‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 269 sur 556 · CANOVA · texte numérisé non relu

CANOVA

jouant sur les expressions italiennes. Mais à son retour à Rome Canova fut amplement dédommagé de ces désagréments par les honneurs de toutes espèces dont il y fut accablé. Le pape déclara qu’il avait bien mérité de la ville de Rome, fit inscrire son nom sur le Livre d’Or du Capitole, et, par une lettre autographe, lui conféra le titre de marquis d'Ischia, avec une pension annuelle de trois cents scudi. Comblé de tant de faveurs, Canova résolut de réaliser le projet qu’il avait conçu depuis longtemps, celui d'élever à Passagno, sa patrie, un temple, dont il voulut être lui-même l'architecte et dont il emprunta les principaux motifs à deux monuments de l'antiquité, le Parthénon d’Athènes et le Panthéon de Rome. La première pierre en fut posée par lui le 11 juillet 1819, et chaque année il venait célébrer cet anniversaire. Déjà il avait composé les bas-reliefs des mélopes; et comme il cultivait aussi la peinture, il terminait pour l’intérieur un grand tableau d’autel, Le Christ déposé de la Croix, lorsqu'une maladie qu’il avait conractée dans son assiduité au travail le força de s'arrêter. C’est en vain qu'il espéra trouver dans l'air natal quelque amélioration. Il se fit alors conduire à Venise, pour y avoir les secours d’habiles médecins; mais laffection était arrivée à son dernier période. Il mourut dans cette ville, le 13 octobre 1822. L'Europe et l'Amérique concoururent à lui faire ériger, en 1827, un mausolée en marbre dans l’église de’ Frati, à Venise. On a pris pour modèle de ce monument celui que le célèbre statuaire avait composé en l'honneur du Titien, et qui n'avait pas été exécuté. Enfin le pape Léon XII lui fit élever dans le Capitole un monument commémoratif, Pour donner une idée du talent de Canova, rappelons l'Amour et Psyché couchés, où l'artiste toucha, a-t-on dit, les confins de la volupté, par l'expression difficile et tout à fait nouvelle d'un de ces moments fugitifs qu’il n’est donné qu’au génie de pouvoir saisir à l’instant même de Paction. Dans un autre genre, citons le mausolée de Clément XIII, ceux de Clément XIV et de Pie VI, immenses et magnifiques travaux exécutés avec une facilité prodigieuse, La Madeleine repentante a été en quelque sorte vulgarisée par la gravure qui l’a reproduite à l'infini : c’est peut-être de toutes les œuvres de Canova celle où il s’est montré le plus créateur et où l’on rencontre l’expression k plus naturelle de son gracieux génie. Le même artiste, auteur aussi de cette délicieuse figure d’Hébé, se révèle encore sous une autre face dans son Hercule jetant Lycas à la mer et dans ses deux athlètes Creugas et Damozxène. Pouvons-nous passer sous silence cette Vénus italique, qui à Florence remplaça la Vénus de Médicis, dont cette ville avait été dépouillée par nos armées? A la même époque Rome plaçait sur le piédestal vide de l'Apollon du Belvédère une autre statue de Canova, Persée tenant la téte de Méduse, et à l’occasion de cette statue le pape rétablit en faveur de Canova la charge d'inspecteur général des arts et de conservateur des antiquités dans les États Romains, créée par Léon X pour Raphael. Faut-il citer encore Les {rois Grâces, Psyché et le papillon, Mars et Vénus, la Naïade s’éveillant au son de la lyre, Terpsichore, les statues de la mère de Napoléon, de la princesse Borghèse, de la princesse Élisa, de Washington... Maisnousnedevons pas pousser plus loin cette énumération, car le nombre des ouvrages de Canova est considérable. Il a sculpté de sa propre main cinquante-trois statues, douze groupes , quatorze cénotaphes , huit grands monuments, sept colosses, deux groupes colossaux, cinquante-quatre bustes, vingt-six bas-reliefs (un seul a été exécuté en marbre); en tout cent soixante-seize ou vrages complets. On ne compte pas ici la multitude d’études, de dessins d'architecture, de modèles qu'il a laissés. Pour connaître l’œuvre de Canova, il faut lire le savant ouvrage de Quatremère de Quincy : Canova et ses Ouvrages, ou Mémoires historiques sur la vie et les travaux de ce cétètre artiste (Paris, 1834, in-8° ).

DRT. DE LA CONVERS, — T, IY.

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On remarque dans la manière de travailler le marbre de Canova une tendance visible à produire avec cette matière la netteté et le brillant de l'émail, Non content de donner à la superficie du marbre, à l’aide de la lime et de la pierreponce , le poli le plus délicat , ainsi que l’éclat le plus doux, il avait inventé une espèce d’enduit tirant sur le jaune, préparé avec de la suie, qu’il appliquait sur le marbre après le dernier poli, afin de rompre cette blancheur éblouissante et de lui donner à l’œil la douceur et la délicatesse de livoire ou de la cire. Cet adoucissement est néanmoins peu apprécié par les vrais connaisseurs. Un ingénieux critique à écrit en parlant de Canova : « On dirait qu'il cherche à peindre avec le marbre. » Du reste, ses qualités les plus éclatantes furent la grâce, le fini de l’exécution et l’harmonie des contours. Sa théorie artistique peut se résumer dans quelques-unes de ses paroles, que rapporte Missirini : « Dans le cours ordinaire de la vie, jai toujours vu les hommes d’un caractère aimable et gracieux prévaloir sur les hommes sévères : la grâce a un attrait tout puissant pour conquérir les cœurs. Il en est de même dans le monde de l’art. Mais si l’on n’est pas naturellement porté à aimer et à exprimer la grâce, il vaut mieux cultiver l’art austère, qui a aussi sa gloire. »

Comme artiste, on ne peut mieux comparer Canova qu’à Mengs : tous deux ont retiré leur art du degré d’abaissement où il était tombé par la corruption du bon goût, tous deux rivalisèrent de zèle; seulement , le talent du sculpteur italien fut plus fécond , plus souple et plus expressif. Comme homme, le caractère de Canova n'était pas moins digne d’estime. Il était actif, infatigable, ouvert, doux, sociable et bon envers tout le monde; il ne connaissait ni l'envie ni la jalousie, et était fort modeste, quoique sa gloire s’étendit sur toute l’Europe; il joignait au plus pur désintéressement la pratique de la plus noble bienfaisance; il encourageait les jeunes artistes, et instituait des prix pour exciter leur émulation ; en un motson caractère était tel qu’il n’y avait qu’une voix même parmi les envieux de l’artiste sur les qualités de l'homme privé.

Il a été publié en Italie divers recueils in-folio de planches d’après Canova; les Opere descritte da Isabella Albrizzi (Pise, 1821) forment 5 volumes in-8°, avec 125 planches au trait. Un autre ouvrage du même genre a paru à Venise, in-4°, En France , M. Réveil a publié les œuvres de Canova, in-8°, 100 planches, avec un essai de Latouche sur ce célèbre sculpteur. Les Anglais possèdent un travail analogue, mis au jour par M. Moses ( Londres, 1824; 3 vol. in-3°, 148 planches). Parmi les biographies de Canova, il faut distinguer celle qu’a écrite l’illustre historien de la sculpture, le comte Cicognara ( Venise, 1825, in-8°).

CANSTEIN (CuarLes-HiLDEBRAND, baron DE), né à Lindenberg, en 1667, et mort à Halle, en 1719, s’est rendu célèbre dans l'Allemagne protestante par la fondation d’une institution destinée à répandre la Bible parmi les classes peu aisées. Ancien page de l'électeur de Brandebourg, le baron de Canstein avait ensuite pris du service dans les Pays-Bas, où il avait mené la vie dissolue des camps. A la suite d’une longue et grave maladie, il se retira à Halle, où il se lia avec un célèbre prédicateur, qui le convertit. Néophyte ardent, il n’eut plus désormais qu’un désir, celui de répandre parmi ses contemporains les sentiments mysliques qui débordaïent son âme. La propagation de la Bible lui parut le meilleur moyen d'atteindre ce but; et son entreprise, qui subsiste encore aujourd’hui, et qui est connue sous le nom d’Institution biblique de Canstein, fondée tant au moyen de ses sacrifices personnels qu'avec le produit d’une souscription, obtint un succès énorme. Elle a en effet successivement imprimé, depuis l'époque de sa fondation jusqu’à l’année 1850, dans divers formats , et vendu à des prix trèsmodérés , 4,799,317 exemplaires des Saintes Écritures, dont 1,178,635 exemplaires du Nouveau Testament en allemand ;

plus 10,350 exemplaires de la Bibleet 15,250 exemplaires du Nouveau Testament en langue bohème. Le produit des ventes, qui s'élèvent annuellement à 55,000 Bibles et à 5,000 Nouveaux Testaments, est toujours exclusivement employé à la réimpression du livre sacré; ce qui assure l’existence de l’institution. Par ces courts détails on peut voir que l'établisseméntdes sociétés bibliques dont les Anglais sont si fiers n’a été que limitation de ce que le baron de Canstein avait fondé près d’un siècle auparavant en Allemagne.

CANTABILE; adjectif italien, qui signifie chantable, chantant, ce‘qui est fait pour être chanté, c’est-à-dire l’espèce de morceau où l’on doit réunir tous les moyens, toutes les séductions ; tous les ornements du chant ; le mouvement qui lui appartient est très-lent. On trouve des modèles du cantabile pour la musique vocale dans les ouvrages des maitres anciens et modernes, tels que Leo, Vinci, Caffaro, Piccini, Sacchini, Jomelli, Gluck , Mozart, Cimarüsa, Spontini, Paer, Rossini.

Un morceau de musique tel que le cantabile est le plus difficile qu’on puisse exécuter; aussi il n'appartient qu'aux grands talents de le bien chanter, car il exige les qualités de la voix les plus parfaites et l'emploi le plus sévère des règles du chant. Les qualités requises pour bien exécuter le cantabile sont :1° de posséder parfaitement Part de filer les sons, de savoir bien prendre et de retenir longtemps la respiration; car c'est dans ce caractère surtout qu’on doit employer souvent la mise de voix; 2° d'exécuter les phrases de chant; les agréments et les traits avec expressioniet avec la

noblesse qui distingue ce caractère de tous les autres;

3° enfin, de mettre beaucoup de moelleux dans le port de la voix: Le style du cantabile exige que tous les traits , et spécialement'lés agréments qu’on y emploie, soient exécutés d’une manière large et analogue à la valeur du mouvement de cé caractère, c’est-à-dire qu’ils soient articulés plus lentement qué partout ailleurs, mais sans pesanteur, sans leur faire perdre l'élégance, la légèreté et l'expréssion qui leur sont-proprèsi Vie LP RIRE: duint ‘à sb ‘ Chanter parfaitement le cantabile, c’est se montrer trèshabile à ‘exécuter tous lés morceaux lents; éar aujourd’hui le mot éantabile n’est'plus en usage pour là désignation des preriérs mouvements de n6s airs. Andanté, andantino, tels sont'les térmies dont Rossini et $es confrères se servent. se CA$riz-BLAZE.

-CANTABRES, ancien peuple d’Espagne ; dans la Taragonuise, vers les sourcés de l’Ebre, à l’est des Asturies, entre les Pyrénées et l'Océan, et dont le territoire correspondait à ceux de la Nävärre, de l’Alava, du Guipuzcoà et de la Biscaye. Ils luttèrént pendant trois siècles contre la puissance romaine avec un courage et une persévérance que rien ne put abattre. ‘Agrippa seul parvint à en domptér uné faible portion sous le règne d’Auguste. Mais le gros de la nation se réfugia dans ses montagnes les plus escarpées, où les Cantabres conservèrent leur liberté, leur mdépendance, en bravant lé vainqueur. D’autres, cerniés par dés forces supérieures , s’eutrefuèrent avec leurs vieillards, leurs femmés et leurs enfants, aimant mieux périr ävec gloire que vivre däns la servitude.

- On donnaît ‘autrefois le nom de monts cantabres à la chaîne asturiqué, qui n’est que lé prolongement occidental des Pyrénéés, et celui d'océan cantabrique à la partie de l’océan qui baïgné les côtes séptentrionales de l'Espagne habitées jadis par les Cantabres. Les Basques actuels, des deux versants des Pyrénées, se glorifiént avec raison de descendre des Cantabrés.

CANTACUZENE. Voyez KANTAKUZÈNE.

CANTAL, groupe de montagnes, situé à peu près au

centre de la France, et qui à donné son nom à un département, est remarquable à plus d’un titre. L'homme du monde qui va pendant la belle saison cherchant des contrastes à la vie des cités s'arrête avec plaisir au sein de cés montagnes,

CANSTEIN — CANTAL

assez hautes , assez difficiles pour exciter Son amour-propre de voyageur, assez abordables ; assez habitées pour ne pas décourager sa curiosité. Le Plomb du Cantal s'élève à 1857 mètres au-dessus du niveau de la mer, et'c’est, après le Puy de Sancy dans le Mont Dore, la plus haute sommité de la France centrale ; quoiqu'il domine tout le groupe, et que la vue s’étende de cette station à plus de 100 Kilomètrés à la ronde, la plupart dé ses pentes sont si douces qu’on peut parvenir à cheval jusqu’au sommet, et qu’une ancienne route, attribuée aux Romains, comme tous/les travaux dont l'origine se perd dans la ‘nuit des temps , passe sur le plateau qui le couronne. L'aspect de ces montagnes n’est pas rude, hérissé , terrible , comme celui des Alpes ou des P yrénées; mais la verdure qui les couvre presque entièrement, leurs formes généralement arrondies et l'isolement du massif largement assis sur une base peu élevée, leur donnent un air à la fois doux et majestueux. Dans les vallées profondes qui en sillonnent le centre ou qui s’échappent de leurs flancs, les pâturagés s’entremélent gracieusement aux boïs de hêtres ét de sapins, des eaux limpides tombent en cascades, et des rochers aux formes bizarres se prêtent aux'caprices de l’imagination la plus fantastique. Mais ce que ces vallées offrent peut-être de plus singulier, c’est de n’être peuplées à certaines époques que de femmes ; d'enfants et de vieillards. Le laborieux et avide Auvergnat est sur les montagnes occupé à recueillir le lait aromatisé de ses nombreuses vaches et à préparer dans les burons (c’est le nom des châlets en Auvergne) les fromages justement renommés du Cantal; où bien il a été mettre sa force et son industrie au service de quelque grande ville, Paris ou Londres, Amsterdam où Madrid, Peu lui importe le pays, pourvu qu’il gâgne, ét ce qu’il gagne il ne sait pas le dépenser. Aussi l’aisance est-elle générale dans ces vallées, et le voyageur n’apprend pas sans surprise que la modeste maison dans laquelle’ il vient de recevoir une hospitalité à la fois bienveillante et questionneuse possède un capital considérable. 40 Z ile |

C'est surtout commié témoïn irrécusable d’une vo/canicité qui rémonte bien loin au delà de toutes les traditions humaines, que le Cantal ést digne d’attention. Le'centre du groupe est occupé pr un ctäâtère de plusde 9 kilomètres de diamètre, auquel sont accolés quelques cratères plus petits. Tous les produits ordinaires des volcans, scories, ponces , conglomérats, coulées de laves , se sont amoncelés en montagnes autour de cette vaste cavité, let quoique depuis la formation de ce volcan des commotions nouvelles aient parcouru la terre, assez puissantes pour ébranlèr les plus solides édificés de la nature, on peut cependant distingüer encore plusieurs périodes d'éruption , assez bien carac-

‘térisées par la différence de léurs produits. Les recherches

lés plus récentes ont compté trois périodes de trachytes, une de phonolites, deux au moins de basaltes. Ces matières n’ont pas été rejetées alternativement ; le désordre apparent dans lequel ellés se trouvent révèle à un œil'atténtif unë succession de changements graduels dans le travail des laboratoires souterrains où circulent et se mêlent sans cessé les matériaux des laves sous influence dé l'ignition céntrale du globe. Lés débris de végétaux calcinés. ét les traces des lacs intérieurs à plnsieurs niveaux prouvent que lés éruptions ont été séparées par d’assez longs intervalles pour que la végétation ait pu reprendre possession des flancs du cône volcanique, et l'éau', de sa cavité centrale, Ce volcan éteint, dont les dimensions dépassent celles de presque tous les volcans actifs depuis les temps historiques, est un des anneaux qui lient les phénomènes actuels aux phénomènes immenses dont la terre a été dans un ‘passé très-lointain letthéâtre, et qu’accuse l'élévation de montagnes à plusieurs milliers de mètres au-dessus du niveau des mers. Aussi les deux opinions qui se disputent aujourd'hui Pempire de la géologie se sont-elles rencontrées sur ce terrain et rudement heurtées : l’une , qui veut expliquer la Structure de la terre par la seule

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et lente action des causes actuellement en jeu dans la nature, ne voit dans le Cantal qu’un large voïcan soumis dans tous ses accidents aux lois connues de la volcanicité , dans son cratère qu'un cratère d’éruption; l'autre, qui fait intervenir dans les temps antédiluviens des forces susceptibles de produire brusquement de grands phénomènes ; forces développées par le, refroidissement séculaire du globe, et mainterant plutôt assoupies qu’éteintes, explique par l'action d’une force immense agissant de bas en haut, au centre d’un massif de matières volcaniques, et les vastes dimensions du cratère et la position peut-être anomale du manteau basaltique qui couvre les flancs du cône. A. DES GENEVEZ.

CANTAL ( Département du ). Ce département , l’un des {rois qui ont été formés de Auvergne et du Vélay, est borné au nord par les départements de la Haute-Loire, du Puy-de-Dôme et de la Corrèze; à "’?st par ceux de la Haute- Loire et de la Lozère; au sud p*. ceux de la Lozère, de l'Aveyron et du Lot, et à l’ouest par ceux du Lot et de la Corrèze. Il tire son nom de la plus élevée de ces montagnes.

Divisé en 4 arrondissements, dont les chefs-lieux sont Aurillac, siége de la préfecture, Mauriac, Murat et Saint- Flour, il compte 23 cantons, 259 communes et 240,523 ha-

bitants. ]l envoie cinq députés à l’Assemblée, Il forme avec les départements de la Corrèze, de la Haute-Loire, de la

Haute-Vienne et de l'Aveyron, le 28e arrondissement forestier, constitue la 3e subdivision de la 20e division militaire

dont le quartier général est à Clermont-Ferrant, ressortit à la cour d’appel de Riom, et compose le diocèse de Saint- Flour, suffragant de l’archevêché de Bourges. Son académie comprend 3 colléges communaux, une institution, 648 écoles primaires et 9 salles d'asile. On y comptait, en 1866, 113,000, personnes sachant lire et écrire.

Sa superficie est de 574,147 hectares, dont 171,540 en terres labourables, 226,637 en prés, 353 en vignes, 67,607 en bois, et 76,339 en landes. Le revenu des propriétés bâties et non bâties est estimé à 5,758,101 francs par.an. En 1858 il payait 1,120,447 d'impôt foncier. Pays essentiellement agricole, sa grande richesse consiste en céréales et fourrages, dont le rendement total était évalué, en 1862, à plus de 69 millions; sa belle race bovine comptait alors 208,384 têtes, d’une valeur de 33 millions.

Le département du Cantal, situé dans la région la plus élevée de la France, est couvert d’un massif considérable de montagnes volcaniques, dont lesommet principal, qui en occupe à peu près le centre, le Plomb de Cantal , s'élève à 1,857 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ce massif se relie à celui de la Lozère par la chaîne des monts Masgerides et par une autre moins considérable au Puy-de-Dôme et au Mont Dore. Tout ce système de montagnes appartient à la ligne de faîle du bassin de la Loire et du bassin de la Garonne ; aussi détermine-t-il deux pentes d’inégale étendue, arrosées l’une et l’autre par de nombreuses rivières : celles du versant de la Loire, parmi lesquelles nous citerons l’Alagnon, sont toutes tributaires de lAllier ; le versant opposé a pour principaux cours d’eau : la Trueyre et la Celle, affluents du Lot; la Cère, la Marone, l’Auzé, la Suniène et la Rue tributaires de la Dordogne, qui ne pénètre pas dans Je département, mais qui le limite au nord-ouest du côté de la Corrèze. Le sol du Cantal, quoique hérissé de montagnes et sillonné de vallées profondes, offre néanmoins quelques plaines assez étendues, entre autres celle qui est située entre Mauriac et Saint-Flour et qu’on nomme la Planèse; elle est renommée pour sa fertilité. | fr ob

La température est très-diverse dans cette contrée, qui se trouve, pour ainsi dire, soumise à l'influence de plusieurs climats. Ainsi dans quelques cantons la température est douce et humide, dans d'autres humide et froide, ailleurs froide et sèche à la fois; et enfin un froid très-vif règne toujours, dans Ja partie centrale, appelée a Montagne, qui est couverte de neige pendant six mois de l’année, L’Au-

vergne est sujette à des ouragans terribles. Ceux qui éclatent en hiver et qu’on nomme écirs dans le pays sont très-redoutables. Les écirs neigeux sont les plus violents et les plus dangereux ; ils soulèvent les neiges, les jettent dans les vallées etengloutissent les habitations.

Le département du Cantal est une des contrées de France où le gibier est le plus abondant : les sangliers, les cheyreuils, et surtout les lièvres y sont communs. Mais on y trouve aussi beaucoup de blaireaux, de belettes, de fouines, de renards et surtout dé loups, qui y causent souvent de grands ravages. Malgré le grand nombre d’oiseaux de proie qui habitent les parties élevées du pays, et parmi lesquels se distinguent l'aigle et le faucon, le gibier à plume est assez considérable : les perdrix rouges etgrises, les cailles, les vanneaux, les canards et les bécasses sont très-répandus. Les rivières, les ruisseaux fournissent une grande quantité de poissons de toutes espèces, tels que le saumon, le barbeau, la truite, l’anguille, Pombre-chevalier, la loche, et l'écrevisse. I1 y avait autrefois beaucoup de bois dans le Cantal, presque toutes les montagnes en étaient couvertes ; aujourd’hui, par suite de défrichements mal entendus, l’on n’en trouve que dans quelques cantons, et il devient rare dans presque tous; il ne se conserve guère que dans les fondrières, où l'exploitation. en est trop pénible et trop coûteuse. Les essences, dominantes dans.les forêts sont les conifères, le chêne, le hêtre et.le bouleau. Les montagnes sont couvertes de plantes aromatiques. Le sol renferme un grand nombre de substances minérales, mais qui ne sont point exploitées. On y trouve de la houille, de, la tourbe, de l’antimoine, du talc, du mica, du tripoli, des pierresponces, de l’amiante, du gypse, du porphyre, du granit, des pierres meulières, etc. Mais si ces productions minérales ne sont d'aucun avantage pour le département, il n’en est pas de même de ses nombreuses sources d’eaux minérales, thermales ou froides, dont plusieurs surtout, en attirant chaque année un grand nombre de malades, répandent l’aisance parmi les habitants. Celles qui ont acquis le plus de réputation sont les eaux froides et alcalines de Vic; celles de Perrochès, de la Bastide, du Fouilhoux , de Saint-Martin- Valmeroux, de Tessières-lès Boulie, des Prades, etc. Quant aux eaux chaudes de Chaudesaiïgues, auxquelles on aftribuait autrefois de grandes propriétés médicinales , elles ne servent plus depuis longtemps qu'aux usages communs de la vie. Il existe dans la commune de Trizac une fontaine temporaire, qui présente un phénomène singulier : cette fontaine, nommée Bourdoire, coule deux ou trois fois dans une année , et reste ensuite plusieurs années sans reparaître.

La nature du sol et la rigueur du climat sont tout à fait défavorables à la culture des céréales dans le département du Cantal; aussi la récolte ne suffit-elle pas à la consommation locale, et pour y suppléer a-t-on recours au seigle, au sarrazin, à la, châtaigne et à la pomme de terre. La culture de la vigne est très-restreinte, et ne produit d'’ailleurs que des vins sans qualité, qui sont consommés sur place. I’orge , l’avoine, les graïnes oléagineuses, le chanvre et le lin sont cultivés avec succès: La châtaigne sert dans quelques parties à l’engraissement des porcs. Mais la vraie richesse du Cantal, ce sont les prairies et les pacages, qui occupent plus du tiers de son étendue. C’est là que viennent s’engraisser ces nombreux troupeaux dont la vente forme le principal revenu du pays; c’est là que se fabrique cette quantité immense de fromages connue sous le nom de Fromages d'Auvergne, que le commerce répand dans toute la France. Les bestiaux de Salers tiennent le premier rang parmi ceux du département. Les bestiaux des environs de la chaîne du Cantal sont beaucoup plus petits. On engraisse dans ce département un grand nombre de gros bestiaux qui se vendent dans le reste de la France.

| Les chevaux du Cantal sont légers, nerveux et durs à la

fatigue , mais de petite taille et propres seulement à monter la cavalerie légère. Les mulets sont aussi de petite espèce, mais très-recherchés. Les races de bêtes à laine sont assez belles.

L'industrie manufacturière de ce département est pour ainsi dire aulle. Elle se borne à quelque tanneries, parchemineries, chaudronneries, boisselleries , faïenceries, papeteries et verreries, et dans certains cantons les femmes fabriquent une grossière dentelle noire. Ce défaut d’industrie est la cause de ces nombreuses émigrations d’Auvergnats qui chaque année quittent leurs familles pour aller exercer dans les grandes villes, et même à l'étranger, les métiers les plus humbles et les plus rudes, mais qu'ils savent rendre lucratifs, notamment les métiers de porteurs d’eau et de charbonniers.

Le département du Cantal n’a qu’une rivière navigable, le Lot. Les communications intérieures ont lieu par 2 chemins de fer, 5 routes nationales, 12 départementales et 2,442 chemins vicinaux. 11 n’y a point de canal.

Les principales villes, indépendamment d’Aurillac et de Saint-Flour, sont: Mauriac, Murat, Chaudes-Aigues, Vic-sur-Cère; {a Roquebrou, sur la Cère, avec 1,472 habitants, des fabriques de poterie et des tanneries; Maurs, avec 3,172 habitants, des tanneries, taillanderies, cireries, clouteries, coutelleries, et un commerce considérable de pores, de hestiaux et de chevaux; Montsaluy, avec

1,063 habitants et une église du onzième siècle; Massiac, sur la rive droite de l’Agnelon, avec 2,256 habitants; Pierrefort, avec 1,134 habitants, et les ruines d’un vieux chàteau fortifié; Pléaux, avec 2,840 habitants, un petit sémipaire et un entrepôt de sl; Salers, surla Marone, situé sur un roc volcanisé, au milieu des montagnes, et qui nourrissent les plus beaux bestiaux de l'Auvergne, avec 1,090 habitants; Allanche, avec 2,056 habitants.

CANTALOUP , nom d’une race du genremelon. Les cantaloups sont ainsi nommés, dit-on, parce qu’ils furent d’abord cultivés à Cantalupo, maison de campagne des papes, à une vingtaine de kilomètres de Rome.

CANTARINI (Simone), dit le Pesarese ou Simone da Pesaro, peintre italien, né à Oropezzas, près de Pesaro, en 1612, fut l’un des meilleurs élèves du Guide, dont il s’appropria le style de manière à tromper les plus habiles connaisseurs. II lui arriva même souvent de surpasser son maître en ce qui est de la correction du dessin et de la grâce. Un tel résultat porta Cantarini à prendre une trop haute opinion de son talent; or l’exagération de son amour-propre ne pouvait qu'amener la rupture des liens d'amitié existant entre lui et Reni, qui le logeait dans sa propre maison à Bologne. Après s'être vu fermer cette porte hospitalière, Cantarini se rendit à Rome, où il se consacra à l'étude de l’antique et de Raphael. A son retour à Bologne, il fonda une école, qu’il continua de diriger jusqu’au moment où le duc de Mantoue le prit à son service, Mais son orgueil ne tarda point à le brouiller également avec ce nouveau protecteur. Désolé d’avoir manqué la ressemblance dans un portrait du duc qu’il avait été chargé de faire , il en tomba malade, se retira à Vérone, et y mourut, le 15 octobre 1648, à l’âge de trente-six ans, des suites du poison qu’il s'était lui-même administré, à ce qu’on suppose,

Cantarini excellait dans le modelé et la carnation, et évitait dans son dessin le ton fardé que le Dominiquin donne à ses figures, de même que les ombres trop noires des Carraches. Il avait coutume de donner une teinte grisâtre aux parties saillantes de ses tableaux ; aussi l’Albane l’appelait-il en dérision le peintre des cendres. La galerie de Bologne possède de lui quelques toiles remarquables, entre autres une Madone enlevée par les anges, et un portrait de son maître Guido Reni. Citons encore de lui un Saint Antoine dans l’église des Franciscains à Cagli, un Saint Jacques à Rimini, et trois tableaux représentant des Saintes Familles,

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