CARNASSIÈRE
JARNAC, village du département du Morbihan, à 4% kilomètres de Lorient et à 4 kilomètres du fort Penthièvre, sur une hauteur près de la côte, avec 2,864 has bitants, On y voit un des monuments druidiques les plus curieux qui existent en France. C’est à Carnac que débarquèrent, le 27 juin 1795, les émigrés commandés par le comte de Puisaye (voyez QUIBERON ).
CARNAGE, action de massacrer, de mettre en pièces ou à mort un grand nombre d'hommes ou d'animaux vivants, Ce mot, qui se dit principalement des hommes, s’entend d’une multitude de gens tués soit dans un combat, soit dans un grand tumulte, Voltaire nous peint
Les soldats de Sylla de carnage altérés ; Racine nous montre
Un poigoard à la main, implacable Athalie Au carnage animant ses barbares soldats ;
J.-B. Rousseau nous présente, dans les fastes des conquérants,
Des murs que la flamme rayage Des Vainqueurs fumants de carnage,
Le philosophe se demande quelle rage peut pousser l'homme à se faire ainsi un jeu de la vie de ses semblables, et quel plaisir il peut éprouver au milieu de ces scènes de désolation. Les animaux carnassiers, on l’a toujours remarqué, ne se détruisent pas entre eux, Les loups ne se mangent pas ; on a même pensé que l’instinct quiles pousse à dévorer d’autres animaux ne tient qu’au besoin de vivre; que l’animal, en un mot, ne détruit pas pour le plaisir de détruire, qu’il ne te que lorsqu'il a faim. Malheureusement, vous aurez beau assurer la nourriture du tigre , il ne s’en jettera pas moins sur vous à la première occasion. On est donc bien forcé de reconnaitre que l’animal carnassier remplitune loi dela nature, en détruisant d’autres animaux. L'homme accomplirait-il donc aussi quelque mission providentielle, lorsque, chef ou soldat, cannibale féroce et stupide ou tyran raffiné, sauvage fataliste ou inquisiteur chrétien, il s’'abandonne à cette soif de carnage qui le fait tremper ses mains dans le sang de ses semblables ?
CARNAL, CARNALAGE. Certaines coutumes désignent par ce nom le droit que s’attribuait le seigneur de tuer et de s'approprier les animaux trouvés en dommage dans ses terres. D’autres coutumes appelaient ainsi la redevance due au seigneur pour les bœufs, vaches, agneaux, brebis, etc., qu'on tuait, gardait ou vendait dans l'étendue de sa seigneurie. Ce droit a été formellement aboli par la loi du 20 avril 1791.
CARNARVON. Voyez CAERNARVON.
CARNASSIERE, espèce de petit sac où l’on met le gibier qu’on a tué à la chasse. Telle est la définition, trèspeu exacte, que donne le Dictionnaire de l'Académie de ce réseau portatif quadrangulaire, consacré, il n’y a pas de doute, à contenir du gibier, mais non pas (oujours du gibier qu'on a tué à la chasse. De temps immémorial en effet les villes, grandes et petites, de France et d’autres États, abondent en pacifiques promeneurs, qui, s’armant d'un fusil, d’une carnassière, d’une poire à poudre et d’un sac à balles, vont arpenter les marais, les champs, les bois, les prés, les vignes, les coteaux voisins, les plaines, les vallées , en faisant résonner les échos de leurs carreaux foudroyants qui font à peine peur aux moineaux, et rentrent par une autre porte de la ville, la gibecière pleine de glorieuses dépouilles opimes, achetées à prix d’argent à quelque braconnier du voisinage. Les chasseurs de cet ordre sont ordinairement ou fonctionnaires publies, ou banquiers , ou rentiers, ou propriétaires ; on s'incline respectueusement devant eux quand ils passent, on salue leur entrée triomphale, on les félicite de leur chass Ow’en coûte-t-i}? Et puis le chas=
seur distribue quelquefois les produits de sa chasse à ses amis; il invite à venir en manger avec lui. Et là on boit volontiers à son adresse. future,
CARNASSIERS. On applique ce mot, dans le langage ordinaire, à tous les animaux qui se nourrissent de chair; mais les zoologistes l’emploient dans un sens spécial pour désigner un ordre d'animaux mammifères, rigoureusement caractérisés par la présence de certains organes, et qui généralement se nourrissent d’autres animaux, mais dont un grand nombre toutefois sont en même temps berbivores ou frugivores, et dont même quelques-uns ont un régime purement végétal. Cuvier comprend dans cet ordre tous les mammifères onguiculés, ©’est-à-dire dont les pieds sont armés d'ongles distincts et plus ou moins aigus, et qui possèdent les trois sortes de dents, incisives, canines et molaires, mais qui, d’une part, n’ont pas de pouce opposable à leurs pieds de devant, ce qui les distingue de l’homme et des quadrumanes, et d'autre part, engendrent leurs petits tout formés, et non à l’état de fœtus, ce qui les distingue des marsupiaux. Leur régime est d'autant plus exclusivement animal que leurs molaires sont plus tranchantes ; ceux qui les ont en tout ou en partie tuberculeuses prennent aussi plus ou moins de substances végétales, et ceux qui les ont hérissées de pointes coniques se nourrissent principalement d'insectes. L’arliculation de leur mâchoire inférieure, dirigée en travers ef serrée comme un gond, ne lui permet aucun mouvement horizontal : elle ne peut que se fermer et s'ouvrir; et dans ce double mouvement les arcades dentaires s’éloignent et se rencontrent comme les branches de nos ciseaux, de sorte que le jeu de ces parties est éminemment propre à diviser convenablement la matière alimentaire.
Le cerveau des carnasssiers, plus développé que celui des herbivores, l’est déja bien moins que celui des quadrumanes. Leur crâne est rétréci, et leurs arcades zygomatiques sont écartées et relevées, pour donner plus de volume et plus de force aux muscles qui meuvent la mâchoire. Le sens qui domire chez eux est celui de l’odorat, et cela devait être, puisque c’est lui qui les dirige principalement dans la recherche de leur proie. Leurs organes lu mouvement joignent la souplesse à la force : ils courent, ils sautent, ils bondissent, ils grimpent avec facilité, ils gardent leur équilibre dans les endroits escarpés, et marchent facilement sur les surfaces étroites. Leurs dents et souvent leurs ongles sont des armes terribles, plutôt offensives que défensives ; ils n’ont ni cornes ni défenses, armes inutiles pour eux, qui ne sont jamais attaqués. Leurs intestins sont moins volumineux que ceux des herbivores, à cause de la nature substantielle de leurs aliments, et pour éviter la putréfaction que la chair éprouverait en séjournant trop longtemps dans un canal prolongé. Du reste, leur forme et les détails de jeur organisation varient beaucoup, et entraînent des variétés analogues dans leurs habitudes, au point qu'il est impossible de ranger leurs genres sur une même ligne, et que l'on est obligé d’en former plusieurs familles, qui se lient diversement entre elles par des rapports multipliés. Ces familles, au nombre de trois d’après Cuvier, sont celles des chéiroptères, des insectivores et des carnivores.
DÉMEzIL.
Latreille avait aussi donné le nom de carnassiers à une famille de coléoptères pentamères qui vivent de matières animales, qu'il partageait en deux sections sous la dénomination de terrestres et d'aquatiques. Dans la méthode de Dejean, les carnassiers , dont le nom a disparu, se divisent en deux familles, savoir : les carabiques, qui se composent de tous les carnassiers terrestres de Latreille, et les hydrocanthares, qui comprennent les aquatiques.
CARNATION se dit de la couleur des chairs et de leur représentation par la peinture. C’est donc, dans un tableau, la couleur des parties du corps humain qui sont peintes à
CARNASSIERE — CARNAVAL
nu. L'imitation de cette couleur naturelle est la partie la plus
‘importante du coloris. La carnation variant avec le climat,
l’âge, le sexe, la passion qui anime l'individu, elle doit être l'objet d’études sérieuses de la part du peintre, car c’est par elle qu’il donne en quelque sorte une âme aux personnages qu'il jette sur sa toile. C’est dans la carnation que réside l'une des plus grandes difficultés de la peinture. Mais c’est d’elle aussi que cet art tire une sorte d'avantage sur la sculpture. « La couleur seule exprime la vie, a dit Sulzer dans sa Théorie des Beaux-Arts ; elle en indique les divers âges et les différents degrés de force; elle marque par conséquent une partie du caractère personnel. Le sculpteur ne peut ja-
mais exprimer l'âme tout entière... » Vi
Rien n’est plus suave, plus vrai que les carnations du Titien : ses chairs de femmes sont d’une finesse de ton et de touche désespérante; on croit voir circuler le sang sous une peau dont les pores sont parfaitement rendus par le travail délicieux du pinceau. Les carnations de Rubens sont remplies d'éclat. Celles de Van-Dyck ont plus de vérité, et sous ce rapport les portraits de ce dernier maitre le placent au premier rang.
En termes de blason, le mot carnalion indique également la couleur de chair. Maïs, comme dans les acceptions précédentes, il ne s'emploie que pour les parties du corps humain. Quand il s’agit d'animaux, on dit qu'ils sont de couleur naturelle, de même que les arbres, plantes, fruits, ete., lorsqu'ils paraissent tels que la nature les produit.
CARNAVAL. Adieu la chair ! Le carème arrive, le temps de la pénitence est proche, réjouissez-vous quand il en est temps encore. Mangez, buvez,soyez fous aujourd'hui ; demain vous entrerez dans l’abstinence et dans le jeûne. Adieu la chair! Mais le carnaval remonte bien plus haut que le christianisme; chaque peuple de l'antiquité a eu ses temps de licence à heure fixe. A Rome on avait les Saturnales, ce temps d’une fugitive égalité, qui rendait l’esclave égal au maître : l’esclave prenait les habits du maître, il prenait sa place à table, il commandait, il était obéi : pouvoir d'un jour qui lui faisait paraître l’esclavage plus dur le jour suivant. Chez les modernes on peut regarder le carnaval comme une précaution du législateur, qui en relàchant quelque peu l’ordre habituel de chaque jour savait bien qu'il rendrait par cela même la loi plus aimable et d’une exécution plus facile.
C'est surtout dans les pays du Nord que le carnaval est une institution utile, Quand l'hiver est venu, quand le froid se fait sentir, quand la neige couvre la terre de son manteau sans tache, quand toute la nature est triste et morte, attendant que le printemps la réveille et lui rende son sourire et ses fleurs, alors les hommes sont saisis, malgré eux, par la tristesse de l'hiver. La vie est suspendue, la joie est engourdie par le froid, les tendres sentiments, lespérance aux pieds légers, le franc rire, la vie heureuse, tout s'arrête; tout cela même serait perdu si la coutume des peuples et la tolérance des lois religieuses et humaines ne venaient au secours de la pauvre humanité, engourdie par l'hiver. Plus l'hiver est rude, plus le carnaval est un besoin. L’entendezvous, le joyeux carnaval, qui arrive au bruit des grelots, au son du tambourin, chancelant sous l'ivresse, couronné de fleurs, court-vêtu, masqué, hardi, licencieux, osant tout, libertin charmant? Voilà le roi, voilà le mentor, voilà le censeur, voilà le dieu de l'hiver ! A présent, la flamme du foyer petille plus joyeuse et plus brillante, le bouchon du vin de Champagne s'échappe et saute dans l'air avec un bruit harmonieux, les fourneaux des cuisines s’allument, la broche tourne, la table se dresse; jeunes gens, vieillards, enfants, les femmes elles-mêmes et les plus belles, applaudissent aux apprêts du festin; le carnaval est le printemps de Phiver; c’est le bon génie des frimas; c’est lui qui tue le lièvre dans la campagne, qui engraisse le chapon de la