CAPRARA — CAPRÉE
plus qu'à ses dignités l'estime et le respect dont il jouit pendant près de neuf ans auprès du gouvernement français, II faisait le plus magnifique usage de sa grande fortune en faveur des pauvres, et lorsqu'il mourut, à Paris, le 21 juin 1810, infirme et aveugle, il la légua tout entière à l'hôpital de Milan. En vertu d’un décret impérial, son corps fut enseveli avec une grande pompe dans l’église de Sainte-Geneviève. A. SAVAGNER.
CÂPRE, bouton du câäprier, confit dans le vinaigre, dont on se sert pour assaisonner certains mets. Les câpres ont donné leur nom à une sauce qui n’est autre qu’une sauce blanche dans laquelle elles remplacent le verjus ou le vinaigre. Voici la manière de préparer les câpres. Au printemps, lorsque le câprier s’est couvert de son feuillage et que les boutons de sa fleur tendent à sortir de tous les points de ses tiges, les femmes et les enfants vont chaque matin, au point du jour, cueillir les boutons naissants, qu’elles rapportent chez elles pour les passer à travers de petits tamis ou cribles en tôle, afin d'en extraire les plus pelits, qui sont les plus recherchés dans le commerce; elles les laissent ensuite exposés à l'air pendant plusieurs heures , puis les jettent dans des tonneaux de vinaigre. Au bout de huit jours on les retire de ces tonneaux , et après les avoir pressés avec soin pour les bien égoutter, on les remet de nouveau dans le vinaigre, auquel on ajoute du sel pour les affermir et les conserver. Le cultivateur les livre dans cet état aux marchands. On prépare de la même manière le fruit du câprier, lorsqu'il est à peine formé, et comme il a la forme d’un petit cornichon, on lui en a donné le nom; mais le cornichon du câprier est beaucoup moins estimé que la câpre. Dans quelques parties du nord de la France, qui tirent peu de provisions du midi, on remplace les càpres par les boutons decapucine, quon fait confire également dans le vinaigre, et qui passent pour exciter beaucoup l'appétit. J. SAINT-AMOUR.
CAPRE (Marine), du latin capere, prendre. C’est un vaisseau armé en guerre pour faire la course, et que les armateurs hollandais équipaient le plus souvent à leurs frais; on en armait aussi & la part. Ils étaient destinés à balayer les mers de tout ce qui pouvait appartenir aux ennemis de l'État, et donnaient en conséquence la chasse aux corsaires et aux forbans. Leurs équipages étaient, pour cette raison, toujours fort nombreux, et il était rare que la plupart de leurs officiers ne fussent pas tirés de Ja marine militaire. Plusieurs capres ayant commis des excès, une ordonnance fort sage, rendue par le stadhouder en 1674, prescrivit à tout armateur de quelque navire que ce fût de fournir caution au siége de l’amirauté, avant de prendre la mer, à peine d’être considéré comme voleur public. J. SAINT-Amour. CAPREE ou CAPRI, chez les anciens Capræ, l’une des plus charmantes îles de la mer de Toscane et où une foule de beautés naturelles, de ruines et de localités historiquement célèbres se succèdent à l’envi dans un espace extrémement restreint, est située à l'entrée du golfe de Naples, en face du cap Massa et de Campanella. Sa superficie est à peine d’un myriamètre carré, et sa population de 6,000 âmes. La partie orientale, la plus grande et en même temps la moins riche de l'ile, porte plus particulièrement le nom de Capri, et on donne celui d'Anacapri à la partie occidentale, qui est aussi la plus riche. La petite ville de Capri, située entre deux rochers très-élevés , défendue par des murs, des portes et des ponts-levis, et siége d’un évêque, offre de ravissants points de vue. On arrive par un escalier de cinq cent trentesix marches de 30 centimètres environ chacune, et taillées dans le roc vif, à la petite ville d’Anacapri, que défend un château dont la construction remonte à l’époque de Frédéric Ie.
Au temps d’Auguste et de Tibère, la petite ville de Capri, Je seul point de l'ile où l’on puisse aborder, offrait un aspect tout à fait féerique. On y trouve encore aujourd’hui les ruines du forum, des thermes et surtout des douze palais
que Tibère y avait fait construire en l'honneur des douze grands dieux, et où il passa les onze dernières années de sa vie, au sein des plus sales voluptés. Aujourd’hui on n’y rencontre plus que des pêcheurs, des marins et quelques marchands. Quant à Anacapri , des vignerons et des cultivateurs d'oliviers en sont les seuls hôtes. Partout où il y a assez de terre pour qu’un arbre puisse y étendre ses racines, les habitants n’ont pas manqué d'en planter un; et là où elle manquait ils ont été en chercher sur le continent, et l'ont rapportée pour la déposer sur des terrasses taillées dans le roc vif, donnant ainsi un merveilleux exemple de ce que peut produire la patience et l’industrie de l’homme. On récolte à Anacapri de délicieux vins rouges et blancs, exempts de ce goût de soufre qu'on reproche en général aux produits des différents crus du royaume de Naples. Les cailles, extrémement délicates, qui y arrivent chaque année par centaines de milliers, au printemps et en automne, et qu’on y prend à l'aide de grands filets, constituent un des principaux revenus de l'évêque. Au Monte Calora, le point culminant de l’île, l'œil découvre l’un des plus vastes horizons dont on puisse jouir en Italie, attendu qu’on y aperçoit en même temps les golfes de Gaëte, de Naples et de Salerne , et, sur l'arrière plan, les terrasses différentes qu’y forment successivement les différentes montagnes de l'ile.
Le souvenir d'un des plus brillants faits d’armes des grandes guerres de l’Empire se rattache à lile de Capri. Quand Murat eut élé appelé à remplacer sur le trône de Naples Joseph Bonaparte, passé roi des Espagnes et des Indes, l’un de ses premiers soins fut de songer à s'emparer de ce rocher de Capri, alors refuge d’une foule de forbans qui infestaient les côtes de la Calabre, et foyer de conspirations au profit de la vieille dynastie, réfugiée en Sicile, contre le nouvel ordre de choses établi sur la terre ferme par la volonté toute-puissante de Napoléon. L'entreprise était d’autant plus difficile qu’une garnison anglaise occupait l'ile, que l’on manquait de vaisseaux de guerre, et que les Anglais, avec leurs navires sans nombre, étaient maîtres de tous ses parages et y faisaient active surveillance. Ces difficultés, si grandes qu’elles fussent, n'étaient pourtant rien encore en comparaison des obstacles naturels qu’offrait la configuration même de cet flot, élevé partout de plus de 30 mètres audessus du niveau de la mer, et aux côtes taillées pour ainsi dire à pic. Le général Lamarque, à qui l’exécution en fut confiée , partit de Naples le 4 octobre 1808, à la tête de 1600 hommes, réussit à s'emparer le lendemain même, à la pointe du jour, du fort Sainte-Barbe, qui le rendait maître de la partie occidentale de l’île, et où il fit sept cents prisonniers, parmi lesquels on remarquait un neveu de l’évêque de Lausanne, le capitaine comte de Lenzhourg, qui avait eu la cuisse fracassée d’un coup de feu. Maître de ce point important, il lui fut dès lors facile d’acculer à l’est le reste des forces anglaises, qui seize jours après étaient obligées de capituler. Elles étaient commandées par Hudson-Lowe, qui devait acquérir plus tard une si triste célébrité en exerçant à Sainte- Hélène les fonctions de geûlier et de bourreau de Napoléon.
CAPRÉE ( Grotte de). Cette grotte, située dans l’île de ce nom (voyez l’article ci-dessus ) et appelée aussi la Grotte d'azur, était sans doute connue des anciens, mais son existence avait été oubliée. Elle fut retrouvée au dix-neuvième siècle par des voyageurs qui se baïgnaient à l'abri des rochers qui la recèlent. On ne peut y arriver que par mer. Après avoir traversé dans une petite barque un passage Das, étroit et sombre, puis un lac aux eaux toujours immobiles, on met pied à terre sur un promontoire de rochers qui porte l'empreinte de travaux antiques. Lorsque la vue s’est familiarisée avec la demi-obscurité des lieux, on se voit dans une vaste salle où tous les objets, l’eau, l'air, les parois, sont d’un beau bleu d'azur. A peine un faible rayon de lumière blanche a-t-il accès par le passage qui communique avec la mer. La nouveauté, la magnificence de ce
phénomène, ont frappé ‘d’admiration tous les voyageurs; tous aussi se hâtent d’en demander l'explication aux lois de la physique.
Si le niveau de la mer éfait plus bas de quelques mètres, cette grotte ne serait plus qu’une de ces cavités si communes dans les rochers calcaires, et dans lesquelles on entre par une galerie plus ou moins haute, plus ou moins étroite, ayant tantôt la forme d’un plein cintre, tantôt celle d’une ogive. Comme il est probable, d’après la position actuelle du palais de Tibère, que le sol entier de l'ile s’est un peu affaissé depuis l’époque des empereurs romains, le phénomène singulier que nous décrivons n’exisfait pas pour les anciens ; il n’y avait là pour eux qu’une caverne qui ne méritait à aucun titre une mention dans les ouvrages où ils ont enregistré les curiosités naturelles de l'Italie. Par suite de l’affaissement général d&l'ile, l’eau s'élève dans le vestibule de la grotte presque jusqu’à la clef de voûte, de sorte que la lumière pénètre bien toujours dans l’intérieur par ce vestibule, mais en traversant l’eau qui le remplit. Or, la lumière blanche est, comme on le sait, composée de la réunion de sept rayons principaux, diversement colorés; elle se décompose et change de direction en pénétrant dans un milieu dense, et l'angle que font les divers rayons avec la direction primitive de la lumière n’est pas Je même. Les rayons bleus, étant des plus réfrangibles, arrivent donc seuls dans l’eau de la grotte, qui, par réflexion des parois, est éclairée tout entière de leur teinte.
Suivant M. de Maistre, une autre cause produirait ce phénomène. D’après ses expériences, le bleu d'azur serait la couleur naturelle de l’eau en grande masse, et cette couleur se montrerait foutes les fois que des circonstances favorables la dérobent au mélange des autres couleurs. Ainsi, le demi-jour azuré de la grotte serait simplement causé par le passage de la lumière à travers un milieu bleu, comme on voit dans les vieilles églises la lumière colorer les objets de teintes empruntées aux vitraux peints qu’elle traverse,
CAPRERA. Voyez CAPRAIA.
CAPRICE. ; Qu'est-il? d’où vient-il ? où va-t-il Et qu’en sait-on, et qu’en sait=il ?
Le caprice se rit des étymologistes et des philologues : quand on dit qu’il est ici, il est là; chacun vous le définira à son caprice : il n’est pas s’il ne varie, et le fixer c’est le détruire. Sa volonté, sans but et sans suite, n’est pas même une volonté. Ce papillon, dont le vol si incertain , si chatoyant, bat si fréquemment l'air de ses ailes d’or et de soie, qui se dirige vers une fleur et qui s’arrête sur une autre, n'est-ce pas le caprice? Le caprice c’est cette impulsion fugitive, changeante, qui pousse et retient le jeune chat poursuivant une boule de papier; sautant, le dos arrondi " retombant sur sa balle, en regardant ailleurs, la faisant jailir en l'air, s’élançant pour la ressaisir, retombant à côté, ayant déjà oublié son jouet, secouant sa blanche patte, aussi souple que s’il était sans jointures, et avisant sur les longs poils de sa moustache un atome de poussière, un duvet d’édredon, source de nouveaux caprices. Le cabri, aux sauts légers, spontanés, inattendus, c’est le caprice qui le suspend au bord des précipices, au sommet des rochers. Et lenom même du caprice ne vient-il pas de la chèvre, capra, aux fantasques et vagabondes humeurs? Après le papillon, le chat, le cabri et la chèvre, l’animal le plus capricieux est le cheval, ou le mulet ou l’âne même, Parmi les hommes, l'origine ducaprice est toute moderne. Les GrecsetlesRomains, fatalistes, ne pouvaient pas le soupçonner, C’est en France qu'on trouve son berceau, Le capricio n’entra dans l'Italie qu'avec nos courtisans aventuriers, qui la traversèrent tant de fois avant et depuis François 1%, Plus tard, eten dépit de l'étiquette, le capricio se glissa dans les graves Espagnes à la suite de Philippe V. Les Anglais prirent chez nous