‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 392 sur 556 · FERRY · texte numérisé non relu

FERRY

Lorsqu'une carte géographique offre les deux hémisphères terrestres projetés côte à côte sur le plan d'un des grands cercles du globe, elle reçoit le nom de mappemonde. Une earte est dite générale ou particulière, suivant qu’elle représente une grande étendue de pays, ou qu’elle est bornée à une contrée spéciale; elle devient chorographique quand elle offre le détail d’un canton, et {opographique lorsque tous les accidents du terrrain y sont figurés. On la nomme hydrographique ou marine lorsqu'elle donne exclusivement les rivages des terres, avec les sondes, récifs, bancs, hauts et bas-fonds, et autres circonstances nautiques. On appelle orographique la carte spécialement destinée à représenter l’enchaînement etla disposition des reliefs montagneux; physique, celle qui donne dans leur ensemble les caractères extérieurs du sol; géologique , celle qui fait connaître la nature des terrains; minéralogique, celle qui s'attache plus particulièrement à indiquer le gisement des espèces minérales; il y en a de botaniques ou phytographiques, et de zoologiques, figurant la distribution des végétaux et des animaux à la surface de la terre; il y en a d’historiques, où des signes conventionnels rappellent les dates et faits mémorables relatifs à chaque lieu ; il y en a enfin de routières, de politiques, de militaires, d'administratives, etc., suivant l’objet principal que l’auteur a en vue.

Avant d'arriver au degré de perfection auquel elles sont parvenues, les différentes espèces de cartes dont nous venons de parler ont eu à subir de nombreuses modifications. Les Grecs et les Romains avaient deux sortes de cartes : les unes propres à donner une idée de la forme, de l’étendue et de la situation relative des diverses contrées de la terre; les autres indiquant seulement les embranchements des routes , les distances des lieux, leur nature et leur importance. Ces dernières espèces de eartes étaient nommées i/ineraria picta, itinéraires peints, par opposition aux itinéraires écrits, wineraria annotata. Du grand nombre de cartes que les géographes anciens avaient dressées il ne nous en reste qu’une dans chaque genre, celle de Ptolémée et celle dite de Peutinger,etencore n’avons-nous pas ces deux monuments précieux tels qu’ils sont sortis de la main de leur auteur, les cartes de Ptolémée n’étant autre chose

que des cartes construites par Mercator d'après l’ouvrage de Ptolémée,

La géographie, comme toutes les sciences, fut plongée dans l'oubli par l'invasion des barbares, jusqu’à ce que les Arabes vinssent la tirer du néant : vers le milieu du douzième siècle, Édrisi, un de leurs plus savants géographes, construisit pour Roger, roi de Sicile, un globe terrestre en argent du poids de 800 marcs, et il composa pour l’expliquer un ouvrage géographique dont nous avons des manuscrits accompagnés de cartes, dessinées probablement d’après le globe d’Édrisi. Aucun des peuples d'Europe n’était alors aussi instruit et aussi éclairé que les Arabes; mais les voyages du Vénitien Marco-Polo, de Rubruquis, de Plan-Carpin!, en faisant connaître le Cathay, la Chine, la Tartarie, le nord et le centre de l'Asie, ouvrirent un vaste champ à la géographie. Les cartes furent perfectionnées et la géographie orientale se trouva mêlée à celle des peuples anciens et modernes d'Occident. Parmi les monuments géographiques de cette époque, il faut citer la carte gravée dans le Recueil des Historiens de Bongars, la carte manuscrite collée sur bois de la Bibliothèque de Paris, le planisphère d’Andréa Bianco, surtout celui de Fra-Mauro dans la Bibliothèque Saint-Marc de Venise, et enfin le globe de Martin Behaïm.

Bientôt la prospérité commerciale de Venise, de Gênes, de Florence, de Pise, donna un grand élan à la navigation. On construisit des cartes nautiques où les côtes étaient dessinées avec une grande précision. Les progrès de l’astronomie, l'invention de la boussole, la découverte du Nouveau Monde, vinrent donner à ce genre de cartes une grande perfection, ainsi que le démontrent la grande carte de Ribero, dressée en 1529 pour l’usage de l’empereur Charles- Quint, et de grands travaux hydrographiques qu’il serait trop long de rappeler.

En 1570 parut Le Theatrum Orbis Terrarum, recueil de cartes de toutes les terres connues du globe. Pour publier cet important ouvrage, qui excita une admiration universelle, Ortelius avait réuni toutes les cartes que l’on avait gravées jusqu’à lui; il s'était entouré de tous les documents manuscrits; ayant lu tout ce qui avait été écrit sur la géographie, il avait soigneusement séparé les notions modernes d’avec celles des anciens. Ortelius et Mercator affranchirent la science géographique du joug de Ptolémée. Plus tard les Sanson contribuèrent à populariser la science en France ; mais les Blaeuw en Hollande, et les Homann en Allemagne, réussirent encore mieux à atteindre ce but, par des cartes dessinées avec plus d’exactitude et gravées avec plus de netteté.

Cependant les cartes étaient encore criblées d’erreurs, que signalèrent Riccioli dans ses savantes Discussions, Vendelin dans ses Tables, Cassini par le Planisphère nouveau qu'il essaya de tracer sur le pavé de l'Observatoire de Paris. Guillaume de l'Isle fit pour Ortelius et Mercator ce que ceux-ci avaient fait pour Ptolémée, et d’Anville acheva ce vaste travail.

Les grandes découvertes de Cook, les savants travaux de Rennell sur l’Inde, semblèrent, quelques années après la mort de d’Anville, donner à l'Angleterre le sceptre de la géographie. Du moins, il faut l'avouer, la carte de l’Indoustan de Rennell, son Atlas du Bengale, la grande mappemonde d’Arrowsmith, etc., sont des travaux bien supérieurs à ceux des Robert de Vaugondy, des Buache, des Jaillot, des Mentelle. Mais si la France semblait décliner sous le rapport des cartes de géographie générale, elle passait le premier rang pour la géographie particulière et topographique, et depuis elle l’a conservé. Il suffit de rappeler la carte de la France, connue sous le nom de Carte de Cassini, et qui futpubliee sous la direction de l’Académiedes Sciences, de 1744 à 1787; elle forme 183 feuilles établies sur une échelle dune ligne pour 100 toises. Une nouvelle carte dressée par le COrps d'état-major et gravée au Dépôt de laguerre, est entièrement terminée; cette carte est composée de 25°

feuilles du plus grand format, et elle ne laisse rien à désirer. On peut citer comme un chef-d'œuvre la Carte des Chasses, c’est-à-dire des environs de Versailles; elle a été terminée en 1807, et forme 14 feuilles, sur une échelle de 3 lignes pour 100 toises. La Carte de la Guienne, exécutée par Belleyme, jouit d’une juste estime; malheureusement elle n’a pas été achevée; 37 feuilles seulement sur 54 ont vu le jour.

Quelques cartes méritent encore une mention spéciale. Les Cartes des Pays-Bas par Ferrari et celles d’Espagne par Lopez sont des travaux vieillis, mais encore importants. L'Atlas des royaumes de Naples et de Sicile, par Rizzi Zannoni, la Carte du théâtre de la yuerre en Italie, var Bacler d’Albe, n'ont pas été entièrement remplacées par la Corografa dell Italia, publication considérable qui forme une centaine de livraisons. La Carte topographique de la Grande-Bretagne, dressée par les ingénieurs militaires sous la direction du lieutenant-colonel Mudge, est un des plus beaux ouvrages qu’on connaisse en ce genre. L’Allemage offre une foule de travaux de cette espèce. On consultera avec intérêt les notes qu’a publiées M. Jomard sur les progrès de la remarquable collection géographique formée à la Bibliothèque impériale. Les catalogues de quelques collections particulières de cartes ont été livrés à l'impression; celui du prince Alexandre Labanoff (Paris, 1823) mérite d’être signalé; mais une bibliographie raisonnée et générale de cequi existe en ce genre jusqu'à l’époque actuelle est encore un des grands desiderata de la science. Ce qui concerne les représentations géographiques jusqu’au seizième siècle a été traité avec beaucoup de savoir et de zèle dans l’important ouvrage de M. de Santarem : Essai sur l'Histoire de la Cosmographie et de La Cartographie pendant le moyen âge (Paris, 1849, 2 vol. in-8°).

En terminant ce rapide exposé, nous ne pouvons nous dispenser de citer la belle carte géologique de France, par MM. Elie de Beaumont et Dafrénoy, ainsi que la collection importante de cartes marines réunies par le capitaine Maury sous l'appellation générique de Wind and currents charts.

CARTE BLANCHE, plein pouvoir donné à quelqu'un pour l’autoriser à faire tout ce qui lui plaira et particulièrement au général d’une armée agissante ou à un généralissime. Louis XI est, suivant Commines, le premier de nos princes qui ait restreint ou annulé ce droit. Jusque là il avait été implicite : on regardait comme naturel qu’un connétable, un chef d'armée, n’attendit pas, pour recevoir ou pour donner bataille, la permission de la cour. Depuis ce règne nos rois ont quelquefois donné carte blanche ; car en bien des cas la faculté de ne prendre conseil que des circonstances ne pouvait être refusée aux généraux : il en fut surtout ainsi tant que l’art militaire ne fit aucun progrès. Mais depuis que Gustave-Adolphe, Turenne, Montecuculli, eurent plié cet art aux règles du calcul, Louvois se persuada qu'en tout temps, en toutes circonstances, il pourrait de son cabinet commander les armées, comme l’avait quelquefois essayé le cardinal de Richelieu. Louis XIV ne pouvait que goûter un système au moyen duquel il espérait devenir l’âme et le flambeau de ses armées. Plus d’une fois Turenne et Condé osèrent, heureusement pour la France, n’agir qu'à leur tête. Feuquières se plaint de ce que, au contraire, Villeroy, Boufflers, d'Humières, en s’assouplissant à ne pratique courtisane, ne faisaient que fort mal les affaires du royaume,

Vouloir être général du fond d’un bureauétait bien une pensée à la Louis XI, à la Louvois, à la Louis XLV ! ellene pouvait être suggérée que par l'orgueil et le despotisme. Cette uhéissance passive qu’on exigeait des généraux pouvait être sans inconvénients tant qu'il ne s'agissait que d'ordouner des dragonnades, de bombarder Luxembourg, de s'emparer de Casal, d’incendier le Palatinat, de parader dans des camps de plaisance; mais quand il fallut en Flandre faire tête au duc de Lorraine, à l'électeur de Brandebourg, aux Hollandais et aux

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