CARCASSONNE — CARDAMOME
laquelle Pepin les refoula vers les Pyrénées, et les obligea à abandonner successivement toute la Narbonnaise. Lorsque Charlemagne fractionna son vaste empire pour donner à chacun de ses leudes une portion de territoire en apanage viager, il investit Dellon du comté de Carcassonne. Un siècle plus tard, un descendant de Dellon, Arnaud, se rendit indépendant du bon vouloir impérial, et constitua la souche des comtes héréditaires de Carcassonne. En 1070 les héritiers mâles venant à manquer dans cette maison, Raymond Bérenger, comte de Barcelone, acquit par cession ou par achat le Carcassès et le Rasès, dont il inveslit son fils Raymond Bérenger IL, Tête-d’Étoupes. Celui-ci mourut peu de temps après, assassiné par son frère, et ne laissant qu’un fils en bas âge. Sa minorité donna lieu à des troubles sans fin dans la Catalogne et le Carcassès. Bernard- Aton, vicomte de Béziers, mit à profit les événements, et, par la diplomatie plus que par la force, il se fit ouvrir les portes de Carcassonne. Cependant le fils de Tête-d'Étoupes s'était fait homme ; il arma ses Catäans, et s’avança dans la Septimanie pour conquérir son héritage; mais les prélats intervinrent, et le comte de Barcelone consentit à inféoder à lusurpateur le Carcassès en qualité de vicomté et sous la suzeraineté de sa maison. C’est là l’origine de la domination des Trincavel sur Carcassonne, domination brillante, mais destinée à s’éteindre un siècle après dans les guerres des Albigeois. Durant cette triste période, Carcassonne eut sa part du martyre général. En 1209 les cent mille croisés de Simon de Montfort l’investirent et en formèrent le siége. Après plusieurs assauts demeurés inutiles, le siége dégénéra en blocus. Ne pouvant triompher par la force ouverte, le légat du pape, qui commandait la croisade, eut recours à la ruse. Sous prétexte de traiter de la paix, le vicomte Raymond-Roger fut attiré au camp des assiégeants et chargé de fers. En même temps un assaut général était donné à la ville, qui, privée de son chef, désespéra de la fortune. Les habitants se sauvèrent pendant la nuit par un souterrain qui donnait dans la plaine de Narbonne. Quand les croisés pénétrèrent dans la place, ils la trouvèrent déserte. Roger fut
enfermé dans une tour de son château, où il mourut bientôt |
d’une dyssenterie, disent quelques historiens, ou du poison, suivant l'opinion du plus grand nombre. Avec lui finit le règne des Trincavel.
Le lendemain de la conquête les croisés tinrent conseil pour savoir si l’on brûlerait la ville ou si on la conserverait pour servir de boulevard à la croisade. Ce dernier avis prévalut. Simon de Montfort prit le titre de comte de Carcassonne, qu’il conserva jusqu’à sa mort, et dont son fils hérita et jouit jusqu’en 1223, époque où les conquérants furent chassés par Raymond VIT, comte de Toulouse. Ne pouvant se maintenir dans le Languedoc, Amaury de Montfort fit cession du Carcassès au roi de France. Une armée de Louis VIIT eut bientôt contraint Raymond-Trincavel IL à reprendre le chemin de l'exil. Retiré auprès du roi d’Aragon, il fit plusieurs tentatives inutiles pour reconquérir son héritage, et finit partransiger avec le roi de France. Mort vers
1263, il laissa deux fils, dont l’un se croisa en 1269. On ne |
trouve plus dans la suite aucune trace des descendants de Trincavel.
Devenue partie intégrante du domaine royal, Carcassonne se révolta en 1262 contre l’autorité souveraine; mais elle fut sévèrement châtiée, Les principaux habitants furent forcés de sortir de la ville. On leur accorda cependant peu de temps après la permission de bâtir des maisons à quelque distance du pont ; ce fut l’origine de la ville basse, qu’on leur permit de fortifier en 1347, pendant la guerre contre les Anglais. Le prince Noir s’en empara en 1355, et y mit le feu; mais tous ses efforts échouerent contre la ville haute.
Pendant les guerres de religion du serzième siècle, Carcassonne embrassa d’abord le parti de la Ligue, qu’elle abandonna bientôt après. Le parlement de Toulouse, qui avait été