‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 399 sur 556 · L. LAURENT · texte numérisé non relu

L. LAURENT

CARTOGRAPHIE, recueil de cartes géographiques ; art de tracer ces cartes.

CARTOMANCIE ou CHARTOMANCIE (du grec xäprns, feuille de papier, pavtretæ, divination), proprement l’art de tirer les cartes, de prédire l'avenir par les cartes, d’où le nom de cartomancien, traduit vulgairement par celui de éireur de cartes. Cet art, qui, comme tous ceux qui se rattachent au même but, a eu ses beaux jours, surtout au temps de M°!° Le Normand et de quelques-unes de ses élèves, qui fascinaient les belles dames et même les dignitaires de l'empire , ne rencontre guère plus de dupes et de victimes que chez de pauvres fous et dans les bas-fonds de la société ; ilne se soutient même que grâce à l'adresse du trèspetit nombre de ses adeptes. Un esprit faible en effet peut seul avoir recours à de pareilles pratiques, et son infériorité morale le met nécessairement à la merci de celui qu’il vient consulter. Il suffit alors à ce dernier de savoir tirer parti de ses avantages et de sa position, d'interroger adroitement la personne qu’il tient pour ainsi dire sous le charme, de l’amener à dévoiler ses goûts, son caractère, ses penchants, ses désirs et ses projets ; puis de baser sur cette connaissance des oracles, dont la vérification est bien plutôt du ressort de la prévision humaine et d’une sage appréciation morale des faits que subordonnée au hasard.

CARTON (| Technologie ). Le carton peut être généralement considéré dans un premier mode de fabrication comme un papier de forte épaisseur, et dans la fabrication par une autre méthode comme une agrégation de plusieurs

feuilles collées les unes sur les autres. Le produit de la première s'appelle carton de pâte, parce qu'il est composé d’une pâte de chiffons triturés, reçue sur une forme semblable à celle qui est en usage pour la feuille de papier, même la plus mince. Par la seconde méthode (celle de la superposition et du collage des feuilles de papier pour en former un carton) on obtient le carton de collage. Ce dernier est en général plus solide et plus uni, mais la maind'œuvre en augmente le prix. Ces deux espèces de cartons sont susceptibles d'une grande variation dans la valeur, selon qu'on y aura employé des matières plus ou moins fines. On en connaît encore une troisième, qui est le produit des cartons dits de pdle, ordinairement très-grossiers, que l’on recouvre sur les deux faces d’une feuille de papier fort et propre à recevoir le lissage. Ceci constitue un carton mixte.

Les matières qui entrent dans la fabrication du carton de pâte sont ordinairement des rebuts de papeteries, ou, si l'on veut obtenir des cartons très-résistants, des pâtes cflilochées en grosse filasse bise ou étoupes de lin et de chanvre. On fait aussi des cartons de pâte mélangée de laine de déchet et d’étoupes. On y a même employé des déchets et des rognures de cuir, ainsi que le produit de l’écharnage des peaux dans les tanneries et corroieries. On obtient ainsi un carton fort résistant, qui a reçu le nom de carlon-cuir, et qui convient surtout pour être pressé dans des moules, à la suite d’un collage approprié, pour en faire des ornements de sculpture. Nousne dirons rien davantage du carton de pâle, parce que le procédé de la feuille de ce carton rentre absolument dans la description du travail de la feuille de papier.

Quant aux cartons dits de collage, principalement employés dans la fabrication des cartes à jouer et des ouyrages de cartonnage, le procédé est plus long qu'il n’est difficile. On se sert ordinairement de papiers différents ; les feuilles pour l’intérieur ou ventre sont ce que les fabricants appellent main-brune, et les couvertures des faces sont un papier blanc, papier pot, ou autre qualité, suivant la beauté qu’on désire dans le carton.

La première opération consiste à faire le mélage du papier, c’est-à-dire à disposer les feuilles en tas de manière qu’en les prenant l’une après l’autre elles se trouvent disposées de telle sorte que les feuilles qui doivent former la division de chaque carton ne soient point collées ensemble, et qu’on puisse les séparer avec facilité. L’ouvrier, placé devant une table, arrange devant lui les six piles ou un plus gra4d nombre (selon l'épaisseur à donner au carton), dans l'ordre où elles doivent se trouver dans la feuille de celui-ci. Supposons qu’il veuille y faire entrer six feuilles de papier, quatre feuilles de main-brune et deux feuilles de papier pot, pour finir la feuille de carton d’une seule opération, ce qui n’est pas constamment le cas : il place une planche bien unie en avant des piles (cette planche doit avoir une plus grande dimension que celle des feuilles de papier); il pose ensuite sur cette planche une feuille de papier pot, quatre feuilles de main-brune, puis deux feuilles de papier pot, ensuite quatre feuilles de papier main-brune, deux feuilles de papier pot, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’il ait employé les six tas; pour finir ainsi qu’il a commencé, sur les quatre dernières feuilles de main-brune qu’il a placées il ne met qu’une feuille de papier pot.

Le mélange est alors terminé; il a pour but d'offrir au colleur, dans les fas de papier qu’il doit employer, chaque espèce précisément à la place qu’elle doit occuper dans la feuille de carton. Le colleur place le tas général à sa gauche, et il met à sa droite le pot à la colle et la brosse pour étendre celle-ci. Il met devant lui une planche de chêne bien unie, semblable à celle qui est sous le tas, et étend dessus une mauvaise feuille de papier, après avoir légère. ment humecté la planche. Sur cette maculature il étend la première feuille du tas, il passe de la colle avec la brosse ;

sur celle-ci une feuille de main-brune, qu’il colle de même, puis une seconde, puis une troisième, puis la quatrième, en collant chaque fois, puis enfin la feuille de papier pot qui se découvre la première, enfin une autre feuille de papier pot, sans la coller sur la précédente. On sent qu'en procédant toujours régulièrement ainsi, chaque feuille de carton doit se trouver isolée de la suivante par absence de collage.

Vient ensuite l'opération du pressage. Lorsque les cartons ont tous été collés feuille à feuille, on couvre le tas avec une feuille de maculature et l’on recouvre le tout d’une planche de chêne de même dimension que celle sur laquelle le tas repose, puis on porte le tas sous une presse puissante, mais qu’on ne fait agir que légèrement d’abord et par degrés, afin de nepas exprimer trop de colle des cartons avant que celle-ci ait zommencé à prendre. On serre de plus en plus fort, de quart Theure en quart d'heure, jusqu’à refus de la presse. Pendant ce temps, on encolle un second tas, et l’on ne dépresse le premier que quand celui-ci est achevé et prêt à mettre en presse. On éorche les tas aussitôt qu’ils sont sortis de la presse, c’est-à-dire qu’on enlève avec un pinceau fort doux trempé dans de l’eau froide les bavures de colle que a pression a fait sortir d’entre les feuilles de papier. Les feuilles de carton séparées les unes des autres par cette eau froide se nomment éfresses. Avec un poinçon court, on perce à la fois plusieurs étresses , à environ un travers de doigt du bord. Au fur et à mesure qu’on pique les étresses , on en enlève trois ou quatre à la fois, et l’on substitue au poinçon un crochet en $ de fil de laiton. C’est par ce moyen qu’on peut suspendre les étresses aux cordes tendués dans le séchoir. On a soin qu’elles ne se touchent pas, afin de ne pas gêner la circulation de l’air entre elles. Les cartons, en séchant, se crispent toujours plus ou moins, et d'autant plus que l'atmosphère est plus sèche et plus chaude. Pour faire en grande partie disparaître cet inconvénient, on les remet sous presse,

Si le carton doit être lissé, on opère sur les feuilles comme nous l'avons indiqué pour celles qui sont destinées à la fabrication des cartes à jouer. PELOUZE père.

CARTON (Beaux-Arts). Ce terme reçoit en peinture une acception bien différente de celle qu’il a dans les arts industriels, bien qu’à la vérité elle puisse venir de ce que les peintres ont quelquefois employé du carton pour certains travaux préparatoires, dans la disposition des fresques, et aussi de ce que souvent avant de peindre leurs grandes compositions à l'huile et sur toile, ils en faisaient sur papier, en italien carta, des dessins de la même dimension. Or la plupart des termes de peinture nous venant de l'Italie, nous avons donné le nom de cartons aux grands dessins faits par les peintres pour servir de modèles à leurs grands tableaux.

La nécessité de faire des cartons vient surtout de l’impossibilité de dessiner les fresques sur place, l’enduit de chaux et de sable sur-lequel on peint étant encore frais lorsque l'on travaille. Le peintre est alors obligé de dessiner ses figures sur un carton mince, qu'il découpe ensuite. Cette grande découpure appliquée sur le mur, il en trace le contour avec une pointe, en suivant exactement le bord du carton : ce trait légèrement enfoncé dans l’enduit devient le guide du peintre, qui dans cette opération est obligé de travailler avec une grande prestesse, afin de ne pas laisser sécher lenduit sans qu’il soit empreint de couleurs.

Quelquefois, au lieu de dessiner leurs figures sur carton et de les découper, les peintres ont piqué le contour de chacune d'elles, l’appliquant ensuite sur le mur, et, frappant légèrement sur le papier piqué un petit sac de mousseline rempli de charbon pilé, ils ont poncé leur dessin et ont eu ainsi le trait de leur composition tracé sur le mur; mais le premier moyen semble préférable, paree que la trace que l’on forme en suivant le contour du carton découpé ne peut

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