BULLA FÉLIX — BULLE
guisé, sous un nom d'emprunt ; et après avoir beaucoup,
vociféré contre Bulla Félix , il se charge de lui livrer ce chef de bandits, si l'officier veut le suivre. Le centurion, sur cette promesse, se laisse conduire dans un vallon creux, où tout d’un coup il se voit investi par une multitude de gens armés. Alors Bulla Félix, montant sur une espèce de tribunal, comme s’il eût occupé le siége d'un magistrat, se fait amener le centurion, ordonne qu'on lui rase la tête, et lui dit en le renvoyant : « Annonce à ceux qui l'ont mis à l'œuvre, que s'ils veulent diminuer mon monde, ils aient à mieux nourrir leurs esclaves ». Et en effet, sa troupe était principalement composée d’esclayes fuyant la misère et les mauvais traitements que leurs maîtres leur faisaient souffrir.
Enfin, il ent le sort inévitable qui attend ses pareils. Sévère, supportant impatiemment l’insolence de ce voleur de grands chemins, lui devant qui tremblaient toutes les nations ennemies de l'empire, fit partir un tribun des cohortes prétoriennes avec un @rps de cavalerie, le menaçant de son indignation s’il ne lui amenait pas Bulla Félix vivant. La débauche lui livra celui qu’il cherchait. Le chef des bandits entretenait une femme mariée, que le tribun décida, sous vromesse de l'impunité, à lui ménager l’occasion de saisir sa proie. Bulla Félix fut pris dormant dans une caverne, et amené à Rome. Papinien, préfet du prétoire, l’interrogea, et lui demanda pourquoi il avait embrassé l’indigne métier de brigand ? « Et vous, répondit l’audacieux criminel, pourquoi faites-vous celui de préfet du prétoire? » J1 fut exposé aux bêtes ; et sa mort dissipa sa troupe, dont il faisait seul toute la force,
BULLAIRE. On appelle de ce nom un recueil de bulles. Le grand bullaire, Bullarium magnum, contenant les constitutions et les bulles des papes depuis Léon I°' jusqu’à Benoît XIV, fut commencé par Laerzio Cherubini, en 1617, et continué par ses deux fils. Il forme dix-neuf tomes in-folio. Les religieux appelaient aussi bullaire le recueil des bulles et lettres patentes contenant les priviléges accordés à leurs ordres. LAYIGNE.
BULLANT (Jean). On ne connaît pas exactement la date de la naissance de cet architecte célèbre, dont toute la vie est, du reste, dans l'exposition de ses travaux; on sait seulement qu’il florissait en 1540, et qu'il est mort en 1578. Son chef-d'œuvre est le château d'Écouen, élevé vers 1545. C’est là qu’on peut bien apprécier le talent et le mérite de Bullant, surtout si l’on considère l’état de l'architecture en France à l’époque où il éleva ce vaste monument.
En 1572 Bullant construisit le palais de Catherine de Médicis , appelé d’abord Hôfel de la Reine, et qui changea par la suite ce nom contre celui d’Hôlel de Soissons. Ce palais , le plus grand de Paris après celui du Louvre, existait sur l'emplacement où est aujourd’hui la Halle au Blé, et il n’en reste plus qu’un seul fémoin ; c’est cette colonne monumentale si malheureusement engagée dans le mur cireulaire de l'édifice moderne que nous venons de nommer. On y a ajusté un cadran solaire, et son piédestal est devenu une fontaine. Bullant avait aussi jeté, en 1564, les premiers fondements du château des Tuileries, conjointement avec Philibert Delorme, et on lui doit l'hôtel de Carnavalet dont la porte, ornée des sculptures de Jean Goujon, offre encore le caractère du style précieux, quoique un peu maigre, qui fut celui de cette époque de Part. Bullant, au reste, avait fait de l'antiquité une étude sérieuse, et il a laissé un traité intitulé : Reigle généralle d'Architecture des cinq manières, à savoir : uscane, dorique, ionique, corinthe el composite, à l'exemple de l'antique (daté d'Écouen , 1564, imprimé à Paris en 1568, in-P, avec des figures). On y trouve figurés plusieurs monuments de la ville éternelle avec leurs mesures, que l'auteur dit avoir prises lui-même à l'antique dedans Rome. Bullant avait déjà publié un Recueil d'Horlogiographie, contenant la description, fabrication et usages des horloges solaires,
imprimé également à Paris, en 1561 (in-4°, avec des fig.), et réimprimé en 1608, avec des additions de Claude de Boissière. Chambrai, dans son Parallèle de l'Architecture antique et de l'Architecture moderne, place Bullant parmi les artistes qui ont suivi les traces de l'antiquité avec le plus d'intelligence et de lumière, et estime qu'il est « le. seul de tous les sectateurs de Vitruve qui soit demeuré dans les termes du maître touchant les profils et les justes proportions des ordres. »
BULLE. Lorsqu'un gaz est en suspension dans un liquide, si la pression qui l'y retient vient à diminuer, il se dégage sous forme de petites sphères qui portent le nom de bulles. Le mot bulle a encore plusieurs acceptions analogues : on dit, par exemple, que certains niveaux sont à bulle d'air.
Les enfants, au nombre de leurs jeux les plus constants, comptent le plaisir de faire, au moyen d’un chalumeau de paille introduit dans un vase rempli d’une eau rendue légèrement savonneuse, de petits ballons nommés bulles de savon, qu'ils confient à l’un des deux éléments qui les ont formées, et qui, pendant leur durée éphémère, se nuancent de mille couleurs. Ce phénomène remarquable a été l'objet des recherches de Newton (voyez ANNEAUX COLONÉS), Par analogie, on a coutume d'étendre le même nom aux travaux futiles et légers de beaucoup d’hommes qui restent enfants toute leur vie et ne savent rien produire de grand ni même d'utile à l'humanité.
On donne encore le nom de bulle, en termes de papeterie, à la pâte commune que l'on réserve pour la fabrique du gros papier, nommé de là papier-bulle : c’est une matière composée de vieux chiffons de toile de chanvre ou de lin, qu’on a fait pourrir dans des cuves, et qu’on a ensuite pilés et battus au moulin. "
En pathologie, on désigne aussi sous le nom de bulle toute espèce de vésicule formée par la sérosité qui soulève l'épiderme.
BULLE ( Zoologie ), genre de mollusques de l’ordre des gastéropodes tectibranches, très-voisin du genre bullée, mais s’en distinguant par la présence d’une coquille externe. Cette coquille univalve, ovale, globuleuse, mince et fragile, souvent épidermée, plus ou moins complétement enroulée , sans columelle ni saillie à la spire, est ouverte dans toute sa longueur. Le genre bulle renferme vingt-six espèces répandues dans toutes les mers du globe,
BULLE ( Archéologie ), sorte de petite boule concave d’or, d'argent ou d’autres matières que les enfants des Romains portaient au cou : on en donnait une d’or aux enfants des patriciens en même temps que la robe prétexte, et ils ne la quittaient qu'avec elle, c'est-à-dire à l’âge de dix-sept ans. Ces bulles étaient du même travail que les boucles d'oreille, que les Romains appelaient du même nom ; mais elles avaient une forme lenticulaire de quatre centimètres environ de diamètre; elles étaient ornées sur leurs bords d’un godron ou moulure et garnies dans le haut d’une tubulure ou rainure dans laquelle passait une chaîne d’or ou un cordon pour suspendre la bulle. L'intérieur était rempli de mastic pour donner de la consistance à ces feuilles légères. Les bulles des enfants plébéiens étaient en cuir, en ivoire ou d'autres matières et suspendues par une courroie. Ce fut Tarquin l'Ancien qui le premier, suivant Pline, décora son fils d’une bulle d'or pour avoir tué un ennemi de sa main lorsqu'il était encore dans sa jeunesse et ne portait que la prétexte.
Quoiqu'il paraisse constant, par le témoignage de tous les auteurs, qu'il n'y avait que les enfants des magistrats eurules qui eussent le droit de porter la bulle d'or, les citoyens à qui les honneurs du triomphe étaient décernés s’en pa raient également; mais elle était alors d'un plus grand volume que celle des enfants. La grande vestale ct les dames romaines en portaient aussi, la première par distine-