‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 353 sur 556 · CARLOTTA DE BOURBON · texte numérisé non relu

CARLOTTA DE BOURBON

querait, et l'autorisation lui en ayant élé refusée, elle se décida à sortir du royaume et à gagner à l'étranger.

Au mois d'avril 1838 l'infante et sa famille vinrent s’établir à Paris, et ce fut un embarras de plus pour la cour des Tuileries. Nièce de la reine des Français, on était bien forcé de l’accueillir au château; mais, d’un autre côté, on ne se souciait pas de blesser Marie-Christine par une réception trop amicale. On s’en tint par conséquent au juste milieu d’un accueil froid et cérémonieux. Mais l'embarras devint extrème quand les événements de 1840 eurent obligé Marie- Christine à se démettre de la régence à Valence, et à se réfugier en France, car elle arrivait le cœur plus que jamais ulcéré contre sa sœur. On attribue ce redoublement de haine à ce que pendant les jours qui s'écoulèrent entre la révolution dont Madrid. fut le théâtre le 1**° septembre 1840, et la renonciation de la régente, il-avait paru nne brochure où toute la vie intérieure de Marie-Christine était mise au grand jour. Les détails si précis qu’on y lisait sur ses premiers rapports avec Mu ñ0:portaient tellement le cachet de la vérité, qu'il fut tout aussitôt hors de doute qu’ils avaient dû être donnés par la seule personne qui, témoin oculaire de toute la vie privée de Marie-Christine, pôt si bien la connaître. Marie- Christine n'hésita pas à attribuer ces compromettantes révélations à une perfidie de Finfante doûa Carlotta. Aussi le ministre de l'intérieur, Cabello, s'étant rendu auprès d’elle pour lui parler de cette brochure : « Vous n’avez pas besoin de tant vous. creuser la cervelle pour trouver l’auteur de cette publication, lui dit la reine, je vous le nommerai moi-même : c'est ma sœur. »

On comprend que Marie-Christine: devait éprouver une vive répugnance à rencontrer la sœur qui avait poussé Pesprit de vengeance jusqu’à divulguer ses plus secrètes faiblesses. Cependant le château parvint à opérer une espèce de réconciliation entre les deux princesses, qui se revirent la haine dans l’âme et le sourire sur les lèvres.

Dès que Marie-Christine eut renoncé à la régence, doña Carlotta, poursuivant toujours son idée fixe du mariage de son fils aîné avec la jeune reine, fit réclamer par son mari la tutelle de ses nièces.: Mais les prétentions de ce prince furent repoussées par les tribunaux saisis de la question. Quand celle de la régence fut portée devant les cortès, personne ne songea à l'infant. Nouvelle déception pour l’altière Carlotta; mais l'espoir d'exercer de l'influence sur l'esprit du régent lui fit une nécessité de dissimuler son dépit, et, oublieuse de toute dignité dans cette circonstance, elle obligea même son .débonnaire mari à féliciter le général Espartero sur le choix que les Cortès venaïent de faire de lui pour la régence du royaume, |

La mauvaise gestion. de la fortune considérable des infants leur rendait le séjour de Paris trop dispendieux ; da moins ce fut Jà le prétexte mis en avant pour colorer leur départ. Mais il est très-probable que cette résolution leur fut à peu près imposée. Marie-Christine, aussi choyée aux Tuileries que sa sœur y était mal vue, obtint qu’on l’engagerait à s'éloigner. Après avoir annoncé qu'ils allaient prendre: les bains de mer à la Teste, les infants quittèrent Paris au printemps de 1841, et vinrent s'établir au château de Margaux, appartenant à Aguado. Pendant ce temps l'infante deña Carlotta faisait auprès du régent Espartero d’actives démarches pour rentrer en Espagne; et, en dépit des répugnances personneles du régent, qui redoutait avec raison l'esprit d’intrigue de cette princesse, elles finirent par être couronnées de suecès.

Ce que le régent avait redouté arriva. A peine doûa Carlotta fut-elle à Madrid, que des intrigues furent nouées pour circonvenir la jeune-reine et lui inspirer le désir d’épouser son cousin. Il fallut. renvoyer des employés du palais, des précepteurs , qui étaient entrés dans les vues de l’infante: Indépendamment de ces moyens d’action occultes, l'infante demanda que son fils fût nommé officier dans le régiment

de hussards qui tenait garnison à Madrid, et qui escortait la reine dans ses promenades, espérant que ce rapprochement des jeunes cousins servirait ses projets. Le but de cette demande était trop évident pour qu’il ne fût pas deviné. On nomma bien le duc de’ Cadix officier au régiment de hussards, mais en même temps on envoya ce régiment tenir garnison à Ocana. Fatigué de ces intrigues, dont on retrouvait la trace à chaque pas, le gouvernement donna l'ordre aux infants de quitter Madrid. Ils résistèrent tant qu'ils purent, et, cédant enfin, se rendirent à Saragosse. C’est à cette époque que se forma la coalition parlementaire qui plus tard dégénéra en insurrection militaire et renversa le régent. L’infante, entrevoyant dans la coalition un moyen de saisir une influence qui lui échappait toujours, se jeta tête baissée dans cette conspiration. Espérant bien réussir à faire de son débonnaire mari un drapeau autour duquel se rallieraient les partis, elle se mit à l’œuvre pour le faire nommer député par la province de Saragosse, le titre de député dont son mari serait revêtu devant forcément lui rouvrir les portes de Madrid. A foree d’intrigues , l'infant fut nommé député de l’Aragon.. Ce premier triomphe de l’infante fut suivi de sa pleine adhésion aux projets de la coalition. L’infant vota toujours avec l'opposition; mais si sa femme avait voulu le rendre populaire, il ne fut que ridicule. Quand le moment de l'insurrection contre le régent fut venu, l'irfante, qui espérait toujours qu’une nouvelle révolution amènerait quelques chances desuecès ensa faveur, prodigua l'or pour aider au succès de linsurrection; on accepta son or, mais le résultat de la lutte fut encore pour elle une nouvelle déception. Aucun parti ne lui tint compte de ses sacrifices, tous la délaissèrent. Les choses en arrivèrent au point que la séance royale du 10 octobre:1843 ayant été suivie d’une collation offerte à la reine, les infants présents à la séance n’y furent pas invités ; irritée de cet affront , l'infante quitta brusquement le palais du sénat, et dut rejoindre sa voiture par une pluie battante.

Abreuvée de dégoûts, doûa Carlotta se retira à l’Escurial. Une vie siagitée; tant de déceptions éprouvées coup sur coup, durent altérer la santé de cette princesse; son orgueil sans cesse blessé, ses projets successivement déjoués par tous les partis, le peu de gré que lui avait su l'opposition de sa rupture avec sa sœur, furent autant de causes de profonde douleur pour cette âme passionnée; et la rentrée de Marie- Christine en: Espagne dut surtout la blesser au cœur, car elle savait par expérience qu’il y a des offenses que dans sa famille on ne pardonne jamais.

Quoi qu'il en ait pu être des tortures morales de cette princesse et des causes de sa maladie, diversement interprétée par le vulgaire, qui voit presque toujours quelque chose d’extraordinaire dans le trépas des puissants de ce monde, il est certain que la mort de doûa Carlotta impressionna vivement les esprits à Madrid, car on y apprit presqu’en même temps et sa maladie et son décès. Il paraît que l'affection à laquelle elle succomba fut une petite-vérole volante rentrée L’infante mourut le 29 janvier 1844, laissant huit enfants dont trois princes et cinq princesses.

Doña Carlotta est un frappant exemple de cette vérité, que les meilleures qualités (car on lui en accordait d'excellentes) sont effacées par les défauts du caractère et par une mauvaise éducation. Dans les événements qui se sont accomplis en Espagne depuis 1819, époque du mariage de l'infante, elle aurait pu jouer un rôle d’une grande impor tance, si, moins dominée par un orgueil insensé, elle eût su joindre à l’ardeur de ses pensées quelque aménité de caractère. Rapprochée du trône par V’exelusion de don Carlos, elle eût pu devenir le centre d’une résistance régulière et utile contre les: projets réactivnnaires de la reine Marie-Christine ; mais son esprit turbulent, inquiet , ne savait pas attendre. Elle voulut toujours devancer les événements par d’ignobles intrigues , pour nerien devoir à la co-

opération des hommes politiques. A force de vouloir dominer exclusivement, elle créa autour d’elle un isolement complet, et le parti libéral, qui certainement lui a eu de grandes obligations, ne voyant dans ces services que le calcal d’une ambition personnelle en dehors des principes de liberté et des intérêts du pays, la repoussa toujours comme chef d’une opposition légale. MARLIANI.

L'époux de doña Carlotta, l’infant François de Paule, est mort le 13 août 1865, à Madrid. De ce mariage sont issus deux fils et cinq filles.

L'ainé des fils, François d'Assise, duc DE Canix, né le 13 mai 1822, a épousé, le 10 octobre 1846, l’ex-reine d’Espagne Isabelle II. Quant à son frère puiné, Henri, duc DE SÉviILLe, né le 17 avril 1823, la fameuse intrigue diplomatique dite affaire des mariages espagnols eut pour résultat de lui enlever, avec la main de la seconde fille de Marie- Christine, la fortune immense de cette princesse, qui a épousé le duc de Montpensier. L’infant s’en consola en faisant un mariage d’inclination : il s’unit le 6 mai 1847, à Rome, à la fille d’un simple gentilhomme, Hélène de Cordova, qui le laissa veuf le 29 décembre 1863, avec trois fils et une fille, Destitué le 13 mai 1848 des honneurs attachés au titre d’infant, il lui fut permis d'y rentrer en 1856 et obtint le grade de vice-amiral. La révolution de septembre 1868 ne lui en a laissé que le titre.

Les filles de dona Carlotta sont : 1° Zsabelle, née en 1821, mariée le 26 juin 1841 au comte Ignace Gurovsky; 2° Louise, née en 1823, mariée le 10 février 1847 au duc de Sessa, grand d’Espagne; 3° Joséphine, née en 1827, mariée le 28 juin 1848 à M. Joseph Guell y Rente, écrivain distingué et qui a siégé comme député aux cortès; 4° Marie- Christine, née en 1834, devenue le 19 novembre 1860 la seconde femme de l’infant Sébastien, son cousin germain; 5° Amélie, née en 1834, qui a épousé le 25 août 1856 le prince Adalbert de Bavière,

CARLOVICZ, ville ou commune militaire de Slavonie, dans le cercle de Peterwardein, sur la rive droite du Danube, avec 5,000 habitants, est célèbre par les vins excellents que produisent les vignobles voisins. Le rouge, notamment, est l’un des meilleurs et des plus capiteux qu’on récolte en Hongrie. 1] s’en expédie de fortes quantités à l'étranger. Le wermouth de Carlowicz est également en grande réputation et envoyé au loin. Comme siége d’un archevêque grec non uni, Carlowicz, à l’époque des troubles révolutionnaires de 1848 et 1849, fut un des foyers de l’insurrection serbe contre la Hongrie. Il en résulta que cette ville fut alors à diverses reprises l'objet et le théâtre de luttes acharnées entre les Serbes et les Magyares, et ensuite entre les Hongrois et les Autrichiens.

Cette ville est célèbre anssi dans l’histoire par le frailé de paix de Carlovicz, qui y fut conclu pour vingt-cinq ans, le 26 janvier 1699, entre l’Autriche, la Russie, la Pologne et la république de Venise coalisées, d’une part, et la Porte de l’autre. Cette paix valut à l'Autriche autant d’agrandissements de territoire que les Turcs en avaient pu acquérir en deux cents ans. Elle conserva la Transylvanie et le pays de Baczka situé entre la Theiss et le Danube, tandis que la Porle resta en possession de Temesvar. Venise conserva la Morée jusqu’à l'isthme. Grâce à l'intervention des puissances maritimes , la Pologne obtint la Podolie et la restitution de tout ce qu’elle avait possédé en Ukraine avant Mahomet IV ; toutefois elle dut céder à la Porte quelques places dans la Moldavie. La Russie, qui d’abord ne consentit qu’à un armistice de deux ans, porté plus tard à trente ans, conserva le territoire d’Azow. Mais ce que celle paix eut sur tout d’important pour l'Autriche, c’est qu'elle lui rendit la liberté de ses mouvements au moment où la guerie de la succession d'Espagne menaçait d'éclater.

CARLOVINGIENS, nom par lequel on désigne ordinairement les descendants de Pepin le Brefet deChar-

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