‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 408 sur 556 · CASAL — CASANOVA · texte numérisé non relu

CASAL — CASANOVA

d’une grande fertilité, située sur la rive droite du PÔ, où la culture des grains, de la vigne et de la soie, ainsi que l'élève du bétail réussissent à souhait,

Son-chef lieu, Casal, ville aussi célèbre qu’importante comme résidence des marquis de Montferrat, bâtie dans une riche plaine, au pied d’ane chaîne de collines, est le siéce d’un évéché, d’un tribunal, de préfecture, et compte une population de 27,000 habitants pour lesquels l’industrie séricole est une précieuse ressource. Cette ville possède un bon théâtre, des églises en partie richement ornées, et plusieurs couvents, entre autres celui des Franciscains, qui contient les tombeaux des membres de la famille de Montferrat. Les anciennes fortifications , dont il existe quelques débris, furent construites au quinzième siècle; et en 1590 le comte Vincent de Montferrat fit bâtir la citadelle, qui se trouve encore en assez bon état de conservation. Casal fut assiégée à diverses reprises par les Espagnols dans le courant du dixseptième siècle, et ils s’en rendirent les maîtres en 1652. Mais cette place retormba dès la même année au pouvoir de la Savoie, qui en 1681 Ja vendit à la France. Les alliés s’en étant emparés en 1695, et l’ayantalors demantelée, Louis XIV la fit fortifier de nouveau; mais en 1706 il la cèda au duc de Savoie. Dans la guerre de la succession d'Autriche, de même que dans les guerres de la révolution française, Casal joua encore un rôle fort important. Ses fortifications ont été relevées en 1852. Un chemin de fer l’hnit à Alexandrie.

CASAN. Voyez KAzaAN.

CASANOVA DE SEINGALT ( JEAN-JACQUEs ).

Longtemps avant la publication des mémoires de ce célèbre aventurier, le prince de Ligne nous l'avait fait connaître en parlant avantageusement de lui en divers endroits de ses écrits. « Casanova, dit-il dans son Mémoire sur le comte de Bonneval , était un homme de beaucoup d’esprit et d’une érudition profonde, connu par son fameux duel avec Branicki, grand général de Pologne, sa fuite des Plombs de Venise et quantité d'ouvrages et d'aventures : homme célèbre par son esprit, gai, prompt et subtil, l’érudition la plus profonde et l'amitié de tous ceux qui le connaissent. » C’est encore le prince de Ligne qui nous apprend que Casanoya écrivit lui-même ses mémoires dans un âge avancé, à Düx ; en Bohême, chez le comte de Walstein.

Nous passerons rapidement sur l'enfance de Casanova. Elle n’a aucune des grâces de l'enfance; rien de la naïveté ni dela fraicheur des premières années, toujours si fraîches et si naïves. À huit ans l'enfant est homme, et Phomme est Italien. Qu'il vous suffise de savoir qu'il naquit à Venise, en 1725, de Cajétan Casanova, qui se faisait descendre de la famille aragonaise de Palafox, et de Zanetta Faruzi, qui descendait en ligne directe d’un cordonnier de la république vénitienne. Ses premiers souvenirs se réduisent à une impression de sorcellerie et à un morceau de cristal à facettes qu'il avait dérobé à son père : c’est là toute la poésie qui se joue autour de son berceau. Son père meurt, et le jour où Jacques atteint sa neuvième année il entre en pension à Padoue. Pauvre Jacques! le voilà chez une vieille Esclavonne, espèce de monstre hideux et sale, moins sale encore que ses lits et sa cuisine. Dégoûté bientôt du régime qu’elle lui faisait subir, l’enfant écrivit à sa famille, qui le tira de cette galère et le plaça chez l'abbé Gozzi. Chez l’abbé Gozzi, il est choyé, lavé, caressé et peïgné par la sœur de l'abbé, jeune fille nommée Bettine, jolie, amoureuse et gaie : ce furent là ses premières amours. A la suite d’une méchante affaire entre les sbires et les étudiants de Padoue, Jacques quitta la ville, et l'abbé, et Bettine, pour aller se faire conférer les quatre ordres mineurs à Venise. A Venise , il s’attacha presque aussitôt au seigneur Malpieri, vieillard spirituel, gourmand et goguenard, égoiste comme {ous les vieillards, assez jeune d’esprit pour se mêler aux rires et aux folies de la jeunesse, assez profond. pour prévoir lavenir, assez vieux pour ne pas le craindre. Abbé pimpant et co-

quet, l'élégance de son costume, la grâce de sa désinvolture et la hardiesse de ses manières firent bientôt de Casanova l'abbé le. plus en vogue à Venise : rien ne manquait à sa gloire, pas même celle de l’apôtre. Malpieri l'ayant choisi pour l’orateur du Saint-Sacrement, à la seconde fête de Noël, son succès fut complet, et les sequins et les billets doux tombèrent à l’envi dans la bourse où l'usage était de déposer l’offrande au prédicateur.

Cette partie des mémoires de Casanova retrace avec bonheur la société vénitienne de cette époque, société effrénée, ardente aux plaisirs qu’elle sentait lui échapper, et pressée de jouir de ses dernières joies. Aujourd'hui au sermon, demain chez une courtisane , l’abbé nous entretient tour à tour de ses triomphies de sacristie et de ses succès de boudoir. C’est Malpieri lui-même qui, après avoir ouvert au jeune homme la chaire de l’église, l’introduira plus tard dans le salon de la Coravamarchi. C'était une courtisane célèbre, que ses amis nommaient plus ordinairement Juliette. On ne m'en voudra pas, j'espère, si je ne parle pas ici de tous les amours de Casanova : ces amours se ressemblent tous. Rarement voluptueuse, presque toujours obscène, la passion s’y montre sans voiles, et trouverait diffcilement l’imagination du lecteur complaisante et docile. Que dirai-je, par exemple, de ses amours avec Nanette et Marton, amours où la fougue des sens étouffe sans ménagements toutes les délicatesses du cœur? Je voudrais bien parler de Lucie, jeune fille dont l'apparition poétique rafraîchit et repose, comme l’oasis dans le désert; mais cet amour est trop chaste et trop pur pour que notre héros y fasse une halte bien longue. Il respecta Lucie, èt s’accusa plus tard de l'avoir respectée.

Malpieri, qui s'était retiré des affaires publiques, n’avait malheureusement pas traité les amours comme les affaires : je dis malheureusement, et pour lui et pour Casanova. Le vieux sénateur aimait une jeune fille nommée Thérèse Imer; Thérèse Imer aimait Casanova; Casanova aimait toutes les femmes. Malpieri surprend un jour les deux amants qui le trompaient. A son aspect, Jacques s’esquive, laissant Thérèse, ses gants et son chapeau, que le vieillard lui renvoie aussitôt, moins Thérèse, il est vrai, mais de plus son congé et quelques coups de canne qu’il lui fit administrer plus tard. Du palais de son premier protecteur, Casanova passa dans le salon de la Tintoretta, une courtisane qui aimait la poésie; du salon ‘de la Tintoretta au séminaire Saint- Cyprien; du séminaire au fort Saint-André. Au milieu du cynisme de ses souvenirs de prison, se trouve une touchante histoire, celle d’une famille noble, qui sous l'élégance de sa vie extérieure cache la pauvreté la plus affreuse.

Pendant que Casanova semblait délaisser son avenir, sa mère s’en occupait avec sollicitude. M"* Casanova était actrice ; dans une ville d'Italie, dont elle exploitait le théâtre par état et l’église par goût, elle gagna la protection d’un abbé, qui, devenu évêque du saint-Siége apostolique, voulut bien transmettre cette protection à son fils. Voilà Casanova qui dit adieu au fort Saint-André, à Venise, à Nanette, à Marton , à Angèle, à Thérèse, à Lucie, à bien d’autres. Le voilà qui part à la recherche de son évêque. Il a dix sequins : à Chiozza , il joue, et les perd chez un apothicaire où se réunissaient les gens de lettres de la presqu'île. IL part le lendemain , sans argent, sans habits, sans projets, triste, souffrant et membre de l’Académie de Chiozza : tout laccable à la fois ; c’est un moine de Saint-François qui le sauve. Le père Stefano le nourrit et l’héberge durant la route. Casanoya donne au moine des coups de bâton, et entre seul à Rome par la porte du Peuple. Pas un mot sur Rome: son évêque est à Naples : il quitte Rome, comme vous quitteriez un méchant bourg du Berri ou de la Marche, et le 6 septembre il arrive à Naples; pas un mot sur Naples. Son évêque est à Morterano; il part pour Morterano. Sur la route, à Portici, j’:magine, il extorque deux mille onces d’or

à un Gres, en échange d’un secret qui n’est un secret pour personne. Se voyant libre, riche et sûr de paraître devant l’évêque d’une manière convenable, il poursuit gaiement sen voyage, glorieux du succès de son expédient, qui ne lui laisse aucun remords : car La conduite adroite d'esprit qu’il avait eue pour vendre son secret ne pouvait étre réprouvée que par une morale insociable qui n’a pas lieu dans Le commerce habituel de La vie. L'un des principes de Casanova est que éromper un sot est un exploit digne d’un homme d'esprit.

Il traverse la Calabre, côtoie la mer Ausonienne, et arrive enfin à Morterano. Il trouve Bernard de Bernardis, son évêque, assis à une pauvre table, pauvrement vêtu, pauvrement logé, pauvrement nourri. Bernard de Bernardis

embrasse Casanova, lui parle sentiment et misère, et lui :

fait manger des légumes à l’hnile ; son huile était détestable, ses matelas (il n’en avait que deux ) maigres et durs, les femmes de son diocèse laides et sales, les hommes stupides et grossiers : ce voyant, Casanova s’agenouilla devant son évêque, lui demanda sa bénédiction et son congé, et partit le lendemain avec des lettres de recommandation pour Naples. A Naples la fortune lui sourit; on le fête, on le caresse. Il part pour Rome, heureux et riche, et il rentre en grand seigneur dans l’ancienne ville des Césars, épris, aimé d’une beile Romaine, nommée Lucrèce, qui n’avait de l'épouse du premier consul romain que le nom et la beauté. Le voilà donc une seconde fois à Rome, passablement fourni d'espèces, monté en bijoux, et lesté d’une lettre de recommandation pour le cardinal Acquaviva. Il se fait présenter au cardinal, et le lendemain il est logé et nourri au palais de son éminence, avec soixaute ducats d’appointements par mois.

Ce fut sous les auspices de cet homme que Casanova fit les premiers pas vers le pouvoir et la fortune.

Suivons-le dans un café de la sérada Condotla : il entend un jeune abbé qui conte à Laute voix un fait qui attaquait directemeut la justice du saint-père. Un autre, auquel on demandait pourquoi il avait quitté le service du cardinal de B....., répond que c'était parce que l’éminence prétendait n’être pas obligée de lui payer à part certains services. Celui-ci lit un sonnet incendiaire contre le gouvernement. Un autre lit une satire dans laquelle il déchire l'honneur d’une famille. Un troisième propose à l'abbé Gama de venir passer l’après-diner à la villa Medici, ajoutant qu’il s’y trouverait avec deux petites Romaïines qui se contentaient du quartino. Au milieu de tout cela, entre un abbé d’une figure attrayante. A la vue de ses hanches, Casanova le prend pour une fille déguisée. L’impudent, le regardant fixement, lui dit que s’il voulait, il lui prouverait qu'il avait tort ou raison. C’était Beppino della Mamana, premier soprano de la chapelle Sixtine. Protégé du cardinal Acquaviva, amant heureux de la belle Lucrèce, poëte bel esprit aux pieds de la belle marquise Gabrielli, remarqué par Benoît XIV, Casanova se jette follement dans une sotte aventure, et voit crouler le brillant édifice de son bonheur et de ses espérances : il protège les amours de la fille de son mattre de français avec un Italien, prête la main à son enlèvement, et la marquise, blessée dans son amour de femme, moins encore que dans son amour-propre de marquise, exige du cardinal l'expulsion de son secrétaire indigne, Casanova se désespère; son éminence le console, et lui promet des lettres de recommandation pour quelque lieu de l'Europe qu'il choisisse. « Où voulez-vous aller, lui demande-t-il avec bonté? — A Constantinople, répond Casanova. — Je vous remercie de ne m'avoir pas nommé Jepaban ; car vous m’auriez embarrassé, » ajoute le cardinal en souriant. Le surlendemain, il lui donne un passeport pour Venise et une lettre cachetée, adressée au pacha de Caramanie.

Sautons à pieds joints sur son voyage à Ancône, glis-

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