CAPITAL — CAPITALE
capitales, actuellement possédées par celui qui les cède, pour un temps ou pour toujours, à celui qui les accepte.
L'homme qui dispose d’un capital, soit qu’il lui appartienne, soit qu’il l'ait emprunté, le transforme, par des échanges, en objets propres à la consommation. Quand il est transformé en améliorations à un fonds de terre, en bâtiments, en machines durables, on l'appelle un capital engagé; quand ü est employé à des travaux et à acheter des matières premières, on l'appelle un capital circulant. La reproduction n’est pas complète lorsque les valeurs capitales engagées ne sont pas entretenues de manière à conserver leur valeur vénale entière, et lorsque la valeur des produits obtenus ne rembourse pas les avances faites au moyen du capital circulant.
Cette fonction du capital peut se nommer le service productif du capital. Lorsqu'un capitaliste ne veut pas lui-même faire valoir son capital, ille prête à un entrepreneur d'industrie, et en tire un loyer qu’on nomme à ntérét. Il vend ainsi le service qu'est capable de rendre son capital, de même que le propriétaire d’un fonds de terre vend , en le louant, le service que cet agen£ productif est capable de rendre ; de même qu’un ouvrier vend son temps et son {ravail pour un salaire.
Le prèteur transmet à l’emprunteur les valeurs qu’il lui confie sous différentes formes. C’est quelquefois sous la forme d’un titre, qui donne à l’emprunteur le droit de disposer d’une valeur matérielle quelconque ; d’autres fois c’est sous la forme de marchandises, comme lorsqu'on vend des marchandises à crédit; d’autres fois c'est en écus. La forme ne change pas la nature du capital : c’est toujours une valeur matérielle qu’on a la faculté d'employer et de transformer ainsi qu'il convient à la production. C’est par suite d’une fausse conception de la nature et des fonctions d’un capital que l’on a appelé son loyer inéérét de l'argent. C’est si peu l’argent que l’on prête , que les mêmes écus peuvent servir successivement à transmettre dix valeurs capitales, qui sont autant de capitaux différents rapportant dix loyers différents.
Un capital peut ne pas être employé à la reproduction, sans pour cela être un capital improduetif. Les valeurs qu’on a sous forme de maisons, de meubles et d’autres choses qui servent aux besoins de la vie, sont 8n capital productif d'utilité ou d'agrément, c’est-à-dire de produits immatériels. Ce capital produit alors un revenu qui est consommé à mesure, soit par un locataire, soit par le propriétaire lui-même : ce revenu consiste dans l'utilité ou l’agrément qui résultent de son usage. Voyez CAPITAUX.
J.-B. Say.
CAPITALE (Politique), ville qui occupe le premier rang dans un État ou dans une province, parce qu’elle est le siége du gouvernement ou de l’administration. Cette suprématie n’appartient pas exclusivement à la plus grande ville de chaque pays: Washington, capitale des États- Unis, ne peut être comparée à New-York ni par sa population ni par son importance commerciale ; dans l’ancienne division territoriale de la France, Marseille n’était pas la capitale de la Provence, etc. Mais on ne peut disconvenir que la résidence la plus convenable pour l'autorité suprème est au milieu de la population la plus condensée, C’est là que son action a quelquefois besoin d’être plus prompte, et que dans tous les cas il lui importe le plus d’être bien éclairée. IL convient aussi que cette population ait d’autres ressources que les dépenses de l'administration et de ses employés, qu’elle sache subsister par une industrie qui lui soit propre. Une ville qui ne devrait son existence et sa splendeur qu’au séjour du chef de l'État, au luxe d’une cour et autres causes de même nature, ne saurait être un fcyer de ces lumières dont un gouvernement ne peut se passer, et qui ne lui arrivent que plus faibles et moins pures lorsqu’elles viennent de loin. D'ailleurs, s’il existait une
ville uniquement gouvernementale où administrative, sa destinée serait assez étrange : elle pourrait s’affliger du bien général , attendre sa ruine du perfectionnement de Part de gouverner, qui consiste, comme celui de tous les autres arts, dans la plus grande économie de procédés, de moyens et d'agents. Tout porte donc à désirer que la capitale d’un pays soit la plus populeuse, la plus remarquable par l’industrie et l’instruction de ses habitants, et surtout qu’elle trouve en elle-même les principales sources de sa prospérité, En appliquant ces maximes aux capitales actuelles, combien en trouvera-t-on qui justifient pleinement leur titre ? L'histoire fait connaître la série d'événements qui les ont élevées au poste qu’elles occupent, et dont il est frès-difficile de les faire descendre, quand même on aurait à leur reprocher quelque peu d’usurpation.
Il en est cependant quelques-unes dont les droits ne seront pas contestés. On reconnaîtra volontiers que Saint- Pétersbourg fut pour la Russie une heureuse conception du génie de Pierre le Grand, qui sentit la nécessité de faire disparaître le caractère asiatique de sa nation, en la meftant en contact plus immédiat avec la civilisation européenne, On pensera aussi que la Scandinavie ne pouvait placer ses capitales ailleurs que sur les bords de la Baltique. Quant à la malheureuse Pologne, la difficulté d’assigner une place convenable pour le siége de son gouvernement fait déjà pressentir les causes de son affaiblissement graduel, à mesure que ses voisins sont devenus plus forts. On entrevoit ce qui l’empêcha de suivre les progrès de ces redoutables voisins, et on commence à désespérer de son rétablissement. La tête de la Prusse actuelle paraîtra peu convenablement placée sur ce corps dont l’organisation ne peut être robuste, où la circulation doit être dirigée et réglée avec habileté. Le gouvernement prussien s'occupe sans doute avec une vigilante attention de ses domaines d’au delà du Rhin; mais il les surveillerait encore plus efficacement si sa capitale en était moins éloignée. Celle de l’Autriche semble assez bien placée, quoique peu favorable aux vues de cette puissance sur l'Italie. Les intérêts du gouvernement piémontais exigeraient peut-être qu’il allât s'établir à Gênes. Le royaume de Naples ne pouvait choisir une autre capitale que la ville dont il porte le nom; maïs il sera bien difficile d'opérer une complète fusion d'intérêts entre les deux parties de ce royaume, séparées par le Phare de Messine, et le nom même de la capitale sera peut-être un obstacle à cette union, d’autant plus nécessaire que le caractère national n’y supplée point. La Suède, avec sa petite capitale, sa faible population, son territoire stérile et ses glaces, pèse bien plus dans la balance politique de l’Europe que le royaume de Naples avec une population presque double et condensée, un sol d’une admirable fécondité, et une capitale qui tient le troisième rang parmi les villes de l’Europe.
Que dirons-nous de la capitale de l'Espagne? Il n’était guère possible de lui assigner un emplacement plus défavorable. Quelques publicistes attribuent à cette aberration de jugement une influence si funeste qu'on y croit difficilement. Il semble que le mauvais choix de la capitale d’un État doit avoir pour résultat plutôt une diminution de biens qu’un accroissement de maux. Si le siége du gouvernement espagnol eût été à Séville ou à Cadix, on ne craint pas d’affirmer que ses colonies du continent américain seraient encore sous le joug de la métropole. On ne peut pas faire à la position de Londres les mêmes reproches qu’à celle de Madrid , et cependant ce sont les colonies anglaises qui ont donné à toutes celles de l’Europe le signal de l’affranchissement. Mais quand on recherche quelle pouvait être l’influence de Madrid sur l'Espagne, quand on consulte l’histoire pour savoir ce que cette première ville d’un grand royaume a fait pour l'accroissement de la prospérité intérieure et pour sa propre illustration, on est peu disposé à lui laisser le titre de capitale. En imitant les institutions de
quelques pays voisins , le gouvernement espagnol y fait des expositions publiques de l'industrie dans tout le royaume. Si le tableau n’est pas infidèle, si les proportions y sont exactement observées, la capitale n’y tient que peu de place, et n’attire pas les regards des spectateurs.
Venons maintenant à notre pays. Sa capitale n’est certainement pas indigne du rang qu’elle occupe, et l’on ne songera jamais à l'en faire descendre. Il faut donc qu’elle continue à être un foyer d'industrie, et que tous les arts y trouvent de l'instruction, des modèles et des encouragements. Suivant quelques publicistes, l'intérêt de la France exigea de tout temps que sa capitale se rapprochât des frontières du nord plutôt que de la Méditerranée. Sans attribuer aux lieux une aussi puissante influence politique , on conviendra que l’ascendant de Paris se maintint à toutes les époques de la monarchie française. A la suite des épreuves révolutionnaires que nous avons subies, cette ville est devenue plus chère àla France et à tous les Français; chacun cherche à y reconnaitre l’image de la patrie telle que soncœur et sa raison la dépeignent; on la considère comme une propriété commune, nationale; on ne regrette point ce que coûtent ses embellissements et les améliorations que l’on peut y faire. Il est vrai que pour entretenir la santé et la vigueur de tout le corps il faut que la tête n’absorbe point les sucs destinés aux autres parties; mais si l’on en juge par le rapport entre la Grande-Bretagne et sa capitale, Paris est encore loin du terme de son accroissement. Dès que l’Assemblée constituante eut commencé la restauration de la France, on prévit que la population parisienne serait un jour de plus d’un million d'habitants.
Hors de l’Europe, les recherches relatives à l'influence des capitales ne sont plus dirigées que par de faibles lumières, auxquelles le raisonnement ne peutse confier. Les États asiatiques n’offrent rien que l’on puisse comparer au régime européen. La Chine seule se présente avec une statistique assez régulière pour qu’on puisse employer avec confiance quelques-unes de ses données. Dans cet empire, les causes qui tendent à l’agglomération des habitants de la capitale peuvent être considérées comme ayant produit tout leur effet. Aussi la population de Pékin est à proportion plus nombreuse que celle de Paris, et surpasse la trentième partie de celle de l'État. Cependant, la puissance attractive de cette immense capitale agit moins sur les Chinois que les charmes de Paris n’exercent de séduction sur les Français et même sur les étrangers. Attendons-nous donc à un accroissement progressif et peut-être assez rapide de notre capitale.
En Amérique, on ne peut appliquer aux fédérations répubi'caines les observations faites en Europe sur les États soumis à un pouvoir unique. Les capitales se ressentent nécessairement de cette différence dans la constitution des États. Cependant, au milieu des monarchies européennes, un petit pays a conservé le gouvernement fédéral, protégé par des montagnes, une sage réserve au dehors, et au dedans des mœurs simples des et vertus patriotiques. La fédérafion helvétique peut se passer de capitale, quoique celles de l'Amérique aient besoin d’un établissement fixe, où le pouvoir fédéral puisse se consolider. Mais les capi- {ales des Cantons suisses, ainsi que celles des États particuhers dont se composent les républiques américaines, sont comprises dans la loi commune, sauf un degré d’énerge qui, suivant une autre loi générale de la nature, diminue à mesure que la masse et le volume des corps augmentent, C’est là que se manifesterait le dévouement dont l’antiquite nous offre de si beaux exemples, non dans quelques hommes au- essus de la mesure ordinaire, mais dans loute une population, lorsque, d’une voix douloureuse, la patrie implore le secours de tous ses enfants.
C'est au milieu des dissensions intestines que les capitales peuvent rendre d'importants services, si elles sont
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constamment à la tête de l’opinion nationale, et si l’autorité publique, animée du même esprit, ose se confier sans réserve à Ja loyauté de leur population. Dans toutes les circonstances et toutes les positions, et surtout lorsque la patrie est souffrante ou menacée de quelque danger, une capitale grande et libre, forte de talents, d'instruction et de patriotisme, sera le rempart le plus sûr dont on puisse environner le précieux dépôt des lois et des institutions nationakes. Mais ne doit-on pas seconder par d’autres moyens conservateurs le courageux dévouement des citoyens? De là, suivant quelques publicistes, la nécessité de fortifier les capitales, Paris est aujourd’hui protégé d’une double enceinte, de murs et de forts détachés. Vienne a eu de tout temps des fortifications qui n’ont pas empêché les Français d’y entrer. Rome est fortifiée, et elle n’en est pas moins tombée en notre pouvoir plusieurs fois. On parle de fortifier Berlin; ainsi, dans l'impossibilité où l’on est aujourd’hui de rendre les frontières invulnérables, ce sont les capitales qu’on veut organiser pour la résistance. FERRY.
Les capitales ont joué un grand rôle dans les guerres de la révolution : ces guerres n’avaient plus pour but, comme celles qui les avaient précédées, de venger l’amour-propre d’un monarque, de redresser une frontière ou de s’emparer de quelque ville voisine. Les rois y combattaient pour leur trône, et les nations pour leur existence! Aussi, dans ces luttes à mort, cherchait-on à se frapper au cœur et à s’emparer du siége même du gouvernement. Cette occupation, où l’on parvenait souvent après des batailles sanglantes, avait toujours des suites plus ou moins funestes, suivant la position topographique et l'importance des capitales. Ainsi, Vienne, Berlin et Madrid, qui par leur emplacement et leur faible population n’exerçaient que peu d'influence, ne décidèrent pas du sort de l’Autriche, de la Prusse, ni de l’Espagne, tandis qu'Amsterdam et Lisbonne, têtes démesurées d’un petit corps, ont soudainement entraîné à leur suite la Hollande et le Portugal. L’occupation de Paris, qui relativement au pays n’est pas dans la même proportion qu’Amsterdam et Lisbonne, a deux fois décidé cependant du sort de la France.
L'Italie demeurera morcelée et la proie des étrangers, tant qu’une capitale unique n’en formera pas un corps de nation; mais où l’établir? Est-ce sur lAdriatique; est-ce dans le golfe de la Spezzia, là où Bonaparte voulait fonder de grands établissements? Comment décider Milan, Turin, Rome, Naples, à reconnaitre la supériorité d’une autre ville? Cette rivalité, que rien ne peut éteindre, et à laquelle tout sert d’aliment, est depuis la destruction de l'empire romain la principale cause des malheurs de cette belle contrée. Elle avait occasionné autrefois ceux de l'antique Trinacria, de la Sicile, où Messine, qui faisait face à l'Italie, Syracuse à la Grèce, et Lilybée à l'Afrique, se disputaient la prééminence, Les Rhodiens furent plus sages, quand, abandonnant Linde, Camire et Ialyse, ils chargèrent l’architecte Hippodamus de leur construire une seule capitale placée sur un promontoire qui s’avançait vers lorient. Elle fit longtemps l'admiration du monde, et Strabon la met au-dessus de Rome, d'Alexandrie et de Memphis : « C’est la seule ville, dit-il, fortifiée comme une citadelle et ornée comme un pa- Jais. »
Quand les Romains conquéraient un pays, ils s’empressaient de démanteler, d’affaiblir ou d’effacer sa capitale, Le premier acte du sénat, après la prise de Ca poue, fut d’ordonner la destruction du palais où s’assemblaient les sénateurs du peuple vaincu. Carthage, Corinthe, furent sacrifiées au même principe.
Nos conquêtes ne pouvaient pas durer : jamais il n’y eut de fusion, mais une agrégation forcée de parties hétérogènes. Le palais Pitti, à Florence, appelait un grand-duc; et celui de Turin semblait Yttendre le retour d’un roi. Il y a dans ce qui a élé une puissance inconnue qui asservit l'avenir et
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qui régit le monde. Les progrès des lumières et de la civilisation s'opposent sans doute à l'emploi des moyens dont les Romains usèrent sans pitié; mais alors pourquoi entreprendre des guerres qui ne doivent avoir aucun résultat ? Pourquoi dépenser tant de trésors, pourquoi répandre tant de sang pour des changements éphémères, qui ne doivent profiter qu’à la vanité du vainqueur ?
L'influence d’une grande population réunie, pressée, comprimée, pour ainsi dire, sur un seul point, est plus puissante encore que celle de l'emplacement de la capitale ; et c'est à cela peut-être plus qu'aux causes indiquées par Montesquieu que Rome dut ses premiers succès sur les peuples d'Italie, succès plus difficiles à obtenir que ceux qui plus tard lui soumirent le monde. Rome était toute dans Rome, et les vaincus qu’on y transportait venaient augmenter la foule des vainqueurs. Les Toscans, au contraire, partagés en douze lucumonies, les Samnites, divisés en trois fédérations et dispersés dans leurs villages et leurs hameaux, n’avaient pas de capitale unique qui centralisât toutes leurs forces et décuplât leur impulsion. La population de Rome s’accrut avec sa puissance. On conçoit quelle action une pareille cité devait imprimer au corps social, et combien tout dans l'univers soumis gravitait vers ce point où se réglaient les destinées du peuple et des rois, où tous les dieux réunis appelaient toutes les croyances, où la victoire avait transporté les chefs-d’œuvre de la Grèce, les monuments de l’Égypte et les dépouilles du monde.
Rien dans les temps modernes ne peutse comparer à Rome ; cependant Londres, avec deux millions cinq cent mille habitants, sa splendeur, ses richesses, son commerce, doit exercer une bien puissante attraction sur cette gigantesque Angleterre, qui, comme le disait Fox, n’est pas seulement dans son île, mais qui embrasse presque tous les points du globe asservi par son monopole. En vain une politique étroite s’opposa longtemps à son extension. La force des choses a triomphé des ordonnances d’Élisabeth, de Cromwell, de Charles II, et la richesse et la prospérité des trois royaumes se sont accrues avec elle.
Les mêmes préjugés s’opposèrent dans le dix-septième siècle à l'agrandissement de Paris. Les rois voyaient avec inquiétude ce qu'ils auraient dù voir avec orgueil et avec joie; ils croyaient que Paris ne pouvait prospérer qu’en dépeuplant et appauvrissant le reste du royaume. Etrange aveuglement ! tout est contagieux dans le monde. L’opulence fait naître l’opulence, comme la misère engendre la misère. Qu'elle s’agrandisse donc encore, cette métropole de la civilisation, des sciences et des beaux-arts; que des routes, des canaux, des besoins réciproques et bien reconnus, établissent une circulation plus prompte du centre aux extrémités ; que les pompes aspirantes et refoulantes soient dans un jeu continuel, et rendent la vie de tout le corps social plus active, plus pleine, plus puissante ; que la Seine, rendue navigable pour les grands bâtiments, amène dans ses murs le commerce du monde, et bientôt Londres aura une rivale qui lui disputera la prééminence en richesse et en population ; bientôt un système colonial plus étendu s’établira ; et l’on verra la France entière prendre un nouvel essor et suivre l'impulsion de sa capitale. G2! Max. LAMARQUE.
CAPITALE ( Fortification ), ligne de convention , qui est censée partager un bastion en deux parties égales perpendiculairement à la gorge de l’œuvre. Cette ligne est supposée tirée de l’angle flanqué à l’angle du centre du bastion. Elle est la différence du rayon du polygone extérieur et de l’intérieur. Les capitales des bastions ont de soixante à quatrevingts mètres de longueur. C’est sur leur développement que l’on se dirige dans les tranchées pour approcher du bastion.
CAPITALISTE. On réserve ordinairement le nom de capitaliste pour l'homme qui, possesseur d’une somme d’argent, l’engage, à de certaines conditions, dans les entreprises
d'industrie; mais cette façon de parler n'est point tout à fait exacte, et tient à la confusion que l'on fait la plupart du temps entre le numéraire et le capital. Toute richesse convertie en instrument de travail étant réellement un capital, la sévérité du langage scientifique exigerait que le nom de capitaliste désignât en général tout propriétaire d’un instrument de travail. Entre deux hommes dont l’un est propriétaire d’une terre, d’une maison, d'une usine, et l'autre d’une somme d'argent, il n’y a de différence véritable que celle des objets possédés. Le rôle social de ces deux hommes est pareil ; les services qu’ils rendent sont de la même nature et se payent de la même façon, c’est-àdire par un prélèvement privilégié sur les produits du travail. Tous deux possèdent desinstruments de travail, produits par les travaux accumulés des générations antérieures ; tous deux abandonnent, moyennant rente, loyer ou fermage, l'usage de ces instruments; tous deux enfin peuvent les employer eux-mêmes, sans les donner à bail ni à loyer ; mais dans ce dernier cas l’un et l’autre sortent de la classe des capitalistes proprement dits, pour entrer à demi dans la classe des travailleurs : leur rôle et leur intérêt changent alors, car l’intérêt des capitalistes considéré en lui-même est opposé à celui des travailleurs. L'intérêt des travailleurs, et sous ce nom il faut comprendre depuis l'ingénieur, l’entrepreneur et le fermier jusqu’au dernier manouvrier, est que le salaire général du travail soit le plus élevé possible, l'intérêt du capitaliste au contraire est que sur le produit du travail la portion la plus grosse soit convertie en rente, en fermage, et la moindre dévolue au salaire du travailleur.
Mais cette opposition d'intérêt entre le capitaliste et le travailleur tend à s’effacer, c’est une des lois les plus avérées de l’histoire, devant la prépondérance croissante que les travailleurs prennent sur les capitalistes proprement dits. Le fait de la capitalisation en lui-même, qui n’est au fond que le perfectionnement et l'accroissement des instruments du travail humain, est évidemment impérissable ; mais les conditions dans lesquelles il s’accomplit se modifient d’époque en époque, et dans un sens de plus en plus favorable aux travailleurs. Le capital ne saurait disparaître; mais il finira par subir la loi au lieu de la dicter. La baisse constante du taux des fermages et de l'intérêt de l’argent est à la fois l'expression et la preuve de cette loi historique. Voilà pourquoi, dans l’état de richesse et d’abondance relatives où sont parvenues les sociétés modernes, le problème de la répartition des fruits du travail a la même importance et touche d'aussi près à la paix et à la prospérité publique que le problème plus anciennement étudié de la production.
Ch. LEMONNIER.
CAPITAN. C'était le bouffon sérieux de notre vieille comédie. Essentiellement fanfaron, le capitan ne parlait que de tuer, de massacrer, et finissait par recevoir très-pacifiquement les corrections énergiques qu’on lui administrait. Ce personnage devait en outre employer constamment un langage ampoulé et emphatique, et sous ce rapport il n’était guère plus ridicule que nos héros tragiques, toujours montés alors sur des échasses. Tel était son thème invariable. Ke comique si vrai et si varié de Molière fit disparaître de la scène ces personnages de convention et cette bouffonnerie sans naturel, attribut de l’enfance de l’art. Ourry.
CAPITANATA, l’une des trois anciennes provinces du continent napolitain qui répondent à l’Apulie, et aujourd'hui dite province de Foggia, était nommée par les anciens Apulia Daunia. On a, non sans raison, désigné la presqu’île qui termine la Capitanate comme l’éperon de la botte que forme la configuration extérieure de l'Italie. La plus grande longueur de la Capitanate est de quarante-sept milles et demi italiens; sa superficie est de 7,652 kilomètres carrés. Les vastes plaines sablonneuses qui constituent la plus grande partie de cette province, et que ne traversent guère que de petits ruisseaux sans importance, sont
dominées par le mont Gargano. Toutefois, le sol n’en est pas stérile. Outre la grande quantité de sel qu’on y recueille, on en exporte aussi de la térébenthine, de la résine et de la noix de galle. L'élève du bétail constitue cependant la principale occupation de la population, forte de 312,885 âmes ; et les pâturages de la Capitanata passent pour les plus riches de toute la basse Italie. Après Foggia, son chef-lieu , les localités les plus importantes sont Zucera, Ascoli, Monte Santangelo, Manfredonia et Bovino.
CAPITAN-PACHA ou CAPOUDAN-PACHA , grandamiral ou ministre de la marine de l'empire othoman. Ce nom ne vient ni de capi ni de capou, porte, mais de capitan, capitano, qui en espagnol et en italien signifient capitaine. Le capitan-pacha est à la fois commandant suprême de toutes les flottes turques, général des galères, surintendant général de la marine, et beglerbeg de toutes les côtes et iles de l'empire, tant en Europe qu’en Asie. Il ne rend compte qu’au grand-seigneur. Il est pacha à trois queues et membre du divan. Il nomme à tous les emplois, à tous les grades de la flotte ; il ordonne les levées de matelots, les constructions et les réparations. Il faisait autrefois tous les ans une tournée dans les îles de l’Archipel, sur les côtes de l'Asie Mineure, de la Syrie, de l'Égypte et des régences Varbaresques, pour exiger les tributs et les impôts, prendre connaissance de l’état du pays, y redresser les torts et les abus, et juger en dernier ressort les affaires civiles et criminelles. Aujourd’hui ses expéditions sont moins fréquentes et surtout plus bornées. A Constantinople le capitan-pacha habite l’arsenal , dont il a l'inspection générale et le commandement; mais il y est suppléé en son absence par le ters-khanaheminy, qui a la direction des approvisionnements de l'arsenal, le soin de l'équipement des vaisseaux , la surveillance de tous les travaux, et l'administration des fonds affectés à la marine ; il a sous lui des chefs, des commis et des capitaines de port, tant pour l'exécution des ordres que pour la police. Il commande même les escadres , à défaut du capitan-pacha. Le {ers-khanaheminy est responsable pour ce qui le concerne. H. AULIFFRET,
CAPITANYS, titre que portaient en Grèce les chefs des différentes bandes ou tribus, chefs appelés Alephtes ou armatoles, et qui s’efforçaient de se rendre plus ou moins indépendants de la Porte. C’étaient d'ordinaire d’audacieux chefs de brigands, qui se retiraient avec leur bande ou leur tribu dans les défilés les plus impénétrables des montagnes d’où ils tenaient le gouvernement ture constamment en échec, ravageant tout aussi bien les terres de leurs compatriotes, paisibles cultivateurs, que celles des Turcs. Ils ne réunissaient leurs bandes et n’agissaient de concert que lorsque cela était nécessaire pour résister aux Turcs, et ils vivaient d’ailleurs entre eux en constantes querelles, C’est de leurs rangs que sortirent la plupart des chefs des Grecs dans la guerre de l'Indépendance, Voyez GRÈCE.
C’étaient surtout les chefs des Maïnotes qui portaient ce ütre de capitanys. Au temps de la domination des Tures ils exerçaient une juridiction essentiellement arbitraire, dégagée de toute espèce de responsabilité, et formaient avec le bey, qu’ils choisissaient parmi eux, une espèce de grand conseil. Ce bey véillait au payement du charadsh ou de la capitation aux Turcs, et représentait le pays dans toutes les négociations avec le pacha. L
CAPITATION (capitatio, census capitum), impôt personnel fort ancien, qui se prélève par tête. Il était en usage chez les Israélites. Moïse les avait soumis à payer un demi-sicle à chaque dénombrement. Au retour de la captivité de Babylone, ils obtinrent de ne payer qu’un tiers de sicle, leur pauvreté ne leur permettant pas de donner davantage. Après la ruine de Jérusalem, les Romains obligèrent les Juifs à payer au temple de Jupiter-Capitolin le demi-sicle qu'ils payaient auparavant au temple de Jérusalem
CAPITANATA — CAPITATION
Sous les empereurs romains la capitation était levée indifféremment sur toutes les personnes libres; cependant à y avait des provinces où les femmes n’y étaient soumises qu'après l’âge de douze ans, et les hommes que de quatorze à soixante-cinq ans. De ce qu’un homme vit, on peut bien conclure qu’il a des besoins, mais nullement qu’il a des revenus ou qu'il soit en état de payer : une capitation qui confond le riche avec le pauvre, celui qui peut donner avec celui qui est en droit de demander des secours, est done non-seulement le plus cruel et le plus injuste des impôts, mais encore il doit être l’un des moins productifs ; car il faut bien qu’il se proportionne aux facultés des plus misérables, Lorsqu'on sait qu'aucune preuve d’indigence n’était admise pour se soustraire à la capitation, on a peine à comprendre comment cet impôt désastreux avait pu être porté à vingtcinq pièces d’or par tête (environ 336 francs ), par les ministres de Constance. Julien, à son arrivée dans les Gaules, le réduisit à sept pièces d’or ou environ quatre-vingt-douze francs, et cette somme paraît encore exorbitante. Il est vrai qu’on rétablissait quelque proportion entre la capitation et les facultés des contribuables, tantôt en chargeant les plus riches de plusieurs cotes, tantôt en partageant une seule entre plusieurs pauvres. Une loi rendue par Valentinien et Valens, en 383, permit d'associer jusqu’à trois hommes et quatre femmes pour une seule capitation, tandis que le poëte Sidoine Apollinaire se plaint d’avoir été traité comme Cerbère, et taxé comme s’il avait trois têtes. D’après les calculs de l'abbé Dubos, confirmés par Gibbon, la Gaule romaine, plus étendue d’un quart que la France actuelle, ne contenait pas plus de cinq cent mille contribuables. Le territoire des Éduens, qui correspond à peu près aux deux départements de Saône-et-Loire et de la Côte-d'Or et qui contient aujourd’hui près d’un million d’habitants, ne fournissait au temps de Constantin que vingt-cinq mille contribuabies ; encore réduisit-il leur rôle à dix-huit mille.
Cet impôt fut établi pour la première fois en France sous le règne du roi Jean, par les états généraux, assemblés à Paris le 1° mars 1356. Il fut appelé capitation générale; il devait être proportionné à la valeur des biens et fixé à 4 pour 100 sur les revenus de 100 livres, à 2 pour 100 pour les revenus au-dessous de 100 livres , à 1 pour 100 audessous de 40 livres. Les princes du sang, le clergé , la noblesse, y furent assujettis; on n’exempta que les veuves, les enfants en tutelle, les religieuses, les moines clfuriers et les mendiants. 11 était juste sans doute de diminuer le cens dans la proportion des revenus modiques ; mais en arrêtant le maximum au revenu de 100 livres, le système de répartition était vicieux; il aurait fallu l’augmenter progressivement. Ainsi, des contribuables à 1,000 livres de revenu et au-dessus ne payaient que dans la proportion fixée pour les revenus de 100 livres. L’impôt fut onéreux pour les petits propriétaires et surtout pour les laboureurs , manouvriers et domestiques, qui furent taxés à 10 pour 100 de leurs gages ou du prix de leur travail; ainsi, l'impôt grevait le nécessaire et n’atteignait pas le superflu. Il n’était que temporaire et spécial ; il fut maintenu pendant la captivité du roi Jean, pour fournir aux frais de la guerre et au payement de sa rançon.
La capitation fut rétablie par unedéclaration de Louis XIV (18 janvier 1695); supprimée en 1698, on y eut encore recours en 1701 pour fournir aux frais de la guerre de la succession ; elle devait ètre payée par tous les Français, prêtres, nobles et roturiers : le clergé en fut néanmoins exempté, moyennant 150,000 fr. pour la première année, et sous la promesse de, payer 4 millions pour les huit années suivantes. D'autres exemptions purement gratuites furent accordées à la noblesse et à la magistrature, et ce nouveau fardeau pesa de tout son poids sur la bourgeoisie, le commerce el les ouvriers, La capitation fut continuée par des édits ultérieurs, et n'a été supprimée qu'après la révolution de 1789 Cetle