CANOTIER
mettre en danger la légère embarcation ; souvent tous les efforts sont inutiles, l’esquif chavire , il faut gagner la rive à la nage, heureux si en touchant la terre, l'équipage se trouve encore au complet. La vie du canotier se passe en défis audacieux, en luttes de vitesse, en prouesses inouiés. Un jour c’est l'arche du Diable que deux embarcations rivales franchissent en pirouettant ; une autre fois il s’agit de remonter la Marne: voyez-les ces intrépides jouteurs courbés sur le urs avirons, en compagnie de hardies canolières qui par leur présence redoublent leur ardeur. Le pari est quelquefois important ; mais le canotier est Français, et c’est avant tout pour la gloire et pour son amie qu’il veut être vainqueur. Il est triste d’ajouter que les nombreuses libations que l’on s’est permises dans le but de faire de la couleur locale, et dans l'espoir de passer pour de vrais flambards, entrent pour beaucoup dans les trop fréquents accidents qui arrivent sur la Seine. Ainsi donc, capitaines, prêchez la sobriété à vos équipages, mille millions de sabords! Le vrai marin attend qu'il soit à terre pour se livrer à l’orgie et à l’ivresse.
Quant aux embarcations qui sillonnent la Seine montées par nos braves canotiers, il y en a de plusieurs espèces : des yoles, des péniches, des gigs, des cutters, des lougres, des goëlettes, voire même une pirogue baleinière qu’on nomme le Cachalot. La plupart de ces embarcations sont construites de manière à recevoir des voiles; quelques-unes cependant sont manœuvrées avec l’aviron ou à La godille, c'est-à-dire au moyen d’un aviron placé à l'arrière et employé seul à faire marcher le bâtiment.
Londres compte plusieurs clubs dont les membres possèdent en commun ou individuellement des yachts plus ou moins élégants, plus ou moins bien équipés, avec lesquels ils vont croiser dans la Manche, dans le canal Saint -Georges, dans le petit ou dans le grand Minch, abordant tour à tour sur les côtes de Jersey, de l’île de Man, des Hébrides et des Orcades. Munis de toutes les ressources que procure l'argent, ces hardis touristes vont chercher sur la mer les émotions qu'on ne rencontre guère plus souvent sur le pavé du West- End que sur l’asphalte du boulevard des Italiens. Ils dévouvrent des îles désertes, où ils renouvellent l’histoire de Robinson Crusoë ; ils boivent du vin de Champagne sur des rochers battus par les flots , tirent des mouettes ou même des aigles sur des rivages déserts, et, au bout de quelques mois, reviennent chez eux avec une ample provision de souvenirs maritimes. Nos canotiers parisiens ne font pas encore de ces prouesses. L'argent et le temps, non le courage, leur manquent pour entreprendre ces lointaines expéditions ; mais il ne faut pas désespérer de les voir un jour dépasser le port d’Asnières pour aller dans les mers du nord échanger de joyeux toasts avec les yachimen de Londres. Oui, la paix du monde sera pour toujours assurée lorsqu'un flambard de la Seine aura fumé une bouffarde de caporal avec un flambard de la Tamise à la hauteur des îles Lewis ou des îles Shetland. W.-A. DUCKETT.
CANOVA ( ANToinE ), né le 1°° novembre 1757, à Passagno, village du royaume Lombardo-Vénitien, appartenait à une famille d'artisans livrée à l'exploitation d’une fort beile pierre du pays qui sert aux travaux de construction et d’ornement. Son père étant mort très-jeune, sa première éducation fut confiée à son aïeul , d’autres disent à son oncle. Aussitôt que l'enfant eut la force de porter une masse et un ciseau, on lui donna de la pierre à travailler. Son assiduité, l'intelligence et la facilité remarquable dont il faisait preuve, attirèrent sur le jeune Canova l'attention du sénateur vénitien Jean Falieri, qui habitait une villa voisine de Passagno. Celui-ci, s'intéressant de plus en plus à cet enfant, plaça son protégé, alors âgé de quatorze ans, chez un sculpteur assez vulgaire de Bassano, nommé Torreti. Deux ans après, ce sculpteur transféra son atelier à Venise ; circonstance qui fut pour Canova une bonne fortune, car elle permit au jeune artiste d'étudier quelquefois d'après la nature vivante