‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 330 sur 556 · A. SAVAGNER · texte numérisé non relu

A. SAVAGNER

CARBONIQUE (Acide). Formé d’un atome de carbone sur deux d'oxygène, cet acide se présente sous l'apparence d’un gaz parfaitement incolore, d’une saveur et d’une odeur très-légèrement piquantes, d’une densité de 1,52. Un corps en combustion plongé dans le gaz acide carbonique s’y éteint rapidement; un animal cesse d’y vivre au bout de quelques instants. Le froid, quelque intense qu’il soit, ne change pas l’état aériforme de l’acide carbonique, mais une pression de 36 atmosphères suffit pour le liquéfier à la température ordinaire. Enfin cet acide se solidifie à environ 100° au-dessous de la glace fondante: il ressemble alors à des flocons de neige, et se maintient à l’air‘libre pendant assez longtemps sans qu’il soit besoin d’exercer sur lui aucune compression. Cet énorme refroidissement se produit lorsqu'on fait passer subitement l’acide carbonique liquéfié de l’état liquide à l’état gazeux. L’acide carbonique liquide, pour passer à l’état de gaz, absorbe de la chaleur ; et il prend cette chaleur à la portion restante d’acide liquide, qui en la perdant passe à l’état solide.

L'eau absorbe le gaz acide carbonique en quantité d’autant plus grande, que la température est plus basse et la pression plus forte. A la température ét à la pression ordinaires elle en dissout à peu près son volume. La nature présente, dans un assez grand nombre de localités, de l’eau plus ou moins chargée d'acide carbonique. Les eaux minérales gazeuses, telles que l’eau de Seltz, doivent presque entièrement à la présence de l’acide carbonique les propriétés qui les font si souvent employer. L’acide carbonique ne communique à l’eau aucune couleur, et lui donne une saveur aigrelette et piquante très-agréable.

On reconnaît facilement le gaz acide carbonique à la propriété qu’il possède de former dans l’eau de chaux un précipité blanc insoluble dans l’eau pure, soluble avec effervescence dans les acides ( voyez CARBONATE ).

L’acide carbonique est un des corps les plus répandus dans la nature; il n’est pour ainsi dire pas d’eau qui n’en renférme une petite quantité en dissolution. Combiné à la chaux, il constitue le carbonate de chaux, dont les variétés sont si nombreuses et les masses quelquefois si considérables. Il est également uni dans la nature avec une foule d’autres oxydes. Plus pesant que l'air atmosphérique, il occupe toujours les lieux bas, tels que les fonds des puits, des grottes, comme celle dite du Chien dans le royaume de Naples; il se développe au-dessus des cuves en fermentation, dans les fours à chaux, etc. C’est un des produits de la respiration des animaux. Enfin l'air atmosphérique en renferme constamment une petite proportion, qu’on peut évaluer aux 4 millièmes de son volume,

Cet acide carbonique répandu dans l’atmosphère joue un rôle extrêmement important dans les phénomènes de la végétation. C'est dans l'air que les plantes puisent la presque totalité du carbone qu’elles renferment.

On prépare l'acide carbonique soit en calcinant le carbonate de chaux, soit en décomposant les carbonates naturels par l'acide sulfurique ou par l'acide hydrochlorique.

Le gaz acide carbonique est le premier des gaz que l’on ait appris à distinguer de l’air. Bergman, qui fit cette découverte, lui donna le nom d'acide aérien. Avant l’introduction de la nouvelle nomenclature, on l'avait aussi désigné sous les noms d’air fixe, d'air méphilique à cause de son action sur l’économie, et enfin sous celui d’acide crayeux comme entrant dans la composition de la craie. Mais ce n’est qu'en 1776 que Lavoisier donna les premières notions exactes sur la nature et la composition de ce

JaZ.

: CARBONISATION. Toutes les substances du règne organique, qu'elles soient extraites des végétaux ou produites par des animaux, renferment une grande quantité de carboneet des proportions plus ou moins considérables d'hydrogène , d'oxygène, ou de l’un de ces corps et souvent d’azote. Quand on soumet à la distillation celles qui ne sont pas volatiles, elles laissent pour résidu dans les vases fermés qui les contenaient une portion seulement de leur carbone, parce que par l’action de la chaleur il se forme entre les différents principes qui les constituent diverses combinaisons qui entraînent une plus ou moins grande proportion de ce corps. On ne peut donc obtenir que la portion qui n’est pas susceptible de donner naissance à des composés volatils ; c'est celle que l’on cherche à conserver dans la carbonisation (voyez CHarBoN).

Cette opération a été étendue à la houille et à latourbe. On extrait ainsi de ces matières les produits volatils qu'elles contiennent, et qu’on utilise dans les arts. Le résidu obtenu acquiert en même temps l’avantage d'offrir un combustible presque entièrement dénué d’odeur, et par conséquent propre à être employé dans les usages domestiques ( voyez Coke).

Les mines de houille, d’anthracite et autres corps où le carbone prédomine, sont regardées avec raison par les géologues comme les résultats d’une carbonisation naturelle qui a dû s’effectuer dans le sein de la terre à une époque plus ou moins reculée.

CARBURES. On nomme ainsi les combinaisons binaires dont le carbone est l’un des éléments. Cependant il faut apporter à cette définition une certaine restriction, car comme on a soin, dans la nomenclature des composés binaires, d’énoncer toujours en premier lieu le nom du corps qui joue le rôle électro-négatif, on ne doit pas dire, pour indiquer une combinaison de carbone et de soufre, par exemple, carbure de soufre, mais bien sulfure de carbone,

Parmi les carbures, les plus remarquables sont ceux d’hydrogène, et le carbure de fer, connu sous le nom de graphite.

CARCAISE, CARQUAISE ou CARQUÈSE, four à recuire le verre pour lui conserver l’élasticité et une certaine solidité. C’est principalement dans la fabrication des glaces coulées que cette dénomination est en usage. Dans ce cas, la carquaise offre un long four en voûte de tombeau. La sole de ce four, rigoureusement dressée de niveau et légèrement recouverte de sable fin, est à hauteur de la table sur laquelle on coule les glaces. Avant l'opération de la coulée, la carquaise a été chauffée au rouge obscur ou cerise. On ap: proche la table de coulage de l'ouverture, et aussitôt que chaque glace a acquis, par le refroidissement, un certain degré de solidité, elle est rapidement et vivement repoussée, lancée sur le sol de la carquaise. A l’aide d'instruments appropriés, on range les glaces dans la carquaise de manière

à pouvoir y introduire, les unes à la suite et à côté des autres, toutes les glaces d’une même coulée. Ensuite, on ferme la bouche de la carquaise, on interrompt le feu, et les glaces y restent renfermées jusqu’à complet refroidissement. Ordinairement, chaque carcaise reçoit deux glaces du plus grand volume!, ou quatre ou six moyennes, ou huit petites. On peut aussi y introduire , dans la même coulée, des glaces de dimensions différentes. PELOUZE père.

CARCAN. On appelait ainsi sous l’ancienne législation criminelle un cercle de fer avec lequel les coupables convaincus d’avoir commis certains crimes étaient attachés par le cou à un poteau, de la main de lexécuteur des hautes œuvres. On donne aussi le nom de carcan à la peine ellemême. C'était une peine tout à la fois aflictive et infamante, car elle était dans l’origine toujours accompagnée de la fustigation, et on l’appliquait spécialement aux crimes regardés comme honteux, par exemple la banqueroute, le faux, la bigamie , l’escroquerie, les friponneries au jeu, les vols de fruits dans les champs. On punissait aussi par le carcan le colportage des livres défendus et les insultes faites aux maîtres par leurs domestiques.

Le carcan était le signe matériel de la haute justice; fout seigneur haut justicier avait dans ses domaines un carcan attaché à un poteau, qui faisait connaître à tous ses prérogatives. Le supplice du carcan paraît au reste fort ancien ; il était connu des Romains sous le nom de collare ferreum et de collistrigium. Sur la poitrine et sur le dos du condamné étaient fixés deux écriteaux mentionnant, en gros caractères, son nom et son crime, pour qu’il restât en butte à la risée publique pendant toute la durée de l’exposition. Les Espagnols ont une belle et énergique expression pour caractériser cette peine du carcan ; ils disent : poner à la verguença, exposer à la honte.

Le Code pénal de 1810 rangeait le carcan au nombre des peines infamantes, et la prononçait dans plusieurs cas d’une manière distincte et isolée. La loi du 28 avril 1832, abrogeant ces dispositions, abolit la peine du carcan ; mais elle laissa subsister l’ex position publique, comme conséquence de certaines peines afflictives et infamantes.

CARCASSE ( de caro, chair, et capsa, caisse, suivant Roquefort; de caro et cassus, vide, suivant d’autres; ou de arca, en préposant un c, d’après Ménage ). Ce nom, qui dans le langage vulgaire sert à désigner le squelette d’un animal vertébré dépouillé de ses chairs, s'applique aussi à ce qui reste d’un corps lorsqu'on en a retiré les membres (cuisses, bras ou ailes ). C’est ainsi qu’on dit carcasse de perdrix, de poularde, etc. On dit aussi familièrement et par mépris d’une personne extrêmement maigre : c’est une carcasse, une vieille carcasse. Ce nom signifie encore une machine de guerre qu’on remplit de grenade et de bouts de canons de mousquets, chargés de grenaille de fer. En termes de marine, il désigne à la fois un bâtiment sans bordage, les débris d’un navire jeté sur la côte, et une espèce de cartouche pour le mortier. En termes de pêche, c’est une grande corbeille couverte où l’on met les grands poissons. Enfin la charpente en fil de fer garni d’un cordonnet dont les marchandes de modes se servent pour monter les coiffures porte également le nom de carcasse.

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