CANZONE — CAOUTCHOUC
du général Murat, qui donna sur-}e-champ l’ordre d’en arrôter l’autear, et fut très-surpris d'apprendre que dès le quatorzième siècle , toujours noble et toujours esclave, VItalie, par la voix de ses grands hommes, proclamait son amour pour la liberté.
Presque tous les poëtes italiens se sont exercés dans la canzone : nous citerons seulement Dante Alighieri, Dante da Majano, Guido Cavalcanti, Cino da Pistoia, et depuis eux le cardinal Bembo, Il Caro, Il Casa, les deux Tasso, et Angelo di Costanza. Vers la fin du quinzième siècle le style petrarchesco fit place au pindarique, qui laissait plus d’essor à l'imagination ; et Il Testi, 11 Chiabrera, Il Filicaja, il Guidi, il Metastasio, ne s’ilustrèrent pas moins dans la canzone que dans les autres genres de poésie.
C*° DE Brani.
CANZONETTA. On appelle ainsi dans la musique italienne une espèce de morceaux de chants qui à l’origine avaient le caractère de chants populaires, mais auxquels d’habiles compositeurs ont donné déjà depuis longtemps une forme artistique plus élevée. De nos jours le style simple et naïf de la Canzonetta a beaucoup perdu de sa grâce et de sa flexibilité primitives ; et deux artistes italiens, notamment Rossini, dans ses Soirées musicales , et Mercadante, dans ses Matinées musicales, ont complétement abandonné les traditions de l’art national pour donner à la Cansonetta une forme dans laquelle on retrouve tous les raffiner-ents des écoles française et allemande.
CAORSINS ou CORSINS, marchands ou trafiquants d'Italie, fameux au treizième siècle, en France, en Angleterre, dans les Pays-Bas et en Sicile par leurs usures, devaient leur nom suivant quelques historiens à la ville de Cahors où ils faisaient un gros commerce, et suivant d’autres à une famille de forts négociants de Florence, les Corsini. Quoi qu’il en soit, leurs procédés paraissent avoir indisposé plusieurs États contre eux. Henri III les expulsa d’Angleterre en 1240; le pape ayant intercédé en leur faveur, ils y revinrent en 1250, et s’en firent chasser une seconde fois, l’année même qui suivit leur rétablissement. En 1260 le duc de Brabant (Henri III) les expulsa aussi de ses États par son testament. Enfin, saint Louis de France lança contre eux un édit de proscription en l’année 1268. Ils avaient donné lieu, si l’on en croït Du Cange, à une façon de parler proverbiale : enlever comme un corsin, qui serait devenue par corruption : enlever comme un corps saint, par allusion à la rigueur avec laquelle ils faisaient enlever et incarcérer leurs débiteurs.
CAOUANNE , la plus grande des trois espèces de tortues, dont l’écaille est la moins précieuse, étant trèsmince, de vilaine couleur, et chargée en outre d’une espèce de gale qui la gâte entièrement. Sa chair, maigre, coriace, filandreuse et de mauvaise odeur, n’est guère bonne à manger; cependant ou ne laisse pas de la saler pour les nègres.
CAOUTCHOUC. Le suc de diverses plantes renferme une substance singulière par ses' propriétés, et que tout le monde connaît sous le nom de gomme élastique ; dans divers Cas cette substance ne se rencontre qu’en petite quantité, comme dans l’opium; d’autres fois, au contraire, la proportion en est si considérable qu’il suffit d’extraire le suc des plantes et de l’abandonner à l’air pour qu’il se solidifie : la matière obtenue est le caoutchouc. Ce sont particulièrement deux arbustes de l'Amérique méridionale, l'hevea caoutchouc et le jatropha elastica, qui donnent cette espèce de gomme élastique que le commerce peut livrer pour une foule d’usages. Les naturels du pays font aux tiges des arbres des incisions d’où découle un suc qu'ils reCueillent pour en enduire des moules de diverses formes : le caoutchouc prend bientôt la forme solide, et, afin de pouvoir appliquer de nouvelles couches , ils exposent les vases à l’action de la famée, ce qui colore le caoutchouc,
naturellement blanc. Pendant que la fatière est encore molle, on trace dessus divers dessins, Comme les moules peuvent avoir toutes sortes de formes, on trouve de la gomme élastique sous celles de poires, d’animaux, etc. Le caoutchouc se rencontre aussi dans le commerce eu plaques épaisses ou en cylindres de couleur blanche, jaune ou brune. Depuis quelques années on envoie de temps en temps le suc lui-même en Europe, dans des flacons complétement remplis et hermétiquement fermés. On emploie ce suc avec le plus grand avantage à former des tissus imperméables, à confectionner des tubes creux, etc.
Le caoutchouc jouit d’une propriété très-remarquable, et qui offre la plus grande utilité : quand on vient de le couper avec un instrument bien tranchant, les deux lèvres, rapprochées l’une de l’autre et légèrement comprimées pendant quelques instants, adhèrent si fortement entre elles qu’il n’est plus possible de les séparer, et la jonction se fait si parfaitement qu'aucun liquide ni gaz ne peut la traverser. On à mis à profit ce caractère remarquable pour préparer des tuyaux élastiques que l’on peut fabriquer, soit en coupant dans un morceau de caoutchouc une plaque d’une dimension convenable et comprimant les bords l’un sur l’autre pour procurer l’adhérence, soit en coupant une lanière que l’on roule en spirale sur un mandrin. Dans l’un comme dans l’autre cas, deux conditions sont absolument indispensables pour que la soudure soit parfaite: c’est que les bords soient coupés d’une seule fois si on se sert de ciseaux, et que l’on rapprocheles lèvres sans les avoir aucunement touchées avec les doigts. Tous les points où il y aurait des bavures ou sur lesquelles les doigts auraient déposé de l’humidité ne se souderaient pas et procureraient des fuites. Avec un peu d’adresse, on peut en quelques secondes obtenir ainsi tous les objets que l’on désire.
Si l’on veut couper un morceau volumineux de caoutchouc pour obtenir des feuillets très-minces , que l’on divise ensuite en fils, on éprouve une difficulté qui provient de ce que le couteau, adhérant fortement au caoutchouc, on en déchire le morceau sans le diviser ; pour éviter cet inconvénient, il suffit de mouiller la lame, et il devient alors facile de produire des feuillets aussi minces que l’on veut, et des fils quipeuvent servir à confectionner des tissus extrêmement élastiques.
Le caoutchouc est absolument imperméable à l'air et à l'humidité ; il n’éprouve aucune altération par l’action de ces deux causes réunies, qui agissent si efficacement sur les substances organiques ; aussi s’en sert-on avec un grand avantage pour préserver de l'humidité. Par exemple, on rencontre maintenant dans le commerce beaucoup de chaussures en gomme élastique, que l’on peut aussi employer comme sous-chaussures, et qui, pour les dames surtout, deviennent un objet presque nécessaire. Une paire de ces chaussures coûte de sept à huit francs, et peut durer longtemps ; le nettoyage en est extrêmement facile, puisqu'il peut se faire avec une éponge mouillée; on n'a absolument rien à craindre de l’humidité quand on en fait usage.
Le caoutchouc se ramollit par la chaleur et se fond alors aisément ; mais la matière reste ordinairement glutineuse et collante ; à une plus haute température, la gomme élastique brûle et donne beaucoup de fumée. On ne connaît qu’un petit nombre de substances qui puissent dissoudre le caoutchouc : l’éther, l'huile de térébentine, et particulièrement l'espèce d'huile volatile que l’on obtient en distillant le charbon de terre pour en obtenir le gaz de l'éclairage, sont dans ce cas. Les deux dernières, moins coûteuses, seraient bien avantageuses s’il n’était si difficile de rendre au caoutchouc toutes ses propriétés : il reste longtemps poisseux ; l’éther sulfurique le laisse au contraire immédiatement à l’état le plus convenable. I1 suffit pour obtenir cette dernière liqueur de faire gonfler le caoutchouc découpé en lanières, en le tenant quelque temps dans l’eau bouillante, et de le
jeter ensuite dans un vase renfermant de l’éther; il augmente d’abord beaucoup de volume, et se dissout ensuite en donnant une liqueur presque incolore, qui, étendue sur un objet quelconque, y a bientôt déposé une couche trèsmince de caoutchouc très-élastique.
On peut fabriquer aussi avec le caoutchouc des ballons extrèmement légers et bien imperméables à l’air.
Il n’y a personne qui ne connaisse l’usage de la gomme élastique pour obtenir des balles au moyen desquelles on se livre avec tant de plaisir à l’exercice de la paume. Mais c’est surtout par son utilité dans les arts que cette matière se recommande. Le caoutchouc sert à effacer les traces de crayon et à adoucir le papier. Il entre dans la composition de quelques vernis, de colles, de mastics, après avoir été fondu et uni soit à la chaux, soit à la chaux et au minium. La chirurgie tire du caoutchouc plusieurs instruments qui demandent de la souplesse et de la flexibilité. Enfin, un des emplois les plus importants de cette substance est celui auquel on l’a fait servir pour la confection detissusimperméables. H. GAULTIER DE CLAUBRY.
Les tissus des objets fabriqués en caoutchouc doivent, pour jouir de toutes les propriétés requises, posséder une élasticité qui ne s’altère pas par l’usage, ni surtout par les variations de température. On obtient ce résultat par la combinaison du caoutchouc avec une petite quantité de soufre ; le caoutchouc ainsi préparé prend le nom de caoutchouc vulcanisé. Voici comment on opère : on plonge les articles fabriqués en caoutchouc, bien propres et bien secs, dans une solution contenant 2,5 de chlorure de soufre pour 100 de sulfure de carbone; après une minute d'immersion on les retire, on fait évaporer du sulfure de carbone et les traces d’acide chlorhydrique formé, à l’aide d’un courant d’air dans une étuve chauffée de 20 à 25°; quand les objets sont secs, on les replonge une minute et demie dans la solution, on les en retire pour les faire sécher, puis on les lave dans une solution alcaline et enfin dans de l’eau pure,
C’est à l'Américain Goodyear qu’on doit le procédé de vulcanisation du caoutchouc pour lequel il prit un brevet en 1840, ainsi que le caoutchouc durci. Les fabriques qui exploitent les brevets de cet inventeur se sont multipliées sur tous les points du globe. On évalue à plus de 60 millions de francs le chiffre des produits annuels des ateliers aux États-Unis, où l’usage du caoutchouc est extrêmement répandu.
Le caoutchouc vulcanisé est d’un emploi fréquent dans l'industrie; ses applications deviennent de jour en jour plus nombreuses. On en fait des manchons à interposer sous les cloches à faire le vide, des courroies pour ligatures, des plans et cartes marines imprimés, des coussins, des lits hydrostatiques , des rondelles pour amortir le choc des wagons, des soupapes, des garnitures de pistons, des tubes et robinets volants, des battoirs, des bateaux insubmersibles, des pavés, enfin des chaussures imperméables, dont la fabrication, a constitué toute une branche de commerce.
Pour obtenir le caoutchouc durci, l’on se sert d’un caoutchouc de qualité inférieure qui arrive en énormes pains formés de morceaux agglomérés; on l’épure en le soumettant à un bain de +- 60°; on le scie en tranches irrégulières, puis on découpe les tranches en menus morceaux ; une machine en extrait les matières étrangères. La substance une fois amollie, on y ajoute 50 p. 100 de soufre et on l'expose à une température de + 135° prolongée pendant sept heures; la sulfuration s'opère, et après le refroidissement, le mélange a pris une telle dureté qu’on peut le tailler sous toutes sortes de formes. On fabrique aujourd’hui avec le caoutchouc durci une foule d'objets de tabletterie, des bobines pour les filatures, de la corne de cerf arlificielle, des règles graduées, des rouleaux d'impression, des peignes, elc. Le caoutchouc durci peut recevoir la dorure comme le métal; par le moulage on en obtient des mé-