‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 324 sur 556 · CARACTÉRISTIQUE — CARAFA · texte numérisé non relu

CARACTÉRISTIQUE — CARAFA

égale à la quantité de chiffres du nombre donné diminuée d’une unité : ce dont il est facile de se convaincre en se rappelant que dans le système vulgaire les nombres 1, 10, 100, 1000, 10000, etc., ont pour logarithmes respectifs 0,1, 2,3,4, etc.; or si on demande le logarithme d’un nombre de cinq chiffres, par exemple, ce nombre étant compris entre 1,000 et 10,000, son logarithme est compris entre 4 et 5, et, par conséquent, sa partie entière est 4. On donne aussi le nom de caractéristique à un signe conentionnel par lequel on désigne une certaine fonction d’une quantité : la lettre d, par exemple, est la caractéristique des quantités différentielles , c’est-à-dire que dx exprime la différentielle de x; Newton, qui n’employait pas cette notation, se servait d’un point comme caractéristique, de sorte que pour lui x représentait la fluxion ou la différentielle de x. Voyez DiFFÉRENTIEL ( Calcul ).

En grammaire, on appelle caractéristique la principale lettre d'un mot, laquelle se conserve, ou du moins devrait se conserver, dans la plupart des temps, des modes et des dérivés de ce mot. Elle sert surtout à en marquer l’étymologie, et devrait suivre toutes ses vicissitudes et toutes ses transformations. Telle est, par exemple, la lettre p, que des écrivains modernes ont supprimée bien à tort dans le mot éemps, où elle est inutile, il est vrai, pou la prononciation, mais dont elle fixe l’origine ( du latin fempus), et qui a passé dans tous ses dérivés : {emporel, temporaire, intempestif, etc.

CARAFA ou CARAFFA, ancienne et nombreuse famille napolitaine, qui compte au nombre de ses membres le Pape Paul IV et plusieurs cardinaux.

CARAFA (Ouivio), né en 1406, ami éclairé des sciences et des savants, fut archevêque de Naples et promu au cardinalat en 1467. Sixte IV lui confia diverses missions diplomatiques , et en 1472 lui donna le commandement d’une flotte contre les Turcs, à la tête de laquelle il s’empara de Smyrne et du port de Satalia en Afrique. Il mourut en 1511.

CARAFA (CarLo), né à Naples, en 1517, servit dans les Pays-Bas, dans l’armée espagnole sous les ordres du duc de Parme; mais par suite de contrariétés il donna sa démission, et entra dans l’ordre de Malte. Le Pape Paul IV, son oncle, lui conféra ensuite le chapeau de cardinal, et subit complétement sa délétère influence. Carafa l’entraîna, entre autres, dans une guërre contre Philippe II, roi d’Espagne; mais quand le pape connut la vérité, il le fit jeter en prison avec son frère, et il y périt étranglé.

CARAFA (ANTONIO), né à Naples, en 1538, fut cardinal sous le Pape Pie V, et président de la commission chargée de la correction du texte de la Bible et de l'explication du concile de Trente. Comme historien ecclésiastique Antonio Carafa à beaucoup de mérite. Il recueillit les décrétales des papes et donna une meilleure édition des Septante. Il mourut en 1591.

CARAFA (GERONIMO), marquis de Montenegro, né à Naples, en 1564, prit du service dans les Pays-Bas, en 1584, sous les ordres de Farnèse, et défendit, en 1597, Amiens contre Henri IV. £l ne se distingua pas moins en Bohême, en 1620, et l’année suivante dans le Milanais. L'empereur le créa prince de l’Empire, et le roi d’Espagne le nomma viceroi d'Aragon: Il mourut à Gênes, en 1633.

CARAFA (ANTOINE ), feld-maréchal autrichien, descendait de la même famille. Entré au service d’Autriche en 1665, il fit la campagne de Hongrie contre les Turcs, et lors du siége de Vienne par les Turcs il fut dépêché par l’empereur Léopold I°° auprès du roi de Pologne Jean Sobieski, afin de lui demander des secours. Après la délivrance de Vienne, il combattit de nouveau les Turcs en Hongrie; en 1685 il s’empara d'Épéries, en 1687 de Belgrade. La sévérité extrême dont il fit preuve contre les partisans de Tœæk œli le fit généralement haïr, Nommé commandant supérieur de la Haute Hongrie, il y institua une commission militaire per-

manente, composée de treize individus, tribunal de sang qui siégeait à Épéries, et qui répandit bientôt la terreur dans tout le pays. Caraffa fit trainer devant lui toutes les personnes soupçonnées d’entretenir des intelligences avec Tæœkœli ; et après leur avoir arraché par la torture des aveux compromettants, il les faisait pendre ou bien mutiler., En même temps il extorquait des sommes énormes à ceux qu’il n'avait pu trouver coupables. La diète de Hongrie de 1687 mit un terme à ses méfaits. Il perdit son commandement : mais l’empereur lui accorda comme dédommagement l’ordre de la Toison d'Or, et il lui confia ensuite diverses missions importantes, entre autres celle de prendre possession de la Transylvanie, qui échut alors à l'Autriche. Plus tard il combattit les Français sous les ordres du duc Charles de Lorraine, et mourut le 9 mars 1693, dans son hôtel à Vienne. Fézik, dans son Theatrum Eperjesiense ou Laniena Eperjesiensis, dont le manuscrit existe encore, a tracé un tableau complet des atrocités de tous genres qu’il commit à Éperies.

CARAFA DE COLOBRANO | Micnez-Henri-FRAN- ÇoIs-ALOYS-VINCENT-PAUL), né à Naples, le 28 novembre 1785, a commencé l'étude de la musique au couvent de Monte- Oliveto, à l’âge de huit ans. Son premier maître fut un musicien de Mantoue, Fazzi, organiste de beaucoup de talent. Un élève de Fenaroli, Francesco Ruggi, lui enseigna l’harmonie et l'accompagnement. Carafa passa plus tard sous la direction de Fenaroli lui-même. Enfin, il reçut des leçons de Cherubini pour le contre-point et la fugue pendant un séjour qu'il fit à Paris. Il avait écrit, dans sa jeunesse, un opéra pour un théâtre de société, ayant pour titre à! Fantasma ; il avait composé en 1802 i/Natale di Giove, Achille e Deidamia, cantates qui annonçaient du talent; et pourtant ces premiers succès ne l’engagèrent point à se lancer dans la carrière musicale. 11 choisit celle des armes, et cultiva la musique en amateur. Officier dans un régiment de hussards de la garde du roi de Naples, Joachim Murat, il fut ensuite nommé écuyer de ce prince dans l’expédition contre la Sicile, et chevalier de l’ordre des Deux-Siciles. En 1812 il remplit auprès du roi Joachim les fonctions d’officier d’ordonnance dans la campagne de Russie, et mérita la croix de la Légion d'Honneur.

Ce ne fut qu’en 1814 que Carafa songea à tirer parti de son talent : il fit représenter son premier opéra, il Vascello l’Occidente à Naples, au théâtre del Fondo. Cet ouvrage, qui obtint un grand succès, fut suivi de La Gelosia corretta, en 1815; de Gabriele di Vergi, en 1816 ; d’Jfigenia in Tauride, en 1817 ; d’Adele di Lusignano, dans la même année; de Berenice in Siria, et de Elisabettain Derbishyre, en 1818. Dans le carnaval de 1819 Carafa écrivit à Venise Il Sacrifizio d'Epito, et l’année suivante il fit représenter à Milan T Due Figaro. En 1821 on joua à Paris, au théâtre Feydeau, sa Jeanne d'Arc, qui le plaça d’une manière très-avantageuse parmi les compositeurs français. Après la mise en scène de cet opéra, Carafa se rendit à Rome pour éerire La Capriciosa e il Soldato, qui réussit complétement. Il y composa aussi la musique du Solitaire pour le théâtre Feydeau, et celle de Tamerlano, qu'il destinait au théâtre San-Carlo de Naples, mais que des circonstances particulières arrêtèrent : il ne fut point représenté.

Après le succès du Solitaire, que l’on joua au mois d’août 1822, il retourna à Rome pour y composer Eufemio di Messina, qui produisit beaucoup d’effet ; il donna ensuite à Vienne, dans l'été de 1823, Abufar, son meilleur ouvrage. Revenu à Paris, il y fit jouer la même année Le Valet de Chambre; en 1824, L'Auberge supposée; en 1825, La Belle au bois dormant , à l'Académie Royale de musique. Carafa a travaillé encore pour les théâtres d’Italie : 7 Sonnambulo a paru à Milan en 1824, et IL Paria à Venise en 1826. Masaniello, son meilleur opéra français, réussit à Feydeau en 1827 ; il donna Le Nozze di Lammermoor, ouvrage

très-remarquable, au Théâtre-Italien de Paris, ensuite Za Violette, Le Livre de l'Ermite, à l'Opéra-Comique, où l'on a joué de lui, en 1833, La Prison d'Édimbourg et Une Journée de la Fronde. A l'ouverture de l'Opéra national, en 1847, sous la direction de M. Adam, il donna aussi quelques airs au prologue intitulé Les Premiers Pas, ou les Deux Génies.

Membre de l’Académie des Beaux-Arts, où i] a succédé à Lesueur, en 1837, Carafa succéda au clarinettiste Berr (1838) dans la direction du Gymnase musical militaire, qu’il conserva jusqu’en 1860, où cet établissement fut supprimé. Il a été aussi professeur de composition au Conservatoire de musique. Son style est celui de l’école italienne ; l'opinion le range parmi les imitateurs de Rossini : il n’a pourtant adopté de lui que les formes qui pouvaient convenir à ses idées. IL est mort le 27 juillet 1872, à Paris.

CARAÏBES. Ainsi s’appelaient les habitants aborigènes des îles Caraïbes ou petites Antilles, qui, expulsés par des guerres intestines de l'Amérique du Nord et des contrées voisines de la Floride, vinrent s'établir dans ces îles, ainsi que dans la Guyane et autres pays de l'Amérique du Sud. Les Caraïbes ont la peau olivâtre; et, pour se protéger contre la morsure des insectes, ils se peignaient le corps avec du roucou. Ils sont braves, et vivent encore sans aucune organisation politique, mais en fort petit nombre, à l’île Saint-Vincent, à la Dominique et dans quelques autres îles. Les Caraïbes noirs, qu’on trouve à Saint-Vincent au nombre d'environ 1000 familles, proviennent du mélange d'esclaves

nègres avec des femmes Caraïbes.

La mer des Caraïbes baigne au nord et à l’est les Antilles et au sud la partie du continent américain où l’on rencontre le golfe de Vénézuéla.

CARAÏTES. C’est le nom d’une secte juive, qui ne croit pas aux traditions rabbiniques, qui rejette le Talmud et ne reconnaît pour divins que les livres canoniques de l'Ancien Testament. Elle s’est conservée jusqu’à nos jours dans plusieurs contrées de l'Orient, notamment en Palestine, en Syrie, en Égypte, en Afrique, à Constantinople, de même qu’en Pologne et dans la Russie méridionale, jouissant dans tous ces pays de plus de liberté que les autres juifs. Pendant longtemps le Kaire fut le siége de leur chef ou nasi ( prince ), appelé plus tard chocam , et qui disait descendre en ligne directe de David.

Les opinions des savants ne sont pas d'accord sur Porigine de cette secte, ni sur l’étymologie du mot caraite. En hébreu kara signifie Lire, et ce mot est aussi employé par les rabbins comme substantif dans le sens de texte de l'Ecriture ; on croit donc communément que karaï ou caraile signifie {extuaire ou partisan du texte, opposé au tradilionnaire ou rabbanile (voyez RaBBinisme ). C’est en ce sens que les caraites, par un hébraïsme très-usité, sont appelés aussi Benémikra ou Baalé-Mikra (fils ou maîtres de l'Écriture ). Mais aucun des noms que l’on donne à cette secte ne se trouve ni dans le Nouveau Testament ni dans le Talmud. A la vérité, il y est question d’une secte qui rejetait la tradition , celle des saducéens. Mais ceux-ci reniaient beaucoup de doctrines admises par les caraites, ainsi que l'existence des anges, l'immortalité de l’âme et la résurrection des morts. Aussi les caraites repoussent-ils avec horreur le reproche de saducéisme qui leur a été fait par plusieurs rabbins.

Les rabbins modernes ne font remonter l’origine du caraïsme qu’au huitième siècle de l’ère chrétienne. Selon eux, Anan-Ben-David, célèbre rabhin de cette époque, ne put parvenir à la dignité de resch-gueloutha (chef de la captivité); on lui préféra son frère cadet, dont les mérites, sous tous les rapports, étaient bien inféneurs aux siens, Outré de cet affront, Anan rassembla les débnis des saducéens, se mit à leur tête, et fonda avec eux la secte des carailes. Mais ceux-ci ne veulent point reconnaitre Anan

CARAFA — CARAITES

comme le premier fondateur de la secte; ils prétendent qu’il n’en fut que le restaurateur , et qu’il embrassa leur cause pour les protéger contre les violences des rabbinites. Dans cette variété de récits sur la naissance du caraïsme, l’historien est réduit à des combinaisons et à des conjectures. Il est très-probable que dès le commencement du règne des Abbassides beaucoup de juifs éclairés, jouissant d’une haute faveur à la cour des khalifes, auront profité de leur position avantageuse pour se soustraire à l’autorité du resch-gueloutha, dont les usurpations devinrent de jour en jour plus insupportables. Ils auront peu à peu secoué le joug des lois traditionnaires, en ne conservant d’autres traditions que celles qui n'étaient pas en opposition directe avec la raison et l'Écriture Sainte. A la même époque les saducéens, probablement persécutés par les musulmans comme par les juifs et les chrétiens , disparaissent entièrement. Ne pouvant plus se maintenir nulle part, ils se seront confondus avec ceux d’entre les juifs qui formaient l’opposition contre la hiérarchie rabbanite. Ce parti devait bientôt avoir assez de force pour braver les foudres d’anathème du resch-gueloutha, et pour se constituer comme une secte particulière sous le nom de karaïmou caraïles ; et lorsque le savant docteur Anan se vit repoussé par les rabbins, il trouva dans les nouveaux sectaires un parti tout prêt à satisfaire son amourpropre et à le prendre pour chef, Les caraïtes devaient se montrer d’autant plus empressés à le mettre sous la protection d’Anan, que celui-ci jouissait d’une faveur toute particulière auprès du khalife Abou-Djafar-Al-Mansour, comme nous le dit l'historien arabe Makrizi.

Anan , tout en se déclarant contre le rabbinisme, devait pourtant reconnaître que la tradition, en rendant le texte de l’Écriture plus flexible, offrait quelquefois au judaïsme les moyens de se perfectionner et de se conformer à l'esprit du siècle, tandis qu’en suivant strictement la lettre de l'Écriture on devait rester stationnaire. Mais comment fixer les limites de la tradition? comment et sur quelle autorité adopter tel dogme et rejeter tel autre, lorsque ni lun ni l’autre ne se trouvent clairement indiqués dans le texte? Sous ce rapport les fextuaires juifs tombèrent dans le même inconvéniert que les protestants. Au lieu d’avoir de véritables symboles, on ne pouvait prendre pour règle de conduite que les opinions individuelles de tel ou tel réformateur. Si les caraïtes avaient été plus nombreux, ils n'auraient pu manquer, comme les protestants, de se diviser bientôt en une infinité de sectes. Ce qui est sûr, c’est que tous les caraïtes n’adoptèrent pas d’abord les principes d’Anan; Car les historiens arabes font deux sectes différentes des caraites proprement dits, et des ananiles.

Quoi qu'il en soit, les doctrines d’Anan prévalurent parmi les caraïtes; son fils Saül le suivit dans la dignité de nasi (prince). La Terre Sainte devint le centre du caraïsme; ses docteurs résumèrent leur profession de foi en dix articles :

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