‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 266 sur 556 · CANOT — CANOTIER · texte numérisé non relu

CANOT — CANOTIER

CANNOT, barque légère et ordinairement fort petite. 1] est des canots de bien des espèces, de dimensions bien différentes, de constructions très-variées , et qui sont appropriés à des usages multipliés. C’est surtout chezles peuples encore dans l'enfance de la civilisation que l’on retrouve presque constamment cette sorte d'embryon, cette ébauche, ce premier jet de la construction navale, Mais les nations plus avancées dans les arts et la vie sociale n'ont pas dédaigné parfois d'emprunter à cette nature encore informe, incomplète et brute, des modèles que la nécessité et l'absence de moyens plus développés avaient portés chez les sauvages à un point de perfection relative.

Le Canadien, le sauvage des parties intérieures des États- Unis, construisent un canot avec l'écorce de gigantesques bouleaux séculaires ; et les sutures , dans cette économique et facile construction , se font avec des fibres végétales , qui par leur nature n exigent aucun des procédés du, rouissage, de la filature et du commettage. Ces canots, d’une extr éme légèreté, et que le tissu résineux de l'écorce du bouleau rend jusqu'à un certain point imperméables à l’eau, sont extrêmement commodes au sauvage ou au commerçant en fourrures et pelleteries qui en a adopté l'usage sur les grands fleuves et les lacs intérieurs du nord de l'Amérique Cette longue et ennuyeuse nayigation est fréquemment interrompue par des chutes, ou espèces de cataractes. Dans ce cas le navigateur s'arrête, parcourt à pied un mince trajet sur les côtés de l'obstacle qu'il a, rencontré, et cependant l’extrême légèreté de son vaisseau lui permet de le charger à dos pour le remettre à flot à la partie supérieure de la cataracte. C’est là le service des portages du navigateur sur le Mississipi, l'Ohio et le Missouri.

Sur les côtes du Groënland et autres régions hyperboréennes , les naturels du pays connaissent un mode de construction qui offre encore plus delégèreté, mais surtout beaucoup plus de solidité et de durabilité, pour les canots. Ici la matière de la barque, le gréement, les fibres qui servent à la suture des pièces, tout, jusqu'à l’espèce de membrure sur laquelle les côtes s'appuient en tête et en queue, est emprunté aux fanons de la baleine convenablement appropriés et refendus.

Dans toutes les îles de l'Océanie nos voyageurs euro-

péens ont pu observer une innombrable variété et une ex- | quise appropriation aux besoins divers, dans la matière, Je

mode de construction et les formes de ces barques légères

| si multipliées qui offrent aux insulaires des moyens de com-

munication entre eux, et surtout des moyens d'attaque et de défense de peuplade à peuplade. Les Européens doivent d’ailleurs le reconnaître, c’est à la mer du Sud qu’il ont emprunté cette idée en apparence si simple des barques insubmersibles , qui consistent dans l’accouplement de deux canots au moyen de strapontins jetés de l’un à l’autre en proue et en poupe. Tel est le double catimaron des îles de la mer du Sud.

La race des sauvages Galibis, naturels des bouches de l'Orénoque et de l’Amazone , était habile dans la construction des canots creusés dans un tronc d'arbre. Les Caraïbes

| desiles de l’Archipel américain n’excellaient pas moins dans

ce genre de construction, et si l’on vient à examiner la forme

| qu'ils savaient donner à ces barques, l’art avec lequel elles

étaient ce que techniquement on appelle espalmées , on ne

| peut se défendre d’admiration et d’étonnement en remar-

quant une application judicieuse de données qui ne sem-

| bleraient devoir résulter que des savants calculs et, des ob-

servations sur la résistance des fluides, qui ont occupé si laborieusement les géomètres sfaticiens. Tant il est vrai

} que les théories savantes servent plus souvent, à expliquer Part qu’elles ne sont propres à lui donner naissance !

Pour ce qui est des dénominations diverses, l’on connaît le petit, canot de péche | fishing-boat.). Si Ton y fixe vers le milieu de la longueur une gaule, en forme de. mât,

qui porte une petite voile carrée pour se dispenser de ramer à la pagaye, le canot prend le nom de pirogue. Dans le cabotage aux Antilles, d’ile à ile, les sloops, goëlettes, bateaux consacrés à cetténavigation, sont munis, pour le débarquement sur la plage , d’un canot hissé à bord , et souvent d’un aatre plus grand, appelé chaloupe. Le petit canot est le yawl des Anglais (francisé en y 0 Le) où jolly-boat , et notre chaloupe est leur long-boat, En général, tout ce que nous appelons canot, les Anglais l’appellent canoes mais c’est uniquement pour eux un terme de relations et de voyages. Le canot des pouples civilisés est dans leur langue un boat. PELOUZE père:

CANOTIER. Depuis un temps immémorial les Parisiens (nautæ Parisiaci) se croient une aptitude singulière à diriger une barque sur le perfide élément ; n’ont-ils pas, ces bons Parisiens, une nef dans leurs armes parlantes ? Quand les Normands, dans leurs grossières pirogues , arrivèrent sous les murs de la ville, ils aperçurent, dit l’histoire, une nuée de bateaux qui fuyaient devant eux. C'était à coup sûr les canotiers de ces temps reculés. Le canotage n'est donc pas une passion nouvelle; cependant comme le goût pour la vie aventureuse que l’on mène entre le pont de Bercy et le pont de Chatou, a fait depuis quelques années d'immenses progrès, et qu’il semble devoir rester l’un des traits particuliers à notre époque, il convient d’en parler ici à ce titre.

Le canotier appartient à toutes les classes de la société.

Ordinairement esclave de quelque fonction ou de quelque industrie, échappé aux ennuis de l’école, de l'atelier ou du magasin , il est empressé de jouir de sa liberté et de se retremper dans les brumes du fleuve. Il dépouille son paletot, revêt avec orgueil la vareuse, se munit du brdle-queule indispensable. et se met en campagne ou plutôt en rivière, ramant comme un forçat, et fumant sans désemparer de peur du scorbut. Quant au costume, les uns portent fièrement leurs vareuses goudronnées, les autres vont couverts de peaux de bêtes; ceux-ci se parent de camisoles rayées de rouge et de blanc, ceux-là, plus coquets, plus prétentieux peut-être , ‘apparaissent avec l’uniforme de l’aspirant.de marine, c’est-à-dire avec la veste de drap bleu aux ancres d’or, avec Ja casquette garnie de sa gourmette,avec la chemise au col bleu rabattu. A cet élégant flambard d’eau douce il ne manque, pour faire peur à l'Anglais, que les aiguillettes et le poignard du lieutenant de vaïsseau. Tous sont affublés de fantastiques sobriquets, tels que l’Araignée, l'Écureuil, Grain-de-sel, Fil-de-fer, Goliath, «etc. Ils aiment à se donner une nationalité factice : les uns arborent le pavillon américain, les autres le pavillon anglais, ceux-ci le pavillon grec; ceux-là; consentent à rester français. Même manœuvre qu’à bord des navires. de guerre : le commandement se fait au sifflet, il. y a un porte-voix pour le capitaime. En un mot, ils se prennent tout à fait au sérieux.

On écrirait des volumes avec toutes les plaisanteries qu’on a faites ou qu’on fera sur leur compte ; mais elles n’ont aucune prise sur leur superbe dédain,

Horace a eu bien raison de dire

Hi robur et æs triplex Circa peëtus erat, qui /ragilem truci Comwisit pelago ratem Primus.....

Le triomphe du canotier ce sont les régates d’Asnières ; on l'a même vu figurer avec avantage à celles du Havre; son lieu de relâche favori est la Taverne des Canotiers à Bercy, vaste établissement tenu par un vieux loup d’eau douce, où l'on cultive à la fois la matelotte, le petit vin à huit sous, la musique fluviatile.et la poésie maritime. N'allez pas croire cependant que l'existence du canotier soit exempte de périls ; parfois la tempête s’abat sur le pont du frêle navire; les {yphons de Saint-Ouen, le, mistral de Saint-Maur viennent

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