‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 322 sur 556 · CARACCIOLI — CARACTÈRE · texte numérisé non relu

CARACCIOLI — CARACTÈRE

Jettres rouges, puis, un peu modifié, en lettres vertes, et Dictionnaire pittoresque el sentencieux (3 vol., Paris, 1768 ). CARACCIOLI (Francesco), amiral napolitain distingué, entra très-jeune dans la marine, et fut quelque temps au service de l'Angleterre. En 1793, lors du coup de main des Anglais contre Toulon, il commandait Pescadre napolitaine chargée d'agir de concert avec leur flotte, et dans cette oceurence il fit preuve d'autant d'habileté que de résolution. Chargé en 1798 deramener à Palerme les vaisseaux de guerre napolitains, tandis que le roi s’y faisait conduire par Nelson à bord de vaisseaux anglais, il fut traité de la manière la plus outrageante parles courtisans de ce prince. Justement irrité, Caraccioli s’en revint à Naples, entra au service de la république Parthénopéenne, et repoussa avec un petit nombre de bâtiments seulement une tentative de débarquement faite par la flotte anglo-sicilienne. Quand Ruffo s’empara de Naples, en 1799, Caraccioli fut arrêté en violation flagrante des termes de la capitulation, traduit devant la junte présidée par Speziale, condamné à mort et pendu au grand mât de sa frégate. On jeta ensuite son cadavre à la mer. Sa mort est une honteuse tache à la gloire de Nelson.

CARA-COINLU. Voyez Kara-KoyuNLU,

CARACOL, CARACOLE, CARACOLER. Le premier de ces mots est un terme d’architecture, dont on ne se sert guère que dans le sens d'escalier en caracol, pour dire escalier en limaçon, en hélice, en rond, dont tontes les marches sont cintrées ou gironnées. Cependant Vaugelas l’a employé dans le sens de caracole, terme de guerre ou de manége, et il a dit : « Les Thessaliens, faisant promptement Le caracol, revinrent à la charge », voulant exprimer le demitour que fait chaque cavalier, après avoir frappé l'ennemi, pour passer de la tête de l’escadron à la queue. Mais depuis Vusage a prévalu d'appeler ce mouvement la caracole. Aujourd'hui on entend généralement par ce mot, en termes de manœuvre militaire, le mouvement de tousles cavaliers d’un même escadron évoluant à la fois à droite ou à gauche. La caracole diffère de la conversion en ce que celle-ci se fait par rangs et celle-là par files. En termes d'équitation ou de manége, la caracole est le mouvement en rond ou en demi-rond que l’on fait exécuter à un cheval, en changeant quelquefois de main. « Caracoler, dit M. Baucher, c’est travailler le cheval dans un manége, sans assujettissement de terrain. Il faut, pour faire caracoler un cheval avec précision et sans l’énerver, le tenir bien rassemblé et ne pas abuser de ses moyens en prolongeant trop ce genre d'exercice, » Quant à l’étymologie des mots caracol, caracole et caracoler, on la trouve dans l’espagnol caracol, qui signifie à la fois limaçon et escalier tournant.

CARACOLI ou CAR ACOLY , nom d’un métal ou d’un alliage formé, dit-on, de parties égales d’or, d’argent et de cuivre, dont on fabrique des anneaux, des plaques et des pendants d'oreilles, qui sont très-recherchés des sauvages de l'Amérique. Ce serait, comme on voit, une espèce de fombac ; cependant le père Labat veut que ce soit un métal simple, aigre, grenu et cassant, que l’on mélange seulement avec un peu d’or pour le rendre plus doux et plus traitable. L'ornement le plus commun fait de ce métal, et qui a retenu le même nom, est, dit-il, un croissant qui se porte les pointes en haut, soit aux oreilles, soit au nez, soit à la lèvre inférieure, et qui varie de grandeur selon ces divers emplois. Il y'en a un plus grand, ayant 15 à 20 centimètres d’ouverture, qui se porte sur l’estomac.

CARACOLLE, C’est le nom vulgaire du phaseolus indicus, plante Jlégumineuse exotique du genre Aaricot. Elle areçu son nom de la configuration de sa tige, de ses branches et surtout de sa fleur, beaucoup plus grande que celle des haricots ordinaires, d’une odeur douce et fort agréable, et qui est tournée en spirale comme la coquille du Jimaçon. Elleest vivace, mais elle craint le froid, et ne fleurit guère en France que sur la fin de l'été. Le pistil, après que

la fleur est passée, devient une gousse longue de cinq centimètres, arrondie, et qui renferme des semences taillées en rein.

CARA-CORUM. Voyez Kana-Konoum.

CARACTACUS, roi des Silures, peuplade de la Grande-Bretagne dans la province de Galles, se distingua parmi les adversaires les plus redoutables des conquérants romains. Souvent défait, mais jamais entièrement vaincu, il soutenait depuis neuf ans une lutte opiniâtre, quand le préteur Publius Ostorius vint prendre le commandement des légions romaines. Résolu de terminer la guerre, celui-ci marcha contre Caractacus, qui attendit l'attaque, et se retira dans son camp, protégé par un fleuve et fortifié par des pierres entassées formant un mur élevé. Mais cet obstacle ne put arrêter l’ardeur des assaillants ; ils forcèrent les re- {ranchements des barbares, non sans éprouver de grandes pertes. La victoire fut complète : la femme et les enfants de Caractacus tombèrent entre leurs mains; ses frères se rendirent aussi à discrétion. Le roi parvint cependant à s’échapper et se réfugia auprès de Castismandua, reine des Brigantes; mais, séduite par les promesses d’Ostorius, qui offrit d'augmenter ses États, cette reine livra son hôte aux mains du préteur. Envoyé à Rome, où le bruit de son nom l'avait devancé, Caractacus fit son entrée dans la capitale avec une pompe proportionnée à l’importance de cette capture, que les uns comparaient à la prise de Syphax, d’autres à celle de Persée. Les cohortes prétoriennes, sous les armes, entouraient le monarque breton, qui traversa toute la ville suivi de sa famille et des principaux seigneurs de sa cour. Amené devant Claude, Caractacus conserva toute la fierté de son caractère, et parla en ces termes à l'empereur : « Si dans mes jours de prospérité j'eusse eu autant de modération que de puissance, cette ville m’eût vu entrer dans ses murs, l’ami, non le caplif des Romains; leur empereur n’eût pas dédaigné l'alliance d’un prince né d'illustres aïeux et souverain de plusieurs provinces. Aujourd’hui, la fortune vous élève de toute la hauteur d’où elle me précipite : j'avais des armes, des chevaux, des soldats, des trésors, ne devais-je pas tout faire pour conserver ces biens ? Si votre ambition veut donner des fers à tous, est-ce une raison pour quetous les acceptent ? Aureste, une soumission sans combat n’eût illustré ni mon nom ni votre victoire. Si vous me livrez au supplice, on m'’oubliera bientôt; si vous ine laissez vivre, ma vue rappellera sans cesse votre clémence. » Soit pitié, soit politique, Claude lui pardonna : on détacha ses fers, et Caractacus alla se prosterner aux pieds d’Agrippine; la reconnaissance lui fit rendre l'hommage que la crainte n’avait pu lui imposer. Après avoir été fêté à l'envi par le sénat , le peuple et l’armée , Caractacus, rétabli dans son royaume, garda religieusement les conditions de son alliance avec les Romains. 11 mourut l'an 54 de J.-C., deux ans après son retour dans ses Éfats.

CARACTERE (Zexicographie). Au sein de l'innombrable multiplicité des sujets d'observation directe ou indirecte, il n’eût point été permis à l'esprit humain de distinguer les objets d'étude et de les embrasser tous dans la pensée, s’il n’eût remarqué de bonne heure , parmi les impressions venues de l'extérieur ou des sensations externes, celles ui sont les plus vives, les plus fortes et les plus constantes. Par suite d’une réaction naturelle, l’entendement humain transforme ces impressions notables et constantes en moyens susceptibles de le guider sûrement dans le labyrinthe des faits qui constituent le domaine de toutes les connaissances humaines. Ces moyens, résultant de la réaction de l'esprit sur ces impressions les plus remarquables, sont les empreintes, les sceaux ou cachets qu’it grave sur les objets dont il veut fixer et transmettre la connaissance. A cause de cette sorte de gravure fictive, à cause de cette empreinte métaphysique assignée aux faits connus , les marques distinctives qui en résultent pour servir à les reconnaître ont reçu

le nom de caractères ( du latin character, dérivée du grec Xobaxrap, dont le radical est le verbe yapesocw , je grave).

Cette caractérisation de tous les objets d'étude et d’enseignement existe d’abord intra mentem, c'est-à-dire avant sa manifestation par la parole ou par l'écriture. Le besoin de l’'énoncer ou de lexprimer a nécessité la création des signes verbaux ôu du langage parlé; le progrès de la civilisation a dù remédier à l'insuffisance de la tradition orale; enfin, du style, des tablettes et des divers tissus dont on se servait pour fixer les caractères de l'écriture oulettres, on estarrivé à l'emploi du papier, des plumes et des caractères de l'imprimerie, pour transmettre et propager rapidement les signes des idées.

En langage usuel, familier, poétique ou littéraire, le mot caractère est employé dans une foule d’acceptions. Il s’entend alors de tout signe conventionnel tracé pour exprimer quelque idée. Ainsi les chiffres, les signes de notation algébrique, lés notes musicales, les abréviations, ete., sont rendus au moyen de caractères spéciaux. Ce mot s’est dit aussi de lignes magiques , de lettres ou figures auxquelles le peuple attribue une certaine vertu en conséquence d’un prétendu pacte fait avec le diable ( voyez MAGIE ).

Caractère se dit aussi de certaines qualités apparentes qui attirent du respect et de la vénération à ceux qui en sont revêtus. Isignifie alors Zitre, dignité : caractère d’un monarque, d’un ambassadeur, d’un chef quelconque, etc. ; ou bien mission, autorité : Cef homme n’a point de caractére, il parle sans caractère, il n’est revétu d'aucun caractère.

On pourrait ajouter au mot caractère, signifiant penchant chez l’homme, toutes les épithètes des facultés morales, intellectuelles et affectives, admises par les philosophes et les phrénologistes, lorsqu'une de ces facultés prédomine plus ou moins sur toutes les autres. Dans le langage habituel de la conversation et dans le style littéraire, ce nom s'associe à ceux de toutes les qualités qui distinguent les personnes. Dans toutes les nuances dés caractères, c’est à l’aide de l'expression de la physionomie, considérée dans ses rapports avec les actes, qu’on juge et qu’on apprécie la disposition habituelle de l'âme. L. LAURENT.

CARACTERE (Théologie ). C'est, dit l'abbé Bergier, cette marque spirituelle et ineffaçable que Dieu imprime dans l’âme d’un chrétien par quelques-uns de ses sacrements. Il n’y en a que trois quiaient ce pouvoir : lebaptéme, la confirmation et l'ordre : aussi neles réitèret-on jamais, même aux hérétiques, pourvu qu’en les administrant, on n'ait manqué à rien d’essentiel dans la matière ni dans la forme. La réalité de ce caractère est prouvée par des passages de saînt Paul, dont le sens est à la vérité contesté par les hérétiques et même par quelques théologiens catholiques. Un savant anglican, Bringham, soutient qu’il n’est question du caractère dans aucun des anciens conciles. 11 est toutefois obligé de convenir que plusieurs Pères de l'Église ont appelé le baptème le sceau, le signe, lamarque, le caractère de Jésus-Christ; mais, dit-il, ils n’en ont rien conclu, sinon qu'il ne faut pas réitérer ce sacrement, Lorsque les anciens conciles , ajoute-t-il, ont excommunié ou dégradé un prêtre, ils l’ont privé du sacerdoce et de tout pouvoir sacerdotal; ils ont déclaré qu'il n'était plus prêtre ; ils l’ont rejeté mème de la communion laïque. Que reste-t-il donc à ce prêtre dégradé en vertu de son ordination passée? L'abbé Bergier répond qu’il lui reste le pouvoir radical de l'ordre, et non celui d’en faire les fonctions. Cela est si vrai, dit-il, que si ce prêtre parvient à se faire absoudre et réintégrer, on ne l’ordonnera pas de nouveau ; il récommencera d’exercer validement et licitement les fonctions du sacerdoce. 11 n’est pas de l'intérêt d’un anglican de soutenir le contraire, puisqu'il s’ensuivrait que les évêques et les prêtres d'Angleterre, excommuniés comme hérétiques par l’Église romaine, ont perdu dès ce moment leur c@rac-

CARACTÈRE

tère et tous leurs pouvoirs ; conséquemment qu'ils n'ont pu donner aucune ordination valide; et que le clergé de l’église anglicane enfin n’est composé que de purs laïques, comme les catholiques le prétendent en effet,

Les protestants nient également l'existence du caractère sacramentel ; ils disent qu’il a été imaginé par Innocent III. Mais saint Augustin, qui a écrit contre les donatistes, lesquels réitéraient, comme on sait, le baptême et l’ordination, vivait huit cents ans avant ce pape, et a soutenu que ces sacrements impriment un caractère incffaçable. On peut donc affirmer avec lui, avec Fléchier, avec les autorités les plus imposantes et les plus saintes, que le caractère du prêtre est un caractère indélébile. En perdant eux-mêmes, dit l’orateur que nous venons de citer, le respect qu'ils doivent à la sainteté de leur caractère, les prêtres sont les premiers coupables du mépris qu’on a pour eux. Quant à la nature de ce caractère, les théologiens ne sont pas d’accord pour l'expliquer. 11 paraît certain toutefois que ce mot, qui signifie au propre sceau, gravure, marque, signe, ne peut être appliqué à notre âme que par métaphore. C’est dans ce sens que l’on dit aussi que Dieu a empreint sur le front de l’homme un caractère, une image de la Divinité, et que la majesté des rois leur donne un caractère qui leur attire le respect des peuples. E. HÉREAU.

CARACTERE (Morale). C'est l'empreinte typique des dispositions internes d’un individu, de ses penchants naturels, de ses sentiments, du mode vif ou lent, doux ou sévère, aimant ou haineux, de sa sensibilité. C'est encore le portrait de ses mœurs, de ses habitudes dans la vie, et la manière dont il agit envers ses semblables. Ainsi Théophraste soccupait dans ses vieux jours à peindre les caractères moraux des Athéniens de son temps. Labruyère a tracé des esquisses parfaites au dix-septième siècle, que n’ont point éclipsées les observations piquantes de Duclos, ou profondes de Vauvenargues au dix-huitième, La comédie, la satire, s’emparent des caractères moraux les plus frappants, soit par leurs vices, soit par leurs ridicules.

De nos jours, les recherches savantes faites sur le jeu de notre organisation, principalement sur l’appareil nerveux, ont donné lieu à Gall et à ses sectateurs d’attribuer la plupart des caractères moraux aux dispositions mêmes de l'organisme du cerveau. C’est ainsi que la cruauté, le penchant au vol, lesprit religieux ou théosophique, la vocation aux sciences, à la poésie, etc., ont été considérés comme le résultat du déploiement plus ou moins prononcé de certaines portions de la masse cérébrale. Dès lors, l’homme n’est plus qu’une sorte de machine, dont certains ressorts font mouvoir les parties. Le concert de nos actions ne dépendrait plus ainsi de nos volontés, mais d’une sorte de nécessité mécanique ou plutôt organique. Sans contredit, on ne peut pas séparer nos caractères innés ou nos prédispositions originelles de notre constitution individuelle, de notre tempérament. 11 ne dépend point d’une complexion molle et lymphatique, imbibée de sucs abondants, avec un tissu spongieux, comme le Hollandais nourri de laitage et de bierre, d’avoir le feu, la vivacité ardente d’un Italien, bruni, desséché au soleil de Naples ou de la Toscane, excité par l'harmonie et les arts, sous un ciel embaumé. Mais il peut dépendre de l’un comme de l’autre d’équilibrer ses mœurs, de régulariser son caractère par l'éducation, ou par un travail assidu sur soi-même.

Le caractère désigne surtout la forme propre que nous mettons dans nos actions, bonnes ou mauvaises; il n’appartient qu'à l’homme. Le naturel se trouve dans les animaux comme chez l’homme, Il consiste dans les qualités particulières à chaque individu, comme d’être gai ou triste, hardi ou timide, sévère ou facile. L'étude de la complexion, expression de la physionomie, peuvent indiquer ces propensions originelles, ou déceler le naturel : il est

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ipné, car il tient à notre organisme. C’est sans détruire son ‘erme qu'on s'efforce de le déguiser.

Naturam expellas furca, tamen usque recurret,

L'homme naturel, comme l'enfant et comme le sauvage, accorde beaucoup à ses sens et à ses affections; l’homme de caractère agit principalement par l’âme. Le premier cède au corps, le second lui commande. Le naturel est la physionomie du cœur, le caractère est le cachet de la volonté, Un homme qui se laisse mollement entraîner à tout, qui, tournant au moindre vent, manque d’une résolution constante et ferme, n’a point de caractère, bien qu’il puisse montrer du naturel. Celui qui, persévérant dans ses desseins et dans sa conduite, conserve partout une décision arrêtée, un type indélébile, a du caractère et quelquefois peu de naturel. Le corps dispose l'âme dans le naturel, mais l’âme dispose le corps relativement à elle dans un homme de caractère. Comme un métal dense contient plus de matière qu’un autre sous un même volume, ainsi un caractère pèse plus qu'un autre dans la balance sociale, Les plantes à fibres sèches ont plus de saveur et de propriétés que les herbes gonflées d'un suc fade et aqueux. Ainsi l’on rencontre plus de caractères originaux et de physionomies marquées dans les régions chaudes et arides que sous des cieux humides et froids. Tout ce qui augmente la densité, la dureté, la raideur des fibres, semble imprimer aussi de la solidité et une trempe vigoureuse au caractère. Toujours résolu, décidé, l’homme qui en est doué ne prend jamais de demi-mesures ; il veut avec force, et il sacrifie tout pour atteindre son but. Constant, inébranlable, ni la vie, ni la mort, ni le plaisir, ni la douleur, ni la violence, ne le domptent. Sa bonté ou sa méchanceté ne sont pas médiocres. L'homme sans caractère, rompu dans l’art de n'être jamais lui-même, se ménage avec tout le monde, et s’accommode à tous les intérêts. Souple, prenant mille formes comme Protée, courtisan , n'étant rien par lui seul, il n’a ni consistance ni volonté. Avec du caractère, on peut souvent déplaire et conserver l'estime d'autrui; sans caractère, on peut complaire sans être estimé. Il ne faut pas tant d’esprit pour qui veut avoir beaucoup de cœur, et l’un ne s’augmente peut-être qu'aux dépens de l’autre. L'esprit est plus brillant dans le monde, mais le caractère perce et prend de l’ascendant dans les grandes affaires. On remarque assez généralement que les hommes d’un caractère solide et élevé soutiennent longtemps la vie, même au milieu des traverses, parce que la vigueur de leur courage résisteaux maux qui accableraient de plus faibles esprits. La même fermeté d’âme les rend aussi moins susceptibles de maladies.

En retranchant par les extrêmes les défauts et les excès de l’âme, on la ramène en son centre, qui est le milieu de la vertu. Elle acquiert alors plus de solidité, ou de densité, comme dit Bacon, par cette modération qui, telle qu’un froid salubre, empêche nos facultés de s’évaporer dans les passions et les voluptés. Le caractère ainsi concentré ressemble au métal battu et écroui, qui conserve plus de force et de ressort que les naturels mous, diffluents. Ceux-ci dissipent leurs forces , sont vides ou creux à l’intérieur : abstine et sustine sont comme les deux contre-poids égaux qui fixent

en équilibre le balancier de notre vie morale, Dans le mouvement général de l'existence, les organes dont les fonctions dominent le plus déterminent les mœurs et les propensions naturelles de chaque tempérament. Si la complexion reconnue d’un individu nous fait sur-le-champ apercevoir quel est le fond de son caractère et de ses mœurs, pareillement les mœurs décèlent la complexion et la nature des organes les plus intérieurs des individus qu’on ne peut examiner, 1 y a en nous des organes ou des facultés qui dominent; il Y en à d’autres qu sont assujettis, soit dès la naissance, Soil par acquisition et par le genre de vie, soit par la révoiulion naturelle des âges, soit enfin par la qualité des nour-

ritures, des climats ou des ékments qui nous environnent, De plus, les diverses parties du corps ne se développent pas également; il en est qui obtiennent de l’ascendant. Par exemple, différents degrés d'activité des fonctions dérangent encore la parfaite symétrie du corps. Ainsi, l'homme de peine, fatiguant beaucoup ses muscles, sera plus porté à juger de tout par la force physique. Chez le poëte, le philosophe, l’activité du système cérébral est dominante, Nulle partie n'obtient une supériorité marquée qu'aux dépens des autres fonctions. Quelques hommes ont, dit-on, une mauvaise tête, ou le cerveau mal organisé, et un bon cœur, ou les sentiments internes dans une parfaite harmonie, Tous ces états physiques retentissent dans notre constitution morale, ou affectent nécessairement les caractères.

Bien que l'étude, Pexercice, l'empire de l'éducation, contribuent à développer les plus généreuses qualités, il faut bien que la nature en ait déposé le germe, car la seule éducation ne pourrait les donner, On voit même la plupart des grands caractères fructifier d'eux seuls, comme ces arbres vigoureux et pleins de sève, qui n’attendent pas pour fleurir la laborieuse culture du jardinier. Nous persistons pourtant à croire que si l’on excilait dès l'enfance notre caractère moral, si l’on inspirait des sentiments plus élevés, plus nobles à la plupart des hommes bien nés, s'ils étaient nourris, comme on l’a dit d'Achille, de moelle de lion, nous verrions percer des caractères bien plus audacieux que ceux qu’on a remarqués dans nos temps modernes. La nature a déposé dans nos cœurs un instinct de grandeur et d'énergie; elle nous dicte fout ce que nous sommes capables d’exécuter -par nousmêmes soit que la fortune nous seconde, soit qu’elle se déclare contre nous.

Mais de même qu'une multitude de vibrations discordantes ou qui se contrarient produisent un bruit déplaisant , tandis qu'un son harmonique résulte d'un concours de wibrations égales et à l’unisson, de même un caractère méchant est souvent produit par la discordance du système nerveux intérieur, et le bon naturel par sa concorda’ce uniforme. Les diverses cordes de la lyre du cœur humain doivent être tendues à l’unisson pour rendre des accords mélodieux, et nous voyons même la cacophonie aigrir, irriter les passions ; par ce procédé même on a mis des hommes et jusqu’à des chiens en fureur. Ainsi, une femme qu'on émeut est un instrument qui résonne suivant l’accord ou le désaccord de sa sensibilité. Et pour preuve, ne voit-on pas le caractère moral s’altérer dans plusieurs lé: sions organiques ? Ainsi, les affections du foie rendent particulièrement chagrin ; bargneux, susceptible de colère sans objet; celles de la rate disposent aux vapeurs hypocondriaques; un squirrhe à l’estomac est inséparable de passions tristes. Autant les mauvaises habitudes de lâme engendrent une disposition vicieuse dans l'organisme, autant cette disposition vicieuse physique réagit à son tour sur notre moral. 11 est des boissons et des aliments qui épanouissent les entrailles, et contribuent à nos vertus comme à nos vices; il est des médicaments qui purgent l'humeur bilieuse et diminuent notre propension à la colère. Que le moral dispose autrement le cœur et les entrailles, tant dans le bon que dans le mauvais caractère, on peut s’en convaincre par l'expérience, puisque la scélératesse naît quelquefois d’un malaise habituel, qui aigrit l'humeur, tandis que la bonne conscience procure un contentement intérieur. Il est certain, par l'exemple de plusieurs criminels, que le désordre des facultés rend maladif, soit que les orages de l’âme produisent une disgrégation dans les puissances nerveuses, soit que le physique devienne la première source de déran gement dans le caractère moral.

Lorsque le concours harmonique de notre sensibilité est troublé par cet état pathologique ou par l’agacement du moral, celui-ci peut être involontairement poussé à des actes furibonds. Aussi , les passions violentes ressemblent-elles à des

affections spasmodiques et à la manie. Caligula, Cambyse, durent leur férocité inconcevable à des spasmes épileptiques, qui les jetaient hors du droit sens. Ainsi, chez plusieurs individus nerveux il s'opère une rétroversion de sensibilité qui égare leurs volontés et leurs désirs. Néron, Tibère étaient obsédés chaque nuit, obligés de sortir du lit en vaguant dans les solitudes de leurs palais, attendant le jour dans des anxiétés d'esprit insupportables.

La médecine reconnaît dans ces circonstances un éfat de spasme, de constriction nerveuse, d'angoisse désespérante, comme dans un haut degré d'hypocondrie atrabilaire. Une telle dépravation peut produire des penchants à l'assassinat, au suicide, au brigandage, et nous voyons également chez les bôtes féroces la bile aiguiser leur ardeur pour le carnage, tandis que les herbivores, presque sans fiel , tels que la colombe, le cerf, le cheval, etc., montrent un naturel doux et paisible.

On peut donc dire que les caractères de scélératesse ne sont pas toujours tels de leur plein gré, bien que l’éducation et les soins puissent les porter à la pratique des vertus. Mais il existe une sorte de manie, disposition pathologique des entrailles, qui, retentissant au cerveau, pousse les individus à cette exaspération criminelle, Un traitement médical seul pourrait les sauver de cet abime de maux, et leur faire éviter l’'échafaud, Ainsi, la saïgnée, les bains, les boissons délayantes, les nourritures végétales adoucissantes, les occupations tranquillisantes, sont les moyens usités, dans le régime pénitentiaire des Etats d'Amérique, pour calmer singulièrement les caractères féroces et contribuer, avec diverses exhortations morales et religieuses, à ramener dans une meilleure voie les hommes égarés,.

Onne comprend guère pourquoi ces individus se portent à des actes exécrables, sans raison, sans nécessité, sans but. Comme il n’y a rien de si abominable que de tels hommes ne soient capables d'entreprendre, pareillement il n’est rien de si sublime et de si héroïque qu’ils n’eussent pu exécuter (car ils ne redoutent point la mort), si quelque disposition plus naturelle les eût dirigés dans une bonne voie. Ces âmes excentriques apportent autant d’excès dans le bien que dans le mal, tandis que les caractères sages et tempérés demeurent souvent dans le milieu de la médiocrité. Une âme impétueuse ne peut pas toujours régler ses mouvements ni s'élancer d’un bond si exalté sans s’exposer à une chute proportionnée. Ainsi, plusieurs grands scélérats sont de même trempe que les grands hommes.

Personne n’ignore que Robespierre avait un caractère d'une apparente modération, mais que trahissait un amourpropre effréné et implacable. On sait que presque toutes les nuits, agité par les fureurs d’une ambition concentrée, son lit était taché du sang qui lui sortait des narines, après avoir été ainsi accumulé au cerveau dans ses élucubrations. Il était d’ailleurs sobre et peu porté à l'amour, Sa physionomie de chat, ses lèvres serrées, ses petits yeux, lui imprimaient quelques traits de Tibère, sans en marquer la profondeur, La figure comme le caractère de Danton lui donnait plutôt l’apparence d’une brutalité féroce et grossière que d’un naturel atroce, et Saint-Just, dont la physionomie était si douce, ne commettait des cruautés que par système politique. D’autres hommes, au contraire, ont aimé le sang par caractère : tels sont surtout les envieux et les timides. Dans les révolutions l’homme timide armé de la puissance est d'autant plus redoutable qu’il ne se croit en sûreté que par l’extermination de quiconque lui fait peur (cuncta ferit dum cuncta time), ou de tous ceux qu'il croit suspects, par cela même qu'il les trouve supérieurs en valeur et en mérite à lui-même, La physionomie de Fouquier-Tinville reflète l’image de l’atrocité du caractère, On n’a peut-être pas remarqué dans la figure de Marat la singulière distorsion des mâchoires vers la droite,

provenant sans doute d’un développement inégal, ce qui ajou

CARACTÈRE

fait à sa laideur naturelle, et ce qui faisait présumer une mauvaise conformation des os à la base du cerveau. Il pouvait en résulter des compressions, une gêne, capables d’influer sur le caractère. En effet, Marat, grêle et de petite stature, était doué d’une complexion si irritable, qu’il avait toujours le pouls fébrile et une rumeur massacrante. achetaït des animaux vivants pour faire sur eux des expériences, et assistait chez les bonchers à la mort des animaux pour suivre, disait-il, ses recherches de physiologie et de médecine.

Au contraire, il est des caractères si doux qu’ils ne peuvent supporter l'aspect de la souffrance dans les animaux. Cette douceur est naturelle à la jeunesse inexpérimentée, à l'enfance encore naïve et innocente, lors même qu’elle commet des actes répréhensibles par ignorance : heureuse preuve que le cœur humain est originairement bon. Ce n’est que la triste expérience du monde qui peut le désabuser, et encore est-il de ces âmes généreuses qui ne sauraient jamais se défaire de ces sentiments de confiance et de bonté, quoiqu’elles en aïent été bien des fois les victimes. Combien d’honnètes gens, au milieu d’une société de fripons , ont été pris pour niais ou pour dupes! L’excès de la civilisation est l’un des plus grands correctifs de cette simplicité de caractère. Aussi cette dernière ne se trouve-t-elle plus guère que chez les peuples peu cultivés, rustiques, ou dans des lieux isolés, loin du commerce des sociétés raffinées. La politesse, ou plutôt la politique, apprend à se défier des hommes, et la multiplicité de leurs intérêts, qui se froissent, aigrit leur méchanceté sous une apparente douceur.

On à remarqué de plus que les habitants des régions du nord, au teint blanc, vivant avec simplicité de Jaitage et de végétaux, tels que sont les grands corps blonds et flegmatiques des forêts de la Germanie, étaient et sont encore maintenant, d'ordinaire, candides et simples ; qu’ils avaient et qu’ils ont de la naïveté, un naturel plein de franchise (les Franks, peuples ingénus, en sont sortis). Les peuples bruns ou plus noirs des régions méridionales sont bien autrement rusés : ils ont un caractère malicieux, trompeur. Les Romains accusaient les Carthaginoiïs de duplicité et de fraude; les Grecs se plaignaïent de la mauvaise foi (punique) des Phéniciens; à leur tour, les Gaulois, les Germains, méprisaient la finesse des Latins, des Grecs, des Italiens. Or, les Phéniciens, les Numides et autres Africains sont plus noirs que les peuples du midi de l’Europe, et ceux-ci ont souvent abusé de la simplicité des hommes candides du nord. Chez les Romains, les prétendants aux magistratures populaires se présentaient vêtus de blane, en signe de pureté et d’innocence, d'où est venu le terme de candidat, qui est resté parmi nous, bien que la plupart des solliciteurs ne soient rien moins quecandide s. En général, les substances végétales blanches, comme les fécules, les farineux, le sucre etles gommes, cte., sont pareïllement innocentes, douces, et rendent les tempéraments fades. J.-J. VIREY.

CARACTERE (Art dramatique). Le caractère dans les personnages qu'un poête dramatique introduit sur la scène est l’inclination ou la passion dominante qui éclate dans toutes les démarches, dans tous les discours de ces personnages , et qui est le principe, le mobile de toutes leurs actions : par exemple, l'ambition dans César, la jalousie dans Hermione, la probité dans Burrbus, l’avarice dans Harpagon , l'hypocrisie dans Tartufe, etc.

Les caractères, en général, sont les inclinations des hommes considérés par rapport à leurs passions. Mais comme parmi ces passions il en est qui sont, en quelque sorte, attachées à l'humanité, et d'autres qui varient selon les temps et les lieux, ou selon les usages propres à chaque nation, il faut aussi distinguer des caractères généraux et des caractères particuliers.

Dans tous les siècles et dans toutes les nations, on trou-

CARACTÈRE

vera des princes ambitieux qui préféreront la gloire à l’amour, des monarques à qui l'amour fera négliger le soin de leur gloire, des héroïnes distinguées par la grandeur d'âme, telles que Cornélie, Andromaque ; des femmes dominées par la cruauté et la vengeance, comme Athalie et Cléopätre ; des ministres fidèles et vertueux et de lâches flatteurs; de même que, dans la vie commune, qui est l’objet de la comédie, on rencontre partout eten tout temps des jeunes gens étourdis et libertins, des valets fourbes et menteurs, des vieillards avares et fâcheux, des riches insolents et superbes. Voilà ce qu’on appelle caractères généraux.

Mais parce qu’en conséquence des usages établis dans la société ces caractères ne se produisent pas sous les mêmes formes dans tous les pays, et qu’une passion qui est la même en soi varie d’un siècle à l’autre, n’agit pas aujourd'hui comme elle faisait il y a deux ou trois mille ans, chez les Grecs et chez les Romains, et que dans un même siècle elle n’agit pas à Londres comme à Rome, ni à Paris comme a Madrid , il en résulte des caractères particuliers, communs toutefois à chaque nation.

Enfin, parce que dans une même nation les usages varient encore, non-seulement de la ville à la cour, d’une ville À ane autre ville ; mais même d’une société à une autre s0ciéte, d’un nomme à un autre homme, il en résulte une troisième espèce de caractère , auquel on donne proprement ce nom, et qui, dominant dans une pièce de théâtre, en fait ce que nous appelons une pièce de caractère, genre dont Riccoboni attribue l'invention aux Français : tels sont Le Misanthrope, Le Joueur, Le Glorieux, etc.

Il faut de plus observer qu’il y a certains ridicules attachés à un climat, à un temps , qui dans d’autres climats et dans d’autres temps ne formeraient plus un caractère : tels sont Les Précieuses ridicules et Les Femmes savantes , de Molière , qui n’ont plus en France le même sel que dans leur nouveauté, et qui n'auraient aucun succès dans, un pays où les singularités que frondent ces pièces n’ont jamais dominé.

Le-caractère dans ce dernier sens n’est donc autre chose qu'une passion dominante, qui occupe tout à la fois le cœur et l'esprit, comme l'ambition, l'amour, la vengeance, dans le tragique; l’avarice , la vanité, la jalousie, la passion du jeu , dans le comique. On peut encore distinguer les caractères simples et dominants, tels que ceux que nous venons de nommer, d'avec les caractères accessoires, qui leur sont comme subordonnés. Ainsi, l'ambition est soupçonneuse, inquiète, inconstante dans ses attachements, qu’elle noue ou rompt selon ses vues ; l'amour est vif, impétueux, jaloux, quelquefois cruel; la vengeance a pour compagnes la perfidie, la duplicité, la colère et la cruauté; de même la défiance et la lésinerie accompagnent ordinairement l’avarice ; la passion du jeu entraine après elle la prodigalité dans la bonne fortune, l'humeur et la brusquerie dans les revers ; la jalousiene marche guère sans la colère, impatience, les outrages, et la vanité est fondée sur le mensonge, le dédain et la fatuité. Si le caractère simple et principal est suffisant pour conduire l'intrigue et remplir l’action, il n’est pas besoin de recourir aux caractères accessoires ; mais si ces derniers sont naturellement liés au caractère principal, on ne saurait les en détacher sans l’altérer.

Riccoboni, dans ses Observations sur la Comédie, prétend que la manière de bien traiter le caractère, c’est de ne lui en opposer aucun autre qui soit capable de partager l’intérêt et l’attention du spectateur. Mais rien n’empêche qu’on ne fasse contraster les caractères, et c’est ce qu’observent les bons auteurs. Par exemple, dans Britannicus, la probité de Burrhus est en opposition avec la scélératesse de Narcisse, et la crédule confiance de Britannicus avec la dissimulation de Néron.

Le même auteur observe qu’on peut distinguer les pièces de caractère des comédies de caractère mixte, et par ces

BICT. DE LA CONVERS. == T, IVe

dernières il entend celles où le poëte, se servant d'un caractère principal , lui associe d’autres caractères subailernes. C'est ainsi qu’à celui du Misanthrope, qui fait le caractere dominant de sa fable, Molière ajoute ceux d’Araminte et de Célimène, l’une coquette et l’autre médisante, et ceux des petits-maitres, qui ne servent tous qu’à mettre plus en évidence le caractère du Misanthrope. Le poëte peut joindre encore ensemble plusieurs caractères, soit principaux, soit accessoires, sans donner à aucun d’eux assez de force pour qu’il domine les autres : telles sont l’École des Maris, l'École des Femmes, et quelques autres comédies de Molière.

C’est une question de savoir si l’on peut et si l’on doit dans le comique charger les caractères pour les rendre plus ridicules. D’un côté, ilest certain qu’un auteur ne doit jamais s’écarter de la nature, ni la faire grimacer; d’un autre côté, il n’est pas moins évident que dans une comédie on doit peindre le ridicule, et même fortement. Or, il semble qu’on ne saurait mieux y réussir qu’en rassemblant le plus grand nombre de traits propres à le mettre en relief, et qu’il est permis par conséquent de charger les caraetères. Il y a en ce genre deux extrémités à fuir, et Molière a saisi mieux que personne le point de perfection quitient le milieu entre elles : ses caractères ne sont ni aussi simples que ceux des anciens ni aussi chargés que ceux de ses successeurs. La simplicité des premiers, qui n’est point un défaut en soi, n’aurait cependant pas été du goût du siècle de Molière; mais l'affectation des modernes, qui va jusqu’à choquer la vraisemblance, est encore plus vicieuse. Qu’on caractérise les passions fortement , à la bonne heure; mais il n’est jamais permis de les outrer.

Enfin, une qualité essentielle au caractère, c’est qu'il se soutienne ; etle poëte est d’autant plus obligé d’observer cette règle, que dans le tragique ses caractères sont pour ainsi dire tous fournis par la fable ou par l’histoire. C’est pourquoi Horace dit :

Aut famam sequere, aut sibi convenientia finge,

Dans le comique , il est maître de sa fable, et il doit y dé-

poser tout de manière que rien ne s’y démente, et que le spectateur ytrouve, à la fin comme au premier acte, les personnages introduits guidés par les mêmes vues, agissant selon les mêmes principes , sensibles aux mêmes intérêts, en un mot les mêmes qu’ils ont paru d’abord. C’est encore le précepte d'Horace :

Servetur ad imum Qualis ab incepto processerit et sibi coustet.

DipEroT.

CARACTÈRE (Beaux-Arts). Après s'être étudié à retrouver sur la physionomie de chaque homme des signes distinctifs indiquant son caractère particulier, on est arrivé à se servir du même mot pour désigner dans les arts l'expression de douceur ou de fierté, de candeur ou de fourberie, que l'artiste cherche à imprimer à ses figures; puis on a été jusqu’à dire qu’un tableau, un portrait, une statue, manquaient de caractère, pour faire sentir que l'artiste n'avait pas exprimé ce qui devait faire reconnaître le sujet ou l'individu dont il donnait la représentation. Avant de se mettre au travail, il faut donc qu’un peintre étudie à fond le caractère moral de son modèle, afin de le bien reproduire dans son portrait. S’il fait un tableau, il doit avoir soin de retracer sur chacune des figures de sa composition le caractère distinctif qui lui est propre, en y joignant l’expression convenable à l’action dans laquelle elle se trouve Siacée. Ainsi, ayant à représenter un prince dans une bataille, ou ordonnant la punition d’un malfaiteur, ou accordant la délivrance de prisonniers, il donnera à son héros un caractère de noblesse et de bonté; mais dans la première sa physionomie aura de plus une expression d’ardeur guerrière qui ne laissera aucun doute sur le succès de la victoire. Dans

la seconde elle sera empreinte d’un profond ressentiment sans dureté. Dans la troisième, enfin, elle aura une expression de douceur et de générosité qui déterminera une mveexplosion dereconnaissance de la part des graciés, et répandra une douce joie dans l'âme du spectateur. Mais ces différents personnages ayant chacun leur caractère,sleur expression se modifiera en raison de l’âge, du sexe ou des habitudes qu’aura fait contracter à chacun son éducation ou son état. Le talent du peintre se fera donc d’autant plus remarquer qu’il aura su mieux faire sentir l'influence des caractères différents combinés avec la même expression. Un artiste doit encore avoir soin, dans ses compositions , de conserver à chacun le caractère qui lui est propre. Ainsi, il faut qu’un pasteur, un juge, un guerrier, se distinguent par un air vénérable, intègre ou fougueux , qui les fasse reconnaître. Il faut aussi que des caractères distincts nous apprennent si la scène représentée est tirée de l'Histoire Sainte, de quelques pays de l'Europe moderne , ou des contrées du Nouveau-Monde.

Ce que l’on vient de dire pour les compositions historiques se trouvera encore dans les sujets mythologiques, car les anciens ayant donné à leurs dieux des caractères particuliers, il est facile de concevoir que Jupiter et Bacchus, Apollon et Mars, auront des caractères distincts. Mais ce ne sera plus seulement dans la physionomie qu’on retrouvera les traits caractéristiques de chacun d’eux; leur corps entier offrira des caractères différents. Ainsi , dans la figure d’Hercule les muscles seront très-sentis et indiqueront une grande force, tandis que dans celle de Bacchus toutes les formes seront adoucies et auront un certain embonpoint qui, rendu excessif, deviendra le caractère particulier de Silène. La figure d’Apollon sera svelte, et la jeunesse s’y retrouvera dans toutes ses formes. La figure de l’Amour sera encore plus jeune et plus gracieuse. Les figures de déesse n’ont pas de caractères aussi prononcés , et il serait même impossible de spécifier avec précision les différences qui doivent les distinguer; cependant il est facile de sentir que Vénus doit avoir plus de grâce et Diane plus de vigueur.

Il est encore un point que l’on peut, en quelque sorte, considérer comme caractéristique, c’est le costume, ou du moins la manière dont on a coutume de représenter les dieux et les déesses. Ainsi, Minerve a toujours un ample vêtement qui lui enveloppe entièrement le corps, et laisse seulement à découvert le visage, le cou et les bras. Diane est aussi vêtue, mais plus légèrement : elle a les jambes et la tête nues, ainsi que les épaules et une partie de la poitrine; sa tunique est courte, afin de ne point s’embarrasser dans les forêts qu’elle parcourt habituellement. Vénus, au contraire, ne porte aucun vêtement, ou du moins, si elle a quelque voile, il est si 1éger, que l’on sent qu’il peut facilement disparaître. Nous n’avons pas parlé du casque et de la lance de Minerve, de l'arc et des flèches de Diane, parce «ue ce ne sont que des a{tributs et non des caractères. Quelquefois des difformités, des signes particuliers , deviennent caractéristiques : c’est ainsi qu'Ésope, Socrate et d’autres personnages célèbres de l'antiquité ont un caracfère particulier, qu’il ne serait pas permis d’oublier en retraçant leur image. Ce n’est pas seulement dans les hommes qu'on doit différencier les caractères, les animaux aussi offrent des nuances de même nature. En représentant des chevaux, le peintre aura soin de rappeler les traits distinctifs de chaque variété, afin qu’on reconnaisse s’il a représenté des animaux de race arabe, normande, anglaise ou russe, S'il veut placer dans ses tableaux des groupes de bétail ou des troupeaux de moutons, il faudra que ces animaux aient des physionomies différentes, car si nous ne sommes pas d’abord frappés de la dissemblance qui existe parmi ces individus, nous devons cependant nous rappeler que le berger qui a su les étudier distingue parmi eux celui qui est malin ou débonnaire. Des caractères particuliers se font aussi remarquer dans les diverses situations des animaux,

CARACTÈRE

etils doivent être saisis avec précision par l'artiste qui veut les peindre libres ou asservis, domestiques ou sauvages. C’est donc une qualité essentielle chez un artiste d’imprimer à son œuvre le caractère que dans la nature ou dans sa pensée revêtent les objets qu’il représente.

7 DUCHESNE aîné,

CARACTÈRE (Sciences naturelles). On entend par ce mot, pris dans toute sa généralité, certaine marque ou propriété essentielle qui distingue un être de tout autre. Dans les sciences réunies sous le nom d’histoire naturelle des corps organisés (botanique et zoologie), l'esprit humain, procédant rationnellement de l’idée d’individu naturel à celles d'espèce, de genre, de famille, d’ordre, de classe et de règne, n'aurait pu conslituer et coordonner tous ces groupes de plus en plus grands, s’il n’eût acquis par l’expérience et par la méditation la connaissance de plus en plus approfondie des parties , dont l'existence, dont l’analogie et les différences devaient lui fournir des caractères de valeurs variables. Or, la connaissance exacte de ces-parties considérées comme caractéristiques des espèces, des genres, etc., des corps organisés, nécessitant un très-grand nombre de laborieuses investigations anatomiques et physiologiques, n’a pu marcher quelentement vers le degré de perfectionnement indispensable pour arriver au but des méthodes naturelles.

Malgré les progrès réels obtenus dans ces sciences, à l’aide des savantes recherches exécutées de nos jours, il nous faut encore désirer que l’organisation des parlies des végétaux et des animaux soit scrutée plus profondément, pour nous rapprocher davantage du but proposé. Si, dans les premières époques historiques des sciences naturelles, les propriétés des corps organisés et vivants qui ont excité les premières l’attention des observateurs ont été érigées en caractères distinctifs, établis tantôt d’après leur utilité plus ou moins immédiate à l’homme, tantôt d’après le séjour ou l'habitation, plus tard d’après leurs formes extérieures et leurs dimensions, et d’après quelques détails de l’organisation intérieure, il a fallu pour arriver au point où nous en sommes un temps proportionnel à la multiplicité, à la difficulté des recherches et des déconvertes à faire, et un degré de maturité des vues générales qui ont permis d’aborder la discussion sur la subordination des caractères. Quoique ces vues philosophiques sur cette subordination, nécessaire pour l'établissement des espèces, des genres et des familles, aient été vaguement énoncées par Conrad, Gesner, Aldrovande, Johnston, Jean Ray, il faut arriver jusqu’à Linné pour voir s'établir dans la science l'importance des caractères propres à fonder un système et à jeter les premières bases de la classification naturelle en botanique. Mais la gloire de perfectionner la méthode naturelle était réservée à Antoine-Laurent de Jussieu, qui dans son Genera Plantarum a établi les principes de subordination , et fait sentir la supériorité de la méthode des ensembles sur celle des caractères isolés.

Les parties de la végétation qui présentent les caractères les plus invariables dans les plantes congénères sont énumérées dans l’ordre suivant : 1° la graine et ses parties; 2° le péricarpe et ses parties ; 3° les organes sexuels; 4° la corolle et le calice; 5° le pédoncule général ou le mode d’inflorescence; 6° les feuilles, les écailles, etc. ; 7° la racine et la tige. Cet ordre est celui de leur plus grand degré d'importance aux yeux de la nature, qui semble prendre plus de soin à la conservation des espèces qu’à celle des individus. Rejeter les caractères isolés ou systématiques, recourir aux ensembles de caractères, ou aux caractères méthodiques, fournis par les parties rangées dans l’ordre de leur plus ou moins de constance, tel est le précepte de la philosophie botanique relatif à leur emploi dans la classification des végétaux.

Dans les sciences zoologiques, quoique l'importance de la

CARACTERE

dignité des caractères ait été aperçue par les premiers naturalistes cités ci-dessus, ce n’est qu'en 1795 que G.Cuvier fut conduit, par ses travaux zootomiques, à appliquer au règne animal les principes de subordination si heureusement introduits dans l'étude du règne végétal. Mais il établissait d'abord ces caractères importants ou dominateurs sur les parties qui font l'animal, et non sur celles qui établissent le degré de l’animalité. Notre savant collaborateur Virey a le premier considéré le système nerveux comme l'appareil qui doit fournir les caractères les plus importants dans la classification des animaux , et en posant le principe, que la seule sensibilité constitue l'essence de l’animalité, il a contribué au perfectionnement des classifications zoologiques.

Quoique ces premiers efforts dans la recherche des principes de subordination des caractères qui conviennent au règne animal aient produit des résultats importants et trèsutiles, cependant l’organisation si complexe des êtres animés est si peu connue, par rapport aux exigences de la science, qu'il est nécessaire de multiplier encore les investigations anatomiques et physiologiques, afin de bien reconnaître les parties organisées, qui, différant le plus de celles des végétaux, sont les plus caractéristiques des animaux, et qui, considérées dans leurs combinaisons naturelles, doivent fournir les ensembles de caractères capables de servir de base à la méthode naturelle en zoologie. Toutefois, au milieu de ces ensembles de caractères, il faut encore distinguer les parties qui, par leur prédominance, par leur constance et par leurs modifications différentielles faciles à constater, doivent être considérées comme les plus caractéristiques. Selon Blainville, les parties de l’organisme animal rangées dans l’ordre d'importance peuvent être énumérées ainsi qu’il suit : {° appareil nerveux ; 2° organes sensoriaux; 3° organes locomoteurs; 4° peau et ses annexes; 5° appareil respiratoire; 6° appareil vasculaire; 7° appareil digestif; 8° appareil dépurateur; 9° appareil génital. Ces parties lui paraissent d’autant plus propres à caractériser les animaux, qu’elles n’existent pas dans les végétaux.

Les caractères des corps organisés se distinguent ainsi qu’il suit : ceux des variétés ou sous-espèces; ceux des espèces, ou spécifiques ; ceux des genres, ou génériques; ceux des familles, des ordres et des classes, ou classiques. Le caractère, dit Linné dans sa Philosophie botanique, est la définition du genre. Il en admet trois espèces : 1° le factice, 2° l'essentiel, 3° le naturel. En appréciant leur valeur comparative, il ajoute: « Le caractère factice est secondaire, le caractère essentiel est le meilleur, mais à peine possible partout; le caractère naturel se forme très-difficilement, mais une fois formé, il est la base, le gardien infaillible de tous les genres. » Mais nous ferons remarquer ici que sous le nom de caractères Linné indique non la partie ni la propriété qui sert à caractériser, mais bien la phrase caractéristique. G. Cuvier n’a admis que deux sortes de caractères, les uns dominateurs, importants, les autres subordonnés, ou d’une moindre importance. 11 est évident qu’après avoir rangé les caractères suivant une progression hiérarchique, on peut admettre ceux du 1°", du 2°, du 3° 'etc., ordre : c’est ce qu’a fait de Jussieu.

L’individualité attribuée aux substances minérales est un caractère artificiel, imaginé afin de pouvoir établir, à l’imitation des botanistes et des zoologistes, des espèces en minéralogie. Il n’y a donc point , et il ne peut y avoir en bonne logique, un règne minéral correspondant aux règnes végétal et animal, parce que les prétendues espèces minérales n’en sont point, et ne doivent nullement être comparées aux espèces des corps organisés. Mais on doit admettre diverses sortes de minéraux, de même qu’en anatomie on distingue diverses sortes de tissus, etc., et non des espèces minérales comparables aux espèces d'individus animaux et végétaux.

En chimie les caractères généraux des corps sont établis :

1° d’après la manière dont ils résistent ou cèdent aux agents de décomposition ; 2° d’après les divers genres de co m binaisons dans lesquelles ils sont engagés en raison de leur nature intime, ou atomique et électrique. Les caractères spéciaux sont tirés des diverses espèces de réactions que chaque corps chimique peut exercer ou subir dans des conditions et dans des limites déterminées. Dans les sciences physiques et chimiques appliquées aux arts, à l’industrie, à la médecine et à tous nos besoins sociaux, les caractères des moyens qu’elles nous fournissent peuvent être fondés sur tous leurs degrés et leurs divers genres d'utilité, et sur les inconvénients et les dangers des manipulations et autres procédés des arts qui nous les livrent. L. LAURENT.

CARACTERE ( Imprimerie ). Dans l’art typographique on entend par caractère un assortiment complet de tous les signes qui servent à représenter un discours par l'impression, tels que grandes et petites capitales, lettres da bas de casse, chiffres, ponctuation, etc. Chaque type particulier est un petit parallélipipède, portant à l’une de ses extrémités une lettre; un chiffre, un signe de ponctuation, etc., gravé en relief, dans un sens contraire à celui qu'offrira l'impression qu’il est destiné à produire Distribués dans les cassetins de casses préparées à cet effet, les caractères sont les éléments de la composition typographique. Nous ferons à l’article IMPRIMERIE l’histoire de cet art merveilleux, qui repose réellement tout entier sur la mobilité des caractères. Depuis les premiers tâtonnements des inventeurs, l’art du fondeur en caractères a fait d’immenses progrès. Nous sommes loin de celui qui le premier imagina de graver des poinçons, de frapper des matrices et d'y couler des caractères uniformes pour chaque type. Les imprimeurs et fondeurs d'Allemagne, d'Italie, d'Angleterre, de France surtout, ont par leurs perfectionnements enrichi la typographie de frappes de mieux en mieux faites, de plus en plus profondes et de plus en plus élégantes.

Les caractères d'imprimerie sont faits d’un alliage de plomb et de régule d’antimoine dans des proportions qui varient suivant les fondeurs et suivant l’usage auquel le caractère est destiné. Cette combinaison donne assez de consistance aux caractères pour leur permettre de résister à l’action de la presse. On y ajoute parfois du cuivre ou de l’étain pour accroître leur dureté. On a essayé de fondre des caractères en alliage de cuivre, mais on y a renoncé; les alliages de zinc n’ont pas encore donné de résultat parfait.

Les trois dimensions géométriques des caractères, longueur, largeur, profondeur, sont nommées, en typographie, corps, épaisseur, hauteur. Le corps d’une lettre se calcule à peu près de la tête des d, des Z, jusqu’au pied des g, des p, des g. Toutes les lettres composant un caractère doivent avoir le même corps, que ce soient des capitales ou majuscules, des lettres à queue, ou de petites lettres comme l’a, l’e, l'o, l'u. Quand les lignes ne sont séparées par aucune interligne, le blanc qui existe d’une ligne à l’autre, ne provient que de cette partie de métal appelée falus, ménagée par exemple en haut et en bas d’un o, ou au-dessous d’un d, ou au-dessus d’un p. L’épaisseur n’est autre chose que la différence qui existe entre le m par exemple et ler ou l’i. La hauteur est la distance entre le pied de la lettre supposée debout, jusqu'à l'œil. Elle est ordinairement de 0”,023686 (10 lignes +) dans les fonderies françaises; c’est ce que les typographes appellent la Lauteur en pupier.

Il y a des caractères de différentes épaisseurs, ou forces de corps; ils se reconnaissent à l’œil et au cran. L’œul est la partie saillante qui reprèsente le type. Ils sont classés par Jorce de corps; et comme dans chaque force de corps il y en a qui portent différentes sortes d’œils, on les distingue par des crans particuliers, soit en bas, soit en haut. Le cran sert encore à faire connaître le sens de la lettre. Comme il se trouve d'ordinaire du côté des accents, ce côté s’appelle le dessus, bien qu’en composant on le mette en dessous

dans le composteur, Il y a cependant des pays où le cran est du côté opposé.

L'unité principale des proportions des caractères est le point typographique, équivalant à deux points de l’ancien pied de roi. Ainsi 6 points typographiques valent 12 points ou une ligne de l’ancien pied de roi, et 72, un pouce : soit 0®,002256 et 0",02707.

Les caractères, dont le nombre était encore fort restreint il y a soixante-dix à quatre-vingts ans, sont maintenant variés à l'infini. Depuis le caractère microscopique, sur 3 points typographiques (0”001128), jusqu'aux grosses lettres d'affiches, qui ont de 5 à 8 centimètres et que l’on sculpte souvent en bois, des fontes ont eu lieu sur tous les degrés intermédiaires de l’échelleet sur leurs principales fractions. Les caractères avaient recu différents noms, tirés en général des premiers livres qu’ils avaient servi à imprimer; mais depuis que la mesure régulière des points typographiques a été généralement adoptée, un ordre s’est introduit dans leurs proportions et leur nomenclature qui a pu remplacer avec avantage des dénominations trop longtemps arbitraires.

Voici les noms et les valeurs en points des caractères les plus usités : la perle est fondue sur 4 points; la parisienne ou sédanoise, sur 5; la non-pareille, sur 6; la mignonne, sur 7 ; le petit-texte, sur 7 1/2; la gaillarde, sur 8; le petit-romain, sur 9; la philosophie, sur 10; le cicéro, sur 11 et 11 1/2; le saint-Augustin, sur 12 et 13; le grostexte et le gros-romain, sur 14 et 16; le petit et le grosparangon, sur 18, 20, 21 et 22. Ces derniers ne sont guère employés que pour affiches, ainsi que la palestine, le trismégiste, les petit, gros, double et triple-canon dont la force est très-variable, dans une échelle de 24 à 72 points. On ne dit même plus maintenant dans l’imprimerie de la parisienne, de la non-pareille, de la mignonne, etc., mais du 5, du 6, du 7, etc.

Comme l’œil de ces différents caractères varie sur le même corps, on à établi de nouvelles divisions : ainsi on a donné le nom de gros-æil aux caractères dont l'œil est plus gros que le corps du caractère ne semble le comporter ; le petit-œil, au contraire, semble d’un corps plus petit; le nom de poétique a été donné à un caractère qui semble resserré sur lui-même, plutôt long que rond; le caractère gras est celui dont les pleins sont lourds et épais; le caractère maigre est celui dont les pleins sont plus fins que les pleins des caractères ordinaires. Les compactes sont des caractères dont l'œil est fort, mais dont les queues sont très-courtes, si bien que dans moins de place on fait entrer un caractère assez gros. M. Henri Didot avait imaginé un moule à refouloir qui donnait un plus grand nombre detypes à la fois ; mais ces sortes de caractères, qu’on nommait polyamatypes, sont peu en usage aujourd’hui. Souvent on distingue les caractères du même corrs par les noms des fondeurs qui les ont mis en usage. C'est ainsi qu’on dit du 8 Didot, du 8 Tarbé, etc. Les Français sont en général très-vains de leurs caractères d’imprimente, et certes leurs ouvrages de luxe ont une réputation méritée; mais pour les impressions courantes, pour les journaux,

par exemple, les Anglais nous sont bien supérieurs sous le”

rapport de la netteté.

On dit qu'un caractère gagne ou perd sur un autre, lorsqu'il en entre plus ou moins dans la composition. Plus un caractère est petit et mince, plus il gagne sur un plus gros; plus il est gros et épais, plus il perd sur un plus petit.

Les lettres ou signes qui composent un caractère doivent y entrer pour une quantité relative à l'usage présumé de chacun d’eux. C’est ce qu’on appelle la police d’un caïactère. 11 n’est pas indifférent de savoir dans quels rapports une fonte doit être assortie, pour ne pas être pris au dépourvu, Boileau, Racine, etc., épuisent les o; Voltaire et les modernes les a; le latin, les m, n, u; l'anglais, les À, £, w; l'italien les i, 0, etc. Toutes les lettres semblables d'un

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