‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 385 sur 556 · CARROSSE — CARROUSEL · texte numérisé non relu

CARROSSE — CARROUSEL

CARROSSE, voiture à quatre roues, fermée et suspendue. Ce mot est dérivé du latin carrum et carrus, char. C’est donc du c À ar héroïque et triomphal que viennent également l’aristocratique carrosse, la roturière carriole, l'utile chariot et l'humble charrette. Les carrosses sont originaires d’'Ifnlie : ils étaient connus des dames romaines, qui en avaient de suspendus, de couverts et de découverts. On les appelait rheda, et le conducteur rAedarius. En italien carroccio signifia char sacré, porte-étendard des armées chrétiennes au moyen âge, et plus tard grand char servant au chef de l'État et à sa suite dans les solennités. Le premier carrosse à coffre suspendu fut celui d’Isabeau de Bavière, lorsqu’en 1405 elle fit son entrée solennelle à Paris. Dans ces véhicules on entrait par des escaliers pratiqués en dedans ou bien par derrière. Jusque alors les femmes et même les reines se faisaient porter en litière, quand elles ne montaient pas à cheval comme les hommes, ou en croupe avec eux. Sous François 1° on ne comptait à Paris que trois carrosses , celui de la reine, celui de Diane de Poitiers et celui du maréchal de Bois-Dauphin. Ce maréchal était d’une telle corpulence, qu’il ne pouvait ni monter à cheval ni marcher. On conçoit qu’il applaudit fort à l’invention, et qu’il fut un des premiers à en propager l'usage. En 1640, Christophe de Thou, premier président du parlement de Paris, et père du célèbre historien, fut atteint de douleurs de goutte si violentes, qu’il se fit construire un carrosse. Ce fut le premier particulier qui se permit un tel luxe ; mais sa femme, qui se portait bien, continua de se promener à cheval, en croupe derrière un varlet. En 1586 les seigneurs et les dames de la cour de Henri LIL venaient encore au Louvre à cheval; et les hommes se présentaient dans les réunions ou dans les dîners en bottes et en éperons. Pendant assez longtemps Henri IV n’eut qu’un seul carrosse pour lui et pour sa femme; et un jour qu’elle s’en servait, il ne put aller voir à l’Arsenal son ami Sully, qui avait pris médecine. Le duc d'Épernon fut le premier qui, en 1607, entra en carrosse dans la cour du Louvre, honneur qui plus tard fut accordé à Sully, à cause de sa mauvaise santé. Au reste, ces carrosses , qu’on appelait aussi coches (du latin concha, coquille), n'étaient rien moins qu’élégants et commodes. A peine comparables aux plus mesquines messageries, ils n'avaient, au lieu de glaces, que des rideaux, et pour portières que des tabliers en cuir, que l’on abaïssait pour y entrer. Il régnait à l’intérieur une obscurité complète quand le mauvais temps obligeait à les fermer. Tel était sans doute le carrosse dans lequel Henri IV fut assassiné. Un simple rideau ne pouvait opposer qu’un faible obstacle au bras régicide de Ravaillac.

Sous le règne de Louis XIIT, le maréchal de Bassompierre fut le premier qui se fit construire un petit carrosse avec des glaces. Mais l’usage n'en devint pas commun, et sous Louis XIV, en 1658, onne comptait encore dans Paris quetrois cent vingt carrosses. Les seigneurs de la cour qui n’étaient ni infirmes ni malades continuaient à faire leurs visites à cheval. Si, comme toutes les inventions, les carrosses ont eu leur enfance, ils s’améliorèrent en se multipliant : témoin ce passage de la comédie du Joueur, représentée en 1696, où Regnard fait dire à Hector :

Ne serai-je jamais laquais d’un sous-fermier ?

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Je deviendrais un jour aussi gras que mon maître, J'aurais un bon carrosse à ressorts bien liants ; De ma rotondité j’emplirais le dedans,

Le mot carrosse est devenu suranné; on dit cependant encore d’un homme qui a de la fortune : &/ roule carrosse. Avant 1789 on disait aussi qu'une personne avait eu l’honneur de monter dans les carrosses du roi, honneur réservé alors aux personnes présentées à la cour : aujourd'hui on dit plutôt les voitures de la cour.

La répugnance des musulmans pour les carrosses a été longtemps invincible. Lorsque l'ambassadeur persan Méhemet-Riza-Beig vint en France, en 1715, il voulait faire son entrée dans Paris à cheval le jour fixé pour l'audience que Jui donna Louis XIV ; il fallut presque employer la violence pour le faire monter dans un carrosse du roi, avec un maréchal de France et l’introducteur des ambassadeurs, sa religion lui défendant, disait-il, de s’enfermer dans une boite et surtout avec des chrétiens. Un autre ambassadeur de Perse, Mirza-Aboul-Hazan, qu’on a vu à Paris sous la Restauration, témoigna, dans sa première ambassade à Londres, en 1809, la même aversion pour les carrosses : il disait que son entrée ressemblerait plutôt à l'arrivée d’un ballot de marchandises qu’à la réception d'un ambassadeur.

Le mot carrosse étant passé de mode, ne s'emploie guère qu’en signe de mépris. Bien plus, si l’on s’en rapporte aux comparaisons que l’on en fait dans le langage populaire, il semble que le cheval de carrosse est aussi dégradé que la voiture qu'il trafnait.

CARROSSIER. Quoique les carrosses aient disparu de France, le mot carrossier, qui avait été créé pour ceux qui les construisaient, est resté dans la langue et désigne les fabricants de voitures spécialement destinées au transport des personnes, et surtout de celles dis bourgeoises.

Bon nombre de professions industrielles ne peuvent être exercées avec succès que par le concours de plusieurs ouvriers en genres différents. De ce nombre est l’état de car rossier, auquel on joint quelquefois celui de sellier. Qui ne sait que pour confectionner un carrosse proprement dit ji: faut que le charron façonne le timon, les jantes des roues & autres pièces en bois. Un serrurier en voitures forge et trempe les ressorts destinés à supporter la caisse, dont un menuisier à fait la carcasse; un sellier la couvre de peaux, du moins en partie; des peintres la vernissent et la décorent d’armoiries ; d’autres ouvriers y appliquent certains ornements en or ou en argent; le tapissier garnit l’intérieur de coussins ; le fondeur, le tourneur prennent part aussi à la confection du véhicule.

Avant l'abolition des corporations, les carrossiers éfaient constitués sous le nom de selliers-lormiers-carrossiers. Leur communauté était placée sous l’invocation de saint Benoît, et leurs statuts étaient les mêmes que ceux des éperonniers, dont ils ne s'étaient séparés qu’au milieu du dix-septième siècle.

CARROUSEL, espèce de jeu militaire que l’on confond quelquefois à tort avec lestournois. Il y a cependant entre eux cette différence que dans les tournois la lutte pouvait devenir sanglante, tandis que dans les carrousels elle ne le devenait jamais. S’il faut en croireles étymologistes, carrousel appartiendrait à la même famille que course et carrosse, et dériverait comme eux de carrus ou currus, char; d’où il résulte nécessairement que les courses en chariot doivent former l'élément principal de tout carrousel, conséquent avec son origine. Tertullien, qui, dans son livre Des Spectacles, attribue naïvement l'invention du cirque à Circé, suppose que cette fille du Soleil eut la première pensée d’établir des courses de char en l’honnenr de son père. De là Moreri conclui qu’on aurait fait le mot carrousel des mots latins currus Solis, char du Soleil, carro del Sole, ce qui ne laisse pas que de porter une rude atteinte aux partisans exclusifs des traditions indo-caucasiques. On ne saurait s’arrêter davantage à l’opinion de quelques auteurs, qui font remonter ces jeux aux Grecs et aux Romains et désignent sous ce nom les fêtes du cirque et jusqu'aux processions catholiques du moyen-âge. C’est sous le règne de François I‘ qu’on voit pour la première fois poindre le carrousel proprement dit, non pas encore chez nous, mais en Italie. C’est aussi de là que vient sérieusement létymologie du nom, qui parait dérivé aussi de carroselo ou carrozze (d'où carrosse)

désignant les chars en usage dans ces solennités. En France ce n’est que sous les Bourbons qu'il apparaît. Jusque là nos ancètres eurent à soutenir une longue suite de guerres acharnées qui leur laissaient à peine le temps d’un tournoi entredeux batailles : un carrousel eût demandé trop d’apprêts; et la noblesse, épuisée d’argent encore plus que de sang, « préférait, dit un auteur les jeux de valeur à ceux de pompe et d'invention. »

Ainsi, les Italiens, premiers inventeurs de l'opéra, avaient introduit l'usage des comparses, des symphonies, des madrigaux; on leur emprunta ces poétiques intermèdes, de même quelacoursedelance, à laguintane, dans laquelle un chevalier de bois peint, monté sur un pivot, devait être frappé soit au front, soit au cœur. Si Le cavalier assaillant l'attaquait en une autre place, la figure mobile tournait rapidement et venait asséner sur le dos du maladroit un coup de plat de sabre ou de sac de terre. Puis vinrent les courses des têtes, qui consistaient à fendre d’un coup de hache, à abattre d’un coup de pistolet ou à enlever à la pointe de l’épée des têtes de bois placées, soit à terre, soit sur des poteaux. Les Espagnols avaient retenu des Arabes Le jet du dard (juego de las cañas) ; ils le transmirent à nos provinces voisines des Pyrénées ; et quand le roi Charles VI alla visiter le comte de Foix, ce seigneur lui donna le plaisir de voir lancer le javelot par sa meilleure noblesse, dont c'était le jeu favori. Le combat à la lance et à l'épée formait, avec la course de bague, le fond commun sur lequel on brocha ces nouveaux divertissements. Le premier de ces exercices, reste dangereux de ces vigoureux tournois où les chevaliers dela féodalité se donnaient de si bons et grands coups, était demeuré le plaisir favori de nos noblesses du nord et du centre de la France. On sait comment la mort malheureuse de Henri II, blessé d’un éclat de lance par le comte de Montgommery, fit abandonner le combat à cette arme; mais celui de l'épée continua d’être en faveur, et nos pères firent longtemps leurs délices de ee jeu, où les cavaliers, bardés de toutes pièces, s’approchant par trois voltes, se déchargeaient à chaque fois des coups de leur épée sur le casque.

Les carrousels français étalèrent bientôt un luxe inoui. Après qu'une symphonie guerrière avait préludé, et que le signal des mestres ou maréchaux de camp avait fait ouvrir la barrière, les quadrilles entraient en lice, vêtues de costumes significatifs, avec leurs bannières à la couleur de leurs dames et leurs chevaux brillamment empanachés et tressés de nonpareille à la crinière. Toutes se croisaient selon un ordre convenu, faisaient le tour de la carrière, lentement, au pas, l'arme haute, avant de se réunir au centre; c'est cette promenade qui s’appelait La comparse. Ensuite, les tenants venaient se placer au centre, assistés de leurs parrains et de leurs pages portant des boucliers de parade; derrière, à peu de distance, les estafiers menaient les chevaux dé main et se tenaient prêts à ramasser les éclats de Jance. Bientôt des hérauts d'armes publiaient les défis de cartels, d’autres les réponses des assaillants, et alors les quadrilles commençaient de joûter. Durant ce temps les fanfares guerrières se mêlaient au cliquetis des armes; puis des machines inattendues, représentant des chars roulants, des animaux fantastiques , des statues mobiles, arrivaient toutes chargées d’emblèmes, et donnaient quelque trève aux combattants; puis c’étaient des scènes, des récits, des chansons que les chefs faisaient dire, soit en l'honneur de leurs dames, soit au sujet de la fête pour laquelle le carrousel avait lieu, Après les divers jeux de lances, de têtes, de bague ou de dards, toutes les quadrilles se confondaient au hasard et parcouraient le cirque comme en désordre, s’attaquant ou se suivant à leur gré, faisant manœuvrer leurs chevaux sans jamais gêner les entourants, et cela se nommait faire La foule ( far la folla ); la fète se terminait par un feu d'artifice.

Un mot sur les quadrilles. C'était une sorte d’escadron

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