CARRIER — CARRIÈRE
dans les eaux de la Loire. On nous pardonnera d’abréger un récit où tout se ressemble, où les détails s'accumulent, où les circonstances se succèdent sans exciter même cette espèce de curiosité instinctive que soutient la nouveauté. En indiquant le principe de folie furieuse dont Carrier subit l'influence dès le début de sa mission, nous croyons avoir rempli la plus grande part de notre tâche. Enfin , le moment arriva où Robespierre sentit le besoin d’enrayer le char dont les roues avaient broyé tant d'hommes et tant de choses : ce moment devait marquer le rappel de Carrier et la censure de sa conduite. Fouquet et Lamberti tombèrent en holocauste aux justes ressentiments de la population nantaise. Carrier n’en revint pas moins , avec une entière assurance , siéger à la Convention, et continua d’y parler comme il avait agi.
Le 9 thermidor frappa Robespierre et menaça Carrier ; la yoix publique demandait sa tête : le procès des quatre-vingtquatorze Nantais envoyés par lui à Paris l’année précédente hâta l’expiation qu'il ne pouvait plus fuir. La Convention hésita longtemps, malgré l’énormité des charges ; car on n'avait aucune pièce de conviction. Enfin, le secrétaire du comité de sûreté générale, envoyé à Nantes, en rapporta deux ordres signés de Carrier, et tendant à faire guillotiner sans jugement cinquante à soixante victimes ; et la Convention décréta l'accusation. La défense de Carrier fut simple : « Pourquoi blâmer aujourd’hui, dit-il, ce que vos décrets ont ordonné? La Convention veut-elle donc se condamner elle-même? Je vous le prédis, vous serez tous enveloppés dans une proscription inévitable. Si l'on veut me punir, éout est coupable ici, jusqu’à la sonnette du président. » Carrier n'avait pas tort, et alléguait pour sa défense tout ce qu'il pouvait alléguer, eu égard à ses accusateurs et à ses juges. L'instruction du procès dura deux mois : Carrier marcha au supplice le 16 décembre 1794 avec plus de fermeté que sa contenance dans les débats ne semblait en promettre, et ne cessa de répéter qu’il était innocent. En effet, il pouvait le dire : le tribunal l’avait condamné pour avoir ordonné des exécutions arbitraires au profit de la contre-révolution. Évidemment ce motif n’était qu’une imposture forcée, qu’un ménagement nécessaire des juges envers eux-mêmes, qu’un moyen subtil de se dérober à la sentence qu’ils étaient réduits à prononcer.
Carrier avait une taille haute, mais ur peu courbée; une chevelure noire et grasse couvrait sa tête; son œil était petit et hagard , son teint verdâtre, son geste brusque et sa voix rauque. Suivant le mot d’un homme d'esprit, son histoire semble appartenir aux Mille et une nuits du crime.
Ad Tiss0T , de l’Académie Francaise.
CARRIERE. Les carrières sont des excavations pratiquées dans la terre pour en extraire différentes espèces de pierres propres aux constructions et à divers objets d’art. Suivant qu'il s’agit de l'extraction du marbre, de l’ardoise, du plâtre, du sable, de la terre glaise, etc., on donne à ces excavations les noms de marbrière, ardoisière, plâtrière, sablière, glaisière, etc. Le nom de carrière est particulièrement réservé à l'exploitation de la pierre à bâtir, ou calcaire.
Le mode d'exploitation des carrières varie suivant la disposition qu’affectent les substances à exploiter. Si elles sont à peu de distance de la surface du sol ou en masses isolées, on pratique des carrières à ciel ouvert. Si, au contraire, elles sont disposées par couches ou par bancs, à une profondeur telle que les frais de découverte doivent augmenter considérablement la main-d'œuvre, on ouvre des carrières souterraines, c’est-à-dire en galeries. Cette dernière méthode offre plusieurs espèces de dangers, qui font qu’on n’en permet que difficilement l'emploi aux environs des grandes villes, C’est surtout dans ces carrières souterraines que la surveillance des ingénieurs doit sévèrement tenir la main à l'exécution des règlements d'administration
publique qui ont disposé des précautions à prendre dans ces sortes d'exploitations. Les principales de ces précautions sont l'établissement d’étais solides et de piliers d’une dimension suffisante. Si le nombre des piliers n’est pas assez considérable pour soutenir le toit des cavités, qui sont trèsgrandes comparativement à celles des mines, au bout de quelques années et par l'influence de l’infiltration des eaux pluviales, des parties de ce toit forment des cônes que les carriers appellent cloches, et qui finissent par tomber dans l’intérieur de la carrière; en même temps on voit à la surface de la terre des enfoncements en forme d’entonnoir, correspondant à ces cloches, et nommés Jontis. On ne peut pas ici, comme dans les mines, remplacer par d’autres matériaux l’espace compris entre les piliers; car ces matériaux seraient aussi chers que ceux enlevés. Les piliers de masse sont pris dans l'épaisseur méme de la carrière; les piliers à bras sont construits avec des pierres superposées sans être liées par aucun mortier; cependant on les rend plus solides les uns et les autres en les revêtissant de maçonnerie.
Il est rare que la carrière soit plus élevée que le sol d’un chemin et contiguë à la voie publique; mais lorsque cet avantage se présente, les galeries à pratiquer se trouvent au niveau du terrain environnant, ce qui rend l'extraction très-facile. Cependant le plus souvent on est forcé de creuser un puits qui fraverse le banc de la carrière, et l’exploitation s’en fait en enlevant les pierres qu’on détache jusqu’au haut du sol. On se sert pour cette manœuvre d’un cabestan ou treuil, nommé dans ce cas roue de carrière. L'ouverture du puits doit avoir une largeur suffisante pour l’extraction des blocs et des dalles, selon la nature de la couche pierreuse. Les parois du puits sont revêtues en pierres, et de forts madriers s'opposent à l’'éboulement des terres.
Le carrier ‘se sert, pour déliter et travailler les pierres, de plusieurs outils, tels que des coins de diverses grosseurs, une barre ou levier en fer, une éarière, et des marteaux nommés mail, mailloche, pic. Dans les carrières à ciel ouvert, on forme des escarpements considérables que l’on attaque par des ouvrages en escalier, en descendant; puis on enfonce des coins de bois ou de fer, et on détache ainsi de grandes portions de pierre que l’on a préalablement circonscrites par de profonds sillons. C’est ainsi qu’on exploite les carrières de Saillancourt près de Meulan, et d’autres de granit, de porphyre, de marbre, de lave, de pierre calcaire, etc. Quand la pierre est disposée par couches ou assises distinctes, on mine par-dessous les assises, en enlevant les terres qui les supportent ct les séparent, puis on ôte les étais qui les soutenaient pendant l’onération, et ces bancs se brisent en masses que l’on n’a plus qu’à enlever ; c’est ainsi qu’on agit pour la plupart des carrières calcaires des environs de Paris. Enfin, quand on exploite du calcaire grossier et même du grès à pavé, il arrive souvent que l’on pratique dans l’une ou l’autre pierre un trou avec une tarière; puis on l’emplit de poudre, et en y mettant le feu la mine produit le résultat désiré. Quant à la pierre meulière, lorsqu’on l’exploite pour en faire des meules d’un seul morceau, on trace, dans le bloc d’où l’on veut tirer la meule un cercle, puis de distance en distance on y fait un trou, dans lequel on enfonce un coin en bois très-sec; après quoi on verse de l’eau dans ce trou, et le coin en se gonflant par l'effet de l’eau , opère la rupture de la pierre suivant la circonférence tracée.
Il résulte des documents publiés par l'administration que le nombre des carrières en France s’élevait en 1860 à 24,000, dont 2,000 seulement n'étaient pas exploitées. Elles occupaient 160,000 individus, et leur production moyenne était évaluée à plus de 50 millions de francs. Les plus considérables sont consacrées aux matériaux de construction, puis celles d'ardoises, de chaux, de plâtre, d’argile, de sable, de marne et de kaolin,
Dans les cirques, la carrière était le chemin que devaient
faire les chars qu’on faisait courir à toute bride jusqu'aux bornes du stade pour remporter le prix. Aujourd’hui même, en termes de manése, c’est l’étendue de terrain où l’on peut faire courir un cheval sans qu’il perde haleine. Dans ce sens, donner carrière à un cheval c’est le laisser libre de courir, c’est lui lâcher la bride, De là sont venues encore les expressions entrer dans la carrière, fournir sa carrière, broncher dans la carrière, fermer la carrière, qui sont bientôt passées du sens propre dans le sens figuré; puis on s’est servi de ce mot pour désigner le cours et le mouvement des astres : la carrière du soleil, de la lune, des étoiles, etc. ; l’espace dans lequel la vie est renfermée : la carrière de l’homme, ou celui que l'esprit et l'intelligence peuvent embrasser. Il s’est dit ainsi figurément de la profession qu'on exerce, des études auxquelles on se livre, des entreprises où l’on s’engage : la carrière des sciences, des lettres, des arts, du barreau, du commerce, de l’industrie, des armes, des honneurs , de l'ambition, de la gloire, de la vertu, du vice; la carrière administrative, etc. C’est dans ce sens que Boileau a dit dans son Art Poétique : *
O vous donc qui, brülant d’une ardeur périlleuse,
Courez du bel esprit la carrière épineuse,
N’allez pas sur des vers sans fruit vous consumer, Ps Et prendre pour génie un amour de rimer.
Sous Denys le Tyran, les carrières de Syracuse servaient de prison (voyez Laromies). De là l'expression proverbiale : qu'on me reconduise aux carrières! que beaucoup emploient sans en soupçonner l’origine, pour dire : Je suis prêt à recommencer ce qui m’a valu un traitement injuste. :
CARRIERES SOUS PARIS. Voyez CATACOMBES.
CARRO (Jean ne), l’un des hommes qui ont le plus contribué à populariser la vaccine, est né le 8 août 1770, à Genève , d’une ancienne famille patricienne. Il fit, à partir de 1790, ses études médicales à Édimbourg, où il fut reçu docteur en 1793, et se rendit en 1794 à Vienne, où il acquit bientôt une grand réputation comme praticien dans les cercles élevés, et notamment dans la société diplomatique de cette capitale. Les progrès ou les découvertes faites dans l'art de guérir trouvèrent toujours en lui un zélé propagateur. C’est ainsi que Jenn 2r n’eut pas plutôt démontré en Écosse par d’irrécusables expériences que la vaccine était un bienfaisant préservatif contre la petite-vérole, que J. de Carro s’empressa de se procurer du vaccin, et en fit luimême le premier essai sur ses propres fils. L'épreuve ayant été suivie du résultat annoncé, de Carro consacra dès lors une grande partie de son activité à propager ce précieux préservatif contre un des plus dangereux fléaux de l’humanité; et il fut puissamment secondé dans ses efforts par le gouvernement autrichien, qui fit recommander officiellement à toutes les autorités constituées dela monarchie son ouvrage intitulé : Observations et expériences sur l’inoculation de la vaccine (Vienne, 1801). Son Histoire de la Vaccination en Turquie, en Grèce et aux Indes orientales (Vienne, 1803), renferme de précieux documents sur l'introduction de la vaccine dans ces diverses contrées. Vers 1825, M. J. de Carro se fixa à Carlsbad : c’est sur sa proposition qu’on ya crééet organisé tout ce qui se rapporte aux fumigations sulfureuses de l'invention de M. Galès et de D'’Arcet, moyen thérapeutique dont il avait déjà signalé la puissance dans ses Observations sur Les fumigations sulfureuses (Vienne, 1807). Parmi les autres ouvrages qu’on a de lui, il faut encore citer : Carlsbad, ses eaux minérales el ses nouveaux bains à vapeur (Carlsbad, 1827); livre qu'il a ensuite traduit lui-même en anglais (1842); son édition polyglotte de l'Ode de Bohuslas-Hassenstein de Lobkowitz en l'honneur des sources d'eau minérale de Carlsbad (Prague, 1829).
Tous les ans, depuis qu’il s’est fixé dans cette ville, le