CAPITOLI — CAPITOLINUS
bizarres fournissaient la matière des capitoli; l'auteur s’y livrait aux écarts les plus extravagants de son imagination, et poussait quelquefois la licence jusqu’à l'obscénité. Les capitoli sérieux existaient en Italie dès le quinzième siècle ; on les fait même remonter jusqu’à Jacques Dante, fils du célèbre Dante, et à Busone da Gubbio, antérieur à Pétrarque. Mais ce fut Laurent de Médicis, surnommé le Magnifique, qui dans sa satire en neuf chapitres parait avoir donné les premiers modèles de la satire badine ou burlesque. Les poëtes qui s’y exercèrent après lui adoptèrent le titre de capitolo, sans songer que si, comme lui, on pouvait diviser un ouvrage en chapitres, il était absurde d’appeler chapitre un ouvrage sans divisions.
Les capitoli de Ber ni font l’éloge dela peste, des goujons, des anguilles, des pêches, des cardes, de la gélatine, des dettes, du jeu de cartes appelé la prime. Dans un autre, à la louange d’Aristote, adressé à un cuisinier avec lequel il mangeait, l’auteur met ce philosophe en parallèle avec les savants orgueilleux et les pédants. Celui qu’il fit contre le pape flamand Adrien VI, ex-précepteur de Charles-Quint, contient les diatribes les plus virulentes contre ce pontife, qu’il traite d’ignorant et de barbare, et contre les cardinaux qui l'avaient élu.
Jean Mauro, son contemporain, a fait une vingtaine de capitoli, consacrés pour la plupart à des éloges bizarres ou graveleux de la fève, du dieu des jardins, des moines, du mensonge, des femmes des montagnes, de la disette, dwlit, et de la chasse, qui causa sa mort. Jean della Casa, archevêque de Ravenne, a composé cinq capitoli, dont le plus décent est sur son prénom, si commun et sitrivial; les autres sont sur la colère, sur le baïser, sur ce qu’on appelle en amour avoir martel en téte. Mais rien n’égale le cynisme de celui qui est intitulé de! Forno ( du Four ); il empêcha le prélat d'obtenir le chapeau de cardinal. Varchi a fait dans six capitoli l'éloge des poches, des œufs durs, des pieds de mouton, du fenouil, fort usité dans la cuisine italienne, des recuites, sorte de laitage dont les Italiens sont très-friands. I] fit aepuis une palinodie contre les œufs durs, qu’il se repentait d’avoir mangés. Molza est auteur de trois capitoli sur les figues, la salade, et sur un sujet plus délicat, l’excommunication, qu’il présente comme l’état le plus agréable et le plus commode. Ange Firenzuola, prêtre d’une conduite fort rerâchée, a fait dans ses capitoli l'éloge de la soif, des cloches, du rien, de l’hôtellerie, et du Zigno santo ( saint bois ou gayac), qu'on employait alors comme remède au lieu de mercure. Les deux frères Louis et Vincent Martelli ont loué, l’un le jeu de la balançoire, l’autre le mensonge. Martin Fran zesi, ami d’Annibal Caro, a fait l’éloge de la pauvreté, de la toux, de la goutte, de la mauvaise humeur, du cure-dents, des châtaignes et des carottes. Louis Dolce a fait l'éloge des longs nez. Bronzino, célèbre peintre, a vanté le pinceau, les raves, l'insecte appelé cousin, les galères, qui seraient plus utiles, dit-il, si l’on y envoyait tous ceux qui l'ont mérité, et le tapage, quoiqu'il ait fait anssi un capitolo contre les cloches. Bino a loué le verre, le jardin potager, et le mal que les Espagnols ont apporté d'Amérique.
Croirait-on que le célèbre Galilée n’a pas dédaigné de se livrer à ce genre futile : son chapitre contre la toge ou la longue robe que l'on portait de son temps n’est pas le moins piquant ni le moins bouffon de cette collection de folies, de niaiseries satiriques et d’obscénités. Grazzini le Lasca a fourni une trentaine de capitoli sur la soupe, la saucisse, les pois verts , les omelettes, les épinards , les melons, les châtaignes, la vieillesse, les cornes, la barbe, la folie, pour et contre la chasse, enfin contre les chiens et contre l'habitude de penser. Des six capitoli qu’on a du fameux Pierre Arétin, le premier est dirigé contre l’Albicante, Mauvais poëte de cette époque ; les autres sont adressés à
. Cosme I*", duc de Florence, au prince de Salerne, au roi François I‘, au duc de Mantoue, et toujours pour leur de-
mander de l'argent. Gabriel Simeoni, non moins avide que l’Arétin, son ami, attaqua dans ses satires à la Berniesque l’avarice du siècle, c’est-à-dire les princes qui ne payaient pas ses talents , les riches parvenus, les calomniateurs des gens de lettres, la cour, etc. Il a composé aussi des capitoli sur la rose et sur la critique. Pierre Nelli a fait des satires plus piquantes sur les peccadilles des avocats, les misères des plaideurs, le rire de la mort. Parmi ses capitoli, le plus remarquable est celui où il dit un mal épouvantable du bien, et où il prétend que l’amour du bien est la source de tous les maux. La liste des auteurs de capiloli finit à César Caporali. Malgré la bizarrerie des capitoli et au milieu des turpitudes qui en déparent le plus grand nombre, on y trouve toujours de l'esprit, de la variété, de la grâce, et une grande richesse d'imagination. Faut-il donc s'étonner que même aujourd’hui les Italiens ne bläment que l’immoralité et non pas les folies des capitoli, et que ce genre de poésie trouve encore non seulement des approbateurs, mais des imitateurs en Toscane? La France n’a rien produit de semblable. Dans notre littérature moderne, on pourrait tout au plus citer, comme ayant certaine analogie avec les capitoli d'Italie, quelques pièces de Pirun, de Voltaire et de Gresset. H. AUDIFFRET.
CAPITOLINS (Jeux), consacrés à Jupiter Capitolin, protecteur du Capitole.Camille, vainqueur des Gaulois, les établit à Rome, 387 ans avant J.-C.. Ils se célébraient tous les ans, et consistaient en courses, en exercices gymniques et en concours de musique : des couronnes et des palmes données aux premiers vainqueurs étaient ornées de bandelettes ou rubans nommés lemnisques ; les seconds prix étaient sans bandelettes :
Et quæ jam dudum tibi palma poetica pollet Lemnisco ornata est qua mea palma caret,
dit Ausone. Il y avait dans ces jeux une cérémonie dont on ne connaît pas bien l’origine : on conduisait au Capitole un vieillard vêtu d’une robe de pourpre, portant au cou une bulle d’or et précédé d’un héraut qui criait : Sardiens à vendre ! Plutarque paraît ignorer lui-même l’origine de cet usage. On dit que Romulus, s’étant rendu maître de Véies, ville étrusque, après une longue résistance, en fit vendre le roi et les habitants, pour se moquer de leur sottise. Or, les Étrusques étaient originaires de Lydie, et Sardes était la métropole de ce pays. Mais quel rapport cette histoire peutelle avoir avec l'établissement des jeux Capitolins institués par Camille ?
L'empereur Domitien institua aussi, à l’occasion de la reconstruction du Capitole, l'an 839 de Rome, des jeux capitolins dans lesquels non-seulement les lutteurs, les gladiateurs, les conducteurs de chars, et les autres athlètes s’exerçaient , mais encore les poëtes, les historiens, les musiciens et les acteurs se disputaient les prix. Ils se célébraïent tous les cinq ans : l’empereur lui-même y distribuait les couronnes. Ces jeux attiraient un grand concours de toutes les parties de l'Italie; et ils devinrent si fameux , qu’au calcul des années par lustres on substitua l’usage de compter par jeux Capitolins, comme les Grecs avaient fait par olympiades. I] paraît pourtant que cet usage ne fut pas de longue durée. Th. DELBARE.
CAPITOLINUS (Jus), l’un des six écrivains désignés collectivement sous le nom de His{oriæ Augustæ Scriptores, et qui nous ont transmis d’intéressants détails sur le règne et la vie privée des empereurs romains dont Suétone ne parle pas. Il vécut sous Dioclétien et sous Constantin le Grand, empereurs à qui la plupart de ses écrits sont dédiés. On lui attribue dans l'Histoire Auguste les biographies d’Antonin le Pieux , de Verus, de Marc-Aurèle, de Pertinax, de CI. Albinus, de Macrin, des deux Maximins, des trois Gordiens, de Maxime et de Balbin. Les défauts de Capitolinus sont d’abord ceux de son temps, l'in-
correction, la dureté, la prolixité et en même temps la sécheresse: en outre, il remplit sa narration de minuties inutiles. A tous égards ses biographies sont aussi loin, comme art et comme style, de la Vie d’Agricola, par Tacite, que des Annales ou des Histoires, auxquelles on a eu tort deles comparer. Non-seulement elles manquent de ces larges horizons et de ces grandes vues politiques dont les historiens véritables abondent naturellement ; mais elles ne sont ni assez intelligentes, ni même, quand il le faudrait, assez circonstanciées pour faire concevoir nettement et apprécier avec certitude les caractères et les actions. Casaubon et Saumaise ont éclairé d’utiles commentaires le texte de Capitolinus. A l'époque où vivait Capitolinus, toutes les œuvres littéraires participaient de la décadence générale. La liberté de penser et d'écrire étant de jour en jour plus restreinte, l'étude des classiques était de plus en plus négligée, et les historiens eux-mêmes, devenus moins citoyens à mesure que le nouvel esprit religieux ouvrait l'antique cité aux barbares; étaient chaque jour moins instruits de l’enchaînement intime des événements. Ajoutons que la flatterie et la corruption donnaient trop souvent alors pour unique sujet à l’histoire la Vie des Césars, non parce qu’ils étaient grands, mais parce qu’ils régnaient, de même que les orateurs ou plutôt les rhéteurs ne voyaient pas de plus beau sujet de discours que le panégyrique du maître. Jean AICARD,
CAPITOLINUS (Maxzivs). Voyez ManLius. ù
CAPITOLINUS (Quirius). Voyez Quirius.
CAPITOLO. Voyez CAPITOLI.
CAPITOULS, nom que portaient avant 1789 les premiers magistrats municipaux de la ville de Toulouse, Ils étaient ainsi appelés soit du lieu où se tenaient leurs réunions , et qu’on nommait Capitole, à l’imitation de celui de Rome, soit du Capitulum, conseil civil des comtes de Toulouse, dont ils étaient membres. C'était alors le beau temps de leur puissance : ils avaient l’administration générale non pas seulement de la ville, mais de tout le comté. Après l'extinction de la famille des Raymond et la réunion du Languedo c à la France, leurs fonctions civiles se réduisirent aux affaires de la cité. Les capitouls formaient à la fois un conseil d'administration ou de gouvernement et un tribunal. Comme magistrats municipaux, ils faisaient tous les règlements généraux qu’ils jugeaient utiles ou nécessaires, soit à la sûreté, soit à l’embellissement de Toulouse, et comme juges ils avaient à exercer une juridiction d’abord générale, puis successivement restreinte à certaines matières après l'établissement des viguiers et sénéchaux. Ils formaient la cour des consuls, devant laquelle la procédure était d’une simplicité remarquable.
Le parlement dépouilla successivement les capitouls de la plupart de leurs prérogatives, mais non sans rencontrer une résistance qui nécessita plus d’une fois l'intervention royale. 11 les priva d’abord de la faculté qu’ils avaient eue jusque alors de juger les affaires civiles et criminelles ; en 1517 il essaya de nommer lui-même ces officiers municipaux, qui dans le principe, au sortir de leur charge annuelle, la transmettaient eux-mêmes à des successeurs de leur choix. A partir du règne de Charles IX les rois de France s’arrogèrent le droit de les choisir, malgré les plus vives réclamations. Enfin sous
e règne de Louis XIV un arrêt du 10 novembre 1687 mit
définitivement à la disposition du pouvoir royal la nomination des capitouls. Sous le rapport du nombre il n’ont pas moins varié. D'abord ils étaient douze, six de la ville et autant du bourg ; en 1336 on en donna huit à la cité et quatre au bourg; en 1390 ils furent, par un décret de Charles VI, réduits à quatre, puis portés à six dans Ja même année et à huit en 1399, cinq pour la ville, trois pour le bourg En 1401 ils revinrent à douss, répartis comme en 1336; enfin ils furent réduits à huit la même année, et leur nombre ne changea plus depuis,
Les premières familles de Toulouse ont de tout temps re-