‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 357 sur 556 · CARLYLE — CARMAGNOLA · texte numérisé non relu

CARLYLE — CARMAGNOLA

conduit Carlyle jusqu'au berceau de la race saxonne, et de là jusqu'aux langes du genre humain ; s’il pouvait remonter un peu plus: haut, il ne s'en ferait pas faute. C’est, après tout, un curieux phénomène que ce mélange accompli dans l'intelligence de Carlyle : l'observation positive et la pratique anglaise s’alliant à l’érudition mystique dé l'Allemagne moderne. Si cet homme remarquable voulait épurer, condenser et affermir son système et ses observations , il pourrait donner à l'Angleterre ce qu’elle n’a pas produit depuis longtemps, un bon livre philosophique. Seul’en effet de:tous lés hommes politiques de son ‘pays il paraît comprendre la fusion de l’Europe, l’époque souffrante et palingénésique où nous vivons, sa transformation par les angoisses, son renouvellement par la douleur, et l'épreuve de feu et de larmes que traversent les sociétés humaines aspirant à se reconstruire quand les temps sont accomplis. Philarète CHasLes.

Les ouvrages de Thomas Carlyle qui ont pour titres : On Hero Worship (la Religion des Héros, 1841),et The Past and the Present (le Passé et le Présent, 1844 ), trahissent chez cet écrivain une nouvelle tendance, qui plus tard a pris toutes les allures du fanatisme, et qui a pour but de mettre l'individualisme complétement au-dessus de l'humanité er général. Ces idées l’ont conduit en dernier lieu au culte formel du passé, parce que suivant lui l'état de la société à cette époque permettait à l’individualité de recevoir une empreinte plus énergique que de nos jours. Cette manière de voir se trouve poussée à l'extrême dans ses Latter day Pamphlets, 1850. On peut regarder ces brochures comme la plus spirituelle apologie du système rétrograde en politique et la critique la plus acerbe de l'esprit de progrès particulier à notre époque, qu’on ait publiées en Europe dans es dernières années. 11 est même de toute exactitude de dire que la théorie du césarisme développée et préconisée récemment par certains écrivains français a pour point de départ les idées émises par Carlyle.

De tous les ouvrages de cet auteur celui qui a le plus de valeur historique est intitulé : Letters and Speeches of Oliver Cromwell (2 vol., 1845); il l’a fait suivre, en 1846, d’un supplément. Si le commentaire de l'éditeur brille plus par la sagacité et l'éloquence que par l’impartialité, il faut lui savoir gré d’avoir tenté avec succès la réhabilitation d’une des plus grandes figures: de l’histoire d’Angleterre. Mais, comme il est arrivé à plusieurs autres productions importantes, cette production de Carlyle a obtenu bien moins de succès en Angleterre qu’à l'étranger. En 1850 il se mit sur les rangs pour la place de recteur de l’université d'Abérdeen ; sa candidature échoua, mais en 1865 il fut élu à une forte majorité recteur de celle d'Édimbourg.

Le dernier livre qu’ait publié Carlyle est une Histoire de Frédéric IT, roi de Prusse (Londres, 1858-1865, 6 vol. in-8), un de ses meilleurs ouvrages:

CARMAGNOLA , ville d'Italie, province de Turin, à 25 kilomètres de Turin, près de la rive droite du P6, avec 13,000, âmes de population. Cette ville fait un commerce important en soie, chanvre, toilés, grains et bestiaux. C’était autrefois une place forte, Elle fut prise en 1691 par Catinat, et en 1796 par l’armée aux ordres de Bonaparte.

CARMAGNOLA , général vénitien, dont le véritable nom était Francesco BussonE. Il était fils d’un paysan de Carmagnola, dans le comté de Saluces, et dans sa jeunesse il gardait les troupeaux. 11 s’engagea ensuite comme soldat , et se distingua tellement par son courage et son sang-froid|, que son avancement fut rapide, et qu'il fut promu au grade de général sous le duc Philippe Visconti de Milan. Ce prince lui donna d’abord toute sa confiance, et lui fitmême épouser une de ses parentes. Mais les hommes de son entourage ne virent pas sans une profonde jalousie la fortune faite par ce parvenu; ils s’attachèrent donc à le calomnier dans l'esprit du duc, et Carmagnola, tombé en disgrâce, se vit contraint d'abandonner le Milanais, Il alla alors séjourner pendant

CARMAGNOLA — CARMATHES

quelque temps aux lieux de sa naissance ; mais Foscari, doge de Venise , ne tarda pas à le décider à accepter le commandement en chef de l'armée vénitienne. Carmagnola fut heureux dans sa campagne contre le due de Milan; et en 1426 il le contraignit à abandonner à la république de Venise l'importante place de Brescia et son territoire. 1l eut moins de succès dans les deux guerres qu’il fut ensuite chargé de faire au duc de Milan, en 1427 et en 1431, à tel point qu’il encourut même le soupçon de trahison. Ce motif le détermina en 1432 à revenir à Venise, où, en lui appliquant la question, on lui arracha des aveux par suite desquels on le décapita le 5 mai, comme coupable de haute trahison. Ses intortunes ont souvent été prises pour sujet par des auteurs dramatiques, entre autres par Manzoni dans sa tragédie intitulée : Z£ Conte di Carmagnola (Milan, 1820). CARMAGNOLE, nom d'un chant révolutionnaire, plus inconvenant que grivois, qui commençait par ces mots :

Madam’ feto avait promis, P

et dont chaque couplet se terminait par ce refrain :

Daosonsla Carmagnole, Vive le son Du canon!

Mais aucun étymologiste n’a pu nous apprendre si la chanson ct la danse sont originaires de Carmagnole et en ont pris le nom; si l'air de la Carmagnole n’a pas été composé par quelque musicien de cette ville; si la chanson n’a pas pris le nom de son auteur, etc. Quoi qu’il en soit, la Carmagnole, dirigée contre Marie-Antoinette, date de 1792. Elle rivalisa longtemps avec l'air de Ça ira, qu’on nommait aussi Le Carillon national. Ces deux chansons, jouées par les musiques militaires, comme pas redoublés, et par les orchestres des spectacles pendant les entre-actes, à la suite de l'Hymne des Marseillais et du Chant du Dé: part, se maintinrent en faveur jusqu’au 18 brumaire 1799, sauf l'intervalle réactionnaire où l’on chanta le Réveil du Peuple, entre le 9 thermidor 1794 et le 13 vendémiaire 1795. Bonaparte, qui en Italie et en Égypte avait conduit les Français à la victoire avec les airs de Ca ira, de la Carmagnole et de la Marseillaise, répudia cette musique révolutionnaire lorsqu’il fut consul. Le Chant du Départ, moins démagogique , moins incendiaire , quoique républicain, continua d’être chanté jusqu’à la fin du consulat. Si l’auteur de la Carmagnole n’était pas mort, ou n’eût pas gardé l’anonyme, il aurait peut-être partagé la bonne fortune de Pauteur de {a Marseillaise, Rouget de l'Isle, que la royauté de 1830 dota d’une pension.

Quant au costume appelé Carmagnole , il nous est plus facile d’en faire connaître l’origine : il consistait en un gilet-veste, un large pantalon garni en cuir, un bonnet de police ou un bonnet rouge; on avait, avec cela , le col de la chemise ouvert ou à peine caché par un mouchoir rouge, noué négligemment sur la poitrine, et les cheveux flottant sur les épaules. Comme c'était le vêtement ordinaire des ouvriers qui chantaient ou dansaient la Carmagnole, on donna au costume le nom de la chanson ; et parce que lés gens du grand monde et dé la classe aisée n’avaient pas encore remplacé la culotte courte par le pantalon large, ils appelèrent sans-culottes les hommes qui étaient vêtus en carmagnole et qui chantaient la Carmagnole. A cette occasion plusieurs députés de la Convention , plusieurs membres dés clubs des Jacobins et des Cordeliers, crurent se faire honneur et se populariser en adoptant le costume de la Carmagnole ou des sans-culottes, qui devint plus rare après la Terreur, mais qui ne disparut entièrement qu’au 18 brumaire.

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