‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 278 sur 556 · CANUEL — CANZONE · texte numérisé non relu

CANUEL — CANZONE

ne tardèrent pas à être connus et soulevèrent une indigna

tion générale contre cet infâme système de provocation. L'opinion publique en fit avec justice retomber toute la responsabilité sur le général Canuel, dont le nom resta dès lors condamné à la plus fâcheuse célébrité.

Comme tous les pouvoirs réactionnaires et violents, le gouvernement de la Restauration sembla prendre à tâche de combler de faveurs l’homme qui venait de pousser le zèle jusqu’à la fureur et au fanatisme. On le fit baron ; on le couvrit de décorations. Vint cependant un moment où Louis XVIII, mieux conseillé, crut devoir ordonner sur ces événements une enquête, dont il chargea le duc de Raguse, et à la suite de laquelle Canuel et le préfet du Rhône furent destitués. A peu de temps de là, Canuel fut même arrété, et resta détenu plusieurs mois sous une accusation de complot. L’instruction de cette affaire se termina par une ordonnance de non lieu, et il fut remis en activité deservice. Compris au nombre des inspecteurs généraux de l’armée, il fit en 1823 la campagne d’Espagne, pendant laquelle il eut le commandement d’une division. A la révolution de Juillet il commandait la 15° division militaire. Il fut aussitôt mis à la retraite, et alla mourir ignoré, le 8 août 1840, à Poitiers.

CANUT, sobriquet que l’on a donné aux ouvriers tisseurs en soie de Lyon, mais qu'ils considèrent comme offensant et qui d’ailleurs tombe en désuétude.

CANUT. Voyez KNur.

CANZONE, la plus belle et la plus noble composition lyrique dont la poésie italienne puisse s’enorguellir. On ignore le nom de son inventeur; mais on sait qu’elle fut introduite en Italie à limitation des poëtes provençaux, qui l’appelaient et l’appellent encore stampita. Cependant cette composition est ancienne, et remonte à plus d’un siècle avant Pétrarque; cet auteur la perfectionna à un tel point, que non-seulement il l'emporta dans la canzone sur tous les poëtes qui l'avaient précédé, mais il enleva même à ceux qui pourraient le suivre l’espérance de l’égaler. Les rares beautés dont il enrichit le style lyrique italien et Ja haute perfection à laquelle il le porta valurent à ce style le titre de petrarchesco ; et les poëtes qui depuis s’exercèrent dans le même genre le prirent pendant longtemps pour modèle. Nous donnerons une idée dela structure de ce petit poëme, que son nom pourrait faire confondre avec notre chanson, tandis qu’il participe à la fois de l’ode et de la cantate. fl consiste en une suite de stances dont les vers et les rimes sont disposés dans un ordre déterminé, et semblable en tout à celui qui a été observé pour la première stance. Ces stances doivent être au nombre de cinq pour le moins, de vingt au plus, et chacune d’elles doit se composer de neuf à vingt vers. Cet ordre cesse à la fin de la canzone, dont la dernière stance, appelée chiusa, ripresa, comiato où congedo, est forméede vers plus courts et de rimes disposées. d’une manière absolument différente. Quelques poëtes se sontécartés de cetterègle, mais ilsn’ont point égalé Pétrarque, qui s’y était soumis , ainsi qu’à celle de n’employer que des vers de onze et de sept syllabes,

On observe pour lacanzone, malgré sa brièveté, l’exorde , l'exposition, la confirmation, la réfutation etla péroraison. Le style en doit toujours être élevé, noble ou gracieux, selon le sujet. Sous ce rapport Pétrarque est merveilleux, et même dans les canzoni où il célèbre son amour on trouve des pensées profondes tirées de la philosophie de Platon, qu'il fut entre les modernes le premier à faire connaître. On ne se lasse jamais de lire toutes les canzoni de Pétrarque, quoiqu’on ait distingué parmi elles les trois qu’il a composées sur les Yeux de Laure, et celle qu’il adressa aux grands seigneurs d’Halie, peur les exciter à délivrer leur patrie du

‘joug des étrangers. Un patriote italien ayant fait imprimer

séparément cette canzone, peu de temps après l'occupation de Milan par les Français, elle tomba entre les mains

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