‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 326 sur 556 · CARAVANE — CARBONARI · texte numérisé non relu

CARAVANE — CARBONARI

forme une demi-lune, au centre de laquelle on place leslits et les provisions, et l'on tend à l’entour, à la distance de 3 mètres à 3,25 environ, une corde de crin, qui empêche la confusion des effets ; on attache à cette corde les bêtes de somme en face des marchandises qu’elles doivent porter le matin, et on établit des gardiens pour la sûreté des unes et des autres. Moyennant le prix d’un chameau ou d’un mulet, que l'on paye au conducteur, il s’engage à nourrir l’animal pendant tout le voyage. Il part des caravanes de la Russie pour la Chine, la Grande-Boukharie et l’Afghanistan ; de-Constantinople, de Smyrne, d’Alep, du Caire, pour Bassora et pour diverses villes de la Perse. Il en part aussi de la Perse pour l'Inde, le Thibet et les pays soumis aux Tatars et aux Ouzbeks,'ainsi que de Maroc et des anciens États Barbaresques pour l'Égypte et l’intérieur de l'Afrique. Un échange continuel de caravanes se fait entre ces différentes contrées ; mais la plus célèbre est la caravane sacrée des pèlerins musulmans qui se rendent chaque année à la Mecque.

On appelle aussi caravane et kafilah des réunions de navires marchands qui voyagent de conserve, de Smyrne, et d’Alexandrie, pour se défendre réciproquement ; et on a également donné ce nom au cabotage que les navires français de la Méditerranée faisaient jadis, aux dépens des Turks et des Barbaresques, dans les mers du Levant, et qui était une source de richesses pour notre commerce et notre marine. Les premières campagnes sur mer que les jeunes chevaliers de Malte étaient obligés de faire au nombre de quatre, contre les Musulmans, afin de parvenir aux commanderies et aux diguités de l’ordre, étaient appeléescaravanes, parce qu’elles avaient souvent pour but d’entraver la caravane maritime qui se rendait d'Alexandrie à Constantinople : Aller en caravane, c’était alors croiser contre les Turcs.

Caravane se dit encore de toutes sortes de voyages, mais plus particulièrememt des courses de vagabonds et des expéditions de brigands. On dit d’un voleur novice : i/ en est à sa première caravane. Par une conséquence toute naturelle, on a admis ce mot dans un sens figuré, qui a quelque analogie avec le précédent : un jeune homme se livre-t-il à ses passions, débute-t-il dans la carrière des plaisirs et de la galanterie, on dit qu’il commence ses caravanes. Une femme a-t-elle eu plusieurs intrigues amoureuses, elle a fait ses caravanes.

On appelle caravaniers les conducteurs des bêtes de somme dans les caravanes, et les navires marseillais qui font le commerce du Levant. H. AUDIFFRET.

CARAVAN-SERAIL ou KÉARBAN-SERAI (c’est-à-dire palais des caravanes). C’est le nom qu’on ajustement donné aux hôtelleries dans les pays orientaux. Ces édifices en effet ne ressemblent en rien aux bâtiments mesquins que nous appelons auberges ou hôtels : fondés et dotés généralement par des princes et des personnagesriches et puissants, ils portent le cachet de la grandeur et de la magnificence. Ce sont de vastes halles où descendent les caravanes, avec tout leur attirail, les voyageurs etles marchands, avecleurs effets. Ils sont ordinairement construits en pierre de taille et quelquefois en marbre, voûtés à une ou deux nefs, et à arcades bien cintrées. Tout autour règne une banquette de deux ou trois pieds de haut, sur laquelle chacun étend son tapis pour dormir. On n’y trouve pas d’autre mobilier, ni rien de ce qui sertaux besoins dela vie, si ce n’est une fontaine ou un réservoir d’eau vive pour les ablutions. En revanche, on n’y a rien oublié de ce qui intéresse la sûreté des effets et des marchandises des voyageurs, qui y sont en entrepôt et comme à la foire. Deux gardiens y veillent jour et nuit contre les incendies et les voleurs, et c’est pour préserver ces édifices de ce double danger qu’ils ne sont éclairés que par la voûte , au moyen de petites lucarnes. Il y a aussi des caravan-sérais bâtis en forme de cloîtres, ayant quatre galeries voûtées, dont le centre commun est une cour qui contient les écuries, Le plus beau de tous les caravan-sérails

était celui de Kachan en Perse. Il y en a aussi, mais en petit nombre , qui ne sont que des espèces de granges.

Les courriers, les employés et les envoyés du gouvernement descendent dans les caravan-sérails ; mais les grands officiers civils et militaires et les gens riches se logent, dans les villes, chez les fonctionnaires publics et dans des maisons particulières, ou campent en rase campagne. Les caravansérails les plus commodes sont ceux de l’Indoustan supérieur. On y trouve de petits appartements disposés à l’entour d’une cour close, sur laquelle ils ont leur principale ouverture. On y a un lit, des ustensiles de ménage; on peut y être servi à part et y avoir sa cuisine. La plupart des caravansérails de l’Inde, situés sur les grandes routes, ont été fundés par des personnes charitables, ou aux dépens du trésor public. Le dernier empereur moghol, Châh-Alem, en avait fait construire plusieurs depuis le Bengale jusqu’à Lahore. On voit encore les restes du magnifique caravan-sérail que le prince Schoudjah fit bâtir à Radj-Mahl, lorsqu'il était gouverneur du Bengale. La garde et le service de ces maisons sont confiés à des pauvres, qui pour une légère rétribution se chargent de procurer un lit aux voyageurs. On trouve aussi dans l’Indoustan des échoultrys indous, construits et dotés par la libéralité des princes ou des particuliers. Un brahmine attaché à ces établissements est chargé de les administrer et de procurer des secours aux indigents , qui y trouvent une natte pour se coucher et des réservoirs d’eau dans le voisinage. Ces édifices publics ont beaucoup de rapport avec les caravan-sérails. 11 faut distinguer les caravanserails des£hans. H. AUDIFFRET.

CARAVELLE. On donne ce nom à différentes espèces de navires. En Portugal on l’emploie pour désigner des bätiments plats de derrière et jaugeant de cent à cent cinquante tonneaux; en France on le donne à des barques de dix à quinze tonneaux servant à la pêche du hareng ; en Turquie on appelle ainsi des vaisseaux de guerre de haut bord.

CARBON (en latin Carbo), nom d’une famille romaine qui a produit plusieurs personnages célèbres. Caïus Papirius CarBo, tribun du peuple du temps de Tiberius Gra cchus, fut soupçonné d’avoir eu part à l'assassinat de Scipion Émilien, mais il ne tarda pas à se rapprocher du parti aristocratique. Consul aussitôt après la mort de Caïus Gracchus, dont il avait été l’ami et le collègue, il défendit publiquement Opimius, qui avait pris les armes contre le tribun et provoqué sa mort. Accusé du crime de péculat par L. Crassus, il se donna la mort pour se soustraire à une condamnation inévitable. Au dire de Cicéron, Caïus Carbon n’avait pas une élocution brillante, mais elle était pleine de grâce et de finesse.

Arvina Cargo , sénateur, perdit la vie dans le massacre que fit au sénat le préteur Brutus Damasippus, par ordre de Marius le fils.

Cnéius Papirius CarBo, fils de Caïus, se montra l’un des plus chauds partisans de Marius. Collègue de Cinna au consulat, il persécuta à outrance les partisans de Sylla. Quand la guerre fut portée en Italie, il se fit battre par P ompée, et se laissa débaucher ses troupes par Sylla; aussi disait-il : « J’ai à combattre un renard et un lion, mais le renard est plus dangereux. » Vaincu encore une fois par Métellus, Carbon perdit l'espoir de conserver l’Italie quoiqu’il eût encore trente mille hommes, des forces considérables sous divers généraux et la nation des Samnites qui tenait pour lui. Il se réfugia en Afrique, puis dans l’île de Cossura où il fut arrêté par ordre de Pompée, qui le fit mettre à mort, l'an 82 avant J.-C. On envoya sa tête à Sylla. ,

CARBONARI. Cette société, politique et secrète, dont l'origine date de l'époque de la dissolution des nouvelles républiques italiennes, s’était d'abord formée sur le plan des philadelphes. Elle se proposait le même but, et avait à peu près adopté le même mode d'initiation. Elle était pour le midi de l’Europe ce que ie Tugendbu n d était pour le

Nord. Les carbonari furent peu nombreux tant que dura l'Empire. L'opinion les confondait avec les francs-m açons, et cette erreur les sauva. Si le véritable but de leur association , essentiellement politique, eût été soupçonné, nul doute qu’ils n’eussent pu échapper au sort des philadelphes. Le nom qu’ils avaient adopté ne pouvait les compromettre; c'était celui d’une association maçonnique fort répandue en France et spécialement en Franche-Comté. Comme dans cette association , ils avaient emprunté leur terminologie à la profession des charbonniers (enitalien carbonari).

Le carbonarisme italien, bien qu’il fasse remonter son origine au roi de France François I°", à la santé duquel il affecte de boire dans ses fêtes, n’a acquis une importance historique et surtout politique que depuis 1818. Cependant il existait antérieurement : en 1814 la petite ville de Lanciano, dans l’Abruzze citérieure, comptait seule 1,200 carbonari armés. Certains auteurs pensent que c'était une branche des Vaudois , rejetant la tradition pour s’en tenir au texte de l'Évangile. D’après Botta, au contraire, les républicains du royaume de Naples, sous le règne de Murat, animés d’une haine égale contre les Français et contre Ferdinand, se seraient réfugiés dans les défilés des Abruzzes, et, s’unissant par une alliance secrète, auraient pris le nom de carbonari. Leur chef était un certain Campo-Bianco, homme courageux et éloquent. Ferdinand et Caroline se seraient servis d'eux contre les Français, et les auraient désavoués après en avoir tiré d’utiles services. C'était le prince Moliterni, républicain ardent, qui leur avait été envoyé. Ils furent protégés, suivant les uns, par la reine Caroline, selon d’autres, par le Génois Maghella, ministre de la marine sous la république ligurienne et, plus tard, directeur de la régie des tabacs. La société s’accrut et se développa sous les auspices de cet homme puissant. On attribue à ses relations avec eëx l'envoi de Maghella, après la chute de Murat, dans une forteresse de Hongrie, puis son incarcération d’un an à Fénestrelles par ordre du roi de Sardaigne.

En 1819 le carbonarisme italien prit un grand développement par ses affiliations avec les patriotes de France. Cet accroissement éveilla les soupçons du gouvernement de la Restauration. Un fait extraordinaire, et qui eut un grand retentissement à cette époque, étonna la police française, mais sans l’alarmer. Le carbonaro Guerini fut poursuivi criminellement par les autorités de la Corse pour tentative d’homicide. On apprit qu'il n’avait fait qu’exécuter un jugement de laléa vendita, en frappant un Corse carbonaro, accusé d’avoir révélé le secret de l'association. Informé de ce fait par les magistrats de la Corse, le ministère avait arrêté le cours des poursuites. « Une enquête et des mesures trop sévères décèleraient, écrivait-il, une crainte que de pareilles sociétés ne peuvent inspirer sous une forme de gouvernement où les droits du peuple sont reconnus et assurés. » Le ministère dissimulait sa véritable pensée : la charbonnerie française était alors l'objet des plus opiniâtres investigations ; mais il craignait sans doute que des poursuites exécutées avec trop d'éclat en Corse ne fussent un avis aux nombreuses ventes de la capitale et des départements de se tenir plus que jamais sur leurs gardes. Les instructions rigoureuses, les jugements sévères exercés contre les associations du Lion dormant, de l'Épingle noire, les condamnations capitales prononcées contre les patriotes de 1816, démentaient la sécurité qu'affectait le gouvernement. II ne pouvait ignorer que l'association de la charbonnerie était plus nombreuse, plus redoutable que celles qu’il avait poursuivies avec un implacable acharnement. Les insurrections napolitaine et piémontaise avaient signalé au delà des Alpes l'influence des carbonari ; on se rappelle quels en furent les résultats. La leçon ne fut point perdue pour les carbonari de France, et ils résolurent de mieux combiner leurs moyens de résistance. Le berceau de leur nouvelle organisation fut, dit-on, un café borgne de la rue Copeau, et ses parrains, à ce qu'ils ont prétendu

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