système; lé général de La Hitte, président’ du comité d'artillerie, put mettre à l'essai, en 1855, des pièces de siége ayant uné très-grande justesse ét'une portée d'environ 6 kilôm. En 1857, le même ‘systèrme’fut appliqué à nôtre artillerie dé campagne, aveë un obusier rayé du calibre de #.

Faisons observer ici qu'on ne désigne plus, comme autréfois, les'canons par le poids en livres dés boulets, ni les obusiérs par le’ diamètre en centimètres, mais d’après le poids du projeëtile, estimé 'approximativement en kilograrimes: L'ébusier de 4 ne tire que des projectiles creux et dés boîtes à mitraille, maïs son obus ordinaire à les propriétés d’un boulet plein. Les obus, qu’ils soient à balles où $an$: balles; s6nt coriposés d’une partie cylindrique ét d’uné partie ogivale, ét présentent à l’intérieur uné cavité dé‘fotme analogue. Une lumière taraudée est destinée à recévoir la fusée inflammatoire; C’est la fusée qui communiqué le feu à là chargé intérieure, Les projectiles portent des’ aïlettés en zinc läminé, qüi pénètrent pendant le chan-

gémenit dans lés rayures du canon êt qui servént à impri- :

met au projectile un mouvement de rotation at moment de l'explosion: Le canon rayé de 4, dès son origine, lançait

l'obus jusqu’à 4,000 mètres ; sün écart moyen ne dépassait !

ÿäs’8 mètres à la distance de 3,000 mètres; il n’était que de > mètres à la distance de 1,500 mètres. C’est dans la Kabylie, en 1857, qu'on en fit la première épreuve. II nous fut d’une grande utilité dans la campagne de 1859 en Italie, et par sa portée ainsi que pär sa justessé, décida la victoire à Magenta ‘et à Solferino. Ajoutons qué ce canon est en cuivre et $e chargé par la bouche." 7"

: Vers la méme époque où nous construisions nos premiers canons rayés, l'Angléterre expériméntait des piècés én bronze, égalemérit râyéés, mais se chargeant par la culasse, Elle adopta lé Canon Armstrong, qui fit la campagne dé Chine en 1860. Dans te système, les rayutes, au nombre detrente-six, étaient séparéés entre elles par une espace de

gnillimètres. La piècé mesurait environ 2 mètres de lon- |

güeur, ÿ Compris la chatibré pour l& chargé et le boulet, ainsi que les pièces nécessaires au chargement par la Ccu-

Page 1