‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 409 sur 556 · CASANOVA · texte numérisé non relu

CASANOVA

sons sans y toucher sur ses amours avec Cécile, Marine et Bellina ; laissez-moi vous sauver de la fatigue de cette longue route et vous transporter de Rome à Venise par un coup de baguette. A Venise, notre abbé se fait soldat ; il entre au service de la république vénitienne en qualité d’enseigne, dans le régiment Bala, qui était à Corfou, et obtient du sénat la faveur d'accompagner à Constantinople le chevalier Vernier, qui s’y rendait en qualité de bailo ; c’était le titre que prenait l'ambassadeur de Venise à la Porte. Le lendemain de son arrivée à Constantinople, Casanova se fit conduire chez Achmet, pacha de Caramanie, nom que portait le comte de Bonneval depuis qu'il avait pris le turban. Le séjour de Casanova à Constantinople fut très-gai : il dansa la forlana vénitienne avec les odalisques d’Ismaï , fuma du gingé avec Jousouff-Ali, contempla les esclaves du premier au bain, discuta avec le second sur l’essence de Dieu et sur la philosophie de Platon. Jousouff lui proposa sa fille Zelmi pour épouse ; la femme de Jousouff s’offrit à lui pour maîtresse ; la veille de son départ, tous ces Turcs fondirent en larmes, et il partit chargé de leurs riches présents, étoffes de Damas, glacées en or et en argent, boucles, portefeuilles , café Moka , tabac gingé et canne à pipe en bois de jasmin, couverte de filigrane d’or.

Allons avec lui à Corfou : il joue et gagne; il aime. il est aimé, heureux au jeu et en amour ! Maïs ce bonheur fut rapide; bientôt la fortune cessa de lui sourire, l’ascendant qu’il avait sur M*° F... diminua insensiblement et presque à son insu : cette grande et belle dame devint à son égard d’une indifférence complète, indifférence qu’expliquent assez d’ailleurs certaine aventure nocturne qu'avait eue Casanova avec une misérable courtisane nommée Melulla et les tristes résultats qui l’avaient suivie, Riche et bien portant, chacun le fêtait, notre héros ; pauvre, maigre et défait, tous l’abandonnent, et il part pour Venise criblé de dettes et sans argent. À Venise, il donne sa démission ; elle est acceptée, et il reçoit cent sequins. Il joue les cent sequins, et les perd ; alors, de joueur de profession qu'il était, il se fait joueur de violon, gagnant un écu par jour à l’orchestre du théâtre de Saïint-Samuel. Si vous l’aimez assez pour le plaindre , réjouissez-vous avec lui : il va au cabaret et s’enivre, passe la nuit dans les mauvais lieux ou dans les différents quartiers de la ville, inventant et exécutant, avec ses compagnons de débauches, les impertinences les plus révoltantes ; il démarre les gondoles des particuliers , réveille d’honnèêtes sages-femmes en les priant de courir chez telle ou telle dame qui n’est pas enceinte, envoie des médecins chez tel grand seigneur qui se porte à merveille, et le viatique à des maris qui dorment tranquilles à côté de leurs femmes. Voilà Casanova dans son élément : aussi voyez avec quelle sublime résignation il accepte cette crapuleuse misère! « Il est vrai que mon emploi n’était pas brillant, nous dit-il, mais je m'en moquais; ct, traitant de préjugé tous les sentiments qui s’élevaient en moi contre moi-même, je finis bientôt par partager les habitudes de mes vils camarades. » Ils étaient sept et quelquefois huit : car, comme “4 avait beaucoup d'amitié pour son frère François, il l'admettait, de temps en temps, à ses orgies nocturnes.

Une nuit, c'était durant le carnaval de 1745, ils rôdaient, tous les huit, sous le masque. Las de marcher, ils entrèrent au magasin de vin de la paroisse de la Croix, pour y boire. Trois hommes s’y entretenaient paisiblement avec une jeune et jolie femme, {out en vidant une bouteille. Mes huit drôles se débarrassent adroitement de ces trois honnèles bourgeois et vont boire au Rial{o avec la femme, qui pleure et les suit. « Où est mon mari? — Soyez tranquille, vous le verrez demain matin. » Cette nuit-là, elle en trouva huit au lieu d’un. Il y eut une plainte portée au conseil des Dix, La femme ne se plaignait que de la grande peur qu'elle avait eue pour son mari, mais nullement des huit masqnes, qui, portait la plainte, n'avaient commis aucune action

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