‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 327 sur 556 · CARBONARI · texte numérisé non relu

CARBONARI

plus tard, MM. Buchez et Flotard. Le premier, fort peu belliqueux, comme on l’a vu depuis, avait reçu cependant l'étrange mission d'exercer ses frères au maniement des armes dans sa chambre rue Vieille-du-Temple. L'œuvre cependant comptait à sa tête des hommes plus sérieux : c’étaient Voyer-d’Argenson, Lafayette, Laffitte, Manuel, Dupont (de l'Eure), Buonarotti, de Schonen, Mérilhou, Barthe, Teste (le frère de l’ex-ministre de Louis-Philippe), Rouen, Boin villiers, Arnold Scheffer, Bazard, etc.

Affiliée aux associations italiennes , la charbonnerie française en avait adopté les statuts et les règlements, qu'elle tenait d’un des siens récemment arrivé de Naples. Son nom était un symbole. Dans son langage, purger la forét des loups signifiait délivrer la patrie des étrangers et des despotes. Le charbon était un autre symbole : il purifie l’air; on allume du feu autour des habitations pour éloigner les bêtes féroces. De là le cri de ralliement : Vengeance au mouton opprimé par le loup! Le lieu d’assemblée s'appelait zutte (baracca) ; la contrée environnante, forét ; l'intérieur de la réunion, vente (vendita), tous termes empruntés au commerce de charbon. Un groupe de huttes formait une république. Le carbonarisme français se divisait en cercles ou ventes de quatre classes : ventes particulières, ventes centrales, hautes ventes, vente supréme. On n'était admis dans les ventes particulières, composées chacune de vingt associés, dits bons cousins, que sur la présentation et la garantie d’un nombre déterminé d'initiés, qui répondaient sur l'honneur des hons sentiments du candidat, dont l’admission pouvait être rejetée ou ajournée. Dans le cas d’admission , le récipiendaire était soumis à des épreuves plus ou moins sévères. Chaque vente particulière était composée de vingt membres, dont un président, un secrétaire, un député. Dès qu’une de ces ventes était au complet, chacun de ses membres pouvait en organiser une nouvelle, Les députés de vingt ventes particulières formaient une vente centrale, qui avait aussi un député, qui seul communiquait avec la haute vente. Celle-ci avait aussi son délégué près la vente suprême. Les membres de ces différentes classes restaient donc étrangers les uns aux autres; un simple carbonaro ne connaissait que ceux de la vente particulière dont il était membre ; un député que ses dix-neuf. collègues de la vente centrale à laquelle il appartenait. Le lien qui raftachait ces diverses ventes était facile à rompre, et l’ensemble de l’association générale échappait ainsi aisément aux investigations de la police.

Les statuts prescrivaient des peines contre l'indiscrétion, même involontaire, et la mort contre la trahison. « Tout carbonaro, porte l’article 55, doit garder le secret de l’existence de la charbonnerie, de ses signes, de son règlement, de son but, envers les païens. Le parjure (art. 60), toutes les fois qu’il aura pour but de révéler le secret de la charbonnerie, sera puni de mort. » Le serment imposé aux récipiendaires contenait l'engagement formel de ne pas chercher à connaître les membres des autres ventes. Le coupable était jugé par un tribunal composé de carbonari, et l’un d'eux était chargé de l'exécution de la sentence. Aucune communication n’était écrite : les instructions, les ordres, se transmettaient verbalement par des délégués spéciaux de la vente suprême. Il fallait à ceux-ci un signe de reconnaissance, et ce signe consistait en une moitié de carte bizarrement coupée, s’adaptant à l’autre moitié envoyée par la vente suprême aux chefs des hautes ventes ou des ventes centrales auprès desquelles le délégué spécial devait remplir sa mission. Les carbonari avaient leurs mots d'ordre, de passe, et leurs signes. Les mots speransa, fede, carità, avaient chacun une acception spéciale et sacrée. Les carbonari prenaient l'engagement d'obéir sans examen aux ordres intimés par la vente suprème, et de dévouer leur fortune et leur vie ! même à la cause de la liberté et de la patrie. Ils devaient être

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