CARNÉES
éloquence tour à tour insinuante et déstructive, qui, selon l'expression de Bayle , fondait tout devant elle comme de Ja cire, et vous aurez une idée de la terreur que Carnéade jetait au milieu de ses adversaires. Antipater, alors le chef du Portique, n’osait remuer les lèvres devant lui; il se conten- {ait de se défendre de loin, avec quelques faibles écrits. C’était de ses antagonistes mêmes que ce sophiste lirait toutes ses forces ; il lui fallait leur contact, comme Gelui de la terre à Antée. Il avouait que sans Chrysippe il n’y eût point eu de Carnéade. Dans son traité Des Lois, Cicéron dit, en parlant de la nouvelle Académie : « Quant à elle, j'implore son silence, je n’ai garde de la provoquer; je désire plutôt l’apaiser, » Il eût traité avec moins de ménagement les Parques et les. Euménides; aussi Bayle s’écrie-t-il : « C’était donc un ange exterminateur que ce Carnéade! » La ter: reur que sa présence inspira à Caton le censeur ne fut pas moindre. Cet académicien , député d'Athènes devant le sénat de Rome, avec Critolaüs le péripatéticien et Diogène le stoïcien, pour (raiter d’une affaire, qu'il gagna, voulut donner aux pères conscrits un échantillon de léloquence grecque. À un jour donné, il plaida pour la justice, et le lendemain contre la justice. Caton le Censeur, présent à celte double harangue, trembla pour les lois et la vertu : « Donnons-lui réponse au plus tôt, s’écria-t-il, et renvoyons-le chez lui. » Malgré tout, il n’était pas peut-Ctre impossible que la philosophie de Carnéade bien entendue menât au souverain bien. Cicéron, après avoir remarqué que ce philosophe bornait la félicité à la jouissance du bien naturel, ajoute « que si l’on unissait la vertu à cette félicité, on comblerait la mesure du souverain bien. » Comme Socrate, Carnéade combaltit victorieusement le polythéisme, mais de front, mais publiquement. 11 refusait de croire aux oracles, à ceux de Delphes même; il niait la fatalité, accordait à l’homme le libre arbitre, indépendance morale, le plus beau don que le Créateur ait pu faire à la créature.
Carnéade aimait la vie; il répétait souvent : « La nature qui a rassemblé dissipera. » Cela voulait dire qu'il faut laisser faire à la nécessité et au temps, et attendre la mort sans se la donner par orgueil ou dégoût de la vie, ainsi qu’Aristote, Empédocle et cet Antipater qui prit du poison, et qu’il railla si bien par cette plaisanterie : « Comment, Antipater s’est empoisonné ! s’écria-t-il; apportez-moi donc aussi....— Quoi? lui demanda-t-on. — Du vin doux. » —Mélissa, servante et maîtresse de Carnéade, ayant été surprise par ce chef de l’Académie avec Mentor, son disciple, il ne put prendre cette fois pour vraisemblance ce qu'il voyait trop bien ; il renvoya Mentor de sonécole. Celui-ci devint dès lors son plus terrible antagoniste, opposant subtilités à subtilités, réfutant l’acatalepsie, l'incompréhensibilité, dogme dont, au surplus, il devait avoir guéri son maître.
Il parait que Carnéade n’écrivit rien. Quand Cicéron émet des doctrines de ce philosophe, ce sont les écrits de Clitomachus, son disciple, qu’il cite. Clitomachus fut à Carnéade ce que Platon fut à Socrate , ce queles apôtres furent à Jésus- Christ : les maîtres semaient la parole, les disciples la recueillaient. Plutarque assure qu’il n’a rien composé; d’autres disent que seulement il courut des lettres de lui adressées à Ariarathes , roi de Cappadoce. Il poussait à l'excès sa passion pour l'étude ; ses méditations étaient si profondes, que sa servante l'avertissait, au soir, qu’il était à jeun , ou bien le faisait manger elle-même comme un enfant. Les uns ont donné à Carnéade quatre-vingt-cinq ans d’existence, d’autres quatre-vingt-dix ans. On fixe sa mort à la quatrième année de la 162° olympiade. DENNE-Barox, CARNEES, fêtes en l'honneur d’Apollon Carneus, célébrées à Lacédémone et chez tous les peuples doriens. Elles commençaient le 7 du mois de carnius , qui répondait au métlagitnion des Athéniens (août), et duraicnt neuf jours. C'était une imitation de la vie militaire : il y avait neuf tentes dans chacune desquelles neuf hommes de trois diffé=
rentes tribus vivaient pendant neuf jours sous les lois d’un héraut publie, qui réglait les cérémonies. Ces fêtes, dont Larcher fixe l'origine au retour des Héraclides, l’an 1190 avant J.-C, avaient quelque rapport avec celle des Tabernacles chez les Juifs. Très-simples dans l’origine, elles finirent par devenir splendides ; on y établit des jeux et des concours de musique. Terpandre fut le premier qui y remporta le prix. Timothée y vit briser par les éphores les cordes qu’il avait ajoutées à sa lyre. Les prêtres chargés de présider aux cérémonies et d'offrir des sacrifices de {aureaux se nommaient agèles, et les Carnées reçurent aussi le nom d’Agétorées. 11 avait en outre cinq ministres nommés carnéates ; mais Hésychius pense qu’on donnait ce nom aux enfants qui naissaient pendant la célébration de ces fêtes. Les Spartiates avaient tant de respect pour les Carnées, qu'ils ne voulurent partir en corps pour les Thermopyles qu'après les àvoir célébrées. Le pressant danger de la Grèce ne put les engager à envoyer que quelques soldats, sous les ordres de Léonidas. Les colonies fondées par les Lacédémoniens conservèrent ce respect pour les Carnées. A Cyrène, qui, selon Eusèbe , fut gouvernée pendant plusieurs années par des prêtres d’Apollon-Carneus, on les célébrait avec magnificence : le feu perpétuel y brûlait sur l'autel du dieu; des chœurs de jeunes gens des deux sexes chantaient au son des instruments l'hymne sacré de ce Dieu; de toutes parts retentissaient les mots Lo, io Pæan. Cette acclamation rappelait la victoire et les bienfaits du fils de Jupiter , le plus puissant des dieux après lui. Th. DELBARE.
CARNET, mot fait du latin guaternio (par quatre ), et qui signifie proprement une feuille de papier ployée en quatre, est le nom par lequel les marchands, les négociants, les banquiers et les agents de change, désignent un petit livre de compte que chacun d’eux porte sur soi, et dans lequel il recueille des notes. Le carnel d’échéances dans les maisons de commerce est un registre sur lequel on inscrit à leur échéance les effets à payer d’une part, les effets à recevoir de l’autre. Le carnet desmarchands forains, des commis voyageurs, est un livret portatif destiné à inscrire leurs opérations, ainsi que leur recette et leur dépense journalières.
CARNEUS, l'un des surnoms d’Apollon sous lequel il était plus particulièrement adoré à Sparte et dans les colonies lacédémoniennes. Son culte y remontait à une trèshaute antiquité. On donne diverses étymologies à ce surnom : Les uns Je dérivent d’un devin appelé Carnus, qui aurait été tué par l'Héraclide Hippotes; et en châtiment de ce meurtre Apollon aurait afiligé les Héraclides de la peste pendant leur invasion du Péloponèse; fléau dont ils ne seraient parvenus à se débarrasser que par l'institution d'un culte spécial. Suivant d’autres, il proviendrait du nom grec du cornouiller (xpævelx ). A leur compte, les Grecs, pour construire leur fameux cheval de bois, auraient coupé sur le mont Ida, dans une partie consacrée à Apollon, des arbres de cette espèce, et ils n’auraient pu ensuite apaiser la juste colère du dieu que par l'institution d’une cérémonie expiatoire. Voyez CARNÉES.
CARNICER (Don Ramon ), célèbre compositeur espa-
gnol, né en 1789, à Tarrega (Catalogne ), étudia la musique, -
d’abord à la Seu d’Urgel, puis, à partir de 1806, à Barcelone, sous la direction de Francisco Queralt, maître de chapelle de la cathédrale de cette ville, et de Carlos Baguer. En 1808 il alla s'établir aux îles Baléares, et ne revint dans la Péninsule qu’en 1814. En 1816, chargé par le directeur du théâtre de Barcelone d'aller recruter en Italle une troupe pour la saison suivante d'opéra, il fut, à son retour, nommé second, puis, en 1818, premier chef d'orchestre de l'Opéra de Barcelone. Adela de Lusignan, le premier opéra de sa composition qu'il ait fait représenter, fut suivi d'£lena y Constantino, de Don Juan Tenorio, d'Elena y Malvina, d'El Colon et d'El Fufemio de Messina, qui obtinrent, le