‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 359 sur 556 · CARMES — CARMIN · texte numérisé non relu

CARMES — CARMIN

en plusieurs provinces : le premier, qui conserva toute l’austérité de la réforme, demeura en Espagne; le second, un peu moins sévère, se répandit en France, en Italie, en Allemagne, en Pologne et jusque dans la Perse.

Pour se rapprocher de la vie érémitique des religieux du Carmel, chaque province des carmes déchaussés eut une espèce de solitude ou de désert, avec quelques cellules séparées dans lesquelles chacun des religieux dut s’enfermer tour à tour pendant un an, pour y vaquer uniquement à la prière et se livrer à toutes sortes d’austérités. Un des plus célèbres ermitages était celui que Louis XIV avait fait bâtir près de Louviers.

L'ordre des carmes fut supprimé en France, avec les autres, en 1790. Sous la Restauration, quelques anciennes carmélites se sont réunies dans certaines villes, et ont établi des maisons, où elles s'occupent de l’éducation des jeunes personnes. L'abbé C,. BANDEvIL LE.

Les carmes et carmélites comptaient encore dans le monde au dix-huitième siècle 7,000 couvents, avec 180,060 religieux et religieuses, divisés en 38 provinces. Les carmes proprement dits avaient à Paris un couvent à la place Maubert ; il a été depuis converti en marché. Le couvent des Billettes devint la propriété des carmes réformés en 1631; les carmes déchaussés avaient une maison religieuse dans la rue de Vaugirard, Ils possédaient le secret de deux compositions dont ils faisaient un commerce lucratif, le blanc des carmes, qui donnait aux murs le brillant d'un marbre poli, et l’eau de métisse, dite des carmes, dont toute petite-maîtresse voulait avoir un flacon. Ce couvent, supprimé en 1790, servit plus tard de lieu de détention. Grand nombre de prêtres y trouvèrent la mort lors du massacre des prisons, aux journées des 2 et 3 septembre 1792. Des carmélites en reprirent possession en 1808, sous la direction de M" de

Soyecourt; expropriées en 1853 pour le percement de la rue de Rennes, elles obtinrent 400,000 fr. d’indemnité, et fondèrent une autre maison dans l'avenue de Saxe,

L'ordre des carmélites fut introduit en France en 1452. Il y en avait aussi de déchaussées. Le premier couvent de leur ordre à Paris fut fondé par la princesse d'Orléans de Longueville, rue d'Enfer, sur l'emplacement de l’ancien monastère de Notre-Dame des Champs. C’est dans ce couvent que se retira Mlle de La Vallière, Il fut supprimé en 1790, et les hâtiments furent démolis,

L'ancien couvent des Carmes, situé rue de Vaugirard, n° 76, à Paris, sert d’asile à l'École des hautes études ecclésiastiques, dite école des Carmes, qui a été fondée par M. Affre.

CARMIN, substance précieuse pour la peinture, et fort employée dans la préparation du rouge de fard, le pastillage des confiseurs, et surtout la coloration des fleurs artificielles. Les liquoristes en font aussi un grand usage. Sa base essentielle est la carmine, que Pelletier et Caventou sont parvenus à extraire de la cochenille. Ces deux chimistes ont émis l'opinion que le carmin l'offre masquée et à l’état de combinaison triple avec une substance animale azotée qui existait avec elle dans la cochenille, et avec une portion

de lacide qui dans le procédé de fabrication du carmin

est employé en quantité plusou moins grande.

Quoiau’il semble bien facile de fabriquer le carmin quand on a à sa disposition de belle cochenille bien conservée, on trouve d'énormes différences dans les qualités, le ton de couleur et l'éclat des différents carmins que nous offre le commerce. 11 ne paraît même pas que le développement des {héories ni l'isolement de la carmince aient eu une influence fort heureuse pour la perfection du carmin. Bien longtemps ävant les beaux travaux d’analyse chimique faits à ce sujet, il existait à Paris une fabrication de carmin fin, dirigée par un sieur Langlois, dont aucua des nombreux imitateurs n’a surpassé le bonheur sous le rapport de l'excellence de la fabrication, si mêmeson carmin a été égalé. Une dame Cé-

nette d'Amsterdam à aussi été pendant bien longlemps en possession de foûrnir Paris d’un carmin admirable pour la vivacité du ton, le velouté de la nuance et l’inaltérabilité de cette précieuse couleur. Un sieur Alyon les avait suivis de près dans la carrière du perfectionnement. Si nous examinons d’ailleurs attentivement les procédés mis en usage par ces anciens fabricants, si nous les comparons avec les procédés modernes, et qui dans le fait ne semblent pas susceplibles de modifications essentielles, rous sonimes étonné, et nous ne savons à quoi attribuer l’infériorité relative de la plupart des carmins du commerce actuel. Le carmin il y a soixante ans se vendait énormément cher; aujourd'hui, que le prix en est considérablement diminué, on peut supposer que la plupart des fabricants y introduisent de la laque carminée, tirée de la garance, ingrédient à vil prix. Quoi qu'il en soit, voici les recettes du carmin de Langlois, Alyon et madame Cénette.

Carmin de Langlois. On fait bouillir dans une grande chaudière de cuivre quatre seaux d’eau de rivière; on retire un kilogramme d’eau chaude, que l’on passe à travers un {amis fin dans une terrine, sur cinq œufs battus avec leurs coquilles, ce qui forme une émulsion que l’on conserve à part. On verse dans la chaudière une lessive filtrée, de quarante grammes de soude d’Alicante, dissoute dans deux kilogrammes d’eau bouillante ; on y ajoute en même temps 875 grammes de cochenille mestèque, moulue grossièrement. On remue constamment avec un pinceau à manche, et l'on fait bouillir pendant une demi-heure; on enlève la bassine du feu, et l’on y ajoute 60 grammes d’alun de Rome pulvérisé; on agite une seule fois avec le pinceau, et on laisse reposer dix à douze minutes; on remarque alors que Ja couleur violette a passé au rouge intense, nuance écarlate : c’est ce qu'on appelle faire revenir le carmin. On décante le liquide dans une chaudière, on ajoute l’émulsion passée au tamis, ct l’on donne encore un bouillon, Alors on verse Je carmin sur une toile fine, tendue sur un carrelet. Le liquide rouge qui passe, et qu'on reçoit dans un vase de bois blanc, peut être utilisé à la préparation des laques. Le dépôt formé sur la toile est aesséché à l’ombre. On le réduit ensuite en poudre, on ,€ tamise, et on le conserve à l'abri de l’humidité dans des boîtes en fer-blanc.

Carmin de madame Cénette. On fait bouillir dans une chaudière six seaux d’eau de rivière; au moment où cette eau commence à bouillir, on y ajoute un kilogramme de cochenille mestèque, réduite en poudre très-fine. Après deux heures d’ébullition, on y met 90 grammes de nitre pur, et un moment après 125 grammes de sel d’oseille. Après avoir fait bouillir encore dix minutes, on ôte la chaudière de dessus le feu, et on laisse reposer le tout pendant quatre heures. On enlève l’eau de dessus le carmin à l’aide d’un siphon, et cette eau se met par égales portions dans plusieurs terrines vernissées. Ces terrines sont abandonnées pendant trois semaines dans un lieu frais. I1 ne tarde pas à s'y former une moisissure pelliculaire. 11 faut enlever cette moisissure à laide d’une baleine garnie d’une petite éponge très-fine. On fait écouler l'eau par un siphon, qui peut sans inconvénient être plongé jusqu'au fond des -terrines, où le carmin reste attaché et adhère fortement. Ils dessèche ce carmin à l'ombre. II est superbe.

Procédé d'Alyon. On fait bouillir dans une bassine de cuivre deux seaux et demi d’eau de rivière; on y verse, par petites parties, 500 grammes de cochenille moulue, et on remue avec un pinceau. Après une heure de nonvelle ébuilition, on ajoute une légère lessive alcaline, préparée dans la proportion de vingt grammes de soude et un litre d’eau. On l4isse encore bouillir une demi-heure, puis on ôte la bassine de dessus le feu. On y répand à ce moment 23 grammes de bel alun, on remue et on laisse reposer une demi-heure, On décante ensuite la liqueur, qui est d’un bel écarlate, dans une autre bassine, On ajoute à celte liqueur deux blancs d'œuf

qu'on a préalablement battus dans 250 grammes d’eau pure. On remue de nouveau fortement et longtemps au pinceau, puis on remet la bassine sur le feu, et l’on pousse jusqu’au gros bouillon : le blanc d'œuf se coagule et se précipite avec la substance colorante qui doit former le carmin. On retire la chaudière de dessus le feu, et on laisse déposer pendant une demi-heure, pour que le carmin se précipite entièrement ; la liqueur claire qui surnage est décantée. Le dépôt carminé est placé pour égoutter sur une toile fine. 11 faut se servir d’unespatule en argent pour l’enlever de dessus la toile, crainte d’altération de la nuance par l'emploi de métaux oxydables, On le fait sécher sur des assiettes, en le garantissant de la poussière. Par le procédé d’Alyon, on assure qu’un kilogramme de belle cochenille produit 30 grammes de carmin.

Nous trouvons dans les livres beaucoup de procédés de fabrication du carmin, qui ne sont, en apparence du moins, que des variantes sans importance de ces trois procédés. Il faut cependant remarquer-que l’on a cru pouvoir ajouter beaucoup à la vivacité du carmin par l'addition dans la décoction de la cochenille, soit de la poudre de chouan ou d’autour, soit d’un peu de rocou; mais il est peu probable que ces additions puissent être avantageuses.

11 faut distinguer un autre procédé, qui nous semble devoir être efficace. 11 consiste dans l’emploi du sel d’étain, bien connu dans la teinture en écarlate pour rehausser singulièrement la nuance donnée par la cochenille. On assure d’ailleurs que les Chinois, chez qui l’on trouve de fort beau carmin , emploient le muriate d’étain.

Le carmin chinois se prépare ainsi : On fait bouillir dans un seau d’eau de rivière 625 grammes de cochenille en poudre très-fine, et on y ajoute trois grammes de bel alun. Après sept ou huit minutes d’ébullition, on ôte la bassine de dessus le feu, et l’on fait passer la liqueur dans un autre vase à l’aide d’un siphon. Cette liqueur étant totalement refroidie, on y verse goutte à goutte de la dissolution de sel d’étain ; on fait réchauffer : le carmin se précipite. Après la formation complète du dépôt, on décante l’eau claire, et on sèche le carmin lentement à l'ombre dans des vases de porcelaine,

On voit que dans tous ces procédés, moins celui de madame Cénette, où l’alun est remplacé par le quadri-oxalate de potasse (sel d’oseille ), il doit se former dans la liqueur alcaline qui tient en dissolution la cochenille une laque carminée plus ou moins riche, selon la proportion d’alun employée. On a quelquefois, dans cette fabrication , substitué au blanc d'œuf la belle colle de poisson. Je ne sais si on s'en est bien trouvé. Remarquons que généralement il faut se servir de l’eau la plus pure, afin d'éviter les dépôts terreux. À défaut d’eau distillée ou d’eau de pluie, on peut cependant employer celle de rivière bien filtrée. Le beau carmin doit être d’un rouge pourpre si vif qu'on dit qu’il brdle l'œil,

PELOUZE père.

CARMINATIFS (de carminare, nettoyer), médicaments simples ou composés, auxquels on attribue la propriété d’expulser les gaz qui se développent dans le canal digestif. Ils sont pris ordinairement parmi les substances aromatiques, telles que le thé, la lavande, l’anis, ete.; ou les amers, comme la camomille romaine. Les spiritueux, pris à petites doses, méritent aussi le nom de carminatifs, et aident en outre à la digestion en donnant du ton à l'estomac ; mais l'abus de ce dernier moyen peut devenir très-nuisible et faire naître une inflammation dans l'estomac et dans le bas-ventre.

$ CARMINE, produit immédiat du règne organique, et qui se trouve en plus grande abondance principalement dans äcochenille. L'isolement de cette interessante substance est une des conquêtes de la chimie moderne. La découverte en est due à Pelletier ct Caventou, et remonte à-1818. La Carmine peut être considérée comme la matière colorante pure de la cochenille. C’estla base précieuse du carmin. Celui-

Page 1