CANONIQUES — CANONNIER
fausses Apocalypses ; le livre d’Hermas, intitulé Ze Pasteur, la Lettre de Jésus-Christ à Abgare, les Épitres de saint Paul à Sénèque, et d’autres pièces moins connues. Voilà ce qu’on appelle les livres apocryphes. DENNE- BARON.
CANONISATION: On appelle ainsi le jugement par lequel le pape déclare la béatitude d’un saint, et autorise le culte qui doit lui être rendu. Canoniser un saint n’est autre chose que M'inscrire dans le catalogue de ceux auxquels on rend un culte public, et non pas le faire entrer dans le ciel, comme ont paru lecroire certains écrivains. L'Église reconnaît au contraire qu’il est une multitude de bienheureux dont elle ignore les vertus et le nom, et c’est en quelque sorte pour eux qu’elle a institué la fête de tous les saints, afin que ceux qui sont inconnus soient honorés et invoqués comme les autres. L’invocation des saints ayant été admise de toute antiquité dans l'Église, il était nécessaire qu’une autorité compétente se réservât le droit de régler cette invocation, et de déterminer ceux auxquels elle devait être adressée, afin de prévenir les abus que la superstition et l'ignorance n’auraient pas manqué d'introduire. Laisser une telle décision au jugement de chacun, c’eût été ramener l’idolâtrie et les erreurs du paganisme. Chaque famille, chaque personne aurait eu bientôt son saint particulier, qui n’eût pas tardé à devenir sa divinité familière,
Les formes dela canonisation dans les premiers temps étaient de la plus grande simplicité. Ceux qui avaient versé leur sang pour la foi étant les seuls qui fussent honorés d’un culte public, les actes de leur martyre étaient les seuls titres qu’il fallût présenter. Ces actes, tirés des pièces du procès, ou recueillis par des témoins oculaires, étaient vériliés par l’évêque en présence de son clergé; on élevait un autel sur le tombeau du nouveau saint, on y célébrait les saints mystères, on inscrivait son nom sur les diptyques sacrés, etonl’invoquait dans le canon de la messe (d’où vint dans la suite le nom de canonisation). Après les temps de persécution , on inscrivit à côté du martyr les noms des confesseurs qui avaient souffert pour la foi, ceux des solitaires, des vierges, eten général de tous ceux qui étaient morts en odeur de sainteté. Les métropolitains étaient les juges ordinaires de ces sortes de causes, et leur jugement ne s’étendait point hors des limites de leur juridiction , à moins qu’il ne fût accepté par les églises voisines. Alors le culte du saint acquérait une sorte de célébrité, et finissait quelquefois par devenir général.
Telle fut la pratique de l’Église jusque vers la fin du dixième siècle. La grande facilité de plusieurs évêques, et leur précipitation à juger donnèrent naissance à de grands abus. Les élus qu'ils inscrivirent ne furent pas tous d’une sainteté bien authentique. Alors les souverains pontifes commencèrent à appeler à eux les causes de canonisation, en proposant d'étendre dans toute la chrétienté le culte de certains saints honorés dans quelques églises particulières. La canonisation de saint Ulric, évêque d’Augsbourg, par le pape Jean XV, en 993, fut le premier exemple de cet usage. Toutefois, les métropolitains se maintinrent longtemps encore dans la possession de leur ancien droit; car en 1153 l'archevêque de Rouen ordonna la translation de saint Gauthier, abbé de Pontoise. Ce fut la dernière canonisation épiscopale. Alexandre IIT, qui monta sur le trône pontifical en 1159, réserva entièrement au saint-siége ces sortes de jugements. Les canonisations particulières, en faveur d’une province, d’un ordre religieux, prirent le nom de béatification, et devinrent comme les préliminaires de la canonisation. Peu à peu s’établirent les formes usitées aujourd’hui. On vit les procès de canouisation s’instruire avec cette lenteur qui laisse à l'admiration le temps de se calmer et à la vérité celui d’être connue, avec cette sévérité d'examen qui écarte les faits douteux, et n’admet que ceux que confirment les suffrages unanimes. Un seul témoignage suspect, une seule opposition suffit plus d’une
fois pour retarder de plusieurs siècles la canonisation d’un saint, par exemple celle du bienheureux Robert d’Arbrissel. L'abbé C. BANDEVILLE,
Ce n’est pas sans un examen sérieux et sévère que l'Église catholique procède à la canonisation d’un saint. Un procès en règle est instruit à sa mémoire, Deux avocats, dont l’un est dit avocat de Dieu, l’autre avocat du diable plaident, l’un en sa faveur, l’autre contre lui, devant la congrégation des rites, et après une procédure sans fin, dont les intéressés à la canonisation doivent faire les frais, la canonisation est reçue ou rejetée. On sait que pour être reçue il faut qu’elle s'appuie sur des miracles.
Pie 'X est peut-être celui des papes qui a canonisé le plas de bienheureux. La première fois, le 8 juin 1862, il avait procédé à la canonisation du carme Michel de Sanctis et de vingt-trois religieux minorites martyrisés en 1597 au Japon; la seconde , le 14 juin 1867, il accorda le même honneur à vingt-cinq bienheureux, entre lesquels on distingue l’inquisiteur espagnol Pierre Arbuès et la bergère toulousaine Germaine Cousin. Ces deux solennités attirèrent à Rome un grand concours d’'évêques de tous pays.
CANONISTE , adjectif qui désigne à la (ois l’homme versé dans l’étude du droit canon et les maîtres de la science. Les canonistes les plus célèbres sont : pour l'Orient, Photius, Balsamon, Zonaras et Blastarès; pour l’Occident, Denis le Petit, saint Isidore de Séville, Isidore Mercator, Reginon, abbé de Prum; Burchard, évêque de Worms; saint Abbon, abbé de Fleury; Yves, évêque de Chartres; Gratien, Jean-Paul Lancellot de Péronne, auteur des JInstilutes du droit canonique, insérées d’ordinaire dans les éditions du Corpus juris canonici; Jean Doujat, auteur d’une excellente Histoire du droit canonique; Gaspard Ziegler ; Claude Fleury, auteur des Znslilutions du droit ecclésiastique; Augustin Barbosa, Bernard van Espen, qui a composé le Jus ecclesiasticum universum; François Suarez, auteur du Trailé des lois ecclésiastiques; Louis Thomassin, oratorien; le cardinal François Zabarella; Nicolas Tedeschi, archevêque de Palerme; Martin Azpilcueta, dit le docteur Navarre, etc. Ceux qui se sont occupés spécialement du droit canon au point de vue des libertés gallicanes sont : Gerson, le cardinal Pierre d’Ailly, J. Barclay, Edmond Richer, Pierre de Marca, Bossuet, Antoine Arnauld, Ellies Dupin, les frères du Puy, Pierre Pithou, le cardinal Litta, Tabaraud, etc.
Depuis la révolution de 1789 l'étude du droit canon n'est plus en France qu’un sujet de recherches sur les vieilles sources du droit. Néanmoins nous pouvons citer Maultrot, Piales, Larrière, Camus, Lanjuinais, Durand de Maillane, Portalis, Bigot de Préameneu, Henriot, Dupin aîné, Marcadé, comme s’en étant particuliè rement occupés parmi nous.
CANONNIER, ce mot, comme le témoigne Furetière, a signifié d’abord officier pointant le canon. Cette acception résultait de l’usage où l’on était alors de rassembler en temps de guerre des maîtres canonniers. Mais les canonniers sont mentionnés dans l’histoire dès le commencement du quinzième siècle, et même leur nom était plus ancien; ils ont obéi, suivant les temps, aux maîtres de l'artillerie, au grand maître des arquebusiers, aux maréchaux de Krance. Le rescrit du 22 avril 1411 et celui de janvier 1412 en sont les témoignages. Le même terme a désigné ensuite des militaires faisant partie du personnel de l’artillerie, et une sorte d’artilleurs à la fois bombardiers, canonniers, tireurs d’obusiers. Ce terme vieillit aujourd’hui, et celui d’artilleur est devenu d’un usage beaucoup plus général. Seulement dans l'exercice du tir du canon le canonnier est distingué du servant. On a, à diverses reprises, attaché des compagnies de canonniers à des corps d'infanterie.
On voit dans les mémoires de Las Cases Napoléon re-