‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 340 sur 556 · CARGUE — CARICATURE · texte numérisé non relu

CARGUE — CARICATURE

amarrées au milieu du bas de la voile; les cargues-boulines, ou contre-fanons, sont amarrées au milieu des côtés de la voile pour la retrousser ou la carguer par les côtés. Les cargues d'artimon sedivisent en cargues du vent et carques dessous le vent : les unes sont du côté d’où vient le vent, les autres du côté opposé. Les cargues à vue sont une petite manœuvre passée dans une poulie sous la grande hune, qui sert à la relever lorsqu’on veut voir par-dessous. Les fausses-cargues sont des manœuvres destinées à relever tout le milieu des basses voiles entre les cargues-points.

I1 n’est pas toujours facile de carguer une voile quand il survente; il y a des circonstances où, s’il fallait le faire vent arrière, on ne pourrait l'empêcher de voler en morceaux, parce que les cargues-fonds casseraient plutôt que d’étouffer le vent. Toutes les fois qu'on ne peut diminuer l'incidence du vent sur une voile, soit en venant au vent, soit en brassant au vent, le succès dépend de la bonté des carques et de l'effort qu’on peut:y appliquer. ù

CARHAIX, petite ville de l’ancienne Bretagne, aujourd'hui chef-lieu de canton du Finistère, à 60 kilomètres nord-est de Quimper, sur une montagne d’un accès difficile, près de la rive gauche de l’Hières, avec une population de 2,265 âmes, des tanneries, des papeteries, un grand commerce de toiles, de draperies, et des foires importantes. C’est une des plus anciennes villes de l’Armorique. On la nommait Vorganium du temps des Romains, et elle était située chez les Osismii. Les Normands, unis aux Danois, la ruinèrent en 878. Richard II, roi d'Angleterre, fut défait sous ses murs en 1197 par les barons de la Bretagne. Prise et reprise plusieurs fois par les Français et les Anglais, elle tomba en 1363 au pouvoir de Du Guesclin après six semaines d’une héroïque résistance. Puis les Ligueurs et les Huguenots se la disputèrent pendant longues années. Elle est la patrie de LaTour-d’Auvergne, le premier grenadier de France, et l’on y voit sa statue.

CARIATIDES. Voyez CARYATIDES.

CARIBERT , CHARIBERT ou CHEREBERT , l’ainé des fils du roi franc Clotaire I°, eut en partage, à la mort de son père, l’an 561 de l'ère chrétienne, des provinces dont Paris fut le chef-lieu. La division de la monarchie franque entre les fils de Clotaire ne fut pas plus régulière que celle qui avait eu lieu entre les fils de Clovis. Aussi ne peuton déterminer d’une manière précise les limites de la domination accordée à chacun de ces princes. Caribert ( dont le véritable nom est Æaribert, qui dans l’idiome des Francs signifiait brillant dans l’armée ) régna aussi sur l’Aquitaine. On dit qu’il aima les lettres et la paix, observa la justice avec assez de soin, maintint ses leudes dans le respect, et eut quelque crédit auprès des rois étrangers. Quelques historiens font remonter à son règne l’origine de la puissance des maires du palais. Caribert se livra sans réserve à des habitudes molles et voluptueuses, dont les mé: rovingiens ne donnèrent que trop l'exemple : son paiais présentait l'aspect d’un harem. Il répudia sa femme Ingoberge pour épouser la fille d’un ouvrier en laine, nommée Méroflède, à laquelle il donna bientôt une rivale dans la personne de Teutéchille, née d’un simple pâfre. Sans s’ar- “ter à ce double choix, il contracta une nouvelle union avec asœur de Méroflède, quoiqu’elle fût religieuse, motif qui appela sur la tête des deux époux l’excommunication de saint Germain, évêque de Paris. Caribert 1°" mourut en 567, après un règne de sept ans. Comme il ne laissait que des filles, son royaume fut partagé entre ses frères.

CARIBERT II, frère de Dagobert 1°", fut aussi roi d’Aquitaine, A sa mort, arrivée en 631, au château de Blaye, Dagobert fit aussitôt saisir son trésor ‘et égorger le fils, nommé Chilpéric, qu'il laissait en bas âge. On a prétendu que Caribert II avait laissé encore deux autres fils, nommés Boggis et Bertrand , qu’il avait eus de Gisèle, fille d’Amand, duc des Gascons; que ceux-ci, protégés par leur aïeul ma-

ternel, échappèrent aux embüûches de leur oncle, et recouvrèrent plus tard l'héritage de leur père. Telle fut, dit-on, l’origine du duché d'Aquitaine. La généalogie de ces ducs est fondée sur une charte de Charles le Chauve, de l'an 845; mais peut-être dès cette époque faut-il se défier de la vanité des grands seigneurs, qui cherchaient à se donner une origine royale. Les noms de Boggis et de Bertrand ne semblent point appartenir à la race mérovingienne , et il n'avait encore été donné de duché en apanage à aucun fils de roi. Auguste SAVAGNER.

CARICATURE, fait du mot italien caricare, qui veut dire charger, faire la charge. La caricature est Ia charge de la peinture. Tel visage est ressemblant et plait aux regards : le peintre qui l’a fait, par un trait de plus ou de moins, va rendre ce visage ridicule tout en le faisant aussi ressemblant, Dans fous les arts, il y a deux arts, l’art qui embellit et l'art qui dénature, l’art simple et l’art grotesque, la poésie et la parodie, la peinture et la charge, de même que dans l’Zliade Thersite est à côté d’Achille. Il est donc bien convenu que toute chose dans ce monde a sa caricature. Par exemple, que de belles églises qui ne sont que la caricature de l’église de Saint-Pierre à Rome! que de grands généraux qui n’ont été que la caricature de l’empereur Napoléon ! que d’illustres comédiens qui sont la caricature de Talma! 11 n’y a pas de grand écrivain, pas de grand orateur, pas de grand poëte, qui n’aient leurs caricatures. Qui oserait dire le nombre de caricatures engendrées par M. de Lamartine et M. de Châteaubriand ?

Toute exagération en mal ou en laid, toute imitation ma- Jadroite ou inutile, tout travestissement de grandes choses, qui ainsi travesties deviennent des choses misérables, voilà la charge ! Les enfants y sont fort enclins. Qu’un bossu ou un boiteux passe devant une troupe d’enfants, aussitôt voilà nos espiègles qui se voûtent ou qui boitent. Qu'ils entendent parler un bègue, ils bégayent ; race malicieuse et sans pitié, comme dit La Fontaine. Plusieurs animaux sont aussi fort habiles à faire des charges. Le singe, qui n’est lui-même qu’une caricature de l'espèce humaine , est fertile

en charges excellentes. Il contrefait à merveille la joie et la

douleur par mille poses grotesques. Et certes on comprend facilement qu’il en soit ainsi. Quel est l’homme qui ne rirait pas aux éclats s’il voyait sa figure quand il est entrain de pleurer ? Vous voyez donc que la charge est vieille comme le monde, et que ce serait perdre son temps que de s’amuser à en chercher l’origine, comme ceta se fait dans tous les dictionnaires passés, présents et à venir.

Quant à ce que nous appelons la caricature, cette malice dessinée, cette méchanceté coloriée, qui nous fait si souv ent rire aux dépens de notre prochain, il est évident que la -aricature proprement dite a pris naissance en Italie. Les grands peintres italiens, si pleins de malice et de génie, rivaux de gloire, appartenant à diverses écoles, se servaient naturellement contre leurs ennemis des armes que le ciel leur avait données. De là une infinité decharges et decaricatures contre les personnes et les choses. La caricature a cela de bon, que c’est une satire que tout le monde peut lire, même les plus ignorants ; cela se lit d’un coup d’œil, et vite, et bien; cela se comprend, cela se devine; celaest vite fait, cela se touche, cela fait rire aux éclats toute une ville; on ne met pas de nom au bas de cette esquisse; on n’explique rien; on la jette, et presque aussitôt elle passe de maïn en main. Voilà l’origine de la caricature; elle fut d’abord faite par de grands peintres, qui en firent par hasard dans un moment de méchanceté et de colère; puis, par une extension permise, la caricature devint une arme comme une autre. Il y eut des gens d'esprit, plus habiles satiriques que peintres habiles, qui s’emparèrent de cette espèce de liberté de la presse pour attaquer les puissants et les forts.

Pendant très-longtemps la caricature a été la seule liberté de la presse en Europe. Elle s’attaquait de préférence

aux tout-puissants qui ne pouvaient l’atteindre; elle les chargeait de toutes sortes d’opprobres et de mépris. Les plus excellents génies s’en sont servis avec succès. Regardez plutôt les plus belles éditions de Rabelais, ornées de si plaisantes et si admirables caricatures. Les plus grands génies en ont eu peur ; témoin le cardinal de Richelieu, cet homme tout rouge, qui tremblait devant une caricature ou un vers satirique. La caricature a été non-seulement une arme employée par les faibles. contre les forts, une arme de guerre civile, mais encore une arme de guerrepolitique. Les royaumes ont fait des caricatures contre les royaumes, les rois en ont fait contre les rois. La Hollande en a fabriqué d’excellentes contre Louis XIV, qui devait être bien étonné de se voir tourné en ridicule, lui, le grand roi! Quel temps a été plus fécond en caricatures ? On ne sait. Probablement les temps où il était le moins permisde parler et dese plaindre. Les moines, les grands seigneurs, les rois et les princes, les généraux et les belles dames, tels sont les martyrs de la caricature. Sous ce rapport la caricature et la satire se ressemblent beaucoup. Toutefois, on peut dire que l’une rit et fait rire, pendant que l’autre frappe et déchire. L’une voue davantage au ridicule, l’autre à la haine; l’unese venge, et peu lui importe comment ; l’autre n’a le droit que de punir, elle ne doit atteindre que le coupable. Innocents ou coupables, amis ou ennemis, qu'importe à la caricature ? Elle va çà et là par sauts et par bonds, elle frappe à droite, elle frappe à gauche, elle mord, elle égratigne, elle est cruelle, elle est venimeuse, mais, après tout, c’est une si bonne fille, qu’on ne peut guère se fâcher contre elle. Elle use de son droit en riant de tout et de toutes choses, et puis, comme elle n’est dangereuse qu’à condition qu’elle aura beaucoup de sel et beaucoup d’esprit, et qu’elle sera très-claire et très-intelligible pour tous, il faut en conclure que c’estun genre qu’on ne peut trop encourager, quand bien même on devrait en être la victime plus tard. C’est donc une méchanceté et une panique par trop grandes de vouloir proscrire ces malicieuses esquisses de la vie humaine dans ce que la vie humaine a de risible. Autant vaudrait dire aux peintres : Ne faites pas de portraits, que de leur dire : Ne faites pas de caricatures !

Connaissez-vous en effet bien des portraits sérieux qui ne soient pas quelque peu caricatures par quelque côté? Entrezau Salon de peinture; regardez bien tous ces bourgeois qui étalent leurs croix d'Honneur, toutes ces femmes qui montrent leurs mérinos rouges et leurs robes de velours noir, ces enfants en uniforme de hussard, ces messieurs en habits de garde national, ces portraits de rois et de princes dans toutes sortes d’attitudes! ne sont-ce pas là de véritables caricatures, aussi loin de la vérité que de la vraisemblance ? D'où je conclus encore que la caricature est partout, qu’elle est souvent involontaire comme un cri de l'âme, qu’elle est immortelle, qu’elle est inattaquable, qu’elle échappe à tous les murmures, à toutes les clameurs, à tous les supplices, à tous les procès. La caricature, ce n’est pas comme la liberté de la presse: il faut l'expliquer, la commenter, la développer, l’annoter, la torturer ; plus elle est claire et mieux faite, et plus elle est inaccessible, la caricature politique surtout,

Les Anglais, qui ont tant de lois de répression pour tous les délits, n’en ont point pour celui-là. La caricature anglaise est libre de toute liberté : elle peut tout oser, elle peut tout dire, elle peut tout attaquer, le roi le premier. Les caricatures qu’on fait en Angleterre contre le roi sont à peine croyables, Pourvu qu'il y ait une image au-dessus des paroles imprimées, on peut fort bien dire au roi qu'il est un voleur, qu'il est un assassin, Et quoi encore? Lors du fameux procès de Caroline de Brunswick, on fit paraître des caricatures dont le scüvtenir durera aussi longtemps que les fameuses caricatures contre l'abbé Dubois. Pendant les guerres de la France contre l'Angleterre sous Bonaparte, l'Angleterre était inondée de caricatures contre

nous, ét que nous leur avons bien rendues, Dieu merci! |

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