‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 365 sur 556 · CARNÉ · texte numérisé non relu

CARNÉ

fut nommé membre du conseil général du Finistère en 1833 et député en 1839. 11 a publié plusieurs ouvrages, entre autres, 1° Les Intérêts nouveaux en Europe; 2° le Gouvernement représentatif en France et en Angleterre; 3° un grand nombre d'articles dans la Revue des Deux- Mondes, le Journal des Débats et L'Univers religieux. Le Dictionnaire de la Conversation aussi lui est redevable de bon nombre de pages. A la chambre des députés, M. de Carné se fit remarquer par ses vues sur la politique étrangère, notamment dans la question d'Orient, qu’il posa nettement lorsque fut discutée l'augmentation de nos forces navales, et depuis, dans les diverses occasions fournies par l'adresse ou des lois spéciales. M. de Carné a enrichi nos débats parlementaires de plusieurs bons rapports, notamment sur notre proposition relative à l'administration des hospices. La liberté d'enseignement, au point de vue catholique, le préoccupa beaucoup aussi; il fit en 1843 une proposition dont le but était d’affranchir du certificat d’études les aspirants au baccalauréat. Cette proposition fut étouffée dans les bureaux. La mesure a été prise en 1851. Dans la session suivante, M. de Carné souleva fréquemment des questions de haute politique ; et à l'ouverture de celle de 1845 la question de cabinet fut posée sur son amendement, qui blàämait la condaite du ministère dans les affaires extérieures.

Ce qu’il y eut de plus curieux à propos de cet amendement, c’est que M. Drouyn de l'Huys, renvoyé du ministère des affaires étrangères par M, Guizot pour l'avoir voté, se vit remplacer, quelque temps après, au commencement de 1847, sous le même ministre, par le même M. de Carné. La révolution de 1848 le fit sortir du ministère; il siégea au conseil général du Finistère, mais il échoua aux élections générales de 1869 comme candidat à la députation. M. de Carné a publié de nouveaux ouvrages, tels que Le Gouvernement représentatif de 1789 à 1848 (1854, 2 vol.), les Fondateurs de l'unité française (1846-56, 2 vol.), un Drame sous la Terreur (1856), la Monarchie française au XVIII siècle (1859), l’Europe et le second empire (1865). 11 est depuis 1862 membre de l’Académie française.

CARNEADE, célèbre philosophe grec, naquit vers l'an 218 avant J.-C., à Cyrène. Il fonda la troisième Académie, léger palliatif à la seconde, dont le chef, Arcésilas, professait une doctrine qui n’était qu’une exagération monstrueuse de celle de Socrate, chef de la première Académie. La doctrine du maître de Platon était que « l’homme ne sait rien ». La première école était dogmatique en quelques points, la seconde était sceptique sans restriction, la troisième dubitalive ; le « que sais-je? » aveu naïf de notre Montaigne, était le fonds d’où elle tirait toute sa dialectique pour battre en ruines les stoïciens. Arcésilas niait qu’il existât aucune vérité; Carnéade admettait des vraisemblances. L’un doutait même s’il doutait ; l’autre acceptait des probabilités dans la vie; il permettait mème au sage d’émettre une opinion : concession qui sapait quelque peu son système dans sa base. Ainsi qu’Arcésilas, Carnéade tenait pour l’acatalepsie absolue, ou l’incompréhensibilité, impuissance de connaître, qui venait, disait-il, de la nature des choses et de la nature de nos facultés, mais plus encore de la nature de nos facultés que de celle des choses; de sorte que si l’un des deux mettait en avant cette proposition : « J] n’y a rien de certain », il avouait d'avance que sa proposition était incertaine, incompréhensible. Dans son livre De l’Orateur, Cicéron disait pourtant de ce sophiste « qu’il n’avait jamais soutenu d'opinion qu’il n’eût établie, ni combattu d'opinion qu’il n’eût détruite ».

C'était contre la philosophie du Portique, dont Zénon et Chrysippe étaient les colonnes, que ce philosophe armait sa puissante dialectique : quand il devait disputer contre leur doctrine, il allait jusqu’à prendre une dose d’ellébore pour se fortifier le cerveau. A ce fortifiant, à ces apprèts, pareils à ceux d’un athlète qui se prépare au combat, ajoutez une

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