‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 289 sur 556 · CAPILUPI — CAPITAINE · texte numérisé non relu

CAPILUPI — CAPITAINE

Telle est l’analyse fidèle de l'écrit de Capilupi. L'auteur, tout en comblant de louanges Charles et sa mère, a cependant grand soin d'établir que la cour de Rome fut complétement étrangère à la Saint-Barthélemy, réticence d’autant plus singulière que Grégoire XIII en accueillit la nouvelle avec beaucoup de joie. Il n’en fut pas de même des autres princes de l’Europe, qui désapprouvèrent hautement cet acte abominable. Confus du mauvais effet de cette apologie, où Charles est représenté comme un fourbe, un faussaire et un assassin, le cardinal de Lorraine essaya vainement d’en arrêter la publication. De son côté, la cour de France, pour en atténuer l'effet, fit répandre une justification en forme de lettre, attribuée par quelques-uns à la plume de Pibrac, où l'on s’efforce de démontrer que le roi ne se porta à cette extrémité que pour défendre sa vie et sa couronne menacées ; mais cela ne saurait détruire le témoignage de Capilupi, appuyé d’ailleurs par d’autres relations dignes de foi,

Lelio Cavirvri, frère du précédent, composa des centons tirés de Virgile, c’est-à-dire que se servant des vers du poëte de Mantoue, il les appliqua à des sujets entièrement étrangers. C’est ainsi que Virgile décrit le sacrifice de 1 messe, l’exorcisme, l’excommunication, et trace d’une façon satirique le tableau intérieur de la vie monacale, toutes choses auxquelles le chantre d’Énée ne pensa guère. Lelio Capilupi fit preuve dans ce genre d’une facilité digne de louanges, dit Tiraboschi, si un tel genre de poésie pouvait en mériter. 5 Hippolyte Carirurtr, frère des précédents, envoyé du duc de Mantoue près la cour de Rome, fut enfermé par Paul IV au château Saint-Ange en 1556. Mis en liberté l’année suivante, et nommé évêque de Fano, il alla à Venise en qualité de légat. Il a composé aussi un grand nombre de poésies latines et des centons qui ont été publiés, réunis avec ceux de son frère Lelio. SAINT-PROSPER jeune.

CAPISCOL, des deux mots latins caput scholæ, ou caput chori, le chef de l’école, le chef des chantres, celui qui présidait au chœur, et que l’on avait aussi nommé en certaines localités préchantre ( præcantor ). Cette dignité appartenait à plusieurs chapitres ou églises, soit cathédrales, soit collégiales, particulièrement en Provence, en Languedoc, en Guienne, en Béarn, etc. Le capiscol de l’abbaye Saint- Victor à Paris avait quatre prieurés.

CAPITAINE ( Art militaire ), du latin caput, tête, homme de tête, homme placé à la tête. Ce mot est une des plus anciennes désignations des hauts grades militaires. Il a en Italie six siècles ; il n’en compte que cinq en France, mais que de changements sa signification a éprouvés pendant cet espace de temps! Il a succédé aux termes duc, banneret, chevelain, et à tant d’autres qui ont disparu des armées. Le langage pittoresque, le style historique. se substituant au parler positif, emploient encore, à l’ancienne manière, la qualification capitaine pour peindre un chet par excellence. Dire que Turenne , que Bonaparte ont été de grands généraux, est fade et froid; les proclamer grands capitaines est une image plus animée, plus colorée. Gonzalve de Cordoue a été surnommé Le grand capitaine. L’expression capitaine a été s’abâtardissant dans les pages de nos lois, comme tous les anciens mots désignatifs d’un rang militaire, Le terme espagnol colonel s'est vulgarisé quand la dénomination de capitaine a décliné; le titre de général a pris faveur quand le colonel a cessé d’être synonyme de général. A son tour détrôné, comme l'avaient été les notabilités nommées préfet des armées, maitre de la milice, patrice, sénéchal, maire du palais, etc. le capitaine a eu la chance de ne pas périr entier comme eux; mais s’il est resté dans le formulaire hiérarchique, en descendant de la tête de l'armée dans le régiment, il s’y est abaissé au point que, premier au temps de François I°°, second au temps de Turenne, il n’est plus oue quatrième, en ne faisant acception ni de classes, ni de grades en second, dont l'abus règne en

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quelques armes, Si l'on comprend ces échelons, tel capitaine n’est plus que cinquième ou sixième. ;

Si nous comptons bien, il y a eu depuis deux ou trois siècles cinquante-neuf sortes de capitaines ; ce nombre a même été évalué plus haut. Nous nous garderons d’affliger nos lecteurs de cette fatigante nomenclature. La création légale des capitaines d'hommes d'armes a précédé celle des rapitaines d'infanterie; elle remonte à Charles V : ce prince, par une ordonnance de 1373, subordonne sa gendarmerie à des capitaines, comparables aux anciens grands bannerets, c’est-à-dire capitaines en chef ou capitaines généraux pour les distinguer de leurs capitaines en sousordre. Si l’on disait d’un capitaine qu’il avait charge d'un nombre d'hommes tant soit peu considérable, on désignait par là un officier d’un grade pareil à celui qui caractérisa plus tard les colonels ou les mestres de camp; en d’autres termes, un capitaine ayant charge de mille hommes était à peu près ce qu’un colonel est aujourd’hui.

Louis XI institue explicitement les capitaines d'infanterie ; il forme 16,000 francs-archers, qu'il soumet à quatre capitaines en chef, ayant sous leurs ordres des capitaines qui commandaient chacun à cinq cents soldats. François 1°° prend le titre de capitaine de sa garde, donne à des capitaines subalternes la qualification de lieutenants ou de capitaines-lieutenants, et commissionne des capitaines qu'il met à la tête des bandes et des légions; il distingue sous le nom de colonel un des six capitaines de la légion : ainsi, cet officier commandant est à la fois capitaine de bande et capitaine de corps, d’où nous serait venu, si l’on s’en rapporte à des suppositions vagues, l’usage des compagnies colonelles.

Le grade de capitaine a donc équivalu successivement à celui de chef suprème, de colonel, de chef de bataillon, d'officier comparable au ducénaire des anciens. Puis il décroit encore par la réforme des légions et par le rétablissement des bandes isolées. Les capitaines de ces bandes reprennent, il est vrai, une sorte de commandement en chef, mais qui s'exerce à peine sur trois ou quatre cents hommes; ils ont sous eux un ou deux lieutenants et deux ou trois enseignes. Si à ces époques l’autorité des capitaines d'infanterie est plus restreinte que celle des capitaines d'hommes d'armes, de francs-archers , de légions , ils ont du moins, comme leurs prédécesseurs, l'avantage de n'être primés que par deux grades, celui du général et celui de lieutenant du général, alors nommé maréchal de camp. De réforme en réforme les bandes finissent par être à peine de quarante soldats ; elles s’incorporent dans des régiments; alors les capitaines qui en font partie ne sont plus que des officiers dont la position décroît d'autant.

Brantôme, professant un grand mépris pour l'infanterie de son temps, nous apprend que « les capitaines s’y font par douzaine. » Billon nous montre combien sous Louis XII] la charge de capitaine était déchue, lorsqu'il dit en son style sentencieux : « Le capitaine doit avoir bonne commission du prince, ou au moins du mestre de camp. » Ce passage témoigne que les capitaines pouvaient exercer sans brevet du roi ; et en effet ils étaient depuis longtemps à la nomination des chefs de corps. On lit dans l'éloge de Vauban par Fontenelle que le maréchal de La Ferté avait donné à Vauban une compagnie dans son régiment et qu'il « lui en donna encore une dans un autre régiment, pour lui tenir lieu de pension. » J] faut tirer de là deux conséquences : on pouvait être capitaine de deux compagnies ; et une compagnie était regardée comme une ferme, une sinécure. Louis XIV efface cette irrégularité, et en s’instituant grand propriétaire du militaire français, il rend quelque éclat au grade de capifaine le jour où il fait de ses régiments d'infanterie, de cavalerie, d'artillerie même, un mobilier vénal, et de leurs compagnies autant de sous-fermes. Mais la signification du mot Capitaine n’en conserve pas moins quelque chose de bizarre. Une reine de France, un enfant de France au ber-

ceau, ont leur compagnie d'ordonnance et en sont capitaïies.

Les mots capilain, capine, ont eu quelque analogie avec la qualification des /ocagues grecs (}6xxyos); ils ont remplacé les titres grand banneret, chadellère, chadellière, chevetain, mot jadis si usité qu'il a eu quatorze synonymes ; mais l'usage du mot capitaine était ancien déjà quand il fit oublier les autres. Plusieurs de ces qualifications longtemps employées ont eu des significations difficiles à ressaisir. À l'exemple de Louis le Gros, et surtout depuis le règne de Philippe-Auguste , vers 1180 , les rois de France s'appliquent à brider leur séditieuse noblesse; ils créent à cet effet des troupes royales, ils lèvent des compagnies d’aventuriers allemands, écossais, italiens, suisses ou nationaux, conduites par des chevelains ou chefs que Du Cange appelle chataines, et qui prennent ensuite le titre de capitaines, à l’imitation de ceux des bandes italiennes, où cette désignation était usitée depuis longtemps. Dans les révolutions de Milan en 1257, Martin de la Torre était capitano e signor, seigneur du peuple et chef des troupes. Audbin prétend que le mot capitaine vient du terme gascon captal : c’est une erreur, il est tout italien : cette langue l'a tiré du bas latin capitaneus, dérivé de caput, qu’on retrouve dans nos anciennes annales , et qui en Allemagne signifiait vassal de l’Empire, et était synonyme de grand vavasseur (valvassor major ). La langue italienne en a fait le verbe capitanare, qui nous manque, et qui signifie commander en chef.

Le mot français capitaine a dans l’origine signifié encore capitaine de forteresse, gouverneur de place, castelan, commandant d’un lieu fortifié ou d’un château , colonel ou chef d’un cadre administratif quelconque ; il avait même pris d’abord une acception encore plus relevée, parce que les capitaines des bandes faisaient pour leur compte la guerre, comme l’eût faite avec son armée un général en chef ou un petit souverain; aussi le langage historique s'est-il habitué à comprendre sous le nom de capitaines des guerriers du premier ordre, montant le cheval blanc, portant le panache blanc, ayant des estafers , des gardes du corps, etc. Sous Charles V, vers 1366, Hugues Aubriot est prévoé et capitaine (gouverneur) de Paris ; ses fonctions se partagent, et Trésiguidy est pourvu de la place de capitaine de Paris. « Premier exemple, dit Villaret, de la création d’un capitaine , ou gouverneur de Paris particulier. » Sous Charles VI, des lettres patentes du 11 août 1410 prévoient le cas où des arbalétriers de Paris feraient campagne sous les ordres d’un capitaine, c’est-à-dire d’un général. On emploie encore sous Henri II, en 1550, et Henri III, en 1580, l'expression capitaine de Melun, capitaine du château de Chinon, capitaine du château de Poitiers, elc., ete., pour indiquer le gouverneur de ces différents lieux; de là vient, comme le témoigne la compilation des ordonnances de Blois, la dénomination de capitainerie, appliquée alors au gouvernement des places fortes, comme elle l’a été jusqu’à nos jours au gouvernement des chasses.

Vers le temps de François J°° la dénomination de capitaine commence à devenir une appellation obséquieuse et un synonyme de sire ou de monseigneur ; Montluc et Montgeon désignent sous ce titre de simples enseignes, et Brantôm nous dit que « son frère (le capitaine Bourdeille) avait avec lui un soldat qu’on nommait le capitaine Tripaudière, qu'il avait eslevé , et qui fut suborné par Bonnivet, colonel, pour être un de ses capitaines entretenus, etc. » On disait le capitaine £el, soit qu'on voulût indiquer ou un militaire qui avait commandé comme colonel, ou le moindre gentil-homme simple soldat encore, mais suivi d’un goujat et susceptible de devenir officier. Cet usage dura jusqu’au règne de HenriIV vers 1600, et Benefon nous apprend que ce n’est que « quand on s’est lassé de voir tant de capitaines sous un capitaine »

qu’on y a remédié, en donnant au capitaine en chef le nom de mestre de camp.

Walhausen et Pressac sont les premiers qui attribuent au mot capitaine un sens conforme à celui que comporte le brevet actuel, c’est-à-dire que ces écrivains regardent un capitaine comme le commandant d'une compagnie, et comme ayant un rang comparable à celui que tenaient dans les milices byzantine et romaine le centenier ou le centurion. Cependant l’ancien usage était tellement enraciné que le plus ancien de nos almanachs militaires, celui de 1735, désigne encore sous le titre de capitaine les lieutenants généraux de l’époque. Dans le siècle passé, le mot capitaine s’est modifié en certains temps et en certains cas par l’adjonction du terme factionnaire; quelquefois même on remplaçait la qualification de capitaine par la simple expression factionnaire : ainsi le faisait l’ordonnanced’exercice de 1776.

L'Encyclopédie cite soïixante-deux espèces de capitaines reconnus de son temps dans les troupes françaises. Wimpfen tourne en ridicule les usages abusifs qui sous Louis XVI dénaturaient le terme de capitaine. Ainsi, il y avait alors des capitaines à finance, à la suite, à réforme, colonel, commandant , en second, réformé, etc., sans qu'aucune de ces dénominations exprimât une fonction active, un emploi utile au mécanisme de l’armée. Une confusion fâcheuse résultait aussi de la qualification de chef de bataillon capifaine , usitée dans la garde royale de Louis XVIII et Charles X. G*! BaRDIN.

Aujourd’hui dans la plupart des armées le grade de capitaine est intermédiaire entre le grade de lieutenantet celui de chef de bataillon ou commandant. Dans l'infanterie, la gendarmerie , le génie, les corps d'ouvriers, le capitaine commande à une compagnie de cent vingt à cent cinquante hommes. Il y en a en France de deux classes : ceux de la première jouissent d’une solde un peu plus forte que ceux de deuxième classe. Dans la cavalerie, l’artillerie et le train des équipages, ils commandent les escadrons ou batteries sous le titre de capitaines commandants. Partout où il y a deux capitaines dans la même compagnie, le principal prend le titre de capitaine en premier, l'autre celui de capitaine en second. Il y a en outre des officiers du grade de capifaine, dans le corps d'état-major et dans les états-majors particuliers du génie et de l'artillerie, qui n’ont pas de commandement. 11 y a aussi des officiers de recrutement, d’armement, d'habillement du même grade, ainsi que des commandants de place, etc. Les insignes ordinaires de ce grade sont deux épaulettes à petits grains d’or ou d’argent suivant les corps. Les compagnies de pompiers et de la garde nationale sont aussi commandées par des capitaines. Tous sont aujourd’hui à la nomination du chef de l’État. Voyez GRane.

Les fonctions de capitaine sont très-importantes; elles embrassent toutes les parties du service, et comprennent la surveillance générale de l'instruction et de la discipline, du logement, de la nourriture, de l'habillement, de la solde, en un mot de tout ce qui concerne l’administration de la compagnie. C’est aussi le capitaine qui conduit et dirige les soldats à l’armée, et qui les commande directement dans un combat ou une bataille.

Le titre de capitaine a encore servi à qualifier différents fonctionnaires civils. C’est celui que portèrent les premiers magistrats des républiques italiennes pendant les troubles du treizième siècle, et qui se confondit souvent avec le titre de podestat. Le capitaine du peuple fut un magistrat suprême, créé à Gênes, en 1257, lors du soulèvement qui éclata dans cette ville contre la noblesse, et supprimé en 1262. Le capitaine de la liberté génoise fut un titre créé, avec un pouvoir absolu, en faveur d'Obert Spinola et de Conrad Doria dans la révolution de 1270. La faction des Fiesques créa huit capitaines de La libertéen 1477, après le meurtre de Galéas-Marie, Les Florentins, dans les troubles de 1342, élurent capitaine et conservateur du peuple Gautier de Brienne, duc d'Athènes, qui changea cette qua-

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lification contre celle de Seigneur à vie, et fut chassé ur an après. Le titre de capitaine et conservateur de la garde du roi de France était celui que reçut en 1400 Baptiste Boccanegra, après les troubles qui forcèrent le gouverneur français de Gênes à se retirer. On donna sous Philippe le Long le titre de capitaine d'armes à un officier que ce prince établit dans certaines villes du royaume pour défendre les bourgeois contre les vexations des seigneurs. Ce ca- Pilaine, élu par l'assemblée des bourgeois, avait à sa disposition le guet à pied et à cheval; il devint plus tard Le chevalier du guet. En Grèce tous les chefs militaires prennent encore, comme jadis en Espagne, en Italie, en France, le titre de capitaine (capitanys). En Turquie le chef de la flotte s'appelle pacha-capitaine ou capitanpacha;au Brésil, les maires ont le titre de capitaine ; et dans toute l'Amérique méridionale on appelle indistinctement capitaines tous les Européens qui n’ont aucun titre

CAPITAINE (Marine). Ce mot, appliqué dans la marine marchande à tout officier ou maître commandant un navire, indique un grade dans la marine militaire, ou marine de l’État. On y distingue deux sortes d'officiers supérieurs portant le nom de capitaines : les capitaines de vaisseau et les capitaines de frégate, titre qu’un décret du 3 mai 1848 a substitué à celui de capitaines de corvette. Il y a deux classes de chacun de ces grades. L’effectif règlementaire de notre marine se compose de 130 capitaines de vaisseau, dont 40 de première classe et 90 de seconde classe; et de 270 capitaines de frégate. On assimile les capitaines de vaisseau aux colonels de l’armée de terre et les capitaines de frégate aux lieutenants-colonels : aucun grade ne répond à celui de chef de bataillon. Depuis 1851 les capitaines de vaisseau commandant à plusieurs vaisseaux en mer prennent temporairement le titre de chefs de division, qu’ils conservent tant que dure ce commandement , et qui répond à peu près au titre de commodore, usité dans les marines étrangères.

Tout officier inférieur qui commandait un navire, quel qu'il fût, était autrefois appelé capitaine. Mais on s’est habitué à donner hyperboliquement aux lieutenants de vaisseau et aux enseignes commandant les petits navires le nom de commandant ; en sorte qu'aujourd'hui il n’y a plus guère que les capitaines marchands à qui l’on ait conservé le simple titre de capitaine. A bord des vaisseaux sur lesquels, avant les ordonnances de l'amiral de Rigny, les capitaines de frégate naviguaient comme seconds, on désignait ceux-ci sous le nom de capitaine, et les comman dants sous celui de commandant. C'était un des seuls cas pour lesquels on employät encore la dénomination de capitaine en parlant à la seconde personne du bord. On nomme capitaine de pavillon le capitaine de vaisseau commandant le vaisseau que monte un officier général; mais à bord de son navire cet oflicier supérieur continue à être désigné sous le nom de commandant. Par extension, on nomme capitaines les maîtres ou patrons qui commandent de simples navires caboteurs, quoique ces marins ne soient portés sur les rôles qu’en qualité de maîtres au petit cabotage. C’est un abus de mot, par flatterie ou politesse,

A bord des bâtiments de l’État le capitaine d’armes est un sous-officier de la marine militaire ayant la garde des menues armes du vaisseau. Dans la marine le capitaine de port est encore un officier chargé des mouvements et de la police des bâtiments de commerce dans tel ou tel port. C’est d'ordinaire une retraite pour les vieux serviteurs de l’État.

Les capitaines marchands , ou capitaines au long cours, n’obtiennent ce titre, qui leur confère le commandement des navires du commerce, qu'après avoir satisfait à des conditions d'examen déterminées et modifiées par décrets des 26 janvier 1857 et 22 octobre 1863. Le candidat au grade de capitaine au long cours, pour être admis à remplir ces fonctions, doit justifier, devant une commission d’examina-

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teurs, de cinq ans de navigation. Il doit ensuite, outre les attestations qui garantissent sa moralité, avoir vingt-quatre ans, et posséder toutes les connaissances qui se rattachent à la manœuvre, au gréement et à l’arrimage des navires à voile et à vapeur, ainsi qu’au canonnage. C’est la partie pratique de l'examen. L'examen théorique roule sur la connaissance élémentaire de l’arithmétique, de l’algèbre, de la géométrie, des deux trigonométries, de l’astronomie nautique, des instruments nautiques et des machines à vapeur appliquées à la navigation. Le candidat est en outre soumis à des épreuves écrites, qui consistent en deux séries de calculs, une série de questions portant sur les connaissances exigées, et une composition française. Les candidats déclarés admissibles reçoivent du ministre de la marine leur brevet de capitaine au long cours. Ce brevet ne confère pas seulement un titre, il constitue un grade en faveur de ceux qui l'ont obtenu, Un capitaine au long cours ne peut être appelé dans la marine militaire, quand les besoins de PÉtat réclament ses services, qu’en qualité de lieutenant de frégate auxiliaire.

Un vieux dicton a longtemps dans la marine servi à formuler en quelques mots les droits que l’on reconnaissait aux capitaines. On répète encore aujourd’hui , d’après cet axiome traditionnel, qu’un capitaine est roi à son bord. Mais cet empire absolu, que l’on accordait si libéralement autrefois aux commandants de navire a subi, comme tous les pouvoirs despotiques, de notables modifications. Malgré l'obéissance passive que le salut commun et les nécessités du service imposent aux subordonnés à bord des navires qui prennent la mer, il est des usages et des règles que les capitaines ne s’exposeraient jamais à franchir. A bord des bâtiments de guerre surtout, on sait que si les commandants sont armés d’une grande autorité, les subordonnés ont aussi leurs droits, et, à défaut de lois bien précises , il est entre les chefs et les subalternes une charte de bord que l'usage a établie et que le temps a consacrée. Dans aucun corps peut-être la liberté des opinions individuelles ne jouit d’une indépendance plus grande que dans la marine, et rarement, même dans nos temps de réaction les plus favorables aux révélations honteuses, les officiers de marine ont donné l'exemple de ces dénonciations clandestines qui ont afiligé nos armées.

Les capitaines sont choisis par les propriétaires ou armateurs du navire; ceux-ci peuvent congédier leur capitaine sans donner de motifs, et sans autre indemnité, que des frais de route. Si cependant le capitaine a un droit dans la propriété du navire et qu’un autre que lui soit désigné pour le commander, il peut renoncer à sa copropriété et exiger le remboursement du capital qu’elle représente. Les fonctions du capitaine cessent encore si le navire vient à être saisi et mis en adjudication. Comme le capitaine est responsable de la sûreté de l'expédition, la loi lui accorde le choix des gens qui doivent composer l'équipage, à moins que les propriétaires du navire ne soient domiciliés au même lieu : dans ce cas ce choix doit se faire de concert avec eux. Le premier devoir du capitaine, avant d'entreprendre un voyage de long cours, c’est de s'assurer que son navire est en bon état; et dans le cas contraire de faire faire les réparations nécessaires. Il reçoit les marchandises destinées à l'expédition, et en donne une reconnaissance qu’on nomme connaissement; il doit les placer dans la partie du bâtiment qui leur est destinée. 11 doit tenir un registre nommé livre de bora, :4té et paraphé par l’un des juges du tritunal de commerce, ou, à défaut, par le maire ou l’adjoint ; sur lequel il doit inscrire les résolutions prises, la recette et la dépense du navire, en général toutes les circonstances qui concernent ses fonctions. Il doit aussi se munir d’un acte de francisation , c'est-à-dire d’un titre constatant que Je vaisseau est français : il lui est délivré par la douane; äu

des acquits de payements ou à caution des douanes. Toutes ces pièces lui sont d’un fréquent usage, surtout en guerre, où tout navire dont la propriété et le chargement ne sont pas régulièrement constatés est soumis au droit de prise.

Lorsque tous les préparatifs sont faits, le capitaine ne doit pas différer son départ; aussi les gens de l'équipage sont-ils affranchis de la contrainte par corps en matière civile, excepté pour les dettes qu’ils auraient contractées pour le voyage; encore, dans ce dernier cas ne peuvent-ils être arrêtés s’ils donnent caution. Le capitaine est tenu de terminer le voyage qu’il a entrepris, sous peine de dommages-intérêts; cette responsabilité cesse cependant en cas de force majeure. II ne doit pas s’absenter de son navire, surtout à l'entrée et à la sortie des ports, havres et rivières ; en cas de contraventions il serait responsable de tous les événements qui arriveraient au vaisseau dans ces lieux difficiles. Un décret du 12 décembre 1806 lui enjoint même de prendre dans ces passages un pilote lamaneur. Même en cas de danger il ne peut abandonner son navire sans l'avis des officiers et principaux de l’équipage, et en ce cas il doit sauver avec lui, sous peine d'en répondre, l'argent et les marchandises les plus précieuses. Il ne répond plus des objets ainsi tirés du navire qui viendraient à périr par cas fortuits. Dans Je cas où le navire, par suite des accidents du voyage, se trouverait hors d'état de continuer sa route, il doit le faire réparer si les dégradations sont réparables; si elles ne le sont pas, il a le droit de vendre le bâtiment et d’en acheter un autre, même quand il n'aurait pas reçu à cet effet un pouvoir spécial des propriétaires. Il a également le droit d'acheter tout ce qui est nécessaire à la subsistance de l'équipage. Il remplit pendant le voyage les fonctions d’officier de l’état civil à l’égard des naissances et des décès qui surviennent sur le bâtiment qu'il commande, mais il n'a pas le même droit relativement aux mariages.

Quand il arrive au port ou autre lieu de débarquement, il doit se conformer aux règlements de police sur le placement du navire. Il est soumis à la discipline de la marine militaire, notamment en ce qui concerne la police des ports et des rades. Dans les vingt-quatre heures de son arrivée, il est tenu de faire viser son livre de bord et de faire son rapport. Il ne peut, hors le cas de péril imminent, décharger aucune marchandise avant d’avoir fait ce rapport, sous peine de poursuites extraordinaires. Le rapport du capitaine est fait devant le président du tribunal de commerce, et dans les lieux où il n’y en a pas, devant le juge de paix du canton, qui est tenn de l'envoyer sans délai à ce magistrat. Si le capitaine aborde dans un port étranger, il fait son rapport au consul de France, et prend un certificat constatant l’époque de son arrivée ainsi que celle de son départ, l’état et la nature de son chargement. Ce rapport doit indiquer à quelle nation appartient le vaisseau, son équipage, etc., annoncer le lieu et le temps du départ, la route qu’il a suivie, les hasards qu’il a courus, les désordres arrivés dans le navire et toutes les circonstances remarquables du voyage. S'il a fait naufrage, le capitaine est tenu de se présenter devant le juge du lieu ou devant toute autre autorité civile, d’y faire son rapport et de le faire vérifier par ceux de son équipage. Le juge reçoit alors les interrogatoires de ceux-ci et, s’il est possible, des autres passagers. Enfin le capitaine est obligé à son arrivée de remettre aux employés des douanes un manifeste, signé de lui, et constatant la nature et la quantité des marchandises composant la cargaison. Les appointements du capitaine ne sont,pas insaisissables, comme les gages des matelots.

Quant aux obligations réciproques du capitaine et du propriétaire du navire, elles sont les mêmes que celles qui existent entre le mandataire salarié et le mandant. 11 est ‘enu de rendre compte de sa gestion, et est responsable des

rôle de l'équipage, des procès-verbaux de visite du navire » ! fautes, mème légères. u'il eommet dans l'exercice de ses

fonctions. Le propriétaire ou armateur est tenu d’indemniser le capitaine de toutes les dépenses qu'il a faites dans l’intérét du navire et des marchandises, non-seulement des dépenses nécessaires, mais encore des dépenses ufiles. Le propriétaire se trouve même obligé à l'égard des tiers pour tous les engagements pris par le capitaine, sauf son recours contre ce dernier. Cependant il peut s’affranchir de toute responsabilité en abandonnant le fret.

Le capitaine possédant pour autrui ne peut acquérir la propriété du navire par prescription.

Les actions respectives du propriétaire et du capitaine et même celles des tiers sont prescrites dans les cas suivants : 1° toutes actions en payement pour fret de navire, gages et loyers des officiers, matelots et autres gens de l'équipage, un an après le voyage fini; 2° pour nourriture fournie aux matelots par l’ordre du capitaine un an après la livraison ; 3° pour fournitures de bois et autres choses nécessaires aux constructions, équipements et avitaillement du navire, un an après ces fournitures faites ; 4° pour salaires d’ouvriers et pour ouvrages faits, un an après la réception de ces ouvrages; 5° toute demande en délivrance de marchandises, un an après l’arrivée du navire. Cependant la prescription ne peut avoir lieu s’il y a cédule, obligation, arrêté de compte ou interpellation judiciaire.

CAPITAINE-GENERAL. L'origine de ce grade, qui paraît remonter en France aux premières milices du moyen âge, est inconnue. Philippe le Bel le conféra au comte de Saint-Pol, en 1302, et Philippe de Valois à Guy Ae Nesle, en 1349. Les titulaires avaient des pouvoirs trèsétendus : ils pouvaient rassembler dans toute l'étendue de leur commandement toutes les troupes sous leurs ordres, augmenter ou diminuer les garnisons, absoudre ou condamner toute personne prévenue de crimes. En 1406 le comte de Clermont prit le titre de capitaine-général du Languedoc. Louis XIII le conféra au duc de Savoïe en 1635. Les prérogatives de cette charge furent considérablement .estreintes sous le règne de Louis XIV; elle s’éteignit au commencement du dix-huitième siècle. Sous le Consulat et l'Empire on créa des capitaines-généraux des colonies, chargés de leur défense intérieure et extérieure, et remplaçant les anciens gouverneurs, avec des pouvoirs aussi étendus que ceux des vice-rois. Sous la Restauration a reparu le titre de gouverneur, encore en usage aujourd’hui.

L'Espagne est encore divisée en circonscriptions militaires, dont les chefs ont le titre de capitaine-général. C'était aussi dans les deux Indes celui des vice-rois ou délégués des gouvernements espagnol et portugais.

CAPITAINERIE, division territoriale comprenant sans doute à l'origine l'étendue de territoire soumise à la juridiction et à l'autorité d’un capitaine d’armes. Néanmoins ce nom ne s’appliquait plus lors de la révolution de 1789 qu’à certaines divisions territoriales des côtes de France et à certaines juridictions des chasses,

Tout le territoire qui s'étend le long des côtes avait été diviséen capitaineries, dans chacune desquelles se trouvait un capitaine-général avec son état-major, composé d’un major et d’un lieutenant. Cet officier était chargé de surveiller la défense des côtes et d'organiser dans chacune des paroisses faisant partie de la capitainerie des compagnies de garde-côtes. La population des paroisses qui faisaient partie de ia capitainerie était tenue de fournir les soldats miliciens nécessaires à la garde et à la défense des côtes; on les prenait de l’Age de seize à soixante ans. On comptait en France avant la révolution cent dix capitaineries, qui composaient une armée de plus de deux cent mille hommes, tant infanterie que cavalerie. Les capitaineries garde-côtes ont été supprimées en 1791. Voyez GARDE-cÔTES.

On appelait aussi capilainerie une fonction civile qui avait pour mission de veiller à l'entretien des forêts du domaine et à la conservation des chasses royales, et par ex-

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