IX. Dieu récompensera chacun selon ses œuvres
X. Dieu n’a pas rejeté les exilés ; il les corrige seulement, et ils doivent chaque jour atteindre le salut par le Messie, fils de David,
Ces articles de for sont au fond les mêmes que ceux des rabbanites, avec la seule différence que ceux-ci croient à la révélation d’une double loi, l'une écrite et l’autre orale, tandis que les caraîtes soutiennent que la tradition elle-même,
CARAITES — CARAMUROS
pour être obligatoire, doit découler du texte de l'Écriture. Les auteurs caraïtes répètent souvent qu’ils ne rejettent pas toutes les traditions ; et comment le pourraient-ils, puisque quelques-uns de leurs principaux articles de foi n’ont presque aucun fondement dans le texte écrit? Ils se font même un devoir de l'étude du Talmud : « Les traditionnaires, disent-ils, n’ont pas là de quoi se glorifier, car la plupart de leurs paroles dérivent de nos pères communs. » On peut dire que de notre temps les principes du caraïsme se sont trèsrapidement propagés parmi les juifs. Beaucoup de rabbins modernes, en participant aux progrès de la civilisation européenne, ont même devancé les caraïtes. Si, malgré cela , ils veulent conserver le nom de rabbanites, c’est que de l'aveu même des disciples d’Anan, la tradition renferme d'excellentes doctrines, et qu’ils croient pouvoir se servir de l'autorité même de cette tradition pour introduire dans le culte juif les réformes que le temps a rendues nécessaires. S. Munx.
CARAMAN ( Famille de ). La famille Riquet de Caraman, que les généalogistes rattachent à l’ancienne maison de Riquetti de Mirabeau, eut pour premier auteur connu Pierre-Paul de Riquet, né à Beziers, en 1604, mort à Toulouse en 1681, après avoir conçu et exécuté le canal de Languedoc. Il y consacra toute sa fortune, s’élevant à plus de trois millions, et laissa en mourant deux millions de dettes. Mais quelques années après les capitaux absorbés par cette entreprise rapportèrent à ses héritiers des revenus considérables. Le roi lui avait accordé en 1666 des lettres de noblesse et avait érigé en fief noble le canal et toutes ses dépendances. Les grandes richesses de la famille Riquet assurèrent à ses rejetons une brillante carrière et de belles alliances.
Pierre-Paul de Riquer, comte DE CARAMAN, lieutenantcolonel des gardes françaises et lieutenant général des armées du roi, fils puiné du fondateur du canal, fut obligé par ses infirmités de quitter le service en 1710, après s’être distingué dans les guerres de la succession d'Espagne. Il avait acheté du marquis d’'Escoubleau de Sourdis le comté de Caraman, ancienne baronnie féodale du Toulousain. Il mourut sans postérité en 1730, et ses biens passèrent aux enfants de son frère aîné.
Victor-Maurice De RIQUET, comte DE CARAMAN, petit-neveu du précédent, né en 1727, se distingua tellement sur le champ de bataille de Fontenoy, qu’il fut promu du grade de capitaine à celui de colonel. Il épousa à Lunéville, en présence du roi de Pologne, la princesse Marie-Anne de Chimay, et fit avec éclat toute la guerre de sept ans. Il était lieutenant général et commandant en Provence, lorsque les premiers troubles de la révolution se manifestèrent. Sa fermeté et son ascendant rétablirent le bon ordre; mais il fut contraint d’émigrer quelque temps après, et perdit alors son immense fortune. Il rentra en France en 1803, et mourut quatre ans après, supportant avec résignation les revers qui l'avaient frappé. Il laissa huit enfants, trois fils et cinq filles. Un de ses fils, marié à M'° Cabarrus, femme Tallien, est devenu prince de Chimay, du chef de sa mère.
Louis-Charles-Victor ne RIQUET, marquis, puis duc DE Caraman, né en 1762, fils aîné du précédent, remplit pendant l’'émigration diverses missions importantes pour le roi et les princes français, en Allemagne et en Russie. A la première restauration, il fut nommé ambassadeur près la cour de Berlin, poste qu'il quitta deux ans plus tard pour celui de Vienne. Il fut créé pair de France en 1815, et duc à brevet en 1828, lorsqu'il cessa ses fonctions diplomatiques. Il crut devoir se rallier au gouvernement de Louis-Philippe, siégea dans le procès des ministres, mais refusa d’accepter aucune place active. II accompagna, malgré son grand âge, le maréchal Clausel dans la malheureuse expédition de Constantine, s’occupa d'entreprises industrielles, et mourut à Paris en 1839, Il avait vu périr, en Afrique, le 26 octobre 1837,
son fils, Vic{or ne Canaman, ancien officier d'ordonnance de Napoléon Ier, colonel d’artillerie dans la garde royale.
Maurice ne Riquer, comte pe CarAMAN, frère puiné du due, émigra en 1791, rentra en France en 1800, devint président du Corps législatif et général de brigade sous l’empire, siégea à la chambre des députés sous la Restauration et mourut en septembre 1835. — Il avait deux frères, tous deux comtes de Caraman : l’un, Georges-Joseph-Victor, né en 1788, mort en 1843, fut ministre plénipotentiaire en Saxe et en Wurtemberg, et publia une Vie du général Victor de Caraman (1838; 2*édit., 1857, in-18); l’autre, Adolphe, né en 1800 à Berlin, servit dans le corps d'état-major et quitta l’armée en 1830 ; il a sauvé de la destruction le beau château d’Anet, qu’il a fait restaurer.
Le chef actuel de la branche aînée est Victor-Antoine- Charles pe Riquer, duc DE CarAman, fils de Victor, mort à Constantine; né en 1810, il a épousé une fille du duc de Crillon et s’est surtout occupé de littérature. Nous citerons de lui une Histoire des révolutions de la philosophie en France jusqu'au seizsième siècle (1845-48, 3 vol. in-8).
CARAMANIE. Voyez KARAMANIE.
CARAMBOLIER , genre voisin de la famille des térébinthacées, qui comprend deux arbres originaires des Indes orientales, auxquels les botanistes ont donné le nom d’averrhoa, en l'honneur du médecin arabe Averrhoèës.
L'averrhoa carambola, ou pommier de Goa, produit un fruit jaunâtre, rayé, divisé en quatre parties et de la grosseur d’un œuf de poule, dont les cellules contiennent des semences tendres, d’un goût légèrement acide et agréable. L’écorce de cet arbre, pilée avec le riz et le bois de sandal, s’emploie en cataplasmes et ses fleurs se mangent en salade. L’averrhoa bilimbi donne des fruits trop acides pour pouvoir être mangés seuls; mais ils servent fort bien d’assaisonnement, et on les mange, comme les câpres ou les olives, confits au sucre, au vinaigre ou simplement au sel.
CARAMEL. On donne ce nom au sucre que l’on tait cuire jusqu’à ce qu’il ait acquis une certaine consistance et pris une couleur jaune brun. Pour faire du caramel, on met du sucre blanc en poudre ou même de la cassonade blanche dans un vase de terre ou de cuivre non étamé, puis on fait chauffer à sec sur un feu vif, en remuant le sucre pour que toutes ses parties en soient atteintes. Lorsqu'il a pris une belle couleur brune, sans tirer sur le noir, on retire le vase du feu, et l’on verse sur le sucre une quantité d’eau suffsante pour délayer le caramel, qu’on peut ensuite conserver dans un ustensile de verre bien fermé. Le caramel bien fait a une saveur sucrée très-prononcée, mais qui n’est plus la même que celle du sucre pur. Le caramel s’allie très-bien à toutes les sauces brunes, à tous les roux; il augmente leur sapidité. En caramélisant le bouillon, on lui donne un goût plus agréable et une propriété tonique.
CARAMUROS, sobriquet donné il y a quelques ann x, au Brésil, aux hommes appartenant à l'opinion monarchique. On les avait précédemment appelés Carcondos, les bossus, les contrefaits. Quant au nom de Caramuros, il vient évidemment de celui de Caramuru, en indien Àomme qui lance la foudre, donné par les indigènes du Brésil au Galicien ou Portugais Diégo Alvarès, qui, naufragé sur ces côtes au commencement du seizième siècle, et resté seul de tous ceux qui montaient le même vaisseau, frappa de terreur les Tupinambas par les décharges successives de son mousquet, civilisa jusqu'à un certain point ces peuplades sauvages, amena en France une de leurs plus jolies filles, qu’il épousa à Paris, après son baptême dans cette capitale, Henri II de Valois étant son parrain, Catherine de Médicis sa marraine, et s’en revint avec sa femme dans la province de Bahia, qu'ils gouvernèrent glorieusement. De cette chronique, en partie vraie, en partie fausse, le père José de Santa-Ritta Durào , religieux brésilien, de l’ordre des ermites de Saint-
Augustin, a tiré en 1781 le sujet de son poëme épique le Caramuru, qui a ététraduit en français par E.G. de Monglave.
Mais quel rapport y a-t-il entre l'opinion monarchique, fort inoffensive, du Brésil et le Caramuru, qui lance la foudre? Aucun. Impossible d'y voir rien de plus qu’une épi-
ramme.
CARA-MUSTAPHA. Voyez KArA-MOUSTAPHA.
CARAPACE. C’est une sorte de voûte plus ou moins solide qui protège une portion plus ou moins considérable de l'organisme. On l’observe dans les tortues et dans les crustacés. Dans ces animaux, la carapace est tantôt le résultat des modifications de formes et de connexions des pièces solides du squelette qui forment le thorax et l’abdomen; c’est alors une sorte de crdne ou de boîte thoracique et abdominale, renfermant et protégeant non-seulement tous les viscères circulatoires, respiratoires, digestifs et génito-urinaires, mais encore, dans certaines espèces, lecou, la tête, les membres et la queue, ramenés sous cette voûte protectrice. Cette sorte de carapace est celle des tortues. Tantôt cette voûte est formée par la peau solidifiée qui, dans le plus grand nombre de crustacés, recouvre les organes de la tête et du thorax; on lui a aussi donné le nom de carapace , mais plus fréquemment on l’appelle tét ou bouclier céphalo-thoracique. Ces derniers animaux se dépouillent chaque année de leur carapace ou bouclier, ainsi que de toutes les autres pièces solides qui recouvrent leur corps, et ils sont alors mous et flexibles. Ils sont obligés de se retirer dans les creux des rochers jusqu’à ce que toute leur peau soit de nouveau solidifiée. Mais il n’en est point ainsi de la carapace des tortues, qui, étant osseuse, ne se sépare jamais des autres parties vivantes de l'organisme. Il y a encore cette différence entre la carapace des crustacés et celle des tortues, que dans les premiers cette partie est séparée du sternum par un intervalle dans lequel pénètre l’eau aérée pour la respiration branchiale, et que dans les seconds elle est continue et solidement articulée avec le sternum, très-élargi, qui prend le nom de plastron. C’est évidemment à tort qu’on a donné le nom de bouclier supérieur à la voûte ou carapace, et celui de bouclier inférieur au plastron dans les chéloniens. 11 convient de réserver le nom de bouclier ou de cuirasse aux pièces solides du derme, qui forment à la surface du corps de l’animal une sorte d’armure défensive comme dans le tatou, par exemple.
Les pièces osseuses qui concourent à former la carapace d’une tortue sont très-nombreuses; on comprend dans leur énumération les huit vertèbres du dos, celles du sacrum, les huit côtes et un grand nombre de pièces osseuses véritables analogues des cartilages des côtes de l'homme et des mammifères. En outre de toutes ces pièces osseuses, identiques ou analogues à celles du thorax et du sacrum des autres vertébrés, il faut remarquer une rangée de plaques osseuses le long de la partie moyenne du dos, dont nous avons le premier donné la signification en anatomie philosophique. Ces pièces représentent dans leur ensemble la voûte fibreuse ou celluleuse qui dans les mammifères, les oiseaux et les autres reptiles, s'étend de l’angle des côtes au sommet des apophyses épineuses des vertèbres.
Pour que toutes les pièces solides que nous venons d’énumérer, et qui sont plus ou moins flexibles et mobiles dans les autres animaux vertébrés, puissent être converties dans les tortues en une sorte de coffre ou boîte solide ou caparace, il est survenu un très-grand nombre de modifications trèsremarquables , dont nous n’indiquerons que les principales : 1° les vertèbres n'ont plus de facettes articulaires, ni d'apophyses transverses et épineuses ; 2° les côtes, très-élargies , sont jointes entre elles par de véritables sutures, et immobiles sur la colonne vertébrale autant que sur le sternum ou plastron; 3° les pièces analogues des cartilages costaux sont unies entre elles par sutures; elles forment un rebord osseux général, qui représente une sorte de limbe
CARAMUROS — CARAPACE
à trois faces : une supérieure , qui appartient à la carapace ;
une inférieure , qui se joint latéralement au sternum à l’aide
d’une espèce de ligament très-coriace, et une interne creusée d’une rainure dans laquelle sont reçues les extré-
mités des côtes. Il faut aussi remarquer en outre de ce rebord
osseux de la carapace, caractéristique du squelette des
chéloniens , trois autres pièces : l’une médiane antérieure, hexagonale, convexe en dessus, concave en dessous, garnie d’une épine pour des insertions musculaires ; les deux autres postérieures, également médianes, et formant ensemble une plaque hexagonale. Ces deux plaques complètent en avant et en arrière la série longitudinale des pièces osseuses médio-dorsales, et sont en connexion avec les pièces médianes du rebord osseux de la carapace. En raison de cette immobilité de toutes les pièces qui la constituent, toutes les puissances musculaires qu’on observe dans le dos et le thorax des autres vertébrés étaient inutiles : elles manquent entièrement. La peau recouvre immédiatement tous les os de la carapace, et le derme leur sert de périoste. Ce qui contribue encore à caractériser cette partie si remarquable du squelette des tortues , c’est que les deux ceintures qui sont les racines des membres, c’est-à-dire l'épaule et la hanche, sans être beaucoup déviées de leurs situationset connexions normales dans tous les autres vertébrés , se trouvent renfermées dans la cavité de la carapace, ce qui a fait dire que sous ce rapport les tortues pouvaient être considérées comme des animaux t'efournés.
La carapace présente des différences qui servent à distinguer les genres de chéloniens : elle est très-bombée dans les tortues de terre, peu convexe et aplatie dans les tortues d’eau douce et de mer, plus aplatie encore et hérissée d’éminences pyramidales dans la matamata, ou tortue à gueule, incomplète et molle aux bords dans les tortues molles ou trionyx. A l'égard des dimensions de la carapace, par rapport aux autres parties du corps, ce sont les tortues à boîte chez lesquelles cette partie est la plus grande relativement ; c’est la tortue à gueule dont la carapace est la plus petite par rapport aux membres et à la tête; les autres sont intermédiaires sous ce point de vue entre ces deux genres. La solidité des pièces offre aussi des différences qui ont été déjà signalées par Schweïiger. Dans les tortues molles ou trionyx, les pièces osseuses sont le moins étendues, et remplacées par des parties fibreuses; elles le sont davantage dans les tortues de mer, dans les chélides, les tortues d’eau douce; enfin la carapace est entièrement osseuse dans les tortues de terre. Ces divers degrés de solidité croissante s’observent aussi pendant les phases du développement des pièces de la carapace chez ces dernières, en procédant de l’état embryonnaire à l’âge adulte et à la vieillesse, époque à laquelle on voit les sutures disparaître dans cette partie comme dans le crâne des mammifères et des oiseaux. La peau de la carapace est tantôt molle (trionyx ), tantôt coriace ou de consistances de cuir (le luth), tantôt enfin recouverte d’écailles.
Certaines peuplades des rivages de la mer Rouge construisaient des nacelles ou couvralent leur demeure avec la carapace de la tortue franche (chelonia midas), qui à quelquefois de 2" à 2",30 de longueur : on s’en sert dans les colonies comme de baignoires pour les enfants. La carapace des chéloniens offre, en raison de ses divers degrés de convexité et de solidité plus ou moins dure, une résistance variable aux efforts extérieurs. Celles qui sont trèsdures et très-convexes supportent des poids très-considérables sans se rompre, et ne se fracturent que très-difficilement. En raison de cette convexité de la carapace, le plastron du mâle offre une concavité qui s’y adapte en partie. Mais cette forme bombée et plus ou moins convexe de la carapace, si favorable à la protection de l'animal contre l’action des agents mécaniques , n’est pas pour lui sans inconvénient : lorsque, par accident, il tombe sur le dos, il ne
CARAPACE — CARAUSIUS
peut plus se retourner, Aussi les marins ou les habitants des iles qui font la chasse aux tortues de mer lorsqu'elles viennent pondre leurs œufs, courent dessus, et se hâtent de les renverser sur le dos, certains qu’elles ne peuvent se relever; ils viennent les ramasser après.
La tortue appelée le luth (chelonia lyra) a été ainsi nommée parce qu'on a prétendu que ce fut une carapace de cette espèce, desséchée par hasard sur le rivage, à laquelle restaient attachés quelques filaments tendineux tendus comme des cordes, qui donna la première idée de la lyre. Cette origine a été regardée comme probable dans l'étude des médailles et des sculptures antiques, où cet instrument est représenté dans toute sa simplicité primitive : aussi la tortue-luth est-elle consacrée à Mercure, l'inventeur de la lyre. L. LAURENT.
CARAQUE. Voyez Cacao.
CARASCOSA (Micuece, baron), général, dont le nom revient souvent dans l’histoire moderne du royaume de Naples, naquit en Sicile, et ne dut son élévation qu’à luimême. Lorsque Ferdinand se réfugia en Sicile à l’approche de l’armée française, il se rattacha au parti républicain, qui, après la défaite du général Mack, en 1799, proclama à Naples la république dite Parthenopéenne. Les royalistes, commandés par le cardinal Ru ffo, ayant à peu de temps de là réussi à reprendre la capitale, Carascosa échappa à la proscription presque générale qui frappa les fonctionnaires et les partisans du gouvernement révolutionnaire. Lorsqu’en 1806 les Français entrèrent de nouveau à Naples, Carascosa fut nommé chef de bataillon au 1°* régiment d’infanterie de ligne institué par Joseph Bonaparte, avec lequel il se distingua en Espagne. A son retour à Naples, Joachim Murat l’éleva au grade de colonel; en 1814 il était à la tête d’une division qui combattit dans les rangs autrichiens contre les Français; en 1815 il commandait contre les premiers une division de l’armée napolitaine, et signa avec d’autres généraux napolitains la convention militaire de Casalanza, en vertu de laquelle l’armée napolitaine mit bas les armes. Lorsqu’en 1820 une insurrection vint à éclater dans une partie de l’armée napolitaine, il commandait, comme ministre de la guerre, l’autre partie de l’armée destinée à étouffer la révolte, et marcha à sa tête jusqu'aux frontières de la Terra di Lavoro. Mais, ayant trop tardé à attaquer l'ennemi, l’esprit d’insurrection gagna aussi ses troupes; et plus tard il embrassa lui-même le parti de la ré volution. Lors de l'invasion de l’armée autrichienne, Carascosa obtint un commandement important, et fut chargé de couvrir la route de Terracine à Naples ; mais il se laissa entourer par les Autrichiens , qui s'étaient avancés au delà de Sulmona, et son armée se dispersa. Frappé de proscription, comme l’un des principaux fauteurs de la révolution, il parvint à s’embarquer pour Barcelone, et fut condamné à mort par contumace. Plus tard il se réfugia en Angleterre, où il se battit en duel avec son ancien compagnon d’armes, le général Pepe. Ses Mémoires historiques, politiques et militaires sur la révolution du royaume de Naples en 1820 ( Londres, 1823), ne sont pas sans valeur historique.
CARASI-OGLI. Vers 1327 plusieurs souverainetés turques s’élevèrent sur les débris du trône d’Iconium et sur ceux de l'empire Grec. Parmi ces dynasties figurait celle des Carasi-Ogli, qui s’emparèrent de la Troade, de la Mysie et d’une partie de la Phrygie. Leur pouvoir fut détruit par Amurath 1°", fils et successeur d’Orkhan, sulthan des Turks othomans, qui soumit plusieurs autres princes turks de l'Asie Mineure.
CARA-SOU. Voyez KaRA-SOu.
CARAT. On lit dans les Amusements philologiques que ce mot vient de kouara, qui est le nom arabe du c aroubier, dont les siliques ou fèves, nommées karat dès les premiers âges du monde, ont servi, dit-on, de poids dans le
commerce de l’or, parce qu’elles ne varient point ou presque point lorsqu’elles sont sèches. Du pays de l'or, en Afrique, le karat passa dans l'Inde, où il servit à peser les pierres précieuses, et principalement les diamants, Chaque carat pèse quatre grains. On donne aussi, dans le commerce, le nom de carat à de petits diamants dont le poids ne dépasse pas un Carat.
Avant que l'évaluation du titre des métaux précieux fût soumise aux règles du calcul décimal, on regardait un lingot d’or comme divisé en vingt-quatre parties égales, auxquelles on donnait le nom de carats. Suivant qu’il y avait dans le lingot 18, 20, 22 parties d’or pur, on disait qu’il était à 18, 20, 22 carats; le titre 18 carats, par exemple, répondait au titre que nous désignons actuellement par 750 millièmes.
On a transporté aussi le mot carat dans le langage figuré ; mais il ne s'emploie guère que dans cette phrase devenue pour ainsi dire proverbiale : c’est un sof à vingt-quatre carats, pour dire c’est un homme qui est parvenu au plus haut point de la sottise.
CARAUSICUS (Marcus-AurELIus-VALERIUS), naquit de parents obscurs chez les Ménapiens, peuple de la Gaule belgique, dans la partie septentrionale du Brabant, entre l’Escaut et la Meuse. Il se distingua par plusieurs actions d’éclat dans la guerre que Maximien-Hercule eut à soutenir contre les Germains et contre les paysans gaulois révoltés, qu’on appelait Bagaudes. Comme il avait passé sa jeunesse dans la marine, l’empereur le chargea d’équiper à Boulogne une flotte pour délivrer les côtes de l’Océan des pirates qui les infestaient, et pour défendre celles de la Belgique et de l’Aquitaine contre les Saxons et les Francs qui menaçaient ces pays. Mais l’intégrité du nouveau commandant de la flotte ne répondit pas à ses talents. Lorsque les pirates de la Germanie sortaient de leurs ports, il favorisait leur passage, tandis qu’il avait soin d’intercepter leur retour, dans la vue de s'approprier une partie considérable des dépouilles qu'ils avaient enlevées. Les richesses que Carausius amassa par ce moyen parurent avec raison la preuve de son crime. Déjà Maximien avait ordonné sa mort. Le rusé Ménapien prévit l'orage; il se déroba à la sévérité de son maître. Les officiers de la flotte, séduits par ses libéralités, lui étaient entièrement dévoués. S’étant assuré des barbares, il partit de Gesoriacum (Boulogne-sur-mer ), pour se rendre en Bretagne, gagna la légion et les auxiliaires qui défendaient l’ile ,et, prenant audacieusement avec la pourpre impériale le titre d’Auguste, défia la justice et les armes de son souverain.
Pendant sept ans la Bretagne fut entre les mains de Carausius, et pendant sept ans la fortune favorisa une rébelliorr soutenue par le courage et par l’habileté. T1 défendit la frontière de ses domaines contre les Calédoniens du Nord, attira du continent un grand nombre d’excellents artistes, rechercha l’amitié-des Francs, enrôla leurs jeunes gens les plus braves dans ses troupes de terre et de mer, et leur enseigna l’art militaire et la navigation. Il conserva toutefois Gesoriacum et son territoire. Ses flottes couvraient le détroit, commandaient les bouches du Rhin et de la Seine, ravageaient les côtes de l’Océan , et répandaient la terreur de son nom audelà des colonnes d’Hercule. Sous son administration la Bretagne devint réellement une puissance maritime.
En s’emparant de la flotte de Gesoriacum , Carausius avait enlevé à l’empereur les moyens de le poursuivre et de se venger. Lorsque après un temps considérable et des travaux immenses on mit en mer une nouvelle flotte, lestroupes impériales, peu habituées à cet élément, furent bientôt détaites par les matelots expérimentés de lusurpateur. Cet effort inutile amena un traité de paix. Dioclétien et son collegue, qui redoutaient l’esprit entreprenant de Carausius, lui cédèrent la souveraineté de la Bretagne, et admirent , quoique avec répugnance, un sujet rebelle aux honneurs de la pourpre. Maïs cet accord forcé dura peu, les hostilités recommencèrent ; et tandis que Maximien assu-
rait par sa présence les frontières du Rhin, Constance prit la conduite de la guerre de Bretagne. Sa première entreprise fut le siége de Gesoriacum. Un môle d’une prodigieuse grandeur, construit à l’entrée du port, ôta bientôt à la ville tout espoir de secours. Elle se rendit après une résistance opiniâtre, et la plupart des vaisseaux de Carausius tombèrent entre les mains des assiégeants (l’an 292). Constance se disposa ensuite à la conquête de la Bretagne. Pendant les trois années qui furent employées à la construction d’une flotte, il s’assura des côtes de la Gaule , envahit le pays des Francs, et priva l’usurpateur de l'assistance de ces puissants alliés. Les préparatifs n’étaient pas encore terminés, lorsque Constance apprit la mort du tyran (294). Les sujets de Carausius avaient imité sa trahison : il était tombé sous les coups d’Allectus, son premier ministre, qui hérita desa puissance. Mais l'assassin n’avait pas assez de talents pour exercer l'autorité souveraine ni pour la défendre. En 296 Constance reprit la Bretagne, après la défaite d’Allectus, qui fut tué dans le combat. Aug. SAVAGNER.
CARAVAGE (Porrnoro CALDARA, dit Le), paree qu'il naquit vers 1495, àCaravaggio, dans le Milanais. Il vintjeune à Rome, servit d’abord , comme manœuvre, les maçons employés aux travaux du Vatican, où on exécutait à ce moment d'immenses embellissements, sous la direction de Raphael, et ressentit le plus vif désir de devenir peintre, en voyant travailler Jean d’Udine et les autres maîtres occupés aux loges du Vatican. Il ne tarda pas à faire preuve des plus remarquables dispositions pour la peinture, et Raphael le confia à son élève Mathurino, de Florence, pour qu'il l’aidât de ses conseils. On dit qu’il le seconda dans l’exécution de petites figures en grisaille, qu’on voit dans les loges
du Vatican. Après la mort de Raphael, Polidoro et Mathurino
travaillèrent de concert à orner les façades d’un grand nombre de palais de Rome de grisailles du même genre, et qui offraient de la ressemblance avec les antiques reliefs romains. Mais il ne s’est conservé qu’un bien petit nombre de ces travaux; on ne les connaît plus guère que par les gravures qui en avaient été faites.
La prise de Rome en 1527, puis la peste, dont Mathurino mourut victime, firent cesser ces travaux collectifs. Polidoro se retira à Naples, plus tard à Misène, et exécuta dans l’une et l’autre de ces villes de nombreux tableaux d’autel. Le musée de Naples en contient une riche collection. Dans ces ouvrages, qui lui appartiennent bien en propre, Polidoro s’éloigne d’une manière remarquable du caractère particulier à l’école romaine. On y voit une tendance à se rapprocher de la simplicité et du naturel, qui jusqu’à un certain point rappelle l’école flamande. Aussi dans ces derniers temps en est-on venu à attribuer à Mathurino le principal mérite des travaux tout classiques exécutés en commun à Rome par les deux artistes, tandis qu’autrefois Polidoro en avait seul la gloire.
Polidoro mourut en 1543, assassiné par son domestique, qui voulait le voler.
CARAVAGE (Micmez-Ance AMERIGHI ou MORIGI, dit Le), peintre célèbre, ainsi surnommé parce qu’il était, comme le précédent, né à Caravaggio (en 1569). Comme Caldara, Amerighi commença aussi d’abord par être aidemaçon; mais il ne tarda pas à trouver l’occasion d’obéir au penchant qui l’entraînait vers la peinture. Après s'être formé à Milan, puis à Venise, par l'étude des grands maitres de l’école vénitienne , il se rendit à Rome , où il combattit tout aussitôt cette direction conventionnelle et superficiellement idéale de la peinture qui dominait dans la seconde moitié du seizième siècle, et que Giuseppe Cesa ri avait surtout contribué à mettre à la mode, On peut dire que ses toiles reflètent en quelque sorte l’état des esprits à cette époque. C’est dans la nature basse et commune qu’il choisit ses sujets ; mais il sait admirablement les animer par la force de son coloris et le prestige d’une habile distribution de la lumière.
CARAUSIUS — CARAVANE
A cet égard on peut dire qu’il a fait école; car sa manière fut ensuite pendant longtemps imitée par les peintres italiens. Quand les sujets de ses tableaux répondent à la manière qu’il s’était faite, il atteint la perfection; mais aussi son faire est le même alors qu’il s’avise de traiter des sujets plus élevés. Sa vie répondit d’ailleurs complétement à la nature toute particulière de son talent. Une accusation de meurtre le contraignit à s'enfuir de Rome ; et la violence de son caractère lui attira des discussions et des duels partout où il résida ensuite. Enfin, à bout d’aventures et de traverses’, il arriva à Malte, où le grand maitre Alef de Vignacourt, dont notre musée possède le portrait de la main du Caravage, récompensa les travaux de peinture que celui-ci exécuta pour l’ordre en l’armant chevalier. Mais il ne sut pas plus se tenir là qu'ailleurs. En 1609 il retournait à Rome, lorsqu'il fut attaqué par surprise dans les environs de Porto-Ercole, où il mourut des suites des blessures qu'il reçut dans ce guet-apens.
Outre le portrait que nous venons de citer, on trouve au musée du Louvre trois tableaux du Caravage : La Mort de la Vierge ; La Diseuse de bonne aventure; Un Concert. :
CARAVANE, association plus ou moins nombreuse que forment des marchands, des voyageurs, des pèlerins, pour traverser, en courant moins de dangers, avec ou sans escorte, les déserts de l'Asie et de l'Afrique. On a prétendu jadis que ce mot dérivait de Cairovan ou Kairowan , ville bâtie par les premiers conquérants musulmans en Afrique; mais, s’il faut en croire Langlès, il viendrait plutôt du persan kearbdn ou keravän, formé des mots ker ou kear, travail et derevdn, allant, ambulant. Dans le nord de la Perse, dans l'Inde et dans quelques autres contrées de l'Orient, on donne aux caravanes le nom de kafilah. Cette manière de voyager et de commercer remorile jusqu’au temps des patriarches : Abraham et Loth marchaient en caravanes ; Jacob conduisait celles de son oncle Laban; c’est à une caravane de marchands arabes que Joseph fut vendu par ses frères. Mahomet, avant d’être prophète et législateur, conduisait d’Arabie en Syrie les caravanes de ses oncles et celles de la veuve Kadidjah, qu'il épousa dans la suite. Les fonctions de conducteur de caravane n’ont rien que d’honorable en Orient : en Europe, on les regarderait comme des rouliers. Ils portent le Litre de £chehar-wa-dar (propriétaire ou guide de quadrupèdes ). Ils ont à leurs ordres des valets qui chargent et déchargent les bêtes, et les mènent boire et paître. Les caravanes vont à petites journées, comme nos troupes qui marchent par étapes; les journées de chameaux sont d’une trentaine de kilomètres au plus, en raison de la difficulté des chemins et de la distance des lieux de station, placés dans des villes ou villages, et dans le voisinage des rivières ou des puits creusés dans les déserts ; les journées de chevaux sont un peu plus fortes. Les voyageurs vont à pied ou à cheval; les chameaux et les mulets portent les marchandises : ils sont aussi la monture habituellé des femmes, qu’on y renferme dans des kewdedj (sorte de cages en osier), afin de les dérober aux regards des hommes.
Le départ d’une caravane est annoncé par le bruit des sonnettes suspendues au cou des bêtes, afin d'empêcher qu’elles ne s’écartent pendant la route. C’est pour le même motif que les animaux sont attachés à la file par la queue. Quand tout est prêt, que les chameaux et les mulets sont chargés, le conducteur donne le signal de la marche à ceux qui sont en tête, et tout le monde se met successivement en route; chaque jour, dès l’aurore, on reprend le même ordre que la veille. Dans les grandes chaleurs, les caravanes se reposent le jour et ne marchent que la nuit, éclairées de distance en distance par des hommes qui portent des falots. Quand la kafilah est en route, elle se tient serrée le plus près possible, En arrivant à la station où l'on campe, chacun dépose ses ballots dans les lieux indiqués par le conducteur; on en