‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 394 sur 556 · CARTELLIER — CARTES A JOUER · texte numérisé non relu

CARTELLIER — CARTES A JOUER

relief), L. Bonuparte, les généraux Walhubert (à Avranches), Pichegru, une Minerve. I1 est encore l’auteur du Louis XV en bronze (de Reims); du Louis XIV, (bas-relief en pierre) des Invalides, d’une Joséphine (à Ruel). Il était occupé à travailler au Mausolée du duc de Berry et à une statue équestre de Louis XV, lorsque survint la révolution de 1830. Le cheval destiné à Louis XV a servi pour la statue équestre de Louis XIV, de M. Petitot, qui orne la cour du palais de Versailles. Cartellier, mort le 12 juin 1831, chevalier de la Légion d'Honneur et de l’ordre de Saint- Michel, était membre de l’Académie des Beaux-Arts depuis 1810 ; il avait été nommé professeur à l'École des Beaux-Arts en 1815. De son atelier sont sortis des élèves qui occupent aujourd’hui des places éminentes dans l’art : Cartellier partage avec Chaudet l'honneur d’être l’un des chefs de notre école moderne de sculpture.

CARTERET (Ile). Cette île de l’Australie , située dans l'archipel de Salomon, par 158° 28’ de longitude orientale et par 8° 50’ de latitude méridionale, fut découverte en 1767, par Philippe Carteret, navigateur anglais, qui fit partie de l'expédition commandée par le capitaine Wallis, dont le but était de découvrir de nouvelles terres dans l’hémisphère austral. Ce voyage de découvertes dura quatre ans, et fut exécuté pendant les années 1766, 1767, 1768 et 1769. On ignore les circonstances de la vie de Philippe Carteret et même l’époque de sa mort; car les biographies anglaises n'ont pas jusqu’à ce jour daigné lui consacrer une notice, — Il y a aussi aux États-Unis, dans la Caroline du Nord, un comté de ce nom. Son chef-lieu est la petite ville de Beaufort, et on évalue sa population totale à 8,000 âmes.

CARTES (Tireurs de). Voyez CARTOMANCIE.

CARTES (Tours de). Voyez TOURS D’ADRESSE.

CARTES A JOUER (Fabrication des). La fabrication des cartes donne lieu à des opérations tellement multipliées, que l’on sera étonné de les voir vendre à des prix si modérés. Les cartes, si minces en apparence, sont cependant £somposées de trois feuilles de papier et même de quatre dans les cartes de qualités supérieures. Ces papiers sont de trois natures différentes ayant chacune un nom particulier : le papier au pot, sur lequel on imprime les figures et les points ; le cartier, qui forme le dos de la carte ; le éraceou main-brune, que l’on place entre les deux autres, et dont la pate est grise afin d'empêcher la transparence. Les cartes sont plus solides et plus sonnantes lorsqu'elles sont fabriquées avec deux feuilles de main-brune mince que lorsqu'on n’y emploie qu’une seule feuille demain-brune forte.

Après la fabrication de ces diverses sortes de papiers, qui exigent toutes des pâtes de première qualité, on procède à la confection des cartes par diverses opérations, qui se font comme pour le carton de collage. Ce sont d’abord le mélage, le collage, le pressage, l'étendage et le séchage.

Il reste alors à compléter les cartons , et pour cela il faut ajouter aux étresses une feuille de papier au pot, sur lequel sont imprimées les téles, c’est-à-dire les figures. Il est nécessaire de faire connaître que les contours sont seuls imprimés d’avance en noir ; les parties vides seront ensuite remplies en couleur, ainsi que les points, au moyen de patrons. Il est facile de comprendre que l'impression des traits propres à guider l'opération des enluminures viendrait mal sur les étresses : il faut donc imprimer sur le papier avant de le coller. Mais il peut, sans inconvénient, recevoir les enluminures après qu’il aura été collé.

Les planches ou moules qui servent à l'impression des traits des figures sont gravés en relief sur bois ou sur cuivre. Les noms des figures y sont aussi en relief; le valet de trèfle porte l’enseigne du cartier et son adresse. L’encre ou plutôt la couleur noire avec laquelle on imprime:les traits des figures n’est pas l’encre grasse des imprimeurs en caractères. Elle est composée avec du noir de fumée et de la colle dont on se sert pour les cartons; on laisse digérer quelque temps ce

mélange en y ajoutant du fiel de bœuf; plus celte encre est ancienne, meilleure elle est : on la garde quelquefois trois ou quatre années. Pour mouler, c'est-à-dire pour imprimer, l’ouvrier assujettit le moule sur quatre pieds qui entrent dans la table sur laquelle on moule; les deux pieds qui sont du côté de l’ouvrier sont plus hauts que les deux autres. Ayant devant lui un pot plein de noir, il y prend avec un pinceau de quoi garnir la surface d’une pierre, puis il passe une brosse sur cette pierre pour qu’elle se charge également de la couleur noire, etla passe aussitôt sur le moule ; ensuite il pose adroitement sur ce moule une feuille de papier au pot, puis avec un frotton il passe plusieurs fois sur le papier, il le fait adhérer exactement à toutes les parties en relief du moule; par cette manœuvre, tous les traits se trouvent imprimés. Le frotton, qui remplit ici la fonction de la presse d'imprimerie, est une espèce de balle composée de plusieurs lisières ou d’un tissu de crin roulé de manière que la face que l’on applique sur le papier en soit plate et unie, tandis que le haut, par où l’ouvrier la saisit, a la forme d’un sphéroïde allongé. On humecte de temps en temps le frotton avec un peu d’huile, pour qu’il n’adhère pas à Ja feuille de papier et qu’il ne la déchire pas; il faut aussi éviter soigneusement d'employer dans le moulage une colle trop chargée de noir, ou d’en mettre sur le moule une couche trop épaisse, car alors l'impression pourrait contre-marquer quand on met les cartons sous la presse lorsqu'on a collé en ouvrage, ce que les ouvriers appellent baiser ; enfin le noir trop épais serait également sujet à s'étendre sous la lisse.

Le papier au pot ayant reçu l'impression des traits des figures , il doit entrer dans la composition des cartons et les compléter par le second collage. 11 faut donc commencer un nouveau mêlage à peu près semblable au premier, mais dont les combinaisons diffèrent suivant que l’on doit faire des cartes de trois ou de quatre feuilles. Après ce second mélage, on colle en ouvrage ainsi qu’on avait collé en feuilles, puis on presse, on pique, on épingle, on étend de la même manière que dans la première opération.

Les opérations diverses que nécessite l’enluminage des cartes ne sont pas moins compliquées que celles que nous venons de décrire, car il s'opère avec cinq couleurs en détrempe et rendues consistantes par l’emploi de la gomme ou de la colle. Elles s'appliquent sur les dessins à l’aide de patrons que le cartier découpe et qui sont en nombre égal à celui des couleurs à placer. C’est avec des emporte-pièces qu'il fait les cœurs, les carreaux, les trèfles et les piques. L’enluminage achevé, le chauffeur et le savonneur s’emparent des cartes. Le premier chauffe les cartons un à un, et lorsqu’ils sont secs , il les porte au second, qui, avec le frottoir ou le savonnoir , passé sur une brique de savon à sec, frotte d’abord les figures, et ensuite plus fortement le côté blanc ou le dos des cartes. C’est cette opération qui leur donne la faculté de couler facilement les unes sur les autres. Après cela, on redresse les cartons au moyen de la presse et on les soumet au jeu des ciseaux, qui les divisent en cartes proprement dites, en leur donnant les dimensions connues. Pour cela on commence par rogner les bords des cartons ; on découpe ensuite ceux-ci en rubans dits copeaux, qui sont juste de la largeur des cartes et en contien-. nent six dans leur longueur, puis ces rubans sont découpées en cartes séparées. Le coupeur est guidé dans ces opérations d’abord par des traits imprimés qui déterminent les limftes de la séparation, puis par des guides parallèles aux ciseaux qui en sont convenablement éloignés, et contre lesquels il appuie la tranche des feuilles de carton à découper. Mais à cette action manuelle plusieurs fabriques ont déjà substitué des procédés mécaniques. Nous ne citerons que la machine de M. Dickinson, qui se compose de cisailles circulaires assujetties à deux axes parallèles et mises en mouvement par l’intermédiaire d’une courroie sans fin qui passe sur la gorge:

d’une poulie fixée à l’une des extrémités d’un arbre coudé servant de moteur. Les cartes étant découpées par lun quelconque de ces moyens, il ne reste plus dès lors qu’à les assortir, les trier, les jeter, les recouler et les assembler. Les deux premières opérations s'expliquent d’elles-mêmes. Les jeter, c’est mettre de côté les cartes défectueuses ; les recouler, c’est les examiner au jour pour découvrir toutes les imperfections qui se peuvent trouver à leur surface, imperfections qu’on enlève avec un couteau pointu; enfin, les assembler , c'est les mettre et les envelopper par jeux, puis par sixaines.

Les jeux entiers sont composés de cinquante-deux cartes ; ils comprennent : quatre rois, quatre dames, quatre valets, quatre dix, quatre neuf, quatre huit, quatre sept, quatre six, quatre cinq, quatre quatre, quatre trois, quatre deux, quatre as. Les jeux d'hombre sont composés de quarante cartes, les mêmes que celles des jeux entiers , excepté les dix, les neuf et les huit des quatre couleurs. Les jeux de piquet sont de trente-deux cartes ; ils comprennent : les as, les rois, les dames, les valets, les dix, les neuf, les huit et les sept, c’est-à-dire huit cartes de chaque couleur. Le jeu detri est de trente-quatre cartes; il manque tout le carreau , à l'exception du roi; ensuite le dix, le neuf et le huit des autres couleurs, et, enfin, le six de cœur. Le jeu de brelan a vingt-huit cartes ; il manque tous les points, depuis le sept jusqu’au deux, en tout vingt-quatre cartes de quatre couleurs. Le reversis est composé de quarantehuit cartes ; il ne manque que les dix. Les jeux de comète étaient composés de deux paquets, contenant chacun quarante-huit cartes; le paquet des noires renfermait les cartes trèfle et pique doubles. A la place d’un des neuf de trèfle il y avait une comète rouge ; il y manquait, outre cela, les quatre as ; de même, le paquet des rouges contenait les cœurs et carreaux doubles ; à la place d’un des neuf de carreau, était une comète noire; les quatre étaient aussi supprimés.

DUCHESNE aîné.

Les cartes ont donné lieu à un grand nombre de dispositions légales tant sous le rapport fiscal que sous celui de leur emploi. Divers décrets, lois et ordonnances déterminent le timbre à apposer, la forme des bandes et enveloppes à mettre sur chaque jeu. De plus, c’est l'administration qui fournit le papier dont elles sont faites, et sur lequel sont gravées en encre pâle et au trait les figures qu’elles doivent offrir aux yeux. Nul ne peut fabriquer ou débiter des cartes sans une permission de l'autorité. L'introduction et l'usage des cartes fabriquées à l'étranger sont prohibés.

CARTES A JOUER (Origine des). C’est une question d'archéologie fort difficile à résoudre, et déjà traitée avec profondeur par les savants, malgré la frivolité du sujet. M. Peignot, le dernier qui se soit occupé des cartes à jouer, s’est borné à recueillir l’analyse des opinions diverses du père Menestrier, du père Daniel, de l’abbé Bullet, du baron de Heineken, de l’abbé Bertinelli, de l'abbé Rive, de Court de Gébelin, de Breitkopf, de Jansen, de Ottley et de Singer : M. Peignot est resté neutre au milieu de ces débats contradictoires, qu’il fallait juger les pièces à la main.

L'abbé Legendre a répété, d’après le Traité de la Police de Lamare, qui cite le conteur Polydore Virgile comme une autorité, que les Lydiens inventèrent les cartes pendant une extrême disette, que ce jeu leur fit presque oublier. Il est possible que les Lydiens aient connu un jeu qui se jouait avec des tableaux figurés ({abulæ sigillatæ), à l'instar du jeu de l'oie des Athéniens, mais à coup sûr ce n'étaient pas les cartes du jeu de piquet. Cependant les cartes vinrent de l'Orient avec les échecs ; cette origine semble incontestable, sans adopter toutefois les idées de Court de Gébelin, qui fait honneur de l'invention des cartes aux Égyptiens, et qui les explique à la manière des hiéroglyphes : il existe entre les cartes ct les échecs certains rapports qu’on ne saurait attribuer au hasard, On a même des raisons de croire que

Page 1