‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 351 sur 556 · CARLOS — CARLOS DE BOURBON · texte numérisé non relu

CARLOS — CARLOS DE BOURBON

Don Carlos sucéææmba le 24 juillet 1568, après s'être confessé, après avoir demandé pardon à son père et avoir reçu sa bénédiction , et fut enterré à Madrid, dans le couvent des Dominicains d’El-Réal. En 1592 Philippe II ordonna de déposer aux archives de Simancas tous les actes de la procédure instruite contre son fils.

Par les détails qu’on vient de lire, et en raison de ce qu’ils présentent d’obscur et de contradictoire, on est autorisé à conclure que la mort de don Carlos restera vraisemblablement toujours un mystère et une énigme historiques. Il n’est rien moins que prouvé que la sentence capitale rendue contre lui par le conseil d'État de Philippe II ait reçu son exécution, ainsi que le racontent quelques historiens, au moyen d’une soupe empoisonnée servie au malheureux prince. Ceux qui prétendent qu’il fut saigné aux quatre membres dans un bain, ou étranglé, ne citent non plus aucune preuve à l'appui de leur assertion.

CARLOS DE BOURBON (Don Maria-Isinor), né le 29 mars 1788, fils cadet du roi Charles IV et frère de Ferdinand VII, reçut à la cour dissolue de son père une éducation aussi bonne qu'on pouvait l’espérer dans des circonstances semblables. En 1808, à la suite des événements de Bayonne, il dut, ainsi que son frère, dont il partagea la captivité à Valençay jusqu’en 1814, renoncer à la succession au trône. Ferdinand VII, rétabli dans la plénitude de ses droits héréditaires , ayant épousé en secondes noces la fille du roide Portugal Jean VI, don Carlos se maria en 1816 avec la sœur de cette princesse, Maria-Francisca d’Assise, née en 1800, et dont il a eu trois enfants, don Carlos, né en 1818, don Juan-Carlos, né en 1822, et don Fernando, né en 1824.

Le second mariage de Ferdinand VII étant demeuré stérile comme le premier, la succession au trône parut dès lors assurée , dans un avenir plus ou moins éloigné, à don Carlos et à sa descendance; et le frère du monarque devint naturellement le chef d’un parti désireux de capter sa bienveillance. On vit aussitôt les prêtres et les jésuites commencer à prendre une influence de plus en plus grande sur l'esprit de ce prince, qui peu à peu devint l'espoir de la faction qui ne rêvait que le rétablissement de la religion dans son antique splendeur, et du pouvoir royal dans son absolutisme le plus pur; résultat sur lequel on n’osait compter avec un roi d’un caractère aussi faible et aussi inconstant que Ferdinand VII. Après le rétablissement de la constitution des cortès , en 1820, don Carlos fut en quelque sorte l'âme de toutes les intrigues et de toutes les conspirations tramées pour arriver à une révolution nouvelle; et ce rôle devint plus évident encore depuis que les ministres Zea Bermudez et d’Ofalia, grâce à l'intervention du cabinet français eurent réussi en 1823 à détourner Ferdinand de plusieurs mesures exfrêmes que des moines fanatiques et des conseillers réactionnaires et vindicatifs le poussaient incessamment à prendre. Les uns et les autres se groupèrent alors autour de don Carlos avec plus d’empressement et d'affectation que jamais, alors surtout qu'un troisième mariage de son frère, resté stérile, fit perdre l’espoir que le roi eût jamais d’héritiers directs de sa couronne. Des mouvements, des révoltes même, eurent ouvertement lieu à diverses reprises en faveur de l'infant don Carlos; mais le gouvernement réussit toujours à les comprimer. La troisième femme de Ferdinand VII étant morte en 1829 sans lui avoir donné d'enfants, les adversaires de don Carlos et de sa faction décidèrent le roi à convoler en quatrièmes noces avec Marie- Christine, sœur cadette de doïa Carlotta, épouse de l'infant don François de Paule, et à abolir la loi salique en vertu d’une pragmatique-sanction publiée le 29 mars 1830, pour le cas où il ne laisserait qu’une descendance féminine.

L’infante Isabelle, aujourd’hui reine d'Espagne, naquit le 10 octobre 1830, et dès lors don Carlos perdit tout espoir d’hériter de la couronne. En septembre 1832 son parti

réussit, à la vérité, à arracher de Ferdinand VEL moribond l'annulation de la pragmatique sanction et le rétablissement de la loi salique ; mais le roi ne fut pas plus tôt revenu momentanément à la santé, qu’il déclara que sa religion avait été surprise, et qu’il rétablit en vigueur la pragmatique sanction de 1830; révolution de palais qui ne fit que rendre encore plus mauvaise la position de don Carlos. Les intrigues de ses: partisans n’en continuèrent cependant pas moins avec une telle activité qu’en 1833 Ferdinand VII, poussé à bout, dut non-seulement exiler en Portugal la princesse de Beira ; aujourd’hui femme de don Carlos, mais encore ce prince lui-même, ainsi que l’infant don Sébastien; et don Carlos s'étant refusé à envoyer, du lieu de son exil, sa prestation de serment de fidélité et d'hommage à la princesse des Asturies, reçut ordre de quitter la péninsule et de se retirer dans les États du pape.

Don Carlos déclara alors officiellement à son frère Ferdjnand VII que, convaincu de la légitimité de ses droits à la couronne d’Espagne, il ne pouvait point en reconnaître à d’autres ; etil n’était pas encore parti pour l'Italie, lorsque le roi mourut le 29 septembre 1833. Quelques jours après, sa veuve, la reine-régente, faisait encore une fois ordonner à l’infant de se rendre au lieu de son nouvel exil. Mais don Carlos se considéra aussitôt comme le souverain légitime de l'Espagne, et fut reconnu en cette qualité non-seulement par son parti, auquel on donna dès lors la dénomination de parti carliste, mais encore par dom Miguel, qui dominait encore en Portugal; de sorte que la reine-régente se vit forcée de le déclarer rebelle par un décret portant la date du 16 octobre. Le traité de la quadruple alliance, conclu entre l'Espagne, le Portugal, l’Angleterre et la France, eut pour objet d’expulser du territoire portugais non-seulement don Carlos, mais encore dom Miguel ; expulsion qui se trouva consommée avant même que les ratifications de ce traité eussent été échangées. Don Carlos s’embarqua le 1°" juin 1834 pour l’Angleterre, où il repoussa opiniâtrément toutes les propositions que lui fit faire la reine-régente, à l'effet d'accepter une pension annuelle. Dès le premier juillet suivant, le prétendant, s’échappant secrètement d’Angleterre, traversa la France dans toute sa longueur, à l’aide d’un déguisement, séjournant même pendant quelque temps, à la barbe de la police de M. Thiers, alors ministre de l’intérieur, à Paris, à Bordeaux et à Bayonne, et franchit, dès.le 10 du même mois, la frontière d’Espagne, où la guerre sévissait déjà dans les provinces du nord, et où elle continua avec des chances diverses jusqu’en 1839, époque à laquelle don Carlos fut enfin contraint de chercher un refuge sur le sol français (voyez ESPAGNE). Le gouvernement de Louis-Philippe lui assigna alors pour résidence la ville de Bourges, où il resta longtemps détenu par suite de son refus opiniâtre de renoncer à ce qu'il appelait ses droits.

Dès 1834 un décret, rendu à l’unanimité par la chambre des proceres et par celle des députés, avait exclu à jamais du trône, et banni du sol espagnol, don Carlos et sa descendance; décret que les cortès constituantes de 1836 con-

firmèrent également à l’unanimité.

Le première femme de don Carlos étant venue à mourir en 1834, ce prince épousa en secondes noces, le 20 octobre 1838, Marie-Thérèse de Bourbon, veuve de l’infant Pierre d’Espagne et mère de l’infant don Sébastien.

En 1844 il abdiqua en faveur de son fils aîné, connu sous le nom de comte de Montemolin, et prit lui-même le titre de comte de Molina. Après avoir vainement essayé de s’enfuir de Bourges, il obtint en 1847 la permission de quitter la France. Il se retira en Autriche, et mourut le 10 mars 1855, à Trieste.

Son fils aîné, Charles-Louis-Marie-Ferdinand px BourBon, né le 31 janvier 1818, à Madrid, fut connu sous le nom de comte de Montemolin. Élevé en Angleterre sous

la surveillance de sa tante, la princesse de Beira, qui devint plus tard sa belle-mère il prit le titre de prince.des Asturies et réussit avec l’aide des légitimistes français à rejoindre son père en Espagne. Après la convention de Bergara il partagea la captivité, de. ce dernier .à. Bourges. L’abdication faite par don Carlos en sa faveur encouragea pour un moment les espérances des politiques.du parti qui caressaient le projet d’une fusion-des deux branches royales par le mariage du jeune prétendant avec la reine Isabelle. Mais ce projet d'union s’évanouit devant l'hostilité de la France et de l'Angleterre en même temps qu’il soulevait les justes défiances des libéraux, qui étaient au pouvoir. Le comte de Montemolin réussit à s’enfuir de Bourges (14 septembre 1846), en compagnie de Cabrera, et.passa en Angleterre. Une tentative qu’il fit en avril 1849 pour traverser la France et se jeter en Espagne échoua; il fut renvoyé à Londres après une détention de quelques jours. Le 10 juillet 1860 il épousa Marie-Caroline, sœur de Ferdinand II, roi de Naples; mais ce mariage non plus que la mort de son père ne changea rien à sa situation, Ayantattiré dans son parti le général Ortega, qui commandait aux îles Baléares, il vint le rejoindre en secret ayec son frère Ferdinand , et le 3 avril 1860 il débarqua à Tortose avec 3,000 soldats. Lorsque ceux-ci apprirent qu’on les avait emmenés pour concourir à l'installation du roi Charles VI, ils refusèrent d’obéir et les chefs n’eurent plus qu’à se disperser dans l’intérieur du pays, où ils furent arrêlés successivement. Orlega fut condamné à mort et fusillé, Quant aux deux princes, réduits à Fimpuissance, ils signèrent l’un et l’autre une renoncialion formelle à leurs droits au trône d'Espagne (23 avril 1860). On les mit alors en liberté et ils se relirèrent à Trieste. L'année suivante, le comte de Montemolin etsa femme succombèrent presque en même temps à une fièvre typhoïde, dans la nuit du 13 au 14 janvier; leur union était demeurée stérile. Le 2 janvier précédent, l’infant Ferdinand était mort de la rougeole chez la duchesse de Berri, au château de Brunsee, en Styrie, res

Le fils puiné de don Carlos à survécu à ses frères : c’est Jean-Charles-Marie-Isidore, quia épousé en 1847 Marie, fille du feu duc de Modène et sœur de la comtesse de Chambord; mais depuis longtemps il vit séparé de sa femme à Londres. Le 8 janvier 1863 il envoya sa soumission à la reine et aux institutions nationales. I] a deux fils : 1° Charles ou Carlos (voy. ci-après) 2° Alphonse, né le 12 septembre 1849.

Le prince connu aujourd’hui sous le nom de don Carlos est donc le petit-fils du frère de Ferdinand VII. Né le 30 mars 1848 et qualifié de duc de Madrid, il est du côté de sa mère neveu du comte de Chambord. Aussi les plus étroites relations règnent-elles entre ces deux prétendants qui l’un et l’autre soutiennent la même cause, celle de la restauration de l'autorité légitime en même temps que l’union intime du trône et de l’autel, C’est à Frohsdorff que don Carlos, à peine âgé de dix-neuf ans, a épousé Harguerile (4 février 1867), fille de feu Charles III, duc de Parme, et propre nièce du comte de Chambord. Elle lui a donné un fils, en 1870, Jayme, prince des Asturies. Don Carlos profita du trouble profond où le renversement d’Isabelle II avait jeté Espagne pour faire acte de prétendant : il provoqua dans l’été de 1869 un soulèvement qui s'arrêta à la Biscaye et fut promptement réprimé. Au mois d'avril 1872, de nouvelles bandes carlistes se montrèrent dans les provinces basques, et se répandirent dans l’Aragon, là Catalogne et la Castille.

CARLOSTAD. Voyez KARLSTAD.

CARLOTTA DE BOURBON (Doña LursA), infante d’Espagne, fille de François Ier, roi des Deux-Sicilés, et de Marie-Isabelle d'Espagne, née le 24 octobre 1804, épousa l'infant d'Espagne don Francisco de Paula, le 12 juin 1819. Cette princesse ne vit pas sans en ressentir une

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