‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 288 sur 556 · CAPILLAIRES — CAPILOTADE · texte numérisé non relu

CAPILLAIRES — CAPILOTADE

du sang dans l’inflammation des organes y cause un changement de couleur, de blanc en rouge, ou de rouge en rouge plus foncé, c’est par la dilatation des vaisseaux capillaires qui admettent alors des globules plus volumineux, par conséquent plus rouges. Selon Bichat, les variations du mode de sensibilité des vaisseaux capillaires sont cause qu'ils admettent tantôt une plus grande, tantôt une plus faible quantité de sang; de là résulte l'explication des phénomènes indiqués. , À

Quoi qu'il en soit, il paraît que la circulation du sang dans les capillaires n’est pas aussi régulièrement continue que dans les vaisseaux plus gros; elle paraît soumise à des oscillations perpétuelles; on en a des exemples dans la mobilité de coloration de la face, et dans la facilité avec laquelle, par la moindre irritation, on voit survenir des changements de couleur plus ou moins fugitifs aux diverses parties de la peau. Il est probable que chez les derniers animaux , chez ceux qui n’ont aucune espèce d’organe centrel de la circulation, ainsi que chez les végétaux, le transport des fluides qui tiennent lieu de sang s’opère par un système capillaire, qui serait ainsi le premier rudiment de la circulation.

D'’aprèsles notions rapides que nous venons d’exposer, on peut comprendre que le système capillaire entre dans la texture intime de la moindre parcelle d’un tissu organisé, quels que soient d’ailleurs la simplicité ou le degré de complication de l’être auquel il appartient. Baupry DE BALzac.

CAPILLARITÉ. C'est une loi de la nature, constatée par une foule d'expériences, que généralement les corps s’attirent réciproquement (voyez ATTRAGTION ). Les corps jouissent aussi de la propriété de s’attirer à des distances infiniment petites, propriété qu’on appelle aftraction moléculaire, cohésion. Bien plus, lorsqu'on plonge l’extrémité d’un tube de verre d’un très-petit diamètre dans un liquide, on observe que ce liquide s’élève dans l’intérieur du tube d’une quantité notable au-dessus du niveau du bain : sile diamètre du tube est de { millimètre, l’élévation de la colonne d’eau sera de 30 millimètres à peu près. Si l'extrémité inférieure du tube trempe dans un bain de mercure, le liquide descend dans le tube au-dessous du bain. En général, les longueurs des colonnes d’ascension ou d’abaissement dans les tubes cylindriques d’un très-petit diamètre sont en raison inverse de leurs diamètres : ainsi, dans des tubes de verre de 1, 2, 3 millimètres de diamètre, les colonnes d’eau auraient 30, 20, 10 millimètres de hauteur. Si les tubes sont prismatiques, ces hauteurs sont en raison inverse des périmètres. Dans tous les cas, l'extrémité de la colonne liquide est terminée par une courbe qui approche d’autant plus d’une demi-sphère que la section du tube est plus petite : cette courbe est concave lorsqu'il y a ascension du liquide et convexe lorsqu'il y a dépression. |

On a donné à ces phénomènes, qu’on observe dans le vide comne en plein air, le nom de capillaires (de capillus, cheveu), parce qu’on les remarqua d’abord dans des tubes dont les diamètres étaient comparés à la grosseur d’un cheveu. La cause qui produit des effets semblables s’appelle aujourd’hui capillarité : c’est à la capillarité qu’on attribue l'ascension de l’eau dans une éponge, du café dans le morceau de sucre qui le touche par un bout, etc., parce que les petits interstices d’un corps poreux forment comme autant de tubes capillaires. Voilà pourquoi l’eau monte encore dans un vase rempli de sable, de cendres, quand le fond de ce vase communique avec le liquide. Les liquides s'élèvent ou s’abaissent au-dessous du niveau du bain, non-seulement dans les tubes de petit diamètre ; mais encore on observe de semblables phénomènes autour des corps de matières diverses qui trempent dans un liquide : si c’est une lame de verre dont le bord inférieur trempe dans l’eau, le liquide s’élève de chaque côté de la lame; le contraire arrive si la lame trempe dans le mercure; entre deux lames , disposées pa-

rallèlementet très-peu éloignées l’une de l’autre, l’eau monte d’une quantité égale à la colonne de même liquide qui s’observerait dans un tube dont le diamètre serait le double de la distance qui sépare les lames. Quand les lames font un angle, l’eau s'élève entre elles à des hauteurs inégales, puisque dans ce cas les lames ne sont point parallèles : le sommet de la colonne présente une ligne que les mathématiciens appellent kyperbole. Si les lames forment un angle dont le plan soit vertical, une petite quantité d’eau placée sur la lame inférieure se portera d’elle-même vers le sommet de l'angle; le contraire arrivera si le liquide est du mercure; enfin, dans un tube de verre conique, placé horizontalement ou à peu près, l’eau se porte vers son sommet, et le mercure vers la base.

Tous ces effets remarquables, qui semblent faire exception aux lois del’hydrostatique, dépendent de l’attraction moléculaire du solide pour le liquide et de l'attraction moléculaire des particules du liquide les unes pour les autres. En partant de ce principe, Clairaut, La Place et Poisson ont démontré par l’analyse que tous les phénomènes rapportés ci-dessus en sont une conséquence.

Deux boules de cire placées à une petite distance l’une de l’autre sur un bassin plein d’eau franchissent spontanément l'intervalle qui les sépare, et finissent par se toucher : ce phénomène s'explique fort bien quand on sait que la cire ne peut pas être mouillée par l’eau ; le liquide s’abaisse tout autour d'elles, et si elles sont assez rapprochées, elles sont séparées par une petite vallée dans laquelle elles roulent naturellement. Si l’une des boules était de cire et l’autre de verre, elles se fuiraient réciproquement étant mises en contact sur le bassin; cela devrait être, car l’eau s’élevant autour de la boule de verre et baissant autour de celle qui serait en cire, celle-ci serait obligée, pour joindre l’autre, de rouler en montant. Si les deux boules sont de verre , elles se rapprocheront : leliquide s’élevant tout autour d'elles, quand elles seront à une distance convenable, la lame d’eau qui se trouvera entre elles les attirera : ce qui se conçoit; car si l’eau monte dans un tube de verre, c’est parce que ce dernier l'attire, mais il est évident encore que l’eau attire le tube. La raison pourquoi deux aiguilles légèrement graissées et posées à peu de distance l’une de l’autre sur un baïn d’eau se réunissent, pourquoi des petits corps flottants se portent tantôt vers les bords du vase qui contient le liquide, tantôt s’en éloignent, se déduit fort bien des observations et des raisonnements qui précèdent : il suffit d'ajouter qu’un liquide ne s’élève dans l’intérieur et tout autour d’un corps qu’autant qu’il a la propriété de le mouiller ; dans le cas contraire il s’abaisse.

Haüy disait en parlant de la capillarité : « On est étonné de voir un petit phénomène, dont la cause est resserrée dans un si petit espace, s’agrandir en quelque sorte à l'infini par sa généralité. » C’est en effet sous l'influence de la capillarité que se produit, du moins en partie, l’ascension de la séve dans les végétaux. Cette même force fait monter l’huile au haut de la mèche d’une lampe. L'économie animale, ellemême, présente des effets de capillarité d’autant plus marqués , que les vaisseaux qui la composent sont d’une grande ténuité. L’endosmose est sans doute aussi un phénomène du même ordre, bien qu’il ne s'accorde pas complétement avec les lois ordinaires de la capillarité. TEYSSÈDEE.

CAPILOTADE, mot fait de l’espagnol capirotada, que Montaigne traduit Capirotade, et par lequel on désigne ordinairement un ragoût fait de débris de volaille et de pièces de rôti dépecées.

On a donné aussi autrefois, par extension et par analogie, le nom de Capilotade à un recueil de chansons, appelé également Alphabet de Chansons, lequel en contenait autant qu’il y a de lettres dans l’alphabet. Ces chansons étaient courtes, galantes ou bachiques : la première commençait par un A; la seconde par un B, et ainsi de suite.

CAPILUPT (Camisco), né à Mantoue, d’une famille noble, à la fin du quinzième siècle, est surtout connu par

une relation de la Saint-Barthélemy, publiée à Rome:

sous les auspices du cardinal de Lorraine. C’est un récit apologétique de ce massacre, renfermant des particularités qui prouvent que l’auteur a reçu des communications officieuses de la part de hauts personnages intéressés à justifier un acte dont ils se sentaient accablés. Sous ce rapport l'œuvre de Capilupi mérite de fixer l'attention ; car, inspiré par un homme profondément initié dans les secrets de la cour du Louvre, il jette de véritables lumières sur un des faits les plus importants de notre histoire. L’écrit de Capilupi intitulé Sératagèmes porte la date du 18 septembre 1572. Il est dédié à son frère Alphonse.

Capilupi expose dans ce livre que Charles IX, conduit par la main de Dieu, résolut d'attirer à Paris les principaux huguenots et l’amiral de Coligny, afin de les exterminer d’un seul coup. Pour en venir à ses fins, il conclut en 1570 la paix avec les réformés, contre l’avis de son conseil, et malgré les remontrances des princes de la chrétienté et du pape Pie V, qui envoya même en France l’évêque Salviati pour rompre l'alliance projetée entre Henri de Béarn et la princesse Marguerite. Il feignit d'approuver les projets de Coligny, qui proposait de porter la guerre dans les Pays-Bas : guerre qui déplaisait aux catholiques et souriait aux huguenots, et il parut même ne pas tenir compte des observations quela reine lui fità ce sujet. Entièrement rassurés, lesréformés arrivèrent en foule dans la capitale pour assister aux noces du jeune Henri et de la sœur du roi. Le nouveau pontife Grégoire XIII s’opposant formellement à ce mariage, le roi le fit pourtant célébrer en supposant une lettre de son ambassadeur à Rome, dans laquelle on disait que le cardinal de Lorraine, par l'autorité de son nom et de son caractère, avait enfin obtenu une dispense, qui allait arriver par le premier courrier. La cérémonie achevée, et tandis que l’on ne songeait plus qu’à des fêtes, Charles apprit, dit Capilupi, que l'amiral avait comploté de profiter de ces jours de réjouissance pour mettre le feu dans différents endroits de la ville; tandis que le peuple serait occupé à l’éteindre, il devait, à la tête des siens , se porter au Louvre et y massacrer toute la famille royale sans épargner le roi de Navarre luimême, que les protestants jugeaient peu propre à faire triompher leurs projets. Ils devaient couronner à sa place le prince de Condé, doué d’un caractère plus hardi. C’est alors que Maurevel essaya de tuer Coligny. Le roi parut très-affecté de ce crime; il ordonna sur-le-champ des poursuites contre le meurtrier, et le jour même il alla visiter l’amiral, lui donna une garde, et lui offrit de le faire transporter dans son palais. Le lendemain, les ducs de Guise et d’Aumale, étant venus se plaindre des insolences des huguenots, furent mal reçus par le monarque, quittèrent la cour, et sortirent de Paris par la porte Saint-Antoine ; mais le soir venu ils y rentrèrent secrètement, et se rendirent au Louvre, où ils trouvèrent le roi tenant conseil avec sa mère, son frère le duc d’Anjou, le duc de Nevers, Tavannes et le comte de Retz. Le massacre fut résolu, et l'exécution confiée aux Guises et au duc d’Angoulême, frère bâtard du monarque.

Après avoir raconté cette horrible tragédie, Capilupi ajoute que la grandeur de cette action mérite qu’on ne s'en occupe passans considérer et peser la vertu du roi, de la reine et de leurs conseillers, pour avoir pris un parti si généreux et si noble, et avoir montré tant de dextérité dans sa conduite, tant d'artifice dans sa dissimulation, et tant de hardiesse et de bonheur dans son exécution. Puis il cherche à prouver, par des confidences de la reine mère au cardinal Santa-Croce et au signor Corero, ambassadeur de Venise, par des lettres qu’elle écrivit de sa main au pape et par une lettre du roi au général des Capucins en Italie, que cette action fut préméditée, ordonnée et traitée plusieurs mois auparavant, et non amenée par cas fortuit,

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