‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 386 sur 556 · CARROUSEL · texte numérisé non relu

CARROUSEL

( de l'italien squadriglia, squadra ), composé de cheva

liers, de pages, d’estafiers, de tambours, de timbalhers. Le nombre des quadrilles n’était pas arbitraire dans la com position des carrousels : l'usage en admettait quatre au moins, et douze au plus. Ces bandes se distinguaïent par le costume, et par une couleur uniforme. En France, l’usagedes quadrilles ne commença que sous Henri IV. Elles se montrèrent pour la première fois en 1605, dans l'hôtel de Bourbon, à Paris, et pour la seconde fois au Louvre, en 1606, l’année des derniers états généraux convoqués par l’ancienne: monarchie jusques à ceux de 89. C'était aussi le temps de la Renaissance, où l’étude des lettres grecques et latines venait de remettre l’Olympe en faveur. Aussi les allégories mythologiques devinrent-elles la folie des carrousels : on ne vit plus aux joûtes que naïades, faunes, orphées et mercures. On remonta même plus haut encore : l’allégorie s’en prit aux sources mêmes du panthéisme, et ce furent les quatre Éléments, qui sortirent au galop del’hôtel de Bourbon. L'Eau parut la première avec M. Le Grand pour capitaine. Des pages vêtus d’étoffes argentées ouvraient la marche, tenant en main des flambeaux, et après eux venait une machine représentant une fontaine. Les héros du liquide manœuvrèrent quelque temps leurs chevaux en présence des spectateurs, puis ils allèrent se placer à l’un des coins de la cour pour laisser entrer le Feu. Une partie du Feu s’épargna les ondulations de la comparse. Ses deux pages, habillés d’écarlate, et ses quatre forgerons se posèrent tout de suite au centre de la cour, èt frappèrent sur une enclume, dont ils firent jaillir des fusées, tandis que des salamandres et autres animaux ignicoles, suivis d’un dieu Vulcain, entouré de pages costumés en Parthes, allaient se ranger vis-à-vis de l'Eau. Dans cette quadrille, commandée par M. de Rohan, habits, lances, écus, tout reluisait d’écarlate. Après elle, la quadrille de l'Air s’avança. M. de Sommerives allait en tête. Vingt-quatre pages composaient sa bande, à la suite de laquelle venait Junon, déesse de l’air, tirée sur un char magnifique accompagné d’une multitude d'oiseaux. Enfin, la Terre se montra représentée par des Maures. A la suite des trompettes et des pages , marchaïent deux éléphants chargés de belles tours remplies de joueurs d'instruments, qui don naient une grande symphonie. Le duc de Nevers conduisait cette quadrille. Ces entrées solennelles durèrent un assez long temps, après lequel la joûte s’engagea; alors les douze cavaliers de l’Eau et de la Terre combattirent un à un. Ceux du Feu et de l'Air en firent autant, et quand ils eurent rompu lances, coutelas, boucliers et dards, ils reprirent chacun un flambeau, et retournèrent à l'hôtel de Bourbon.

Les grandes fêtes mythologiques de Louis XIV sont trop connues, et chacun en a lu de trop pompeuses descriptions dans Molière pour que nous en donnions aucun détail. I} nous suffira de dire qu’au premier de ces carrousels, donné en l'honneur de M'° de La Vallière, et dont les devises avaient été composées par Benserade, Louis XIV fut le chef de la quadrille des Romains ; Monsieur, son frère unique, de celle des Persans; M. le Prince, de celle des Turcs; M. le Duc, de celle des Moscovites, et M. de Guise, de celle des Maures. L'emplacement où la dernière de ces fêtes eut lieu, en face du château des Tuileries, a retenu le nom de place du Carrousel. Cette espèce de divertissement s’est renouvelée à des époques modernes; il y eut un très-beau carrousel à Berlin, en 1750, où se distingua le prince Henri, frère du grand Frédéric. La dernière cour qui ait fait représenter un carrousel réellement digne de ce nom est celle de Russie : il eut lieu dans l'été de 1811, à Moscou, sous les auspices de la comtesse Orlof, et réunit toutes les conditions de grandeur et de magnificence des anciens carrousels. En 1898 l’école de cavalerie de Saumur donna une fête de ce genre à la duchesse de Berry. En 1843 elle en offrit une plus brillante encore au duc de Nemours; et, plus près de nous, une qui les surpassa toutes, à l’empe-

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