CAROLINE-MARIE — CAROLINE-MATHILDE
terre, acheva de porter au comble l'irritation et le dépit de la reine, qui, de guerre lasse, finit par abandonner la partie et planter là son benoit époux pour s’en revenir à Vienne en passant par Constantinople. Elle mourut le 8 septembre 1814, à Schœnbrunn, sans avoir vu le rétablissement de sa famille sur le trône de Naples.
CAROLINE-MATHILDE, née le 22 juillet 1751, fille du prince de Galles Frédéric-Louis, épousa, en 1766, le roi de Danemark Chrétien VIL, et donna le jour, le 28 janvier 1768, à un prince, qui futle roi Frédéric VI. La discorde régnait à la cour de Danemark, et la nouvelle reine se vit détestée à la fois par la grand’mère de son époux, la reine Sophie-Madeleine , veuve de Chrétien VI, et par la reinedouairière, Julianne-Marie, née princesse de Mecklenbourg et veuve du père de Chrétien VIT, le roi Frédéric V, qui l'avait épousée en secondes noces, après la mort de sa première femme, fille de Georges II d’Angleterre. L’éloignement que témoignait pour elle Sophie-Madeleine était une froideur ordinaire, qui provient souvent de l'inégalité de l’âge, du caractère et de l'humeur, et qui par cela même n'était pas fort dangereuse. Mais la haine ouvertement déclarée de Julianne-Marie, belle-mère de son mari, était autrement à craindre pour Caroline-Mathilde. La veuve de Frédéric V est en effet généralement accusée d’avoir toujours nourri l'espoir de voir ses propres enfants arriver un ‘jour au trône, au lieu de la descendance du fils issu du premier lit de son mari, et, dans ce but, d’avoir ourdi les trames les plus noires à l'effet de favoriser et même de provoquer chez l'héritier présomptif de la couronne des débordements, à la suite desquels il y avait, en raison de la débilité de sa constitution, de grandes probabilités pour qu’il succombât prématurément. L'événement toutefois avait pas réalisé cet épouvantable calcul, et Chrétien VII, en montant sur le trône, ne tarda pas à obtenir l'amour de ses peuples. Un fastueux voyage qu’il fit dans les principales contrées de l’Europe lui permit même d’y acquérir un certain renom de popularité, grâce aux éloges que, par esprit d'opposition, la coterie philosophique se complut à donner aux moindres actes, aux moindres discours d’un prince dont elle voulut un instant faire le modèle des rois. C’est à son retour que Chrétien VII épousa Caroline-Mathilde. Julianne-Marie ne dissimula point combien le choix fait de cette princesse par le roi lavait offensée; elle l'avait en effet combattu de toute son influence, mue probablement en cela par des motifs secrets, qui se rattachaient plus ou moins directement à l’objet unique de son ambition : la substitution de sa lignée à celle de la princesse qui l’avait précédée dans la couche de Frédéric V.
La jeune reine parut à Copenhague parée de tous les charmes de la jeunesse et de la beauté ; affable et gracieuse avectout le monde, elle se fit adorer du peuple, et se consola pendant quelque temps de l’inimitié des deux reines douairières par l'affection de son époux, par l’admiration doxt elle était l’objet à la cour, et surtout par les plaisirs de tous genres dont cette cour était le centre.
Mais, cédant à l’emportement de ses passions, soigneusement attisées par de vils courtisans vendus à sa marâtre, Chrétien VII ne tarda point à s’abandonner de nouveau aux plus déplorables excès et à délaisser sa jeune épouse pour d’ignobles maîtresses. Blessée de cette conduite de son mari, la Jeune reine en vint à lui témoigner autant d'indifférence qu’il lui montrait peu d’égards ; elle s’aigrit de plus en plus contre les deux reines douairières , et se montra défiante envers les courtisans. En raison de la vivacité naturelle de son caractère, elle necacha pas ses sentiments. Le roi en fit à peine la remarque; mais sa belle-mère y trouva un motif de plus pour haïr la jeune reine. Vers le même temps, Struensée s’élevait rapidement dans la confiance du monarque, ce favori ayant toujours témoigné à Caroline- Malthide le plus profond respect, l’aversion qu’il lui avait d’abord inspirée s’affaiblit peu à peu; et la reine finit par ne
pas cacher le plaisir qu’elle trouvait dans sa société. En 1770 Struensée inocula la petite vérole au prince royal, que le roi et la reine soignèrent seuls. Caroäne-Mathilde résolut alors de confier à Struensée l'éducation de son fils. 11 fut nommé conseiller de conférence et lecteur du roi. La reine Caroline-Malthide voyait en lui l'homme le plus à portée de la défendre contre l’inimitié patente des deux reines douairières , et contre les machinations des nombreux partisans qu’elles comptaient dans les classes privilégiées; et Struensée se montra reconnaissent de la confiance qu’elle lui témoignait en ne négligeant rien pour opérer la plus complète réconciliation entre les deux époux. Bientôt donc Caroline-Mathilde reprit sur l’esprit du roi tout le crédit qu’elle avait eu naguère, et que lui avaient fait perdre les intrigues de Ju lianne-Marie.
La vie de plaisirs et d’excès qu'avait menée Chrétien VII avait eu pour résultat non d’altérer sa santé, mais d’affaiblir visiblement son intelligence; et ce prince, encore dans toute la force de l’âge, se trouvait déjà réduit à un état d’énervement mental qui lui ôtait toute volonté et le rendait l’esclave de son entourage immédiat. La jeune reine et Struensée, le tout-puissant favori de Chrétien VII, eurent grand soin alors d’éloigner de lui toute société qu’ils n’eussent pas choisie eux-mêmes. Brandt reçut la mission d’inventer tout ce qui pouvait amuser le jeune roi, et de luifaire passer son temps dans les plaisirs, pendant que son ministre portait seul le poids des affaires et gouvernait en réalité sous son nom.
Une conspiration de Lalais, ourdie sous les auspices de Julianne-Marie, mit fin à cet état de choses. Le 17 janvier 1772 les conjurés réussirent à se saisir de la personne de la jeune reine, ainsi que de Struensée , de Brandt et de tous ceux qui passaient pour être de leurs amis ou de leurs créatures. Caroline-Mathilde, sa fille Zouise-Auguste (alors âgée de quelques mois seulement, et mariée plus tard au duc de Schleswig- Holstein-Sonderburg-Augustenburg), une dame d’honneur et la nourrice de la princesse, furent transférées à la forteresse de Kronenburg ; Struensée et Brandt furent chargés de chaînes. Interrogés par une commission ad hoc, et déclarés coupables de haute trahison, ils furent condamnés à mort et exécutés. Sans l'intervention de l’ambassadeur anglais, le chevalier Keith, la reine elle-même eut sans doute passé en jugement; car le plan de Julianne- Marie était de la faire déclarer coupable d’adultère commis avec Struensée. Mais on recula au dernier moment devant un tel scandale, et la commission chargée de la procédure dont Struensée et Brandt étaient l’objet se borna à prononcer la séparation de corps entre le roi et la reine.
Tombé dans un état voisin de l’imbécillité, et quine tarda point à dégénérer en folie manifeste, Chrétien VII laissa les conjurés lui donner un autre entourage, et ne manifesta ni regrets ni douleur d’être privé de la société de la reine sa femme et de celle de Struensée son favori.
La sentence rendue contre Caroline-Mathilde la condamnait à finir ses jours à Aalborg, en Jutland; mais sur les instances de Georges III, son frère, il lui fut permis dequitter le Danemark. Elle se retira alors à Celle, en Hanovre, où elle ne tarda point à succomber à une fièvre provoquée par les souffrances morales et les cruelles épreuves qu’elle venait d’endurer. Caroline-Mathilde avait à peine vingt-quatre ans quand elle mourut au château de Celle, le 10 mai 1775. La lettre d'adieu suprême qu’elle écrivit à son frère, le roi d'Angleterre, est extrêmement remarquable. On la trouvera in extenso dans les mémoires de Falkenskjold ( Paris, 1826). Au moment de mourir, Caroline- Mathilde y proteste une dernière fois et de la manière la plus solennelle de son innocence.
Les plans ambitieux de Julianne-Marie furent déjoués par Bernstorf, mais surtout par l’apathie et la complète incapacité de son fils le prince Frédéric. Elle ne renonça G3
pourtant que fort tard à le voir monter sur le trône ; et aujourd’hui encore on explique la mort successive de tous les enfants mâles issus de Frédéric VI, fils de Chrétien VIT, par des crimes de palais eommis à l’instigation de cette royale mégère. Quoi qu'il en ait pu être, c’est le représentant de sa lignés qui occupe aujourd’hui le trône de Danemark sous le nom de Frédéric VII; et la haine pour la branche directement issue de Chrétien VII, demeurée dans cette lignée à l'état de tradition de famille, peut jusqu’à un certain point donner la clé des événements qui se sont accomplis récemment en Danemark.
CAROLINES (Archipel des). Dans l’acception la plus large, on désigne ainsi l’ensemble formé par plus de quarante groupes différents composés chacun dun certain nombre de petites iles, et remplissant au sud des îles Marianes la partie du grand Océan comprise entre le 5° et le 11° de latitude septentrionale, et les 148°-173° de longitude orientale. La première île de ces divers groupes , découverte en 1686 par Francesco Lazeano , reçut de lui, en l'honneur du roi d’Angleterre Charles IE, le nom de Caroline, qui plus tard servit à désigner le groupe entier dont elle fait partie, que l’on applique aujourd’hui à tout l'archipel, et sous lequel quelques géographes modernes veulent même comprendre Varchipel de Marshall.
Les les Pelew forment le groupe situé le plus au sudouest de cet archipel. Les Carolines proprement dites, et dont le nombre n’est pas moindre de cinq cents, s’y rattachent immédiatement. La très-grande majorité de ces îles sont d’ailleurs basses et plates; et il n’y en a qu’un fort petit nombre où l’on rencontre des montagnes; encore le plateau le plus haut ne s’élève-t-il pas à plus de mille mètres audessus du niveau de la mer. Des bancs de sable et de rochers et de fréquents ouragans rendent ces parages trèsdangereux, et des vents rafraîchissants y tempèrent l’extrême chaleur du climat. On ne treuve des rivières que dans quelques-unes des plus grandes îles. Une végétation aussi vigoureuse que diverse les couvre toutes des plus riches produits. Des fougères , qui atteignent les proportions ordinaires des arbres, y forment souvent d’épaisses forêts. Indépendamment des cocotiers et des palmiers, les arbres à pain, les figuiers , les bananiers et les pandanus y forment les groupes les plus ravissants, enrichis d’aroïdées et traversés par des plantes grimpantes. Les barringtonias aux fleurs si éclatantes, les calophyllées aux feuilles magnifiques, et les sonneratias complètent la diversité du tableau. Les bêtes féroces et les amphibies dangereux y manquent complétement. Le vampire y est indigène; le chat, le bœuf, le mouton, le porc et le chien y ont été introduits. On y trouve une grande quantité de gallinacées et de pigeons ; et la richesse de ces parages en poissons et en coquillages dépasse toute croyance.
Les habitants de l'archipel des Carolines appartiennent tous à la race malaise-polynésienne. On les dépeint comme vigoureusement constitués , de couleur brune foncée à l’est, et de teinte cuivrée au nord, d’un caractère bon et tranquille, eton vante leur adresse et leur courage comme navigateurs. Ils excellent à fabriquer we foule d’ustensiles divers en bambous, en cocos et en écaille. Is obéissent à un certain nombre de chefs, dont quelques-uns commandent comme rois à plusieurs fles à la fois; et de temps à autre les chefs inférieurs se réunissent en plein air pour délibérer.
Les îles principales, avec leurs groupes respectifs, sont, de l'ouest à l’est : Yap, île élevée, qu'on pourrait plutôt considérer, avec Oulouty etles îles groupées autour d’elle dans la direction du nord-est au sud-ouest, comme formant la continuation de la chaîne des Pelew; ensuite, Roug ou Hogolen, Mac-Ashill, Duperrey, Murilen, Namolouk, Nougouar, Namanointo, Sotoane, Semavine, puis les hautes tles Puinipet avec un pic atteignant 1000 mètres d'élévation et Oualan avec un pic de 620 mètres. La plus
CAROLINE-MATHILDE — CAROLINS
grande partie de cet archipel n’a été découverte que dans ce siècle.
[J'ai visité les Carolines , j'ai vécu avec ce peuple enfant, qui n’a pour armes de guerre que des bâtons , pour défense que la prière, pour refuge que l'Océan , dontil brave le courroux sur ses pros-volants , aussi rapides que l’albatros, sur nommé l'oiseau des tempêtes.
Aux Carolines, quand l’homme a été bon, c’est-à-dire quand il n’a point volé de fer, quand il n’a point battu sa femme, il est changé après sa mort en nuage, et il vient de temps à autre visiter le pays qu’il a habité, pour répandre sur lui ses colères ou ses rosées, selon que ses fils se montrent justes ou cruels. Quand l’homme est méchant, il est changé après sa mort en requin, qu’ils appellent fibourion : or, le requin est toujours en guerre avec les autres poissons ; la guerre est donc chez eux la punition du méchant.
Si j'avais plus d'espace je vous dirais les mœurs angéliques de ces peuplades que la civilisation gangrènera bientôt, et dont les rois sont choisis parmi ceux qui manœuvrent le mieux un pros-volant, ou grimpent le plus vite sur un cocotier, Un de leurs rois (amor) me sauva la vie à Rotta, en se jetant à la mer par une nuit tempétueuse et en venant m’arracher aux brisants sur lesquels la lame déferlait avec une épouvantable fureur. Je vous conterais aussi leurs repas, si simples, leurs danses des bdtons, si joyeuses , leur façon de naviguer, si téméraire; je vous présenterais leurs {amors, si coquettement tatoués, que vous les croiriez à vingt pas vêtus d’une robe de dentelle.
Je vous présenterais mes bons insulaires refusant, même en temps de disette, de manger du ‘corbeau , sous prétexte que cet oiseau se nourrit de chair humaine; je vous apprendrais que tout leur commerce consiste en nacre, en coquillages, en corail et en fruits, qu’ils donnent en échange de fer (Zou lou), de couteaux (nihi), de haches (vaho) et de clous (Zic). 11 est hors d'exemple que dans leurs rapports avec les Européens ceux-ci aient jamais eu à se repentir de la loyauté des échanges.
Au reste, ce qui doit le plus surprendre les navigateurs, c’est de trouver les Carolines si pacifiques, si généreuses , si hospitalières au milieu d’archipels dont presque tous les ” habitants sont anthropophages. Mouillez à Sathoual, à Poulou-Sanc, à Bonne-Bay, mais ne jetez point l'ancre devant les Salomon ou les Fitgi, à moins que vous ne soyez protégés par vos fusils et vos caronades. On y boit le sang dans le crâne des ennemis vaincus! Aux Carolines, au contraire, si votre navire se brise sur les roches sous-marines qui les cerclent, l'équipage trouvera des nageurs infatigables pour sauver les naufragés , des cabanes pour les abriter, des fruits délicieux pour les nourrir, des femmes généreuses pour leur faire oublier leur patrie absente. Mais si la nostalgie vous gagne , si vous ne voulez plus nie l'ombre des cocotiers, ni des bananes onctueuses , ni des patates suceulentes , ni des sans-rosa aigrelettes, dites aux Carolins que vous pleurez votre pays, et bientôt un tamor, lançant sa pirogue sur les flots, vous prendra à son bord, et se guidant sur les courants et sur l'étoile polaire, qu'ils appellent là-bas Ouéléhouïs , il vous conduira aux Mariannes , dans la rade foraine de Guham, où voustrouverez un navire qui vous conduira bientôt à Manille, colonie espagnole, pays civilisé, d'où vous ferez voile vers l'Europe. Son voyage accompli, le tamor vous dira un adieu amical, et il ira rejoindre sa femme et ses enfants, qui l’attendent avec des vœux et des prières sur la plage de galets roulés.
O mes bons Carolins! qu'un rayon de jour arrive à ma prunelle éteinte, et j'irai encore une fois me promener parmi vous sous les larges parasols &u bananier aux fruits savoureux, et m'étendre sur vos pagnes aussi moëlleuses que nos soies et nos velours. Jacques ARAGo.]
CAROLINS (Livres). L'ouvrage théologique connu sous ce nom fut composé par ordre de Charlemagne, à
CAROLINS — CARON
l'effet de combattre, comme contraires à l'usage et à l’opinion de l'Église d'Occident, les décisions du second concile de Nicée, assemblé en l'an 787 par l’impératrice Irène, lesquelles rétablissaient le culte des images, naguère aboli dans l'empire par les souverains iconoclastes. Le pape Adrien, qui avait été représenté à ce concile par ses légats, approuva ses actes, qu'il s’empressa de porter à la connaissance de Charlemagne. Ce prince, loin d'y applaudir, chargea quelques évêques de ses États de composer ce livre, où l’on trouve souvent des traces des préventions qui existaient dans l'Occident contre l'Église grecque, et qui d’ailleurs n’est pas exempt d'erreurs. L'auteur, quel qu'il soit, montre peu d'érudition ecclésiastique, quand il avoue ne connaître ni la personne ni les écrits de saint Grégoire de Nysse. Au reste, l'erreur principale de Charlemagne et de ses évêques sur la doctrine de ce concile venait de l'impéritie du traducteur de ses actes. On y avait lu avec autant de surprise que de scandale cette formule : « Je reçois et j'honore les images, et je leur rends la même adoration qu’à la Trinité, » tandis que l'original grec portait : « Je reçois et j'honore les images, mais je n’adore que la Trinité, » ce qui était conforme à la doctrine que l'Église avait professée dans tous les temps.
CAROLUS, nom d’une ancienne monnaie d’or d’Angleterre, valant en son temps treize livres quinze sous de France, et d’une ancienne monnaie de billon de France, de la valeur de dix deniers, appelées ainsi toutes deux, comme le carolin, du nom de Charles ( Carolus ou Karolus) que portaient les rois qui les firent frapper les premiers. Celle de France parut sous Charles VIII; mais elle n’eut cours que sous son règne, et elle se convertit ensuite en monnaie de compte. On rapporte que Henri II, refusant de donner bafaille au duc Charles de Mayenne, pendant la ligue, dit qu’il ne fallait pas hasarder un double Henri (il avait alors avec lui le roi de Navarre, depuis Henri IV) contre un Carolus. Depuis, ce mot s’est dit dans la même acception et par mépris des hommes et des choses auxquels on ne reconnaissait aucune valeur : Cet homme ne vaut pas un carolus ; je ne donnerais pas un carolus de ce que vous m'offrez là.
CARON ou CHARON, un des dieux infernaux. Hésiode, dans sa Théogonie, ie dit fils de l’Érèbe et de la Nuit. Quoique dieu, Caron était soumis à Pluton, qu’il servait en qualité de nocher. Son office consistait à passer les ombres des morts sur une frêle barque nommée oxz?0ç chez les Grecs, et cymba chez les Latins. Pour mieux flotter sur ces eaux bourbeuses, elle était formée de planches de liége; sa teinte était bleuâtre, ses voiles couleur de fer. Son unique batelier, Caron, la faisait naviguer incessamment à travers le Styx, le marais Lorrible, l'Achéron, le fleuve sans joie, le Cocyte, le fleuve des larmes, et le Phlégéton, le fleuve de feu, quadruple barrière du Tartare. « Malgré son grand âge, dit Lucien, il la gouvernait avec deux rames. » Parfois c'était à l’aide d’un seul aviron ou même d’une perche, comme on le voit sur un tombeau étrusque. Quoique, de même que les Furies, il ne fût armé ni de fouct ni de couleuvres, son aspect n’en était pas moins terrible. Vieillard éternellement vert, dont l'enfance et la jeunesse avaient été inconnues, son âge était fixe à jamais; l’inflexibilité et l’a: varice siégeaient dans les plis de son front sévère.
Selon le plus ou le moins de force des aboïements de Cerbère, Caron recevait dans sa barque ou repoussait à coups d’aviron l'ombre du mort descendue au bord du marais infernal. Dans ce dernier cas, ou si son corps n’avait pas reçu la sépulture , ou si l’on n’avait pas sur la terre placé dans sa houche la pièce de monnaie pour droit de passage exigé par Caron, elle errait cent années autour des roseaux du Styx, soupirant après la rive opposée. Ce droit de péage fut d’abord d’une obole, puis de deux, mais jamais moins ; detrois oboles pour les rois, seulement à Athènes, et dans la suite d’une pièce
d’or et même trois. Aristophane, dans sa comédie des Grenouilles, fixe ce droit à deux oboles; Properce, beaucoup plus tard, à une; selon Diodore de Sicile, il n’était que d'une chez les Égyptiens. Les habitants d'Hermione, ville de l’Argolide, étaient dispensés de payer ce tribut, parce que dans ses environs était le chemin le plus court pour arriver aux enfers. Ceux d’Égialée en élaient aussi exempts, et ils devaient cette faveur à Cérès, qui, cherchant par toute la terre le ravisseur de sa fille, apprit d'eux qu’elle avait pour gendre le plus puissant des dieux après Jupiter. Un bas-relief représente le vieux Caron passant les ombres dans sa barque. 11 est vêtu d’une tunique courte, coiffé du pileus, ou bonnet de marin. Quelquefois Caron était pris pour le Mercure infernal.
Le seul éclat de l’or adoucissait la rigueur du nocher stygien ; il fallait que ceux qui descendaient vivants dans l’empire de Pluton, lui présentassent un rameau d’or pour saufconduit. Caron, ayant reçu Hercule dans sa barque sans que le héros se fût muni de la branche magique, fut relégué par le roi des enfers au plus profond du Tartare, où il resta un an plongé dans les ténèbres. Aussi la sibylle eut-elle soin de mettre à la main d’Énée un des plus brillants rameaux de son arbre sacré. Tant de priviléges ne satisfaisaient point cependant encore l’exigeant vieillard; il lui fallait quelquefois une attestation écrite en faveur du mort; le modèle nous en est resté dans celle-ci : Mui, Sextus Anicius, pontife, atteste que ce citoyen a toujours vécu honnétement. Que ses mûnes jouissent d'un repos sans fin ! L’attestation était enfermée dans la tombe du défunt. Cette coutume s’est perpétuée chez les Moscovites, avec cette différence, que la lettre de créance est adressée au bienheureux saint Nicolas.
Le nom de Caron, à qui quelquefois les Latins donnaient celui d’Orcus, a beaucoup exercé les étymologistes. Qui croirait que quelques-uns l'ont fait venir du mot grec khairéin, se réjouir? Serait-ce par antiphrase, ainsi qu’on appelait les Furies Euménides, les bienveillantes ? Les hommes, avec ces noms flatteurs, tâchaient, s’il était possible, d’adoucir ces divinités implacables. D’autres dérivent le nom du vieux nocher de kdron, terme hébreu qui signifie colère, passion dont il est toujours animé. Servius, avec quelque raison, prétend que c’est une corruption de kronos (le temps ) : et en effet Ja vieillesse active de Caron lui donne de la ressemblance avec ce dernier. Mais c’est peu : comme dans la langue hébraïque kar signifie aussi chef, des étymologistes prétendent que Caron n’est autre que Moïse, le
‘ chef choisi de Dieu, qui fit passer aux Israélites la mer d’É-
dom ou mer Rouge, rapprochement très-spécieux, puisque dans le Deutéronome le nom de cette mer, qu’il appelle extremum mare, est akeron. Bien mieux, l’Arabe Murtadi, dans son Egypte, et Mahomet, dans le Kôran, confondent Coré avec Caron; ils en font tous deux un cousin germain de Moïse. Dans l’ancien idiome égyptien, Æharon enfin se traduisait par passeur ; les Hellènes auraïent-ils donc emprunté aux Égyptiens ce dieu infernal ? Auraient-ils créé leur passage aux enfers sur l’habitude qu’avaient les habitants de ce pays de faire transporter, moyennant une obole, leurs cadavres au delà du lac Moœæris? (Voyez JUGEMENT DES MORTS. )
Le mélange des traditions grecques et égyptiennes a laissé jusqu’à présent chez les Arabes l’idée que leur fameux labyrinthe, dont il existe encore des ruines , et qu’ils nom ment Quellay Charon (l'édifice de Caron), est l'ouvrage d’un prêtre de Vulcain, ou d’un roi de ce nom, ea d'un simple bafelier (khäron dans la vieille langue égyptienne), qui exigea un péage pour le transport des cadavres aux plaines de Memphis. Cet immense et inextricable monument aurait été bâti avec les sommes produites par cet impôt inévitable.
Charonitæ fut le nom que le peuple romain donna psr
dérision aux nouveaux sénateurs créés et substitués aux anciens par la fraude de Calpurnie, sur les tablettes de César assassiné, comme si elles se fussent altérées dans les eaux du Styx. Charonites était aussi le surnom des esclaves qui avaient obtenu la liberté par le testament de leurs maitres; car c’était ordinairement un pied dans la barque infernale que ces derniers traçaient ces sortes d’obligations. DENNE-BARON.
CARON (Pinre-Siméon). Ce nom, bien connu des bibliophiles, fut celui d’un pauvre diable qui naquit dans la misère , vécut dans la pauvreté, s’éleva à force d'activité, d'intelligence et de protections, au rang de figurant des plus subalternes sur l’un des plus infimes théâtres de Paris, et, plutôt que d’expirer de faim et de froid sur quelques brins de paille, aima mieux se briser le crâne en se précipitant du haut d’un grenier dont ii n’avait jamais payé le loyer. Ceci se passait en 1806. Admirateur fanatique des vieux monuments de Ja gaieté de nos ancêtres, Caron avait employé tout ce qu'il avait péniblement gagné, tout ce dont il avait pu se priver, fout ce qu’il était parvenu à emprunter, à donner des réimpressions de quelques-uns de ces livres de haulte gresse, si chers aux disciples du joyeux Rabelais. 11 comprit que le mérite de la rareté est le plus grand de ceux auxquels puissent prétendre de pareilles productions : il se borna à faire imprimer à cinquante-cinq exemplaires les écrits dont il fit choix. C'était déjà trop. Il ne rentra pas dans ses frais. Les principaux ouvrages qui composent la collection de Caron sont : Recueil de plusieurs farces (Paris, 1612); Sottie jouée à Genève en 1523 ; le Jeu du Prince des Sots, joué aux halles de Paris, le mardi gras de l'an 1511; le Mystère du Chevalier qui donna safemme au diable. Il a encore remis en lumière les Nouvelles de Jérôme Morlino, recueil écrit en latin, publié à Naples en 1520, avec double privilége du pape et de l'empereur, et supprimé bientôt après, à cause du scandale causé par la licence effrontée de ce conteur, qui oubliait trop que, même dans la langue de Martial et de Catulle, il est des bravades qu’on ne saurait se permettre sans inconvénient. Lors de sa fin tragique, Caron laissa inachevés deux autres opuscules : les Chansons folastres des Comédiens, et une version frangaise des malins et spirituels Noëls bourguignons de La Monnoye.
Ne se bornant pas au rôle d’éditeur, il avait mis sous presse deux ou trois écrits sortis de sa plume. Bien qu’ils soient fort courts, on aurait le droit de dire qu’ils sont beaucoup trop longs. Le titre de ces opuscules en donnera une idée assez juste : Norac-oniana, contenant les douze mouchoirs, ou le portefeuille du cabinet, ou tout ce que vous voudrez, par qui hon vous semblera; Le Plat du carnaval, ou les beignets apprélés par Guillaume Bonnepâte, à Bonne-Huile, chez Feu-Clair, rue de la Poële, Lan dix-huit cent d'œufs; Chute de la Médecine et de la Chirurgie, traduit du chinois par le bonze Luc-Teiab, à Emeluogna, l'an 00000. Il serait fort difficile de transcrire deux lignes de ces diverses productions, remplies de coq-à-l'ane, d’ordures et de grossièretés. On peut, du moins, avouer la lecture de la Lettre de Carabi de Cappadoce à son camarade Carabo de Palestine, adressée à Cassel, imprimée à Capoue. Le sel de cette facétie consiste dans la répétition de la sylabe ca jusqu’à l'entier épuisement du dictionnaire. Le sens arrive s’il peut : c'est du luxe en pareil genre d’écrits, Donnons une idée de cette déplorable nuga difficilis : « Cher camarade à trente-six carats, je t'écris sans calembours et sans calembredaines, soit que tu fasse tes caravanes en carême et que tu coures la Calabre en cabriolet, en carriole, par le earabas, en calèche ou dans ton carrosse. » Ajoutons que Caron était poëte : le malheureux savait assez de latin pour faire des vers où su trouvait le sans-gène, et non l'esprit, des épigrammes de Martial. Quant à son talent cnme versificateur
CARON
français, les deux lignes qui terminent le prospectus de sa collection en donneront une idée :
Voudrais-je vous tromper ? Impossible ; et pourquoi? En travaillant pour vous, je travaille pour moi.
Tel qu'il est, le recueil bien complet des réimpressions et des écrits de Caron est une rareté extrêmement prisée des amäfêurs de livres singuliers. Fort peu de bibliothèques le possèdent, et il faut le payer cher, lorsqu’à longs intervalles, il vient à passer dans le commerce. Au mois de mai 1844
il a été adjugé au prix de 200 francs, àla vente des livres de
Ch. Nodier. G. BRUNET.
CARON (Aucusrin-Josepu), n'avait que seize ans
lorsqu'il entra comme soldat dans la carrière militaire en
1789. De l'infanterie, où il servit d’abord, il passa en 1791 dans le 4° de dragons, fit toutes les campagnes de la Révo-
lation et de l'Empire , et parvint au grade de lieutenant-co-
lonel. Parmi ses plus beaux faits d'armes, on cite son affaire de 1814 à Bar-sur-Ornain, où, à la tête de 276 cayaliers, il prit 200 chevaux et fit mettre bas les armes à 2,000 hommes. Ainsi lancé dans la route de l'avancement, on peut pénser combien il dut voir avec chagrin la chute de l'Empire et avec joie le retour de l'ile d’Elbe. Suspect au gouvernement de la seconde restauration, réduit à une mince demi-solde, en butte, dans sa retraite d'Alsace, aux tracasseries de la police, il s’en vengea en conspirant sérieusement. L'un des premiers à entrer dans les ventes du carbonarisme, il se trouva impliqué dans le complot d’août 1820, jugé l’année suivante par la chambre des pairs. Défendu par M. Barthe, il futacquitté.
Une nouvelle conspiration ayant été découverte à Béfort, en janvier 1822, et quelques chefs présumés du complot ayant été arrêtés, il forma le projet hardi de les délivrer, et s’en ouvrit à Delzaive, sergent-major en garnison à Neuf- Brisach, qui le mit en rapport avec trois autres sous-officiers. Leurs conciliabules avaient lieu tour à tour à Neuf- Brisach, à Colmar, et dans les bois. Un ancien militaire, Roger, maître d'équitation à Colmar, était de moitié avec Caron dans l'entreprise, quoiqu'il n’assistât pas aux conférences. Mais les quatre sous-officiers Delzaive, Thiers, Magnien et Gérard avaient été autorisés par leurs chefs à acquiescer à toutes les ouvertures qui leur seraient faites et à ne rien négliger pour amener un flagrant délit. Le 26 juin Caron commença à avoir quelques soupçons Sur la loyauté de ses affidés en apprenant que la prison de Colmar venait d'être murée, Il fallut les plus énergiques protestations de Thiers pour endormir sa défiance et l'empêcher de rompre tout.à fait. 11 manquait d'argent; il voulait attendre l'arrivée d'un avocat qui devait lui en apporter. Thiers lui répondit qu'ils avaient, Gérard et lui, quelques économies qu’ils mettraient très-volontiers à sa disposition. On devine aisément d’où provenaient ces économies.
Caron enfin se décida, et il fut convenu que le lendemain, 2 juillet, les sous-officiers lui ameneraient deux escadrons du 6° de chasseurs, à la tête desquels il opérerait le mouvement projeté. En effet, le 2, à cinq heures et demie du soir, ces deux escadrons sortirent précipitamment, en petit uniforme , l'un de Colmar, sous le commandement de Thiers, l'autre de Brisach, sous celui de Gérard; des officiers, déguisés en simples chasseurs, étaient dans les rangs. Les soldats, en montant à cheval, avaient été prévenus qu’ils allaient agir pour le roi, et que jusqu’à nouvel ordre ils devaient exécuter tout ce que ieur commanderaient leurs sous-officiers. La consigne fut suivie à la lettre. Magnien avait apporté à Caron son uniforme, qu'il revêtit à l'approche du premier escadron ; le sous-officier emporta en échange les habits bourgeois de sa crédule victime, qu'il alla porter au préfet. Caron prit le commandement de l’escadron au nom de l’empereur Napoléon II, et opéra sa jonction avec l'autre escadron parti de Neuf-Brisach, sous les ordres de
CARON — CARONCGULE
Roger. Les populations ne bougeaient pas. Arrivé devant Ensisheim, Caron, voyant que ses soldats s'obstinaient à ne pas vouloir y entrer, fit prendre à travers champs pour tourner la ville à gauche. Alors ses soupçons se réveillèrent ;ilen fit part à Roger. L'argent n’arrivant point, il voulait se mettre en bourgeois au premier village et l'aller chercher lui-même.
Peu d'heures après, on était à Battenheim ; le maire est sommé de faire les billets de logement. Tandis qu’on les prépare, un chasseur se précipite sur Caron. On l'arrête, on lui arrache sabre, épaulettes, décoration ; on le garrotte, on le fouille. Roger subit le même sort, et les officiers reprennent le commandement des deux escadrons. Les deux victimes sont jetées sur une charrette, reconduites à Colmar et enfermées dans la prison de la ville. Il est évident pour tout le monde que si elles eussent été jugées par un tribunal ordinaire, leur crédulité n’eût point passé pour un attentat, et qu’un acquittement éclatant eût protesté contre les récompenses accordées aux délateurs. Aussi une décision ministérielle, soutenue par un arrêt de la cour de cassation, enleva-t-elle les accusés à la juridiction ordinaire, qui persistait à les retenir, On exhuma une vieille loi de l’an v. En vain Caron et Roger déclinèrent-ils la compétence du conseil de guerre : un nouvel arrêt du 22 août confirma le premier. Les débats durèrent cinq jours; les sous-officiers , devenus officiers, furent les seuls témoins à charge, et le tribunal se prononça unanimement pour la mort. Le conseil de révision ne réforma point l’arrêt.
Caron était à table lorsque le rapporteur vint lui lire son arrêt ; après l'avoir entendu, il continua son repas. Résigné à la mort, il n'eut qu'une pensée, embrasser sa femme et son fils avant une éternelle séparation. Cette dernière con- * solation lui fut refusée. Il lui fut seulement permis d'écrire la lettre suivante : « C’est aujourd’hui, ma bien aimée, que ton ami te quitte pour ne plus te revoir que dans l'éternité. Que cette séparation est cruelle pour mon cœur! Aie bien soin de mon pauvre Alfred! Ménage-toi pour lui, ne t’abandonne pas au désespoir : il a encore besoin de tes tendres soins. Pour moi, ce soir je ne pourrai plus lui être d'aucune utilité. J’emporte avec moi au tombeau tes deux derniers billets; ils seront sur mon cœur. Adieu, ma chère amie; je t'embrasse de tout mon âme, ainsi que mon trop malheureux Alfred. CARON. »
Dans un second billet, modèle également de calme et de fermeté, il remercie son défenseur et lui recommande sa femme et son fils. Ces deux billets écrits , il suit l’escorte qui l'attend, monte dans une voiture de louage, en descend, sans le secours de personne, sur la place de Finckmatt, mesure la distance nécessaire à l'exécution, et s’adressant à l’officier-rapporteur, qui se dispose à lire le jugement : « C’est inutile, lui dit-il : je le connais. » Il refuse de se laisser bander les yeux et de se mettre à genoux, et debout, d'une voix ferme, commande le roulement et le feu. Il tombe, criblé de balles, à deux heures de l’après-midi, le 1°" octobre 1822.
Depuis trois jours Caron avait cessé d’exister, et l’on débattait encore sa vie et sa mort devant les tribunaux. Dans l'intervalle des deux jugements militaires, Me Isambert l’avait invité à se pourvoir en Cassation. Son pourvoi fut retenu dans les bureaux du ministre de la justice Peyronnet ; et lorsqne l'avocat se préparait à plaider, le 4 octobre, sur ce pourvoi tardivement arrivé, on savait en haut lieu que depuis trois jours le jugement du conseil de guerre avait reçu son exécution. Le lendemain la cour déclarait qu'il n’y avait lieu à statuer, le pourvoi n’ayant pas été dénoncé en temps utile. Pour mettre l’épouse de la victime dans l'impuissance absolue de faire aucune démarche en sa faveur, elle avait été elle-même frappée d’un mandat d’arrêt. Après la mort de son mari, la chambre des mises en accusation, par un arrêt de non-lieu, lui rendit la liberté.
Roger, déclaré coupable par quatre voix sur sept, al-
lait être renvoyé absous, quand il fut ressaisi par le procureur du roi de Colmar comme prévenu de complot et d’attentat contre le gouvernement, distrait de ses juges naturels pour cause de suspicion légitime, et renvoyé devant la cour de Metz, qui, moins indulgente que le conseil de guerre, prononça la peine de mort contre lui. Cet arrêt fut commué en vingt ans de travaux forcés; mais quelque temps après il recouvra sa liberté.
Kæchlin, alors député du Haut-Rhin, ayani pue une relation circonstanciée des événements de Colmar, suivie d’une pétition aux chambres signée par cent trente-deux citoyens notables du département, cet ouvrage, qui dévoilait des faits couverts par le huis-clos du conseil de guerre, donna lieu à des poursuites contre l’auteur, imprimeur, et même les journalistes qui en avaient rendu compte. Kæchlin subit six mois de prison et paya trois mille francs d'amende. L'imprimeur Heitz perdit son brevet.
CARON ( Cuarues ), colonel d'infanterie , avait été aïde de cainp du maréchal Ney. L’insurrection de Béfort et de Colmar avait eu du retentissement à Toulon et à Marseille. Compromis dans le procès de Vallée, il échappa à toutes les investigations de la police, et franchit les Pyrénées, résolu de se réunir aux insurgés d’Espagne. Il avait trouvé à Saint-Sébastien le colonel Fabvier et d’autres officiers français. Caron organisa le bataillon sacré, et se présenta hardiment de l’autre côté de la Bidassoa, à la tête de 150 braves, l’arme au bras et le drapeau tricolore déployé, au moment où l’armée française se préparait à entrer en Espagne. Foudroyés bientôt par la mousqueterie et l'artillerie de l'avant-garde du duc d'Angoulême, presque tous furent blessés, et se replièrent sur Saint-Sébastien. Les chefs de l’armée constitutionnelle d'Espagne proposèrent à Caron et à ses compagnons d’armes de les incorporer dans des régiments espagnols. Ils refusèrent. Une rivalité fatale divisa Caron et Fabvier. Le bataillon sacré fut dissous. Ceux qui suivirent Caron se retirèrent avec lui à Lisbonne, et passèrent de là en Angleterre. Caron, frappé de plusieurs condamnations à mort par contumace, ne rentra en France qu’après la révolution de Juillet. Il reprit alors son rang dans l’armée active, fut admis en 1836 à faire valoir ses droits à la retraite, et mourut dans le midi de la France, en 1840.
CARONADE ou CARRONADE, bouche à feu, à tir direct, que la marine anglaise adopta en 1779. Elle en fit usage en 1782, dans la guerre d'Amérique ; elle s’en est servie fréquemment depuis la guerre dela Révolution ; nous avons emprunté des Anglais ce genre d’armes. La caronade est une pièce de canon courte, inventée à Carron, en Ecosse, en 1774; elle tire son nom d’une fonderie fameuse située près du Stirling, à peu de distance de Glasgow. C’est une arme simple, légère, sans bourrelet, sans moulures, sans ornements , qui tient le milieu entre le canon et le mortier, et emploie peu de poudre ; elle porte jusqu’à quarante-huit livres de balles et même jusqu’à soixante-huit. Plus ordinairement elle n’est que de trente-six. Elle lance des mobiles creux ou pleins, quelquefois des obus de huit pouces, ou bien des cartouches à balles. Ses boulets n’ont que peu de vent et n’atteignent le but qu'après une trajection lente; aussi, quand ils sont dirigés contre des bordages, au lieu de les transpercer, ils les tourmentent, les déchirent par de longs éclats ; et il en résulte un dommage plus difficile à réparer. Le désavantage des caronades est d’embarrasserlamanœuvre, à cause de leur grand recul, occasionné par leur peu de pesanteur ; mais cette arme est un moyen de destruction simplifié, ingénieux, économique. Dans la guerre d'Espagne, l’armée anglaise fit usage de caronades au siége de Saint-Sébastien, en
juillet 1813. Les galiotes à bombes que le gouvernement
français arma en 1829 portaient une batterie de caronades.
G*! Bari.
CARONCULE (caroncula, diminutif de caro, chair ),
petite portion de chair. Quoique impropre, à cause de #
signification étymologique, ce nom est usité en anatomie animale et végétale. On appelle caroncule lacrymale une petite éminence rougeâtre, située dans le grand angle de l’œil, qui est formée par la réunion de plusieurs follieules qui sécrètent la chassie.-On voit sur cet organe quelques poils très déliés dont l’accroïissement anormal donne lieu à une inflammation. Les caroncules myrtiformes sont des tubercules de forme très-variable, regardés comme des débris de la membrane hymen, et situés à l’orifice du canal qui transmet au dehors le produit de la conception. Les caroncules papillaires, petites éminences coniques des reins, versent l'urine dans les calices. La caroncule urétrale est une petite saillie médiane inférieure située à l’origine de l’urètre, appelée verumontanum.
En zoologie, on donne le nom de caroncule à une excroissance charune, molle, dénuée de plumes, d’un tissu plus ou moins érectile, qui se voit au front, au vertex, à la nuque, au cou, aux sourcils, à la gorge, au menton, aux angles de la bouche, à a base du bec, etc., chez les oiseaux : aussi plusieurs espèces ont tiré leur caractéristique de l'existence de cette caroncule. Une famille entière de la tribu des sylvains anisodactyles a été appelée caronculés par Vieïllot, parce que tous les oïseaux qui la composent ont la tête ou la mandibule inférieure garnie de caroncules.
En botanique, le renflement qu’on observe à la surface de certaines graines au-dessus du hile est aussi appelé caroncule (exemple : haricot). M. Mirbel a donné l’épithète de caronculaire à Varille formé d’un ou plusieurs caroncules (exemple : polygala vulgaris ). L. LAURENT.
CAROTIDE ( de xzpoç, assoupissement). Les anciens donnèrent ce nom à deux des artères principales de la tête, parce qu’ils pensaient que l’assoupissement, qu’ils appelaient car us, y avait son siége. Elles sont situées de chaque côté du con, du larynx, et de la trachée-artère ; elles n’ont pas des deux côtés la même origine : celle du côté droit naît d’un tronc artériel appelé brachio-céphalique; l'autre, du côté gauche, provient de la convexité de la crosse de l’aorte. Ces deux artères, arrivées au niveau de l’os hyoïde, se bifurquent pour donner naissance aux artères carotides externe et interne.
L’artère carotide externe a été ainsi appelée parce qu’elle ne se distribue qu’à l’extérieur de la tête par les branches thyroïdienne, faciale, linguale, occipitale, auriculaire, temporale, maxillaire, interne, etc., qui portent le sang au larynx, à l’épiglotte, aux amygdales, à la trompe d’Eustache, aux muscles de la langue, de la face, au pavillon de l'oreille, aux dents, au pharynx et aux fosses nasales. L'artère carotide interne a reçu cette dénomination parce que sa distribution, qui est plus profonde, se fait à toutes les parties contenues dans la cavité orbitaire et aux deux tiers antérieurs du cerveau, au moyen des branches dites artère ophthalmique, artères cérébrales, etc.
Quand on saigne l'artère temporale, on incise une des branches de l’artère carotide externe. Les battements que l’on sent quelquefois aux tempes sont dus aux pulsations de l'artère temporale. Dans les maux de tête très-intenses, on sent quelquefois des fusées monter d’une manière pulsative dans le cerveau: cela tient à l'accélération de la circulation dans l'artère carotide interne. L’apoplexie foudroyante est quelquefois déterminée par la rupture de plusieurs ramifications de cette artère, d’où résulte épanchement sanguin dans le crâne, compression du cerveau et la mort. On peut sentir les battements des artères carotides primitives en plaçant ses doigts sur les côtés du cou.
CAROTIQUE (Sommeil). Voyez Canus.
CAROTTE. Cette plante, qui fait partie de la famille des ombellifères, est bisannuelle, et croît spontanément dans tous les sols en France ; on la trouve dans les terres incultes, les terres cultivées, les prairies et les bois, où elle porte le
CARONCULE -— CAROTTE
nom de carotte sauvaye (daucus carota sylvestris) ; on la reconnaît à sa tige velue et rameuse, s’élevant à un mètre à peu près, à ses feuilles découpées, à ses fleurs blanches ou rouges, à sa racine ayant une tendance fusiforme, blanche, quelquefois rougeâtre, et à ses semences très-aromatiques.
Les carottes cultivées sortent toutes de la carotte sauvage; et comme celle-ci a le plus ordinairement la racine blanche, il paratt évident que la première carotte cultivée par nos pères a été la carotte blanche; et en effet les carottes de cette couleur sont encore de nos jours les plusabondantes dans les jardinset dans les champs de la France où la carotte est un objet de grande culture, tels que ceux de l’Artois et de la Picardie, qui produisent peut-être les meilleures carottes du monde.
Les carottes cultivées sont : la carotte blanche hâtive, très-tendre, petite, de couleur entièrement blanche, longue, sucrée ; la ecrotte blanche de Breteuil, connue encore sous les noms de carotte d’Achicourt, grosse, longue, très-sucrée, se conservant facilement ; la carotte blanche de Belgique à collet vert, faisant saillie hors de terre de toute la longueur de son collet, à la manière de la betterave champêtre, très-grosse, longue, d’une constitution forte, la moins difficile sur le choix de la terre, et néanmoins l’une des plus productives, en même temps qu’elle est la plus sucrée et par conséquent la plus alimentaire de toutes; la carotte rouge courte hätive, petite, courte et tronquée, très-tendre, fort recherchée pour les potages dits potages à la julienne, qu’elle colore, et auxquels elle donne, non pas plus de qualité, mais plus de coup d'œil; la carotte rouge demi-lonque, sous-variété de la précédente, qui n’en diffère que par un peu plus de grosseur et de longueur dans la racine; la carotte rouge grosse ou carotte ordinaire, nommée encore carotte de Hollande, très-grosse, fusiforme, fortement colorée en rouge, très-productive, d’une saveur prononcée, qui la rend spécialement propre aux préparations culinaires, qu’elle colore et qu’elle aromatise ; la carotte violette, grosse, longue, ayant de la tendance à s’allonger, très-sucrée dans ses variétés à chair jaune et à chair blanche, ordinairement moins sucrée et même quelquefois âcre dans ses variétés à chair pourpre, noirâtre et panachée en dedans ou en dehors; la carotte jaune courte hâtive, petite, courte, presque turbinée , très-sucrée , moins cependant que la petite carotte blanche, mais plus sucrée que la petite carotte rouge hâtive et que la carotte rouge demi-longue; la grosse carotte jaune, dite carotte de Flandre, très-volumineuse, sucrée, tendre , l’une des plus estimées.
Les petites espèces ou carottes hâtives se sèment en février sur couche pour en jouir dès le premier printemps, ou bien à l'exposition du midi en pleine terre auprès d'un mur ou dans tout autre lieu abrité naturellement, ou qu’on puisse protéger par des paillassons. Ces carottes sont fort employées, parce qu'ayant peu de saveur elles plaisent davantage; il est même des personnes qui ne sèment que ces espèces en toutes saisons, parce que ces petites carottes viennent en peu de temps et sont toujours tendres; les grosses espèces se sèment depuis février jusqu’en mai, pour en jouir en été et en automne, et pour faire les provisions d'hiver, Celles-ci ne sauraient être trop grandes, si on considère lesdivers emplois decette racine et son incalculable consommation pour la nourriture des hommes, et en réfléchissant d’ailleurs que celles qui n'auraient pu être consommées peuvent être données aux animaux de toutes espèces, qui en sont avides, et que ces racines nourrissent parfaitement. Ce bienfait a été remarqué depuis longtemps en Espagne et en Angleterre , où la raeine de carotte entre pour beaucoup dans la nourriture des chevaux , des bœufs, des moutons, du porc et de la volaille,
En France, depuis la fin du siècle dernier, la carotte, considérée comme fourrage, a fixé d’une manière toute partionlière l'attention des propriétaires et des cultivateurs qui en
CAROTTE — CAROVÉ
sèment des superficies souvent très-étendues , pour en nourrir les animaux, surtout pendant l’hiver. On emploie à cet usage les plus grosses espèces de carottes, qui sont : la grosse carotte rouge de Hollande, qui prospère dans tous les sols, pourvu qu’ils soient profonds; la grosse carotte jaune de Flandre, qui exige une terre douce, profonde, substantielle, cultivée et amendée de longue main, cette variété étant un peu délicate, mais très-productive et de première qualité; la grosse carotte blanche de Belgique à collet vert, dont la moitié supérieure se nourrit aux dépens de l'humidité atmosphérique et des émanations de la terre, tandis que l’autre moitié descend verticalement en terre, qu’elleépuise nécessairement beaucoup moins que ne feraient les deux espèces précédentes, dont la totalité de la racine vit aux dépens de la terre. IL est d’observation que la carotte blanche de Belgique est douée d’une très-forte constitution et d’une grande rusticité , qui la rendent propre aux cultures champêtres. On emploie cinq à six kilogrammes de graines de carotte par lrectare,
C’est toujours une mauvaise opération que le repiquage des carottes dans les places où quelques circonstances auraient empêché le semis de réussir, ou bien dans les circonstances assez fréquentes où des animaux auraient dévoré les jeunes carottes après leur naissance. Lorsque, soit par un froid subitement survenu , une insolation ou une sécheresse très-forte, la carotte n’a pu naître ou est morte après être née, il faut semer de nouveau, sauf à n'avoir que de petites carottes, qui au reste produiront à peu près autant de nourriture aux animaux, en semant dru, que de grosses carottes; et même, si la saison est avancée, on pourra employer les variétés hâtives, en employant une fois plus de graines que des grosses espèces.
Non-seulement la carotte sert d’aliment à l’homme et de nourriture aux animaux, mais elle est réputée avec raison propre à entretenir l’homme et les animaux en bonne santé, circonstance qui devait la faire entrer. dans la nourriture habituelle de l'homme et des animaux. Il est, quant à ces derniers surtout, d'expérience que ceux auxquels on en donne sont toujours en état de santé parfaite. Cette plante est tout à la fois une nourriture saine et un aliment médicamenteux ; on obtient de l’eau-de-vie de Ja carotte dans une proportion telle qu’elle peut être cultivée avec profit pour ce seul objet; on en fait des confitures estimées ; ses semences entrent dans la composition de plusieurs liqueurs de table et notamment dans celles qui sont connues sous les noms de ratafia des sept graines et de vespétro, liqueurs chéries l’une et l’autre de nos pères. C. ToLLARD aîné.
CAROTTO (Grax-FraNcEsco ), né à Vérone, vers 1470, l’un de ces maîtres qui illustrèrent au commencement du seizième siècle Pâge d’or de l’art italien. Il se forma à l’école d’André Mantegna, et ses premiers travaux rappellent encore quelque chose de la sévérité particulière à son maftre. Plus tard les œuvres de Léonard de Vinci et aussi les compositions de Raphael exercèrent sur le développement de son talent la plus heureuse influence, et contribuèrent à le rendre plus original et plus indépendant. Ce qui le distingue éminemment, c’est une grande pureté et une rare élévation de sentiment. Il y a de la noblesse dans le dessin de ses formes, qu'anime un coloris chaud et tendre. On trouve de ses toiles dans les églises de Vérone, il yena surtout de remarquablement belles dans celle de Santa-Euphemia ; mais hors de cette ville elles sont d’une extrême rareté. Carotto mourut en 1546.
CAROUBIER, arbre de la famille des légumineuses, tribu des cæsaipiniées. Cet arbre, de deuxième grandeur, est très-commun dans le Levant, en Égypte, en Espagne, dans le royaume de Naples et dans le midi de la France. Ses fleurs, colorées, n’ont rien de remarquable, et le caroubier lui-même est un arbre mal fait dans l’état de nature; mais transporté dans nos serres, où on le tient en pot ou en
caisse , réduit par la serpe du jardinier à une petite dimension , il fait un effet très-agréable par la beauté de ses feuilles ailées, sans impaires, composées de quatre ou six folioles lisses, fermes et ovales, et même par ses fleurs, rouges et purpurines , en grappes nombreuses, qui sortent des parties nues des branches et des rameaux de cet arbre, et qui naissent alors en plus grand nombre.
On multiplie le caroubier par marcottes, et plus faeilement par la semaison sur couche de ses graipes, qui germent très-facilement. Sous des climats plus chauds que le nôtre, où, libre de toutes entraves et de toutes incommodités atmosphériques, il peut accomplir sans eftorts tous les temps de son existence, le earoubier acquiert une grande importance, car son fruit, nommé caroube ou carouge, et qui est une grande gousse longue de quinze à vingt-cinq centimètres sur trois de large, aplatie, divisée intérieurement en plusieurs loges par des cloisons transversales, contenant chacune une semence dure, luisante, de la grosseur d’un petit haricot, enveloppée de toutes parts d’une pulpe abondante, succulente, alimentaire et sucrée, sert de base, au moyen de cette pulpe, d’une saveur mielleuse et d’une consistance sirupeuse, à plusieurs compositions alimentaires, et particulièrement à préparer, mêlé au raisin sec, des sorbets dont les musulmans font une grande consommation. Sur les côtes françaises de la Méditerranée, en Espagne, en Italie, en Grèce, dans l’île de Crète, les caroubes entrent pour une part souvent forte dans l'alimentation des hommes , qui mangent sa pulpe encore molle ou ramollie par l'immersion dans l’eau ; les chevaux dans ces contrées mangent le fruit tout entier; il leur tient lieu d’avoine, et cette ressource alimentaire est d’autant plus appréciée que lecaroubier croîtnaturellement dans les plus mauvaises terres. On tire encore de la pulpe des caroubes une eau-de-vie d’assez bon goût, mais qui a l'inconvénient de conserver l’odeur du fruit. Les propriétés médicinales de ce fruit sont à peu près celles de la casse, mais il est moins laxatif.
Le bois du caroubier, connu aussi dans les arts sous le nom de carouge, est d’une grande dureté, et sert à faire de belle menuiserie. C. ToLLARD aîné.
CAROUBIER DE LA GUYANE, synonyme de courbaril.
CAROUGE , nom commun au fruit et au bois du caroubier.
Un genre d'oiseaux de la famille des cassiques de Cuvier et de celle des tisserands de Vieillot, porte aussi le nom de carouge. Ces oiseaux ne se rencontrent qu’en Amérique.
CAROVE ( FRÉDÉRIC-GUILLAUME), philosophe allemand contemporain, est né en 1789 à Coblenfz, étudia le droit à Trèves, y fut reçu avocat, puis nommé conseiller-auditeur à la cour d’appel, et enfin employé dans l’administration des octrois de la navigation rhénane. Sa place ayant été supprimée en 1816, il alla continuer ses études à Heidelberg, et s’y fit recevoir docteur en philosophie. En 1819 il fut admis au nombre des professeurs particuliers de l’université de Breslau; mais dès Pannée suivante il revint à Heidelberg, et à partir de 1822 se fixa à Francfort-sur-Mein. En 1848 il fut appelé à faire partie du parlement allemand provisoire, qui se réunit au chef-lieu de l’ancienne confédération germanique. L'année suivante il vint assister à Paris aux séances du congrès de la paix, où il fut élu vice-président pour l'Allemagne.
De ses nombreux écrits, les plus importants sont ceux dans lesquels il combat les tendances rétrogrades du catholicisme romain ; nous citerons entre autres celui qui a pour titre : Sur l’Église, qui seule opère notre salut ( 2 vol., Francfort, 1826); son livre sur Les dernières affaires du catholicisme romain en Allemagne ( Leipzig, 1832 ); et son Essai sur le Célibat imposé au clergé catholique romain (Francfort, 1832 ). On trouve d'excellentes choses dans les différents ouvrages qu'il a composés à propos de
divers livres philosophiques ou religieux publiés en France ; par exemple, dans son livre intitulé : Za Religion et la Philosophie en France ({Gwttingue, 1827); dans son Essai sur le Saint-Simonisme et la nouvelle philosophie française ( Leipzig, 1831 ); dans le Messianisme, les Nouveaux Templiers, etc. (Leipzig, 1834); dans son Apprécialion du livre des pèlerins, de Mickiéwitz, des Paroles d’uncroyant, de Lamennais , etc. (Zurich, 1835). Ses derniers ouvrages sont : Le Catholicisme romain à Rome (Leipzig, 1851) et Portique du Christianisme (Iéna, 1851). Carové est mort en 1852, à Heïdelberg.
CARPACCIO (Virrore), l’un des plus remarquables peintres de l’école vénitienne, florissait à la fin du quinzième siècle. Rival des Bellini, etsuivanten généralla même
direction que ces artistes , il se distinguait d’eux cependant par des qualités qui lui étaient propres et qui avaient un grand prix. J1 était doué d’une riche imagination et d'une remarquable force d’intuition; aussi tous ses sujets sont-ils traités avec une ampleur toute particulière. Ceux qui lui réusissaient surtout, c'étaient les événements dramatiques de PHistoire-Sainte, et il excellait à les reproduire dans toute leur naïveté, au moyen d'épisodes nombreux et variés, parvenant toujours à toucher le spectateur par la nobte douceur du sentiment et l'harmonie de l'exposition. 11 a peint de la sorte, dans une série de toiles riches en figures, diverses histoires saintes; par exemple, l’histoire de sainte Ursule, en huit tableaux, qui décoraient autrefois la chapelle de cette sainte à Venise, et qui se trouvent aujourd’hui à l'académie de la même ville; etencore l’histoire desaint Étienne, en cinq tableaux, maintenant dispersés , et dont fait partie la Prédication de saint Étienne à Jérusalem, que possède notre musée du Louvre. Les quatre autres sont dans les collections de Milan et de Berlin.
CARPATHES. Voyez KARPATHES.
CARPE ( Anatomie ). Ce mot, dérivé de xaprèç, poignet, désigne la partie des membres antérieurs des vertébrés comprise entre l’avant-bras et la main. Chez l'homme, l'endroit de flexion de la main sur l’avant-bras correspond justement au contact ou à l'articulation du carpe avec les os de l’avant-bras ( radius et cubitus ). Ces os, par leur disposition, offrent une surface concave vers la paume de la main , surface dans laquelle glissent les tendons fléchisseurs des doigts, et une autre surface dirigée du côté du dos de la main, en rapport avec les tendons extenseurs. Le carpe est composé de huit os articulés ensemble et disposés sur deux rangées. Les anatomistes les ont ainsi désignés : 1° pour la première rangée, en procédant du bord externe, le scaphoïde, le semi-lunaire, le pyramidal et le pisiforme ; 2° pour la seconde rangée, le trapèze, le trapézoïde, le grand os et l'os crochu ; noms qui leur ont été donnés, avec plus ou moins de raison, par rapport à leur configuration. Il est inutile de dire que les os de la première rangée s’articulent avec l’avant-bras pour former réellement l’articu- Jation de la main avec l’avant-bras, el que ceux de la seconde rangée s’articulent avec une autre partie de la main appelée métacarpe. Les os du carpe sont peu développés, surtout chez les femmes et les personnes qui ne se livrent à aucun travail manuel. Ces petits os sont cubiques, s'articulant les uns avec les autres. De ces nombreuses articulations résultent pour la main cette mobilité et cette souplesse si utiles pour rendre le toucher aussi parfait que possible. En multipliant les os de la main, la nature a multiplié les points de contact de la paume de la main pour rendre le tact plus exquis, Si la main eût été dépourvue de ces petits os mobiles les uns sur les autres, elle n’aurait pu s’accommoder qu’à la configuration des surtaces planes, elle aurait été privée de cette sensation si exquise que produit le toucher, le contact parfait de la paume de la main sur une surface parfaitement arrondie et douée de moëlleux contours. k
On a encore donné le nom de carpe au quatrième article
CAROVE — CARPE
de la pince des crustacés, et à la partie du bord externe de l’aile des hyménoptères, offrant une expansion cornée, parce que, suivant Jurine, elle est située à la terminaison des pièces regardées par lui comme des analogues des os de l'avantbras des animaux vertébrés.
CARPE ( Zchthyologie ), en latin cyprinus carpio, espèce de poisson du genre cyprin, et de l’ordre des malacoptérygiens abdominaux, qui présente pour l’homme des avantages économiques tels que peu de poissons peuvent lui être comparés sous ce rapport. La carpe est propre aux eaux douces des parties méridionales et tempérées de l’Europe, d’où elle a été portée ensuite dans les régions septentrionales. Pierre Marschal la porta en Angleterre, en 1514; Pierre Oxe, en 1560 dans le Danemark ; quelques années après, on l’a aussi introduite en Hollande et en Suède. La carpe est peut-être de tous les poissons celui qui est le moins délicat, qui se prête le plus facilement à tous les changements de situation, et en même temps celui dont la multiplication est la plus rapide et la croissance la plus accélérée, toutes qualités qui l'ont pour ainsi dire rendue domestique, et l'ont fait préférer à d’autres espèces dont la chair est plus délicate.
C’est dans les eaux tranquilles ou qui coulent lentement que les carpes se plaisent le plus; leur nourriture se fonde sur des larves d'insectes, des vers, de petits coquillages, le frai de poisson et les jeunes pousses de plantes. S’il faut en croire Bloch, les feuilles et les graines de naïades sont les aliments qu’elles préfèrent; selon lui, elles grossissent trèsvite et engraissent davantage dans les eaux où il y en a beaucoup. Elles mangent avec une telle gloutonnerie que souvent elles en périssent; c’est pourquoi les personnes qui en élèvent doivent leur ménager la nourriture. Les objets qu’il convient le mieux de leur donner sont les restes de la table, les eaux sales de la cuisine, les épluchures de salade, surtout celles de laitue, l'orge cuite, les fruits pourris, etc. Les carpes, lorsqu'elles trouvent une eau et une nourriture convenables, parviennent à une grosseur remarquable : en Franceil n’est pas rare d’en voir de six ou huit kilogrammes, mais il paraît que c’est en Allemagne que se pêchent les plus monstrueuses. On en cite une, servie sur la table du prince de Conti, qui avait plus de 1”, 30 de longueur et 22%, 50 de poids. Bloch parle d’une autre, pêchée à Bischofshausen, près de Francfort-sur-l’Oder, qui était large d'une aune de Prusse et longue de deux et demie ; elle pesait 35 kilogrammes. De telles carpes devaient être très-vieilles, mais on ne saurait fixer leur âge; cépendant on peut dire avec assurance que ce poisson vit longtemps. On a vu en Lusace des carpes qui avaient deux cents ans; à Fontainebleau et à Chantilly, on en montre qu’on dit avoir plus d’un siècle ; leur taille est remarquable, mais n’approche pas de celles dont nous parlions tout à l'heure; on peut en accuser létroitesse des bassins où elles sont retenues et le peu de nourriture qu’elles y trouvent. Dansle jardin de Charlottembourg, château de plaisance du roi de Prusse, il y avait dans un réservoir plusieurs centaines de carpes très-vieilles ; elles étaient apprivoisées, et lorsqu'elles apercevaient le gardien, elles venaient au bord pour y recevoir leur nourriture. On parle aussi de carpes qui arrivaient au bruit d’une clochette.
Ces poissons sont en état de reproduire dès la troisième année; plus ils avancent en âge, plus est grand le nombre de leurs œufs. Une femelle de 733 grammes à fourni à Petit 342,144 œufs; une de 489 grammes seulement en à donné 237,000 à Bloch; le même observateur en a compté jusqu’à 621,000 dans une autre, qui pesait 4*, 405. Le nombre de ces œufs, comme on voit, est prodigieux, mais il s’en faut de beaucoup que tous deviennent des carpes. Une trèsgrande partie du frai devient la proie des autres poissons, et bien d'autres circonstances s'opposent à son développement. Les carpeaux ou jeunes carpes sont exposés à de nombreux dangers; aussi bien peu arrivent-ils à l'âge adulte. Toute-