‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 287 sur 556 · CAPELUCHE — CAPÉTIENS · texte numérisé non relu

CAPELUCHE — CAPÉTIENS

Fontaines, Albéric, ajoute à cette généalogie un degré de plus. « Les rois Robert et Eudes, dit-il, furent fils du comte Robert le Fort, marquis de la race des Saxons, auquel Charles le Chauve avait donné en fief le comté d’Anjou, comme à un homme vaillant, pour défendre de ce côté le royaume contre les Bretons et les Normands. Mais, ajoutet-il, les historiographes n’ont su rien nous apprendre de plus sur cette race. » Plus les temps s’éloignèrent et plus les géréalogistes, se trouvant à leur aise, prétendirent voir clair dans la nuit des âges. La descendance de Hugues Capet, qu’on voulait faire venir de quelque maison antique, puissante et illustre, devint l’objet de plusieurs systèmes, parmi lesquels on a distingué, au dix-septième siècle, comme les plus ingénieux, ceux de Zampini, de Chifflet et de Tournemine.

Robert le Fort serait donc le premier auteur connu de la race capétienne. Quelques auteurs le font descendre em ligne masculine de Witikind le Saxon, vaincu et converti par Charlemagne, D'autres le disent issu de la race mérovingienne, de Clodion le Chevelu ou de Clovis.

L'Art de vérifier les Dates fait remonter la souche des Capétiens jusqu'à saint Arnoul, qui aurait eu pour fils Ansigise, père de Pepin le Gros. Celui-ci aurait eu quatre fils, parmi lesquels figure Charles Martel. A celui-ci succède Childebrand 1°, mort en 753, lequel donna le jour à Nibelung 1°, qui vivait en 805. De celui-ci vint Théodebert, mort vers 830, laissant pour fils Robert l’Angevin, mort avant 867, et Childebrand II, souche de la première maison de Bourbon. Robert, qui fut roi des Francs, était fils dece Robert l’Angevin, et fut lui-même père de Hugues le Grand. Les Capétiens auraient ainsi la même origine que les Carlovingiens. Suivant une autre généalogie, Robert lAngevin serait le fils aîné d’un autre Robert, sur la vie duquel on ne sait rien, et qui aurait été le troisième fils de Théodebert, seigneur Franc descendant de Witikind, de Clovis, de Pepin d’Héristal, où des Welfes de Bavière.

Quoi qu’il en soit du plus ou moins de probabilité de ces systèmes contradictoires, ils ne plaisaient pas tous également aux rois dont ils étaient destinés à caresser l’orgueil. Louis XIV ne voulait être ni Gaulois, ni Visigoth, ni Saxon ; mais il tenait beaucoup à ce qu’on lui prouvât qu’il descendait des Francs. Au reste, au temps de Hugues Capet c’était une opinion généralement répandue, et peut-être accréditée par ses ennemis, qu’il était sorti des rangs inférieurs de la société. Trois siècles encore après son usurpation la croyance populaire le rangeait toujours parmi les plébéiens ; aussi vers 1294, le moine Iperius, dans la Chronique de Saint-Bertin, cherche-t-il à combattre cette croyance des hommes vulgaires et simples, tandis que, peu d’années après, le Dante la reproduisit dans son immortel ouvrage, où il fait dire au comte Hugues lui-même, qu’il était fils d’un boucher de Paris :

Figliuol fui d’un beccaio di Parigi.

On a prétendu que le Dante avait imaginé de donner aux rois de France une semblable origine pour se venger d’un descendant de Hugues Capet, de Charles de Valois, qui l’avait chassé de Florence. Son assertion fut répétée par plusieurs auteursitaliens et allemands, entre autres par Agrippa, dans son traité De la Vanité des Sciences ; elle se retrouve même dans quelques auteurs français. Notre Villon, qui du reste ne respectait ni les rois ni la vérité, a dit :

Si feusse des hoirs de Capet, Qui fut extrait de boucherie.

Luigi Alamanni, chassé de Florence comme le Dante, mais réfugié en France, où François 1°" le combla de bienfaits, lisait un jour à ce prince l'endroit du Dante que nous avons cité, François I°° devint furieux, et dit à Alamanni: Que je ne revoie jamais ce ridicule auteur ! 11 voulut

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en défendre publiquement la lecture dans son royaume; heureusement sa colère s’apaisa, et le livre resta. Dans ses Lettres sur l'Histoire de France, M. Aug. Thierry semble préférer le système généalogique qui fait descendre Hugues Capet d'une race saxonne par Robert le Fort.

En tout cas, lorsqu’en 986 Hugues Capet fut proclamé roi par une poignée de ses partisans, qu’on représenta plus tard comme une assemblée de notables, mais qui m'était au fond que la réunion de ses vassaux, il triompha facilement de l'opposition des derniers Carlovingiens soutenus par les Allemands. L’avénement de cette troisième race fut un fait immense par ses résultats ultérieurs. Lorsqu'il eut lieu, il fut à peine remarqué. Dans leur lutteavecEudes, Robert et Raoul, les derniers Carlovingiens avaient montré une disposition funeste à implorer le secours des princes germaniques. Louis d'Outrem er partagea cette disposition. D'autre part, du milieu de l’enfantement du système féodal s'était formée une nation française, qui avait une grande aversion pour l'influence teutonique, surtout dans les provinces centrales; il paraît que les frontières de l’est penchaient pour les Carlovingiens, tandis que dans le midi les seigneurs affectaient une grande indépendance, et semblaient à peine faire attention à ce qui se passait dans le reste du royaume. Le représentant de l'opinion qu’on peut appeler nationale, et l'homme le plus puissant entre la Seine et la Loire, était Hugues, comte de Paris, auquel on donnait le surnom de Grand, à cause de ses immenses domaines. S'appuyant sur l'intervention normande, il parvint à neutraliser les effets de l'influence germanique. A la mort de Louis d'Outremer, en 954, son fils Lothaire lui succéda sans opposition apparente. Deux ans après, le comte Hugues mourut, laissant trois fils, dont l'aîné, qui portait le même nom que lui, hérita du comté de Paris, qu'on appelait aussi le duché de France. Son père avant de mourir l’avait recommandé à Richard, duc de Normandie. La famille de Hugues avait dans cette France centrale un parti puissant, qui sommeilla jusqu’en 980. Lothaire eut des alternatives de popularité et d’impopularité, selon qu'il faisait des concessions à l'empire germanique ou qu’il cherchait à lui arracher celles qu’il lui avait faites. Pourtant l’autorité, sous son règne même, passa tout entière aux mains du fils de Hugues le Grand, Hugues, comte de l’Ile-de-France et d’Anjou.

[L'organisation féodale d’une république de gentils-hommes s'était formée indépendamment de l’autorité royale , et sans son aveu, pendant que la seconde branche des Carlovingiens luttait avec tous ses sujets pour conserver son existence même. I y avait eu une révolution dans l'État, et pour consolider cette révolution la dynastie devait être changée : elle le fut en 987. Le monarque, au lieu d’être plus longtemps le représentant du pouvoir national des premiers conquérants , au lieu d’élever des prétentions à la toute-puissance qu'avait exercée Charlemagne, d’invoquer les lois qui n’existaient plus et de refuser de reconnaître les droits nouveaux que la force avait conquis, fut un seigneur d’entre les nouveaux seigneurs, un feudataire élevé, comme les feudataires, par le pouvoir que lui conféraient ses vassaux , les comtes , les barons , les chevaliers engagés par leur foi et leu hommage à le servir. Hugues Capet, en montant sur le trône, devint ainsi le complément de la révolution féodale : il n’avait ni le génie qui aurait pu en jeter les bases, ni la force d’esprit ou de caractère qui aurait pu la diriger; il fut peu de chose par lui-même, mais, tout dépourvu de talent et de grandeur que paraisse avoir été le fondateur dune dynastie nouvelle, il valait mieux, pour le régime qui commençait , que la famille ancienne des rois:

Sous ce prince le territoire de la France fut ensanglanté par les guerres des grands feudataires: ces guerres, qui éclataient partout à la fois, influaient bien plus que les actes

royaux sur le développement du caractère national et sur la prospérité ou le malheur des habitants, Mais comme les intrigues et les révolutions d’une province étaient presque toujours sans rapport avec celles de l’autre, il est à peu près impossible de trouver un fil pour se conduire au milieu de ce labyrinthe, La fin du dixième siècle et le commencement du onzième forment peut-être la période la plus mal connue de l’histoire : tout y est doute et confusion. Les causes de cette obscurité se trouvent dans le manque de communications entre les provinces , dans le peu d'intérêt accordé à l’histoire privée des provinces ou des villes, et aussi dans la nature des événements à cette époque. Le pouvoir royal et le pouvoir national avaient été simultanément anéantis ; toute action à distance avait cessé. Pendant les premières années du règne de Robert II, l'autorité royale était si complétement détruite en France que la suite des actions du roi, quand on les relaterait dans le plus grand détail, ne nous donnerait aucune sorte d’idée de l'administration du pays. Une grande indifférence politique était maintenue dans la nation par l'attente universelle de la fin du monde : aussi, le pouvoir de l’Église, anéanti au dixième siècle, reprenaitil une force toute nouvelle dans le onzième.

Robert avait succédé à son père sans élection ni assentiment de ses vassaux ; les plaids généraux et toute assemblée nationale avaient cessé; les fonctions royales se bornaient à la ville où le roirésidait. Une seule idée, celle de la transmission héréditaire de la couronne, semble avoir occupé les premiers Capétiens ; aussi associèrent-ils au pouvoir et firent-ils sacrer de leur vivant l'aîné de leurs fils. L'événement le plus important de la vie du faible Robert fut son mariage, dissous par les prêtres, efc. : son extrême faiblesse, son manque complet de caractère, étaient peu propres au gouvernement. On comprendrait à peine comment un roi toujours prêt à sacrifier son intérêt à celui de tous les autres, à céder dans toutes les contestations, aurait pu maintenir une autorité antique et affermie par des siècles ; mais si un usurpateur, si le second fondateur d’une dynastie nouvelle resta sur le trône avec des dispositions si débonnaires, c’est parce qu’il ne valait pas la peine qu’on lui disputât son autorité. En effet, le gouvernement des nobles s’organisait, s’affermissait ; les provinces devenaient de plus en plus étrangères l’une à l’autre, les châteaux étaient toujours plus soustraits à l'influence de la couronne, et tandis qu’on voyait s'élever cette génération de fer, ces guerriers indomptables et impitoyables, dont les jeux étaient des combats, dont la religion demandait du sang, dont l’amour ne se montrait que dans les tournois , la race royale semblait devenir d’autant plus efféminée que la noblesse devenait plus fière. Le fils de Hugues Capet régna vingt-quatre ans , aimé de ses seuls domestiques, méprisé de ses voisins et de ses vassaux, oublié de ses peuples, et laissant anéantir entre ses mains, non pas seulement l'autorité des rois ses prédécesseurs, mais même celle des comtes de Paris, ses ancêtres. Cependant c’est durant cette longue léthargie de la puissance royale que l'on voit naître et se former tous les traits qui doivent caractériser la grande époque de la chevalerie ; que la bravoure et le point d'honneur deviennent, loin de la cour, la base du caractère national; que les villes commencent à se considérer comme des corporations , à agir en leur nom propre et à contracter des obligations ; que les paysanseux-mêmes s'efforcent de secouer dans les campagnes un joug trop oppressif, et, par des insurrections fréquentes , forcent enfin les seigneurs à les traiter avec moins de rigueur ; que l’énergie de l’esprit humain se développe de nouveau par de hardies spéculations sur les mystères de la religion, et que le fanatisme, combattant cet esprit d'innovation, fait périr dans les flammes ceux qu'il ne peut convaincre; que les expéditions lointaines et aventureuses qui devaient illustrer la chevalerie commencent ; que la poésie modernt fait pour la première fois entendre

ses accords. Mais cette fermentation nouvelle, qui créait un Monde nouveau , ne laisse encore entrevoir durant le règne de Robeït que le germe de ce qui devait être.

C’est un caractère très-frappant de l’histoire des Français, après la révolution qui donna le trône à la maison capétienne, que le progrès graduel maïs constant de la nation, et la décadence simultanée de la race royale. Au fondateur de la dynastie nouvelle succèdent, dans un ordre régulier, son fils, son petit-fils, son arrière-petit-fils : chacun de leurs longs règnes embrasse toute une génération. Robert porte lesceptre près de trente-cinq ans, Henri trente ans, Philippe quarante huit ans ; tout un siècle se passe, et leur domination s’affermit. Cependant ils n’ont fait durant ce long temps que sommeiller sur le trône; ils n’ont montré que faiblesse, amour du repos ou amour du plaisir; ils ne se sont pas signalés par une seule grande action. La nation française, au contraire, qui marque ses fastes par les époques de leur règne, s'agrandit et s’ennoblit d'année en année, acquiert à chaque génération des vertus nouvelles, et devient à la fin de cette même période l’école d’héroïsme de tout l'Occident, le modèle de cette perfection presque idéale qu’on désigne par le nom de chevalerie, et que les guerres des croisés, les chants des troubadours et des trouvères, et les romans mêmes des nations voisines rendirent propres à la France.

La famille royale se trouvait à la tête de la féodalité, mais elle ne savait point en saisir l'esprit : elle portait plus haut ses prétentions, en même temps qu’elle se rabaissait en ne mettant pas à profit tout ce au’elle aurait pu y trouver de puissance. Robert n’avait pas compris, Henri et Philippe 1°" ne comprirent pas davantage que la place du roi était désormais celle de premier chevalier de son royaume. Au lieu de s’attacher à briller par les vertus du siècle, ils regardèrent les exercices du corps, et par conséquent la valeur, eomme au-dessous d’eux ; ils se figuraient qu’ils pourraient recouvrer leur grandeur par des cérémonies et des pompes publiques, en se montrant dans les églises et les processions la couronne en tête et le sceptre à la main, tandis qu’ils n'auraient dû porter que le sceptre et la lance. Louis le Gros fut le premier à reconnaître quelle était sa vraie place, et à se proposer d’égaler ses grands vassaux en chevalerie : aussi est-ce seulement à partir de Louis le Gros, que la famille royale de France se trouva à la hauteur de son siècle.

Il avait fallu toute la lâcheté et toute l’impéritie des quatre premiers rois de la troisième race pour faire descendre le pouvoir de la couronne aussi bas qu'il était tombé dans le cours du onzième siècle. Dès que Louis, fils de Philippe I’, connu plus tard sous le nom de Louis le Gros, se fut mis à la tête des affaires , on lui vit recouvrer son importance, et la progression du pouvoir de la couronne fut dès lors toujours croissante jusqu’à la fin du dix-huitième siècle : non que ce jeune prince déployât des talents extraordinaires, mais seulement parce que son caractère ne repoussait point l'estime que le peuple est toujours si empressé d’accorder à ses maitres.

C'est en 1108 que commença réellement le règne de Louis VI, qui dura vingt-neuf ans. Ce règne comprend une période importante dans l’histoire des Français, soit par les progrès que fit le peuple dans les communes, dont les droits ne commencèrent guère qu’à cette époque à être sanctionnés par l'autorité légale , soit par les progrès non moins marqués que fit le pouvoir central dans la monarchie; car, au lieu de se perdre, comme sous le premier Philippe, entre la Seine et l'Oise, il commença réellement à se faire sentir de la Meuse jusqu'aux Pyrénées ; soit enfin par les développements que reçut en même temps le système féodal : cedernier, profitant des progrès des lumières et de l'étude des autres systèmes de législation, acquit alors une régularité et une autorité qu’on n’osa plus lui disputer. Mais malgré l'importance des résultats du règne de Louis le Gros,

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cette période n’est remplie que par une série de petits faits d'armes, dans lesquels le roi, avec une activité infatigable, combattait chaque année en des lieux divers, suivi seulement par une poignée de chevaliers. Dans cet enchaînement de chétifs événements, on ne trouve aucun plan général, qu'on puisse saisir, aucun grand but autour duquel viennent se ranger de moindres circonstances. Sous d’autres rapports, on se forme une très-fausse idée du caractère de Louis VI : on le regarde comme le fondateur véritable des communes, tandis qu’il ne fit que confirmer celles qui existaient déjà dans sept ou huit villes de l’Église, dont la seigneurie était partagée.

C'est sous ce prince que commencent les guerres entre les rois de France et les rois d'Angleterre. Il a pour successeur Louis VII, son fils. Le domaine propre de la couronne avait déjà reçu des accroissements considérables : la valeur et l’activité de Louis le Gros avaient enfin déterminé tous les petits seigneurs du comté de Paris, qui lui avaient longtemps fait la guerre , à reconnaître son autorité. Sous les premiers Capéliens le roi était de tous les seigneurs de France le plus mal obéi dans ses domaines ; sous Louis le Gros le comté de Paris parvint à une consistance aussi compacte, à une subordination aussi régulière qu'aucun autre des grands comtés, et dès que le monarque fut sorti de la honteuse dépendance où son père et son aïeul étaient restés à l'égard des moindres seigneurs de château, les grands vassaux de France commencèrent à tourner leurs yeux vers lui; ceux même qui l’emportaient de beaucoup en force sur lui n’hésitèrent plus à le reconnaître pour leur supérieur. Ni Louis le Gros ni Louis le Jeune n'étaient des hommes d’un mérite très-éminent : ce n'étaient ni leurs grands talents, ni leur haute politique, ni leur gloire, qui les relevaient aux yeux de leurs compatriotes, mais ils avaient participé à l'esprit et à l'éducation chevaleresque de leur siècle, auxquels Philippe I°', ainsi que son père et son aïeul, étaient demeurés étrangers; tous deux étaient de bons et braves chevaliers, et ils avaient mérité à ce titre l’estime de leurs sujets.

Philippe-Auguste doit être considéré comme un grand roi : il est en quelque sorte le fondateur de la. nouvelle monarchie, de la monarchie féodale, qui remplaçait le fédéralisme féodal. Il conquit sur le plus grand des vassaux de la couronne des provinces qui dépassaient de beaucoup en étendue celles qu’il avait reçues en héritage de son père; par son triomphe sur le roi d'Angleterre, il mit un terme à l'indépendance de tous les grands vassaux, et acquit sur eux, sans les avoir vaincus, une autorité à laquelle aucun desrois desa race n’avait osé prétendre. Son fils, Louis VIII, dans un règne si court qu’on peut le regarder comme le complément de la période de Philippe-Auguste, étendit encore ses conquêtes ; en sorte qu’au moment où il mourut, l'autorité royale était reconnue de la mer de La Rochelle jusqu’au Rhône, et du détroit de Calais jusqu'au rivage de la Méditerranée, à Montpellier.

Philippe-Auguste substitua le premier des formes constitutionnelles aux caprices individuels, et établit l’autorité des douze pairs de France, dont il attribua l'institution à Charlemagne. Le premier aussi, contre l'usage de ses prédécesseurs , il n’associa point de son vivant son fils à la couronne; tous les droits, tous les fiefs, toutes les dignités en France étant héréditaires, personne ne songeait plus à mettre en doute que la couronne ne le fût également

Nous voici arrivés à Louis IX. Le règne de ce prince et celui de ses descendants pendant cent deux ans , jusqu’au moment où, la ligne directe se trouvant interrompue, la couronne passa pour la première fois à des collatéraux , forme une des périodes les plus importantes de l’histoire des Français. Le caractère de cette période lui fut donné par les hommes de loi; ils travaillèrent avec zèle et persévérance à fonder le pouvoir absolu de la couronne : sans détruire le système féodal, qui avait dominé jusque alors, ils le sub-

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ordonnèrent complétement au principe monarchique. Un homme éminent par ses vertus, par son désir constant d’accomplir son devoir, hérita, au commencement de cette période, d’un sceptre que son père et son aïeul avaient déjà élevé au-dessus des trônes de tous les princes qui se partageaient la France. Saint Louis ne fut pas plus tôt parvenu à l’âge d'homme qu’il se proposa, non d'augmenter son pouvoir ou de s'approprier les droits de ces feudataires qui pendant sa minorité avaient recommencé à ensanglanter le royaume par leurs querelles, mais seulement de faire succéder au règne de la violence le règne des lois, de mettre l'intelligence et le droit à la place de l'audace et de la force. Il ne songea point à se rendre absolu, mais il voulut supprimer les guerres privées et les combats judiciaires ; il ouvrit un recours à la justice, pour remplacer le recours aux armes, qui lui paraissait offenser Dieu. Il appela les légistes à décider entre les grands pour épargner le sang des grands, et les légistes lui soumirent ces grands mêmes qu’ils devaient sauver. Saint Louis fit sortir des rangs les plus obscurs ces hommes de la loi, qui, par reconnaissance comme par ambition , confondirent la loi avec le trône, et servirent l’autorité royale bien plus efficacement que n’auraient pu faire ses armées.

Saint Louis n'avait en vue que la justice, et il ne chercha à recueillir de ses institutions d’autre fruit que cette justice même qu'il croyait devoir à son peuple; mais le corps nouveau qu'il avait introduit dans l’État, auquel il avait confié de la puissance en raison de son habileté, sut mettre à profit, sous les successeurs de saint Louis, cette habileté comme cette puissance. Les légistes, jaloux de la noblesse, à laquelle “our la plupart ils n’appartenaient pas, jaloux du clergé, jui par une autre route était arrivé à une même dominaion, employèrent le sceptre des rois à briser et l'épée des gentils-hommes et la crosse des prélats ; ils savaient que les progrès de l'autorité royale leur profiteraient surtout à eux: mêmes, qui en étaient dépositaires. Sous Philippe III, et plus encore sous PhilippeIV, ils firent de la loi, dont ils se disaient les interprètes , l'instrument d’ane effrayante tyrannie. Tous les ordres de l’État furent à leur tour, au nom de la justice, traités avec une révoltante iniquité.

Lorsqu’à Philippe IV, monarque cupide, cruel, ambitieux, mais habile, succédèrent l’un après l’autre ses trois fils, qui manquèrent autant de talents que de vertus, quelques légistes furent sacrifiés aux caprices de cour, et périrent dans les supplices; mais l’ordre demeura, il conserva tout son pouvoir, sous condition de servir d’une manière plus abjecte les terreurs ou la déraison d’un maitre méprisé. Les choses étaient alors ainsi ; elles changèrent avec le temps.

Le dernier des Capétiens directs fut Charles IV, le dernier des fils de Philippe IV.

La mort de Charles le Bel mettait fin à la première branche des Capétiens ; elle transmettait à la branche des Valoisun magnifique héritage. Bornée d’abord à quelques provinces d’entre Seine et Loire , la couronne possédait alors le duché de France, le Vexin, le Berry, le Vermandois, la Normandie, la Touraine , le comté de Blois, le Poitou, le Langnedoc , le Lyonnais, la Champagne et plusieurs autres fiefs enclavés dans les États des grands vassaux. J.-C.-L. S. Sismonnr. ]

Outre la branche directe, qui forma une longue dynastie, sa famille des Capétiens vit sortir de son sein plusieurs pranches collatérales. Henri I°* eut pour frère Robert, duc de Bourgogne en 1032, qui fut la tige des premiers ducs héréditaires de cette province. Philippe J° avait un frère, Hugues le Grand, qui fut comte de Vermandois et de Valois, du chef de sa femme Adélaïde. La branche dont il fut le chef s’éteignit à la sixième génération. Louis VII avait deux frères, Robert le Grand, qui fut la tige des maisons de Dreux et de Bretagne, et Pierre, qui épousa Isabelle de Courtenay, et dont les descendants régnèrent à Constantirople. Louis VIII avait pour frère Philippe, qui fut

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comte de Boulogne, Louis IX avait trois frères : Robert I*', tige de la branche d'Artois, éteinte en 1472; Atphonse, comte de Poitiers, qui épousa Jeanne, héritière de Toulouse, et mourut en 1271; enfin, Charles, comte d'Anjou, qui épousa Béatrix de Provence, et fut la tige des rois de Sicile. Les frères de Philippe III furent Robert, comte de Clermont, tige des branches de Bourbon, qui parvint au trône à la fin du seizième siècle, de Vendôme et de Montpensier, et Pierre, comte d'Alençon. Les frères de Philippe IV furent Charles, tige des maisons de Valois, qui devait remplacer la race directe, et d'Alençon, et Louis, tige de la maison d’Evreu x-Navarre. Les trois derniers Ca pétiens directs eurent une sœur, Zsabelle, qui épousa le ro d'Angleterre Édouard I1,et porta dans la maison des Plantagenets ces prétentions à la couronne de France, source de guerres longues et sanglantes et de la rivalité des deux peuples.

CAPEYER, CAPEYEUR. Voyez Cape (Marine ).

CAP-HAÏITIEN, ville maritime de l'ile d'Haïti, chef-lieu du département du Nord, siége d’un tribunal civil et d’un tribunal de commerce, d’un archevêché, d’une université, d'académies de peinture et de musique, etc., est situé à 130 kilomètres nord de Port-au-Prince, sur la côte septentrionale de l’île, avec une population de 16 000 âmes. Le climat en est très-chaud et peu salubre; le territoire est des plus fertiles; le port, un des meilleurs de l'ile, mais d’un accès difficile; ©est un des principaux entrepôts du commerce du pays. Cette ville, fondée en 1670, et ap-

-pelée dans l’origine Guarico par les Espagnols, fut nommée

par les Français le Cap, ou le Cap-Français. Elle devint le chef-lieu de la colonie de Saint-Domingue, et après la révolte des noirs la capitale d’un nouveau royaume, souslenom de Cap-Henri. Ellea été l’une des villesles plus opulentes des Antilles. Incendiée par les noirs en 1793, conservée par la France et partageant jusqu’en 1803 avec Port-au-Prince honneur d’être la résidence du gouverneur général, elle a été entièrement ruinée en mai 1842 par un tremblement de terre qui a enseveli sous ses décombres une bonne partie de sa population. Elle commence à se relever de ses ruines.

Bâti au pied du Morne du Cap, en face d’une vaste plaine, le Cap-Haïtien est encore, malgré les suites de ses désastres, la ville la mieux bâtie et la plus belle de l’île. Elle n’est inférieure pour la population et le commerce qu’à Port-au- Prince. Ses rues sont larges et pavées, et ses maisons toutes en pierres; elle a quelques belles places, des marchés, des fontaines. Mais ses fortifications , jadis considérables du côté de la mer, tombent en ruines. Sa belle église de Notre-Dame n’est pas en meilleur état, non plus que le théâtre et le palais du gouvernement. Ses édifices les mieux conservés sont l'arsenal et l’ancien palais du roi Christophe. — En mai 1865 une insurrection éclata au Cap sous la direction de Salnave. La ville fut bientôt investie par les troupes restées fidèles et le président Geffrard vint lui-même presser les travaux du siège. Attaquée également du côté de la mer par deux bâtiments anglais (par suite d’une insulte faite au pavillon britannique), le Cap fut bombardé et ses divers ouvrages successivement démantelés; Salnave s'échappa, et la ville fut prise le 9 novembre 1865.

Dans les environs sont les ruines de Sans-Souci, belle maison de plaisance de Christophe; et la Ferrière, autrefois la citadelle Henri, sur une montagne; elle est abondamment pourvue d’eau et défendue par 365 bouches à feu.

CAPHARNAUM ou CAPERNAUM. Cette ville est célèbre dans l'Évangile, parce qu’elle fut la demeure la plus ordinaire de Jésus-Christ pendant les trois années de sa prédication. Elle avait été fondée après le retour des Juifs de leur exil, et était située en Galilée, sur les bords du lac Génézarefh et la grande route commerciale qui mettait Damas en cemmunicalion avec la Méditerranée. Les deux apôtres saint André et saint Pierreétaient originaires de Capharnaum.

Jésus-Christ précha souvent à Capharnaum, et fit beaucoup de miracles dans cette ville; mais les habitants, du moins pour la plus grande partie, ne surent point profiter de ses instructions. Il leur en fait de grands reproches, et c’est à cette occasion que Jésus-Christ prononça cette parole qui a eu tant de retentissement depuis, et dont le sens s’est si souvent vérifié, que nul n’est prophèle dans son pays ( Matth., xin, 57 ). Les Galiléens, dit à ce sujet l'abbé Bergier, imbus du préjugé général de la nation juive, que le Messie devait être un conquérant, pouvaient-ils aisément se persuader que le fils d’un artisan dont toute la famille était connue fût le fils de Dieu descendu du ciel et incarné pour le salut des hommes? Trois ans d'instructions , de miracles et de vertus , n’étaient pas trop pour persuader à des hommes grossiers une vérité aussi étonnante, pour laquelle les incrédules de tous les siècles ont eu tant de répugnance. On ne doit pas être surpris, ajoute-t-il, si les Capharnaîtes furent révoltés lorsque Jésus-Christ promit de donner sa chair à manger et son sang à boire (Jean, vi, 52), puisqu'il existe encore des sectes de chrétiens qui ne veulent point croire à cette parole.

CAPI-AGA ou CAPOU-AGA (du ture capi ou capou, porte, et aghassy, maître ou seigneur : maître de la porte). C’est le titre que porte le chef des eunuques blancs du sérail à Constantinople , l’un des principaux officiers du palais du grand seigneur. Les eunuques blancs, qu'il commande , n’approchent jamais des femmes de Sa Hautesse ; ils sont employés hors du harem et au service particulier du sulthan ; ils forment la garde des portes intérieures du sérail. Le capou-aghassy est chargé aussi de commander et de surveiller les i{choglans ou pages, dont il punit avec la plus grande sévérité les moindres fautes ; c’est lui qui nomme leurs instituteurs ; il remplit également les fonctions d’introducteur des ambassadeurs étrangers. Dans les cérémonies publiques et les audiences solennelles, le capi-aga est toujours auprès du grand seigneur : dans le sérail, il l’accompagne jusqu'aux appartements des femmes; mais il s'arrête à la porte. Quoique le traitement fixe de sa charge soit peu considérable, elle devient fort lucrative, en raison des présents qu’il reçoit pour les placets qu'il s'engage à remettre,

Le titre de capi-aga a été aboli par Abdul-Asiz, et ses fonctions ont été réparties entre un chef des pages, un grand maître des cérémonies et un introducteur des ambassadeurs.

CAPIDJI. Les capidjis, qu’il faut se garder de confondre avec les capidjys-baschys, sont les portiers ou huissiers du sérail de Constantinople. Leur nombre est de quatre cents, commandés par quatre capitaines , qui sont de garde chacun à leur tour, avec cinquante de leurs hommes, le jour où le divan se rassemble; cinquante autres veillent toujours aux portes extérieures du palais. Le chef des huissiers et portiers du sérail a le titre de capoudjiler-ketkhoudassy (maître-d’hôtel) ; il remplit dans les cérémonies la charge de maréchal de la cour, et tient à la main un bâton garni de lames d’argent.

CAPIDJY-BASCHY est le nom que portent les chambellans du grand seigneur. Ce sont eux qu’on charge de diverses missions extraordinaires plus ou moins difficiles, désagréables ou périlleuses, qui ont pour objet l'exécution des ordres du sulthan, de quelque nature qu'ils soient. Lever des troupes, faire des approvisionnements de vivres et de munitions , porter à un pacha, à un beglerbeg, à un grand vizir, à un hospodar, le firman de sa confirmation ou de sa déposition , telles sont encore aujosrd’hui leurs fonctions ; l'arrêter, lui soutirer de l'argent pour lui faire racheter sa vie, ou plutôt l’étrangler ou lui couper la tête afin de confisquer ses richesses, telle était en outre autrefois une partie de son emploi, ce qui faisait en définitive des capidjysbaschys des sortes de bourreaux d’un rang plus élevé. Quand ils avaient exécuté les ordres sanguinaires du sul-

CAPHARNAUM — CAPILLAIRES

than , ils lui portaient dans un sac Ja tête de la victime, après l'avoir salée s’ils avaient une longue route à parcou-

rir. Les annales de l'empire ofhoman n’offrent pas moins

d'exemples de capidjys-baschys qui ont succombé dans

leurs téméraires entreprises que de vizirs et de pachas qui ont péri par les mains de ces cruels émissaires. Les capid-

jys-baschys ont pour chef le grand chambellan, dont le

titre est celui de mir-alem, en raison de l’étendard qu'il porte devant le cortége de Sa Hautesse, dans les cérémonies publiques.

CAPI-RIAHIA. C’est le nom des agents entretenus à Constantinople par les pachas pour verser les taxes annuelles qu'ils doivent au trésor, présenter leurs demandes ou leurs réclamations au sulthan ou aux membres du divan, être promptement informés des intrigues ourdies contre leur vie ou leur fortune, faire parvenir leur justification et prévenir tout danger.

CAPILLAIRE. On appelle ainsi différentes plantes de la famille des fougères. Le capillaire de Montpellier, le capillaire du Canadu appartiennent au genre adiante ; le capillaire commun et le capillaire noir au genre doradille. L'espèce la plus employée est le capillaire de Montpellier, nommé aussi adiante ou cheveu de Vénus (adiantum, capillus Veneris, Linné), auquel on attribue des propriétés sudorifiques très-marquées. On en compose un sirop qui se trouve partout chez les liquoristes et les herboristes.

L'adiantum capillus Veneris , qui croît assez ordinairement sur les murs intérieurs des puits, est une plante acaule d'environ vingt centimètres de haut, présentant un faisceau de feuilles dont le pétiole commun est mince et luisant; ce pétiole, de couleur brunâtre , est nu dans la première moitié de sa longueur, maïs sur la dernière moitié il est garni de nombreuses folioles, alternes , glabres, vertes, découpées de leur moitié supérieure. Les feuilles, qui sont la partie de cette plante employée dans la confection du sirop de capillaire, n’ont qu’une faible odeur, mais elle est douce et suave. La saveur n’est pas non plus fort énergique; on n’y trouve qu’un peu d’amertume mélée à de l'âcreté. Mais il paraît que dans le progrès de l’ébullition que l’on fait subir au sirop, toutes ces propriétés se développent et s’exaltent beaucoup. Le nom d’adiante (du grec à privatif, et ätaive, je mouille), donné à cette plante et au genre dont elle est le type , vient sans doute de ce qu’elle ne se laisse pas pénétrer par l’eau. PELOUZE père.

CAPILLAIRES ( Vaisseaux). On donne ce nom, en anatomie et en physiologie, à des canaux infiniment petits dans lesquels le sang pénètre. Leur ténuité est telle, qu'ils échappent à la vue; leur existence est néanmoins démontrée par des expériences directes, et par la nécessité où l'on est d'admettre une voie de communication entre lesartères, les veines et les canaux excréteurs des glandes. L'ensemble de ces vaisseaux a reçu le nom de système capillaire; e’est dans son intérieur que se passent les principaux phénomènes de la respiration, des sécrétions, de la nutrition immédiate. Différentes hypothèses ont été établies par les . physiologistes pour expliquer, en partie au moins, la manière dont ces divers phénomènes se passent : deux d’entre elles semblent dominer toute la science. Selon Boerhaave, les vaisseaux qui terminent les artères sont successivement plus petits, et d’autre part le sang est formé d’une quantité considérable de globules rouges , que la division montre être composés à leur tour de plusieurs globules jaunes. Si on examine isolément et si l'on subdivise ces derniers, ils se rédui sent en petits globules blancs. Cela étant, à mesure que le sang se divise pour pénétrer dans les vaisseaux plus petits. sa couleur, de rouge qu'elle était, devient blanche ; ce qui exe plique la couleur d’un rouge plus ou moins foncé, ou d'un blanc plus ou moins jaune, des divers organes, selon que leurs vaisseaux capillaires sont plus ou moins volumineux. On explique encore ainsi comment l'accélération de la circulation

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