CARNAVAL
— CARNÈ
Ce fut en octobre 1677 que M°° de Sévigné prit possession de celte Carnavalelte tant désirée ; M compagnie qu'elle y reçut était vraiment du choix le plus exquis. « Cette réunion brillante, a dit M. Loève-Veimars, se retrouve dans ma pensée avec son coloris et son éclat. Je revois cette antique société tout entière sur laquelle se sont modelées toutes les cours et toutes les sociétés de l’Europe. Il me semble entendre dans la chambre voisine les causeries spirituelles, libres et folles de M"° de Coulanges, de M" de Saint-Aignan; le bégayement de la duchesse de Ludre, la parole grave et fine du duc de La Rochefoucauld, Les battants s'ouvrent : c’est le cardinal de Retz, le grand coadjuteur, bras dessus bras dessous avec le chancelier Seguier, avec Pierrot, comme on le nomme en ce lieu de bonne humeur : le parlement et l’Église n’ont plus rien à faire sous cette royauté absolue, que se promener et deviser ensemble. Qui vient en pâmant de rire à travers l’anti-chambre pleine de laquais? C’est le marquis de Pomenars, qui n’a plus que deux petits procès, l’un pour un rapt, l’autre pour fausse monnaie. Hier il soupa et coucha chez le juge qui l’avait condamné la veille comme empoisonneur. Aujourd'hui il vient chercher le baron de Sévigné pour passer la nuit chez des comédiennes; il est doré, brodé, parfumé, couvert de dentelles et de rubans; demain il se confessera à Bourdaloue, ôtera sa perruque blonde et se couvrira de cendres. Quel bruit dans la cour! quel mouvement! Que de flambeaux ! Que de carrosses ! Place à monsieur le Prince! Place à monsieur de Turenne! Place surtout à son éminence monsieur de Marseille! car on l’a surnommé [a gréle: il est brutal, et il se fâche. Le bon Corbinelli recoit tout le monde dès la porte, et M" de Sévigné sur son sopha avec sa cour, entourée de Brancas, de Latrousse, de Thianges , brillante, parée, le sein découvert et garni d’une longue guirlande de fleurs, comme l'a peinte Petitot, prodigue ses grâces et son esprit, et recueille toutes les histoires, toutes les nouvelles du jour pour les mander à sa fille. 11 me semble entendre une de ces conversations dont l'esprit a disparu avec les dernières années du siècle de Louis XIV ; je crois m'initier aux secrets de cette pensée noble et grave, entremélée de licence et de trivialité, de ces égards familiers, de ces personnalités innocentes, de cette ignorance gracieuse, que l'usage du monde et la connaissance des hommes rendaient presque semblable à du savoir ; toutes choses que M” de Sévigné a emportées dans la tombe, mais dont il nous reste un fidèle et gracieux écho , ses lettres, si diversement jugées, sujet de tant d’éloges et de blâme, recueil unique et immortel, »
La splendeur de l'hôtel Carnavalet finit avec M”° de Sévigné ; tout l'or d'un fermier général, Brunet de Rancy, qui l'acheta trois ans après, ne put lui rendre son éclat. Après la révolution française , l'hôtel Carnavalet reçut pendant quelques années les bureaux de la Direction de la Librairie. Napoléon y établit plus tard l’école des Ponts et Chaussées, qui fut remplacée en 1829 par une des principales institutions du collége Charlemagne. L'ancienne demeure de Me de Sévigné a élé classée par l'autorité parmi les monuments historiques de la France, à la charge par le propriétaire, M. Verdot, de ne rien changer à l'architecture.
L'hôtel a été acquis par le gouvernement, qui l'a restauré en 1868 avant d'y installer le musée historique de la ville de Paris,
CARNE (Louis ne). Le comte de Carné-Marcein est né à Quimper, en 1804, d'une des familles les plus connues dans l'histoire de la province, depuis Olivier de Carné, le compagnon d'armes de Pierre de Dreux, duc de Bretagne, à la croisade de 1248, jusqu'au sire de Carné-Rosampoul, qui fut maréchal de la ligue en Bretagne. M. Louis de Carné, entré au ministère des affaires étrangères en 1825, fut successivement attaché et secrétaire d'ambassade en diverses résidences, Marié en 1831, il quitta la carrière diplomatique,