‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 314 sur 556 · CAPUCHON — CAPUCINE · texte numérisé non relu

CAPUCHON — CAPUCINE

que la forme du capuchon serait au moins de deux coudées de longueur, cette partie de l'habillement monacal devint à la fin du treizième siècle la cause d’une guerre intestine, aussi longue qu’opiniâtre, entreles cordeliers. Ilsse divisèrent en deux partis, les spirituels et les frères de la commune observance. Les premiers, les spirituels, dans le but, disaient-ils, de se rapprocher davantage de la pauvreté évangélique prôchée par saint François, blâmaient leurs supérieurs de former des réserves de blé, de vin et autres provisions; puis, en vertu du même principe, ils changèrent la forme du capuchon, etle portèrent plus étroit par esprit d'humilité. Quant aux frères de la commune observance, ils rejetaient ces innovations, prétendant qu’il appartenait aux supérieurs de régler tout ce qui concernait l'habillement et la discipline. La dispute ne tarda pas à s’aigrir; des arguments on passa aux invectives et quelquefois aux coups. Profitant de la vacance prolongée du généralat, les spiritualistes, au nombre de cent vingt, soutenus par les bourgeois de Narbonne et de Béziers, chassèrent à main armée, en 1314, des couvents de ces deux villes leurs adversaires. Grossis par un certain nombre de cordeliers échappés des monastères situés dans diverses parties de l'Europe, les moines vainqueursse choisirent eux-mêmes des chefs, se constituant ainsi en état de rébellion. Ces troubles, que la cour de Rome s’efforçait en vain de pacifier, duraient depuis trois ans, lorsque Jean XXII, se référant aux bulles déjà publiées à ce sujet par ses prédécesseurs Nicolas IV et Clément V, décréta une constitution qui confirmait aux supérieurs la faculté de construire des greniers pour y renfermer les provisions, et leur reconnaissait le droit de déterminer la coupe des vêtements et le choix des étoffes destinées à l'habillement des moines placés sous feur juridiction. Cette décision suprême, loin de calmer les esprits, ne fit que les irriter davantage. Les spiritualistes continuèrent à dogmatiser, et essayèrent de former dans tous les monastères de l’ordre une ligue composée des frères parfageant leurs opinions. Alarmés d’une résistance si menaçante , les supérieurs se déterminèrent à sévir contre les mutins, et quatre d’entre eux furent livrés à linquisition. Sommés de reconnaître la bulle du pape, ils la repoussèrent sous prétexte que le pontife n'avait pu s’immiscer dans ces matières. Ils furent condamnés au supplice du feu, et exécutés à Marseille, en 1318. Cette controverse dura près d’un siècle, malgré les efforts tentés par quatre papes pour l’étouffer : le temps seul réussit à la terminer.

Les évêques et les chanoines portent l’hiver des espèces

de coifles qui enveloppent la tête; et qu’on nomme aussi capuchons ou scapulaires. Dans l’origine, ils étaient de drap grossier; mais les dignitaires de l’Église ne tardèrent pas à les remplacer par des coiffes de soie et de velours, qui furent proscrites par le concile de Paris fenu en 1346. Un des actes de cette assemblée défend encore aux clercs de porter ni des capuchons courts terminés en pointe sur le fronf, ni des manches longues. SAINT-PROSPER jeune, . CAPUCHON (Histoire naturelle). Quelques anatomistes ont appelé ainsi lemusele trapèze qui sert au mouvement de l'épaule, parce qu'il présente l'aspect de cette partie de l'habillement monacal.

Le botaniste Link a appliqué le méme nom à un évasement particulier des filets des étamines (s#ylostegium), qui dans les asclépiades recouvre l'ovaire comme un capuchon. On dit aussi que les pétales de l’ancolie (aquilegia vulyaris) sont capuchonnés.

Enfin, il paraît hors de doute que c’est à la cunfiguration de sa fleur, qui ressemble à un capuchon, que la ca- Pucine a dù cette dénommation.

CAPUCIÉS ou CAPUTIÉS (capuciati). C’est le nom qu'on donna , sur la fin du douzieme siècle, à certains fanatiques qui firent une espèce de schisme civil et religieux avec les autres hommes, et prirent pour marque de leur association particulière un capuchon blanc, auquel pendait

une petite lame de plomb. Leur dessein était, disaient-ils, de forcer ceux qui se faisaient la guerre à vivre en paix. Cette idée surgit en 1186 dans la tête d’un bûüchéron, qui publia que la sainte Vierge, lui étant apparue, lui avait donné son image et celle de son fils avec cette inscription : Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, donnez-nous La paix ; qu’elle lui avait ordonné de former une association dont les membres porteraient cetle image avec un capuchon blane , symbole de paix et d’innocence, s’obligeraient par serment à conserver la paix entre eux, “et forceraient les autres à l’observer, La lassitude et le mécontentement qu'avaient produits dans tous les esprits les divisions, les guerres intestines, l’anarchie de ce malheureux siècle, donnèrent de la consistance à la secte des capuciés ; ils trouvèrent des approbateurs, et firent des prosélytes dans tous les États, surtout en Bourgogne et dans le Berry. Malheureusement, pour établir la paix ils commencèrent, à ce qu'il parait, par faire la guerre et par vivre aux dépens de ceux qui ne voulaient point se joindre à eux.

D’autres capuciati ou encapuchonnés parurent en Angleterre, vers la fin du quatorzième siècle. C’étaient des hérétiques, disciples de Wiclef, dont ils avaient adopté les principes hostiles au catholicisme romain, et qui refusaient d’ôter leur chaperon devant le saint-sacrement.

CAPUCINE, genre de plantes qui appartiennent à la famille des tropæolacées et à l'octandrie monogynie de Linné, et qui se rapprochent des violettes. Elles sont originaires de PAmérique méridionale, et leur importation en Europe a beaucoup servi à l’ornement de nos jardins. L'aspect de ces végétaux est séduisant pour les yeux ; les fleurs ont une forme singulière et une couleur éclatante ; leurs feuilles sont d’un vert dont le ton est très-agréable, et l’eau ne peut les mouiller; les tiges sont souples et transparentes; tout l'aspect de la plante enfin est gracieux. Si elle trouve un appui pour s’élever, elle monte beaucoup, les tiges, les pétioles des feuilles se contournant autour des tuteurs : aussi elles servent à garnir des treillages, des berceaux, qu’elles canvrent d’un riche tapis de couleur vert tendre et parsemé d'un infinité de fleurs, qui se succèdent durant tout l'été, et qui répandent une odeur très-suave. Ce joli végétal n’est pas une des moindres ressources des Parisiens pour établir sur leurs fenêtres des jardins suspendus. Les fruits sont formés de trois capsules charnues, réunies, et chacune d'elles renferme une semence. Toutes les parties de ces plantes offrent au goût la saveur du cresson de fontaine, ce qui les a fait appeler cresson d'Inde ou du Pérou.

On distingue plusieurs espèces de capucines, dont les principales, ou du moins les plus répandues, sont celles dites grande capucine et pelile capucine.

La grande capucine ( tropæolum majus ) a été apportée du Pérou en Europe en 1684; ses fleurs, qui partent de l'aisselle des feuilles, sont très-grandes comparativement aux autres espèces; leur couleur est d'un jaune orangé ou souci-ponceau ; les pétales supérieurs sont marqués à leur base de lignes noirâtres ; latige, cylindrique, peut s’élever à plus de deux mètres si elle est soutenue; elle est garnie de feuilles alternes ayant des pétioles de plusieurs décimètres de longueur; les feuilles, simples, ombiliquées , ont la forme d’une rondache ; la surface supérieure est lisse, tandis que linférieure, d’une couleur beancoup plus pâle, est quelquefois pubescente.

La petite capucine où capucine naine (tropæolum minus) tut apportée du Pérou en 1680; sa taille est en‘ géneral beaucoup plus petite que celle de la précédente; ses tiges sont plus rameuses et plus tortueuses; ses fleurs sont d'un jaune pâle; ses trois pétales inférieurs sont plus petits que les supérieurs, et ils portent une tache rouge qui est constante, et qui suffit pour la distinguer.

On à obtenu une espèce hybride qui présente les caractères mixtes de la grande et de la petite capucine. Depuis

JD

quelques années, on possède une nouvelle variété, distinguée par des fleurs dont la couleur brune et veloutée est comme un mélange de terre de Sienne et de carnnin. Ces espèces, vivaces dans leur'pays natal, sont annuelles en Europe, et il est facile de les conserver par les graines , qu’on sème au printemps. On cultive une espèce double dans les serres, et qui se reproduit par boutures. On est même parvenu, dit-on, à faire doubler la capucine simple par des engrais.

Les capucines ne sont d’aucun usage en méd?cine. L’élégañice de ce végétal portedes peintres de fleurs à le faire souvent entrer dans leurs compositions. Ses fleurs ser vent à orner les salades et à leur communiquer une odeur agréable, ainsi que le goût du cresson de fontaine; on leur associe aussi les {eurs de la bourrache et quelquefois des siliques, qui imitent si bien les chenilles que les plantes qui les fournissent se nomment chenillettes. Les fleurs en boutons et les jeunes graines confites dans le vinaigre suppléent très-bien les càäpres. D CHARBONNIER.

CAPUCINES. Ce nom a été donné à un ordre de religieuses institué à Naples par Marie-Laurence Longa, d’une noble famille de Catalogne, veuve d’un seigneur napolitain. Elle embrassa d’abord la troisième règle de saint François, avec dix-neuf filles qui se joignirent à elle, et les théatins en furent les premiers directeurs ; mais en 1538 un bref du pape Paul II chargea les capucins de la direction de ces religieuses. Alors, à la persuasion de leur fondatrice , elles renoncèrent à la troisième règle de saint François, qu’elles avaient suivie jusque alors, et embtassèrent celle de sainte Claire, dont l’austérité leur fit donner le nom de filles de la passion; on les appela aussi capucines, parce que leur habit était semblable à celui des capucins.

C’est sous le second de ces noms qu’en 1606 elles furent établies en France par la duchesse de Mercœur, suivant les dernières volontés de sa sœur, Louise de Lorraine, veuve de Henri JIL, et l'autorisation du pape Clément VIII. Après av oir successivement habité une maison rue de la Roquette, au faubourg Saint-Antoine, et une autre que la duchesse leur avait fait bâtir dans la rae Saint-Honoré, vis-à-vis des Capucins, elles se fixèrent dans le monastère construit, par ordre et aux frais de Louis XIV, dans un enclos qui avait 260 mètres de long, depuis la rue Neuve-des-Pelits-Champs jusqu'au boulevard, et dont la largeur, de 90 mètres, joignait la même rue à celle qui prit depuis lenom des Capucines. Le portail de leur église faisait face à la place Vendôme, et, quoique d’un goût médiocre, il avait une certaine apparence, Les capucines étaient au nombre de quarante, et, bien que logées dans le quartier le plus mondain de Paris, élles marchaïent toujours nu-pieds, portaient une couronné d’épines, ne vivaient que d’aumônes, et faisaient maigre toute l'année, même dans les maladies mortelles, Tout était de la plus grande propreté dans leur couvent : les cellules étaient boisées, les cloîtres vitrés, et rien n'avait été négligé de ce qui peut rendre une maison agréable et commode, L'église n'était pas grande, mais somptueuse, surtout les chapelles, qui renfermaient les magnifiques mausolées du ministre Lo u vois, du duc de Créqui, de la marquise de Pompadour et de sa fille Alexandrine, morte à la fleur de l’age. Avant d'être enterrée aux Capucines, celte maîtresse royale y avait pris un appartement, où elle venait souvent passer quelques jours pour s'y distraire des ennuis de la cour.

Après la suppression desordres monastiques, le couvent des Capucines devint l'hôtel des monnaies de la révolution; et il dut cet honneur à son voisinage du ministère des finances, qui était alors dans la rue Neuve-des-Petits-Champs. C’est là que furent établies les presses de ces assignats depuis 10 sous jusqu’à 10,000 francs, de ces mandats et promesses de mandat, de ces bons deux-tiers et trois-quarts, et de tant d’autres papiers-monnaies de toute valeur et detoute couleur, dont la somme monta peut-être à 50 milliards, Après la chute des assignats, l'église servit de théâtre à la fantasma-

Page 1