CARMONTELLE
proprement dits, on y trouve peu ou point de combinaisons, mais un style naturel, un coin de la société qui se dévoile, une aventure de salon, de boudoir ou de boutique, à laquelle on assiste, dont on ne perd aucun incident, et dont chaque caractère parle et agit comme on entend parler, comme on voit agir dans le monde.
Carmontelle n'avait jamais rien composé pour les théâtres du Vaudeville et de Louvois, et cependant il avait ses entrées d'auteur à ces deux théâtres; mais une circonstance de sa vie vraiment remarquable, et qui semble même incroyable, c'est qu'il trouva un jour à emprunter au Mont-de-Piété une somme dont il avait besoin, sans donner d'autre nantissement que quelques-uns de ses manuscrits. On assure qu’indépendamment des ouvrages qu'il a fait imprimer, il à laissé de quoi composer plus de cent volumes.
Au talent d'écrire il joignait celui de peindre; on lui doit les portraits de presque tous les hommes célèbres du dixhuitième siècle. Ceux, entre autres, que l’on voit en tête des Correspondances de Grimm et de madame du Deffant ont été gravés d’après lui. Une de ses occupations favorites consistait à faire des éransparents sur du papier très-fin : appliqués sur un carreau de croisée, et se déroulant peu à peu, ces éransparents offraient aux spectateurs une série de scènes plus ou moins amusantes, mais toujours morales. Quelques-uns d’entre eux avaient jusqu’à 58 m. 50 de longueur, et le plus grand plaisir de Carmontelle était de meltre ses proverbes en transparents et ses transparents en proverbes. Voici la liste de ses ouvrages : Proverbes Dramatiques, 6 vol. in-8°, 1768. Les tomes 7 et 8 de ces Pr'overbes etles Nouveaux Proverbes Dramatiques, publiés après sa mort, forment 4 vol. in-12. Ses Proverbes sont au nombre de 82; Théâtre du prince Clenerzow, traduit en français par le baron de Blening (1771, 2 vol. in-8°); Théâtre de Campagne (1775, 4 vol. in-8°); Ze duc d’Arnay, le Triomphe de l'Amour sur les mœurs de ce siècle, et Les Femmes, trois romans; Conversation des Gens du Monde dans tous les temps de l'année, ouvrage inachevé, qui devait former quatre volumes; enfin {Abbé de Plätre, comédie en un acte et en prose, jouée avec succès sur le Théâtre-Italien (1779), la seule pièce qu’il ait risquée sur un théâtre public. Il avait, dit-on, composé de plus un Traité de Perspective, qui n’a pas été imprimé. C. LEYNADIER.
CARNA, déesse de Rome, femme de Janus, dont la fête se célébrait au mois de juin, le premier jour de l’ancienne année romaine : aussi disait-on qu'elle ouvrait et fermait l’année. On la nommait aussi Carda, parce qu’elle présidait aux gonds et aux portes. Sa fête était marquée par des cérémonies pour la conservation des enfants, qu’on recommandait à la déesse. On frappait trois fois les portes des maisons avec des branches d’arbousier, puis on traçait des caractères sur le seuil, Le père de famille purifiait avec de l’eau les environs de sa demeure, et immolait en faveur des enfants une truie de deux ans. On plaçait sur une fenêtre une branche d’aubépine, arbuste consacré à Janus. Les parents et les amis se régalaient de lard ef d’une bouillie de fèves et de farine de froment, aliments qui, selon Macrobe, donnent de la vigueur, en mémoire de ce que Carna avait fait pour la conservation d’un enfant, et pour rappeler l'ancienne manière de se nourrir avant que le luxe eût imaginé des mets plus délicats. Cet usage avait fait nommer calendes fabaires celles du mois de juin, et fabariques les ieux du Cirque qui suivaient la fête. Macrobe ajoute que toutes les parties nobles du corps humain étaient sous la protection de Carna ; il rappelle que le premier Brutus lui éleva un temple et l’honora par des sacrifices sur le mont Cælius, en reconnaissance de ce qu’elle lui avait donné, avec la force de feindre, celle de cacher au fond de son cœur, sous l'apparence extérieure d’un idiotisme habilement simulé, le orojet qu'il méditait et qu'il exécuta si heureusement, de chasser les rois de sa patrie, Th. DELBARE,