H. AUDIFFRET
CARMARTIIEN. Voyez CAERMARTHEN.
CARMATHES. C’est le nom arabe d’une troupe d’héréliques musulmans , qui, dans le moyen âge, causèrent à
l'islamisme d’aussi grands maux qu’en ont fait de nos jours les Wahabis. Le fondateur de cette secte, Al-Farady où Kersah, fils d'Otliman, fut appelé Carmath ( dé“ivé, par altération, de carminat, qui a les yeux rouges) suit à cause de sa difformité , soit en raison du village où il était né dans les environs de Koufah, ville fameuse de l'Irak, sur les frontières de l'Arabie. Cet imposteur commença par prêcher sa doctrine à ses compatriotes et aux Bedouins ; il faisait jurer ses sectateurs Sur un livre qu’il disait tenir du ciel, et en télé duquel on lisait qu’il était le Messie, c’est-à-dire tout à la fois Jésus et le Verbe , et le Mahdy (le directeur attendu par les musulmans chyites), et Mohammed, fils d’'Hanifah (lun des imams de la race d’Ali), et l'ange Gabriel, et Jean fils de Zacharie, et le Saint-Esprit, et le chameau et le cheval, dont il avait pris le corps en qualité de Messie. Les grossières invraisembjances dé tout ce fatras mystique auraient dessillé les yeux d’une nation plus éclairée. Elles servirent à mieux tromper ces hommes ignorants, 11 leur persuada qu'il était prophète , comme l’avaient été Adam, Noé, Jésus, Mahomet et Mohammed, fils d’'Hanifab; il leur prescrivit cinquante prières par jour au lieu de cinq, en se tournant vers Jérusalem , et la solennité du lundi au lieu du vendredi, mélange de christianisme et de mahométisme.
La secte des carmathes détruisaït tous les préceptes du Coran par des. interprétations allégoriques : pour eux, la prière n’était que le symbole de l’obéissance à leur chef, auquel ils donnaient le titre de massoum (protégé de Dieu) et la qualité d’imam ou pontife. Le jeûne était l'emblème du silence et du secret sur leurs dogmes à l'égard des étrangers, et la défense de la fornication signifiait la fidélité envers leur imam. Là dîime pour les pauvres, ils la remplaçaient par le cinquième , qui lui était réservé; ils buvaïent et mangeaïent sans scrupule tout cé qui était prohibé par le Coran, et se dispensaient des ablutions qu’il prescrit. Ils croyaient que les hommes avaient les anges pour amis, pour guides , pour gardiens, et que lés démons étaient leurs ennemis déclarés, sans cesse occupés à leur nuire.
Cette secte, qui se propageait secrètement depuis le commencement du neuvième siècle , éclata l’an 278 de l’hégire (891 de J.-C.), sous le khalifat de Motamed, et commença d’exciter des troubles. En 898, Abou-Saïd-Al-Djannabi, chef des carmathes, se rendit maître de plusieurs places de Ja province de Bahr-Aïn, s’avança jusqu’à El-Katif, et menaça Bassora, que le khalife fit entourer d’une muraille. L’an 900 il vainquit l’armée du khalife, fit son général prisonnier, et le mit en ‘iberté, après lui avoir fait promettre d'engager ce prince à ne plus faire la guerre à un peuple endurci à la fatigue, qui ne ferait aucun quartier à ses troupes. En 901 Abou-Saïd s’empara de Hadjar par famine , en fit passer tous les habitants au fil de l'épée, et l’'abandonna après avoir partagé le butin entre ses troupes. Maitre de Hadjar et d’AI- Absa , il s'empara en 906 de Sana, capitale de l'Yémen, et se forma un grand État dans l'Arabie. 1l mourut assassiné dans un bain en 913. Abou-Taher-Soliman, son fils, quoique à peine âgé de dix-huit ans, sut inspirer la plus grande confiance à ses sectateurs , en leur persuadant que Dieu lui révélait les choses les plus cachées. Il en compta parmi toutes les classes d'habitants et dans toutes les provinces de l’empire. À la tête de plus de 100,000 hommes, il prit Bassora d'assaut en y23, massacra un grand nombré d'habitants, et l’'abandonna après lavoir pillée et saccagée pendant dix-sept jours. L’année suivante , il surprit la caravane sacrée, qui revenait de la Mecque , et la pilla. En 931, après avoir ravagé le territoire dé la Mecque, il prit de vive force cette ville sainte, y massacra près de 30,000 habitants, combla de cadavres le puits Zemzem, souilla le Kaaba, où il en enterra trois mille, et en enleva là fameuse pierre noire, antique objet de la vénération des musulmans. Après cet attentat, jusque alors inout’ il alla avec une poignée d'hommes insulter le khalife jusqu'aux portes de Bagdad. Ce ne fut
qu’en 939 qu’Abou-Taher, moyennant 25,000 dinars qu'il reçut du khalife, permit le pèlerinage de la Mecque, interrompu depuis huit ans. Ce prince mourut en 943, et la puissance des carmathes, qu’il avait portée au plus haut période, commença d'aller en décadence, Devenus moins actifs et moins guerriers, en 950, sous le khalifat de Mothy, ils rapportèrent de Koufah à à Mecque la pierre noire, qu'ils avaient enlevée vingt ans auparavant, en déclarant qu'ils l'avaient prise par un ordre exprès du ciel, et qu'ils la rendaient d’après un ordre semblable. Les dévots musulmans publièrent qu'il avait fallu à ces impies quarante chameaux vigoureux pour emporter cette relique, et au’un seul chameau maigre avait suffi pour la rapporter.
Depuis cette époque, l’histoire des carmathes offre plus de lacunes et moins d'intérêt. L’anarchie acheva de les affaiblir. En 985 ils prirent et pillèrent Koufah; mais le prince bowaïde Samsam-Eddaulah, souverain de Bagdad au nom du khalife, envoya contre ces rebelles une armée, qui en tua un grand nombre, et dispersa le reste. Chassés depuis une quarantaine d’années de leurs possessions en Arabie, par les Baridiens, et n'ayant pu former que des établissements précaires dans la Syrie et dans l’Irak, les carmathes se dissipèrent et cessèrent de faire parler d’eux. Leur hérésie se fondit et se modifia dans quelqu’une des nombreuses sectes qui divisent la religion mahométane , puis a reparu dans celle des Wahabis, H. AUDIFFRET.
CARMEL (Mont), cap situé en Palestine, sur la côte méridionale de la baie de Ptolémaïs (Saint-Jean d’Acre). Il se compose de plusieurs plateaux fertiles, bien boisés et contenant un grand nombre de grottes et d’étroites vallées, avec une circonférence de près de 8 myriamètres, et, à l'embouchure du Kishou, se termine en une plaine agréable, On voit encore sur ses hauteurs des ruines d'églises et de couvents, qui datent du temps du royaume chrétien de Jérusalem, ainsi qu’une grotte qui, selon la tradition, fut habitée par le prophète Élie. Dès le quatrième siècle des anachorètes chrétiens choisissaient le mont Carmel pour y mener la vie cénobitique; cependant ce ne fut que vers l'an 1156 que des pèlerins, sous la conduite de Berthold de Calabre, y établirent une confrérie d’ermites, berceau de l’ordre des Carmes. Le couvent qu’ils avaient fondé sur le mont Carmel fut détruit à diverses reprises, et en dernier lieu en 1798 par les Français, lors de leur expédition en Égypte. J1 n’a été rétabli depuis que grâce aux infaligables et pbilantbropiques efforts du frère Jean-Baptiste, qui, à l'effet de recueillir les dons pieux des fidèles pour sa réédification, parcourut tour à tour depuis 1825 les trois parties du monde. En 1844 le nombre toujours croissant des pèlerins et des voyageurs nécessitant l’agrandissement des bâtiments existants, frère Jean-Baptiste eut encore le courageux dévouement de repartir pour aller recueillir les aumônes des âmes pieuses dans les contrées de l’Europe qu’à sa première tournée il n’avait pu visiter.
CARMÉLITES. Voyez Carmes.
CARMENTA ou CARMENTIS, déesse des Romains qui prédisait l’avenir, ainsi que l'indique son nom, dérivé du mot carmen (poëme, prophétie). Elle avait un temple au pied du mont Capitolin et des autels à la porte Carmentale. Les femmes seules étaient admises à célébrer sa fête, qu’on appelait Carmentales (carmentalia). On l'invoquait alors sous les noms de Pos{vorta et d'Antevorta, qui vraisemblablement se rapportaient à son don de prophétie. On la regardait comme proche parente de Faune, parce que ce Dieu était, disait-on, originaire d’Arcadie, et on faisait d’elle la mère d'Évandre l’Arcadien. Quoiqu’on prétendit à cause de cela que son culte était originaire d’Arcadie, il est certain que c’est là une divinité d'origine complétement italique, et dont tous les attributs offrent une frappante analogie avec ceux des Camenæ. Ovide nous a transmis des prédictions qu’elle avait prononcées touchant la gloire fu-
CARMATHES — CARMES
ture de Rome. Plutarque dit que la mère d’Évandre se nommait Thémis ou Nicostrate. On hui donna le nom de Carmenta parce que quand elle présidait l'avenir, elle paraissait hors d'elle-même et avoir perdu la raison (carere, manquer, et mens, raison); c’est de là, ajoute-t-il, qu’on appela Carmenta les compositions poétiques qui exigent de l'enthousiasme.
CARMENTALES, fêtes établies à Rome en l'honneur de Carmenta. Des auteurs ont pensé que cette déesse était la Lune, et que cette fête avait rapport au renouvellement de l’année ; d’autres disent qu’elle fut établie en mémoire d’une réconciliation des dames romaines avec leurs maris, réconciliation qui fut suivie d’une grande fécondité, attribuée à Carmenta. Cette fête durait du 11 au 15 janvier. Il était défendu pendant les cérémonies carmentales de toucher du cuir ou quelque animal mort naturellement. DELBARE.
CARMES, CARMÉLITES, ordre religieux qui prit naissance sur le mont Carmel, d’où il tire son nom. Cette montagne fut jadis le séjour de ceux que l’Écriture appelle Les enfants des prophètes : ils y vivaient dans la solitude, sous la direction d’Élie et de son successeur Élisée. Pour se donner une origine antique, les carmes ont prétendu que cette espèce de communauté subsista jusqu’à la venue du Messie, et que les solitaires qui la composaient, après avoir embrassé le christianisme, continuèrent le genre de vie qu'ils menaient auparavant. Il suivrait de là qn'Élie serait le fondateur des carmes, et que cet ordre serait le plus ancien de tous, puisqu'il remonterait à près de 900 ans avant J.-C. Mais Papebroek, continuateur de Bollandus, soutient, avec plus de raison, que depuis la captivité de Babylone jusqu'au onzième siècle il n’y eut point d’ermites sur le mont Carmel.
Ce fut vers le temps de la première croisade que des pèlerins qui étaient venus visiter la terre sainte se retirèrent dans les grottes qui sont autour du Carmel, pour y embrasser la vie érémitique. Vers l’an 1105, un nommé Bertold commença à les réunir en communauté, sans que pour cela ils abandonnassent leurs cellules. On ne voit point à quelle époque les femmes furent admises dans l’ordre. En 1209, à la prière de Pabbé Brocart, le B. Albert, patriarche latin de Jérusalem, donna à ces ermites une règle sévère, qui prescrivait un silence presque absolu , une clôture entière, des jeûnes longs et rigoureux, des prières continuelles, etc. Cette règle, approuvée par le pape Honorius III, fut confirmée par Grégoire IX et par Innocent IV.
L'ordre fleurit longtemps aux lieux qui l'avaient vu naître : mais les vexations des Sarrasins, qui avaient repris la Pa lestine, obligèrent les religieux de se réfugier en Europe, où déjà ils comptaient quelques maisons. Du petit nombre de ceux qui demeurèrent sur le Carmel, plusieurs vinrent en France à la suite de saint Louis, et s’établirent à Paris, d’où l’ordre s’étendit dans le reste du royaume.
L'excessive sévérité de la règle donnée par Albert ne put tenir contre le relâchement qui commençait alors à se glisser dans la plupart des ordres religieux : les abus se multiplièrent chez les carmes, non moins qu'ailleurs, et pour en prévenir de nouveaux, le pape Eugène IV fut obligé, en 1431, d'approuver les nombreux adoucissements que le temps avait apportés à la règle,
Cent trente ans après, sante Thérèse enireprit de ramener l'ordre à l’austérité primitive. Malgré les obstacles sans nombre qu'elle eut à surmonter, elle parvint, en 1567, à fonder une maison de filles, où elle établit la réforme qu'elle méditait. Bientôt, par les soins du P, Jean de la Croix, quelques religieux se soumirent à la nouvelle règle ; et vingt ans après, à la mort de la réformatrice, son institut comptait trente monastères. Le nom de carmes déchaussés, qu'adoptèrent les disciples de sainte Thérèse, les distingua des carmes mitigés, qui n'avaient pas embrassé la réforme. Le nouvel ordre se partagea en deux grands corps, subdivisés