‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 273 sur 556 · CANTIQUE — CANTIQUE DES CANTIQUES · texte numérisé non relu

CANTIQUE — CANTIQUE DES CANTIQUES

Augustin , entré par hasard dans église de Milan, qu’il ne contribua pas peu à sa conversion. C’est lui qui nous l’apprend , dans ses Confessions.

.On donne encore le nom de cantiques à ces chansons où sont rimés burlesquement les actions, la vie et les miracles des saints, et qu’un Jérémie ambulant, s’accompagnant d’un violon , va chantant sur les places des églises. Ce sont les cantiques de sainte Geneviève, de saint Roch, de la Passion et autres, et des noëls naïfs. Un petit théâtre, où sont représentés en relief ou modelés les saints et les saintes , tout étincelants d’oripeaux , ajoute à l'intérêt de ces drames grotesques. Le bœuf, le chien, les moutons en cire peinte y ont une physionomie particulière ; leur air de mansuétude et de soumission , digne du paradis terrestre, invite ies enfants à s’approcher ; c’est leur Opéra-Comique. IL fait aussi les délices des gens de la campagne, et souvent les incrédules et les gens comme il faut ne dédaignent pas de faire cercle autour.

On connaît de nes jours les Cantiques nouveaux de Saint-Sulpice : ce sont des prières, des hymnes en français, plus ou moins mal versifiées, la plupart sur des airs qui rappellent des paroles que les boudoirs et les banquets n’admettent pas toujours. Pourquoi, lorsque la capitale abonde en jeunes talents en poésie et en composition musicale, le chapitre ne les emploie-t-il pas ? Il en résulterait des hymnes et des airs dignes du lieu respectable et saint où l’orgue majestueux fait disparate avec des chansonnettes. Les païens s’entendaient mieux à honorer leurs divinités. Ce fut Horace qui fit le poëme séculaire à la gloire de Diane et d’Apollon, et Pindare, prêtre d’un temple à Thèbes, composait et chantait les hymnes des Dieux. DENNE-BARON.

Les protestants , dans leurs temples, se servent de livres de cantiques. Is en possèdent dans presque toutes les langues. Ils furent introduits en Allemagne par Luther, auteur lui-même d’excellents cantiques , dont celui qui commence par ces mots : £ine veste Burg ist unser Gott est devenu célèbre, et se chante encore dans les grandes solennités. Gellert marcha , plus tard , sur ses traces, et les plus beaux cantiques allemands sont tirés des geistliche Oden und Lieder de ce poëte. Le cantique Jehovah, deinem Namen sey Ehre se distingue par son style élevé et sa simplicité touchante. [1 a été traduit en français, et fait partie du recueil de cantiques à l'usage des églises de la Confession d’Augsbourg en France. Les calvinistes restent fidèles à leurs psaumes et à leurs cantiques , que leurs pères ont chantés dans les jours d'orage; et quoique ces productions de Théodore de Bèze et de Clément Marot aïent bien vieilli, les souvenirs qui s'y rattachent ne permettent pas de les changer.

CANTIQUE DES CANTIQUES, ou le cantique par excelleñce. On attribue ce poëme biblique à Salomon; c’est du moins l'opinion la plus généralement admise. Dans le texte et dans l’ancienne version grecque il porte le nom de ce roi. Ce dut être sans un mür examen que les thalmudistes ou interprètes de Écriture signalèrent Ézéchias comme én étant l’auteur. Ce chant d’amour charnel ou mystique m’eût point été à sa place dans la bouche d’un roi austère et pieux. Naturellement il dut découler des lèvres du roi voluptueux et pacifique qui avait soixante reines assises dans son palais, et dont quatre-vingts femmes du second rang , avec un nombre infini de jeunes filles, peuplaient les sérails. C’est ce prince lui-même qui, dans son cantique, fit cette énumération aux jours de sa sagesse, œr dans la suite ce nombre fut de beaucoup surpassé, A quel roi psalmiste dans Israel convint-il mieux de tracer ces peintures brülantes qu’à un roi qui portait secrètement au fond dû cœur un vif penchant au plaisir et à l’idolätrie, à un roi qui profana les saints encensoirs devant Astarté, la Vénus syrienne? Le Cantique des Cantiques, qui tient à peine quelques pages dans la Bible, est le monument le plus rare, le plus original, le type le plus délicieux qui nous

soit resté de la poésie pastorale chez les Hébreux, L'amour y est à la fois si suave et si ardent, il y est peint avec des couleurs si tendres et si vives, qu’il a semblé aux hommes un amour divin. Salomon, roi psalmiste, pieux et puis idolâtre, dut confondre malgré lui les idées profanes avec les sacrées , les pensées d’en haut avec celles d’ici-bas. De là ce mélange admirable dans son poëme de peintures tour à tour chastes et charnelles , tantôt nues , tantôt voilées ; de là cette incertitude des Juifs et des chrétiens s'ils en feraient un chant du ciel ou de la terre, Un tel doute est à lui seul un éloge de ce morceau; tous les épithalames, idylles, odes érotiques, pälissent auprès. Tout en pensant à la terre, Salomon, sans cesse sous l'influence céleste, peut avoir coinposé un chant mystique, Les Juifs l'ont pris pour l’allégorie de l’alliance de Dieu avec la synagogue; les Pères de l'Église, pour l’image de l’union de cette dernière avec Jésus- Christ. C’est l'opinion de Bossuet, qui ne voyait rien de licencieux dans ce poème.

Le concile de Trente a mis au nombre des livres canoniques ce poëme, comme une allégorie sacrée. Les Juifs au temps d’'Esdras l’avaient reçu dans le canon de la grande synagogue. Néanmoins leurs docteurs en défendaient la lecture avant l’âge de trente ans. Les anabaptistes allèrent plus loin ; ils le regardèrent comme un livre dangereux. II est difficile de concilier cette précaution de la loi et le mariage précoce des Juifs d’alors, La loiprescrivait presque aux hommes de se marier à dix-huit ans , et aux femmes à douze ans un jour. L’épithalame de Salomon devait être une pièce nationale , et chantée aux noces pendant les sept jours de leur célébration , chapitre par chapitre, ainsi que les a divisés Bossuet. On voit que nous acceptons ici cette pièce comme un chant nuptial. Le sentiment le plus commun estque Salomon composa cet épithalame sous la forme d’une pastorale pour célébrer son mariage avec la fille de Pharaon, roi d'Égypte; plusieurs passages confirment cette opinion.

Le Cantique des Cantiques est divisé en huit chapitres , qui se rapportent aux journées des noces chez les Hébreux. Les nuits ne sont pas oisives : les chants du bien-aimé et de la bien-aimée en occupent la partie qui n’est point donnéeau repos. Ce cantique est une idylle orientale, où Salomon et la Sulamite, tantôt réunis, s’entretiennent de leur passion sous les métaphoresles plus vives, et tantôt séparés, se renvoient les allocutionsles plus tendres, l'absence doublant encoreleur amour, Toutefois le chœur des jeunes filles de Jérusalem ne quitte pas, la Sulamite, ni celui des jeunes hommes Salomon. Celui-ci est un chœur muet : C’étaient les paranymphes chez les Hébreux. Ils accompagnaient l'époux, et chez les Grecs ils gardaient la chambre nuptiale. Dans toute la pièce le chœur des vierges est sans cesse présent; il mêle à la tendresse des époux les paroles les plus suaves, les interrogations les plus douces, les soins les plus affectueux ; c’est absolument le chœur des tragédies grecques. Bossuet , ébloui des beautés ravissantes de ce petit poème, en fait l’analyse suivante avec une plume qui semble trempée dans les couleurs de Fénelon : «Tout ce cantique, dit-il, abonde en objets délicieux; partout l'œil n’aperçoit que des fleurs, des fruits, une profusion de plantes les plus agréables, le charme du printemps, des campagnes fertiles, des jardins frais et fleuris, des eaux, des puits, des fontaines ; l’odorat est frappé des plus douces odeurs que l’art a préparées ou qui sont l’ouvrage de la nature. Nous y voyons des colombes, de plaintives tourterelles, du miel, du lait, des flots d’un vin exquis; enfin, dans les deux sexes nous n’admirons que grâces, qu'éclat, que beauté, que chastes embrassements, qu'amours aussi doux que pudiques. Si quelques objets terribles, tels que des rochers, des montagnes sauvages , le repaire d’un lion, y frappent notre vue, c’est pour accroître encore, par le contraste et la variété , le charine du tableau le plus gracieux. »

RRA

On à lieu de croire que Théocrite, contemporain des Septante, et qui faisait partie de la fameuse pléiade de poëtès qui brillait à la cour de Ptolémée-Philadelphe, emprunta au Cantique des Cantiques plusieurs traits charmants de ses idylles. Nous n’irons pas avec Grotius toucher d’une main brutale à cette gracieuse composition; c’est une fleur mystique de l'Orient, qui ne doit être cueillie qu’avec le doigt d’une vierge. Après Grotius, Bèze et Castalion en ont donné des traductions avec des couleurs trop crues. L'abbé Cotin, aumônier et prédicateur du roi, fit du Cantique des Cantiques une comédie pastorale ou bergerie. Un ministre hollandais en composa un vrai drame, et divisa en scènes et actes l’épithalame de Salomon. La paraphrase qu’en a faite Voltaire en vers délicieux sent plus la cour de Louis XV que celle de Salomon. Millevoye a versifié une partie de ce poëme. Malgré l'harmonie de ses alexandrins, ce rhythme ne convient point à un chant d'amour. A la fin du douzième siècle, une traduction du Cantique des Cantiques ayant été trouvée dans une abbaye des environs de Sens, le chapitre général de Citeaux tenu en l’an

1200 ordonna aux abbés d'Orcamp et de Cercamp de se transporter à cette abbaye, et de faire brûler cette dangereuse production. Le même sort attendait la paraphrase de Voltaire. Le parlement qui la condamna n’ayant point incriminé l’œuvre de l'abbé Cotin, cela fit dire alors que les conseillers n’aimaient que les mauvais vers et les mauvaises comédies. DENNE-BARON.

CANTIUM. Il est question d’une contrée dece nom dans César. Il paraît que les Latins nommaient ainsi le pays qui constitue aujourdhui le comté de Kent, dans la Grande- Bretagne, mais auquel César donne une plus grande étendue, puisqu'il comprenait sous ce nom toute la partie de l’île qui s'étendait vers l’orient, au midi de l'embouchure de la Tamise et vis-à-vis de la Gaule. Il dit que ses habitants étaient les plus civilisés de tous les Bretons, et que leurs mœurs ne différaient guère de celles des Gaulois. Le promontoire du même nom : promontorium Cantium , dont Ptolémée fait mention , était situé sur la côte orientale, au lieu nommé aujourd'hui North-Forland.

CANTO-FERMO. C’est ainsi que les Italiens appellent la musique d'église que nous désignons sous le nom de plain-chant.

CANTON. C’est en France une subdivision administrative du territoire. Chaque arrondissement se divise en cantons; le canton comprend un nombre indéterminé de communes. Dans l'organisation actuelle (1866), il existe 373 arrondissements, divisés en 2,941 cantons, ayant chacun leur chef-lieu. La moitié des départements ne comptent pas plus de 30 cantons, mais les autres en renferment généralement de 31 à 48, et même le département de la Corse, qui, du reste, est formé de la réunion de deux anciens départements, compte 62 cantons. C'est le département qui a le chiffre le plus élevé; après lui vient immédiatement le département du Nord , qui en compte 60; les départements de la Seine-Inférieure (51) et du Puy-de-Dôme (50) se présentent ensuite. Les départements qui offrent les chiffres les moins élevés sont ceux des Pyrénées-Orientales (17), de l'Ariège (20), de Vaucluse (22) , du Cantal (23) et de l'Indre (23). ”

Dans le cours de la révolution, on avait reconnu la nécessité de créer un centre plus rapproché que les chefs-lieux d’arrondissement, auquel pussent se rattacher tous les intérêts de plusieurs communes voisines, et l’on avait choisi les chefslieux de canton pour former ce centre : c'était à que se trouvait placée la véritable municipalité cantonale, qui avait sous sadirection toutes les municipalités des communes comprises dans le canton ; cette assemblée, présidée par le maire du canton et composée des maires et officiers municipaux de chaque commune, délibérait sur toutes les affaires communes et arrêtait les règlements généraux de police mu-

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