CARLOS
Allemagne. J1 s’en ouvrit à son oncle don Juan d’Autriche, qui l’en détourna, et alla lui-même rapporter à Philippe ce que l’infant lui avait confié. A tous ces griefs réels ou supposés , il faut ajouter que don Carlos avait souvent manifesté avec emportement le désir de prendre une part active au maniement des affaires; mais Philippe, jaloux à l'excès de son pouvoir, ne lui avait témoigné que de la froideur et de la réserve, tandis qu’il accordait sa confiance entière au duc d’Albe, à Ruy-Gomez de Silva, à don Juan d'Autriche et à Spinola. Don Carlos conçut dès lors une haine profonde pour ces différents personnages. Il fut sur. tout indigné que-le duc d’Albe obtint le gouvernement de la Flandre, qu’il avait demandé pour lui-même.
La veille de Noël de l’année 1567, il confessa à un prêtre qu’il avait pris la résolution d’assassiner un homme, et le prieur du couvent d’Atocha lui arracha des aveux qui firent supposer qu'il avait conçu le projet d’attenter à la vie de son père. La confession de don Carlos fut révélée au roi; et l'infant ayant alors réellement essayé d’attenter à la vie de don Juan d'Autriche, Philippe I le fit arrêter, dans la nuit du 18 janvier 1568, et placer tous ses papiers sous les scellés. On le corifia à la garde du duc de Faria et de six gentilshommes qui eurent ordre d’exercer sur lui la plus sévère surveillance. Le conseil d’État, présidé par le cardinal Spinosa, grand inquisiteur et président du conseil de Castille, fut chargé de prononcer sur le sort du prince, contre lequel on instruisit une procédure régulière. Le pape et tous les princes auxquels le roi avait écrit pour leur notifier cet événement, notamment l’empereur Maximilien II, frère du roi d’Espagne, intercédèrent inutilement en faveur de don Carlos auprès de Philippe IT, qui le 2mars suivant signa l'ordre formel de son incarcération, et en confia l'exécution à Ruy-Gomez de Silva, prince d’Eboli. On raconte que les gardiens du prince le revêtirent d’habits de deuil, firent enlever les tapisseries , les meubles de son appartement, et jusqu’au lit qui s’y trouvait, laissant seulement un matelas. Don Carlos, au comble du désespoir, ayant fait allumer un grand feu pour se garantir du froid piquant qui régnait alors, s’y précipita tout à coup, et cene fut qu'avec beaucoup de peine qu'on parvint à le retirer des flammes. ]J1 essaya de se donner la mort par la faim, la soif, puis par l’usage immodéré de la nourriture et de la boisson; enfin il avala un diamant pour s’étrangler. Il est donc possible que dans une telle situation l'infant ait été atteint d’une fièvre maligne, dont on se garda bien de combattre les progrès.
Cependant, don Diego Bribiesca de Mugnatonès, membre du conseil de Castille, instruisait le procès. En juillet, les témoins entendus, et après examen des papiers enlevés au prince, Mugnatonès rédigea un rapport portant en substance que don Carlos, ayant résolu un parricide et tenté de s’emparer du gouvernement de la Flandre au moyen de la guerre civile, devait être considéré comme convaincu du crime de haute trahison; toutefois, qu’il dépendait entièrement du souverain de ne pas faire juger l’infant d’après les lois générales du royaume. Sur le vu de ce rapport, Philippe déclara que sa conscience de roi ne lui permettait pas de faire une exception aux lois en faveur d’un prince que ses déportements et ses vices avaient rendu tout à fait indigne de la couronne, Il ajouta qu'il croyait au reste que l’état de la santé de son fils ne laissait aucun espoir de conserver ses jours, qu'il était bon de ne plus s'inquiéter de lui, mais au contraire qu'il fallait le laisser manger et boire autant qu'il voudrait, ce qui amènerait infailliblement sa mort. Les actes connus de la procédure ne révèlent d’ailleurs rien qui justifie cette décision que Llorente prête à Philippe. 11 n’y eut pas de jugement écrit ou signé, et le secrétaire des protocoles, Pedro del Hoyo, remarque seulement dans une note : « Que l'instruction du procès était déjà fort avancée lorsque le prince vint à mourir de maladie, ce qui prévint tout jugement de la part du tribunal saisi de l'affaire. »