‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 268 sur 556 · CANOVA · texte numérisé non relu

CANOVA

et le mit à même de remporter plusieurs prix à l’Acadérnie. En même temps , la vue des monuments de la reine de l’Adriatique lui procurait, dans un âge encore tendre, ces inspirations qui font souvent éclore le goût des arts et qui le développent toujours. Deux ans après son installation à Venise, Torreti mourut, laissant un neveu, Giovanni Ferrari, qui pendant une année continua les leçons de son oncle; mais à l'école de ces deux praticiens Canova n’avait guère ap-

pris qu’à travailler le marbre; dans l’art proprement dit,

comme tant d’autres artistes illustres, à partir de Raphael, il ne fut élève que de lui-même.

Tous les biographes s’accordent sur ce point que Canova venait d’atteindre sa dix-septième année lorsqu’il entreprit son premier ouvrage : seulement les uns disent que ce sont deux corbeilles de fleurs que l’on conserve encore à Venise, tandis que d’autres prétendent que le premier jet de son génie se révela dans les statues d’Orphée et d’Eurydice, qu’il offrit à son protecteur. Quoi qu’il en soit, c’est ce dernier travail qui put faire pressentir ce que son auteur deviendrait un jour ; aussi fut-il suivi de plusieurs commandes, dont les plus importantes furent les groupes d’Apollon et Daphné pour le procurateur Louis Rezzonico , de Céphale et Procris, de Dédale et Icare pour Marc Pierre Pisani, etc. Les Padouans, voulant honorer le savant qui avait répandu tant d'éclat sur leur ville, demandèrent la statue de Poléni au ciseau, déjà habile, de Canova. Tous ces travaux lui ayant procuré quelque argent, l’artiste, désireux d’étudier les chefsd'œuvre de l’antiquité, partit pour Rome au mois d’octobre 1779. Falieri le recommanda au comte Zulian , ambassadeur de Venise auprès du Saint-Siége, et de plus lui fit obtenir du gouvernement vénitien une pension annuelle de cent ducats pour trois années.

Grâce à cette bienveillante protection de Falieri, Canova put aller visiter Herculanum et Pompéi, où il s’initia dans la connaissance de l’art antique. C’est à son retour qu’il exécuta son premier ouvrage en marbre, une statue d’Apollon, dont il fit présent au sénateur vénitien Rezzonico, qui avait aussi encouragé ses débuts dans la carrière. Définitivement fixé à Rome, il fit sortir d’un bloc de marbre qui lui avait

été donné par le comte Zulian, son Thésée vainqueur du |

Minotaure. Ce beau groupe, aujourd’hui à Vienne, parut en 1783; il fut accueilli par l'approbation universelle, et alors commença cette renommée de l'artiste italien qui est allée grandissant sans obstacle, et s’est maintenue par une succession de chefs-d’œuvre jusqu’à la fin de ses jours.

A partir de cette époque l’histoire de Canova est dans ses œuvres. Les seuls événements remarquables de sa vie se rapportent à deux voyages qu’il fit à Paris. Dans le premier il reçut des artistes l’accueil le plus distingué. Le peintre Gérard fit son portrait. L'Académie des Beaux-arts se l’associa, etil assista à plusieurs séances de l’Institut comme un de ses membres. Rappelé en France quelques années après pour faire la statue-portrait de l’impératrice Marie-Louise, il en plaça la tête sur une figure de la Concorde.

Mais après le désastre de Waterloo les différents États de l’Europe, spoliés de leurs richesses artistiques par l'abus de la conquête, les revendiquèrent, et Canova fit le voyage de Paris une troisième fois, muni des pouvoirs du pape pour reprendre les dépouilles de Rome. On ne peut blâmer le zèle qu’il déploya alors pour faire rentrer dans sa patrie les chefs-d’œuvre qui en avaient fait longtemps l’ornement; mais il peut être permis de rappeler que la hauteur avec la= quelle lartiste remplissait ses fonctions diplomatiques lui attira plusieurs désagréments, dont il crut devoir se plaindre. Le ministre français auquel il adressait ses vives réclamations ne paraissant pas adopter tous ses griefs, notre Italien crut pouvoir lui représenter que dans cette circonstance il était ambassadeur du pape. « C’est emballeur que vous voulez dire, lui répliqua spirituellement le ministre, » eu

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